Les 3 Questions à …

Pierre-Yves Touzot « Coup de cœur Blues & Polar/Comtes de Provence 2026 » pour la Trilogie Oldforest

  Sommaire  

 MAI 2026

 PIERRE-YVES TOUZOT

Pierre-Yves Touzot est un réalisateur et écrivain français né le 15 novembre 1967 à Sherbrooke, (Canada). Après des études à l’IDHEC (Institut des hautes études économiques et commerciales) à Paris, il a travaillé dans la production et la distribution avant de passer à la réalisation, puis plus récemment à l’écriture de romans.
En 2009, il se consacre à la télévision en réalisant plusieurs épisodes de la série de France Télévision Nos années pension, suivi en 2013 par des épisodes de la série Dos au mur pour Chérie 25 et NRJ 12. Et en 2015, il se lance dans la réalisation de Couple(s), son premier long-métrage. Une comédie cynique sur le couple.
En 2019, Pierre-Yves Touzot s’engage dans un tour du monde en solitaire de six mois d’Est en Ouest. Il en revient avec un manuscrit d’écrivain voyageur, « Un dernier petit tour (avant la fin) du monde », et un film, 11h38. JPEG - 14.9 kio Pierre-Yves Touzot réside aujourd’hui dans les Alpes-de-Haute-Provence non loin de Manosque (Il n’y a pas de hasard… que des rencontres !) et sa trilogie sur Oldforest éditée par la belle maison d’édition qu’est La Trace aux très couvertures, a attiré l’attention de notre 22e festival ayant pour fil rouge "Réalité ou fiction ? ». Pierre -Yves est mon invité de l’Interview 3 Questions à... de mai.
Son blog : http://pierre-yves-touzot-realisateur.blogspot.com/

BLUES & POLAR.1. Tu es né au Canada. Est-ce que ce sont tes souvenirs d’enfance qui t’ont amené à écrire ce livre ? Ou est-ce une pure fiction ?

Pierre-Yves Touzot. « Je suis né au Québec juste à côté d’une forêt située dans l’Est canadien, qui est aussi froid que l’Ouest de ce pays immense. Et. J’y suis resté dix ans donc je suis allé à l’école là-bas avant de rentrer en France. Mais j’y suis retourné durant trois semaines en 2013, dans l’Ouest canadien cette fois, pour écrire Oldforest et y créer cette forêt qui n’existe pas dans la réalité. J’avais envie de montagnes pour situer un roman et mon modèle c’était Yellowstone, la Montagne des Indiens autochtones. Et j’ai eu une illumination pour cette communauté qui vit à Yellowstone. Car ce qui me fascine toujours c’est cette mythologie de la forêt qui habite ces gens, notamment les natifs mais aussi les « autres » qui sont là pour le travail. Car tout change en hiver ! Les températures descendent à – 30°, - 40° et il y a des Parcs qui sont fermés du 1er octobre au 1er mai. Et c’est le cas de Yellowstone. Tout change pour se déplacer déjà… Donc, globalement, c’est le rapport de l’homme avec la nature qui m’a guidé. »

BLUES & POLAR.2. Est-ce que cette trilogie – dont le 3e et dernier tome vient de sortir – va ancrer un style pour toi dans l’avenir ? Ou bien était-ce une nécessité pour ce sujet qui nécessitait un très long développement ?
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Pierre-Yves Touzot. « J’aurais pu faire un gros pavé de 1000 pages mais mon éditeur (La Trace) qui est composé d’un binôme sensationnel m’a proposé de réaliser cette trilogie sur deux ans. Et là comme c’était une histoire qui durait cela m’a parfaitement convenu au point que j’y retournerai très vraisemblablement. J’ai été influencé par la série TV « Lost » dont je suis un très grand fan. Et aussi de « Twin peaks ». Mais c’est ma première trilogie ! »

BLUES & POLAR.3. Beaucoup d’auteurs ont besoin du silence pour écrire. Toi tu écris en musique comme tu l’expliques en fin d’ouvrage. Ça te motive ? Mais qu’est-ce que tu écoutes ?

Pierre-Yves Touzot « J’aime la musique ; d’ailleurs mon dernier roman sorti en 2023 avant « Oldforest » s’appelle « Mon dernier concert » et il a beaucoup de proximité avec la Provence car c’est l’histoire d’un type qui réussit à gagner un concours style « Te Voice » et qui grimpe avant de dégringoler et disparaitre de la circulation. Et qui ouvre un magasin de disques vintage à Apt dans le Vaucluse… En fait, je rends un hommage aux paroliers de la chanson au travers d’un projet de concert pour le retour de ce type sur scène à Paris sur une péniche amarrée sur la Seine. Mais quand j’écris je mets beaucoup de musique électronique. Je suis fan de Thome Yorke le leader de Radiohead et de Massiv attack aussi. Ça me plonge dans une bulle ce type de musique et je peux mettre le même morceau en boucle pendant des heures car ça me porte littérairement. J’aime bien écouter Billy Joël aussi et quand j’ai écrit « Mon dernier concert » c’est Muse que j’écoutais en boucle… »

LA QUESTION +. Et le Blues, ça te parle ?

Pierre-Yves Touzot. « Forcément oui, quand j’en entend et j’aime ça. Mais je suis loin d’un spécialiste et je suis incapable de citer des morceaux et des noms de bluesmen. JPEG - 11.7 kio En revanche, ayant plusieurs casquettes, je suis aussi réalisateur de cinéma et j’ai vu que tu allais projeter le 29 août au festival Blues & Polar, l’excellent thriller qu’est « Dans la Brume électrique » de Bertrand Tavernier où joue le grand bluesman Buddy Guy. Et j’ai travaillé avec Bertrand Tavernier grand passionné de blues aujourd’hui disparu et avec son fils Nils. Ils étaient tous les deux de très bons copains. C’est un bon choix et je serai ravi de le revoir ».

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

Le dernier volet de sa trilogie passionnante « Retour à Oldforest » (Editions La Trace) sort cette semaine.


 AVRIL 2026

 WILLIAM IRIGOYEN

JPEG - 5.4 kio Coup de cœur Blues & Polar 2026 avec « 34 Rue Neuve le bar-tabac de ma grand-mère » paru chez Fayard William Irigoyen journaliste présentateur des soirées Théma sur Arte nous livre un récit passionnant qui interpelle bien des « baby-boomers » sur les parents et grands-parents qui n’ont jamais parlé de leur guerre 39-45 ou 14-18 avec leurs enfants ou petits-enfants. Même ceux qui ont été du bon côté ; de celui des Justes, ou de ceux qui ont perdu leur jeunesse physiquement et mentalement pour l’éternité.

1.BLUES & POLAR. Cette fameuse phrase de ta grand-mère t’interdisant à 10 ans « de parler allemand chez elle, sous ce toit, de son vivant » et qui est le cœur de ton livre, t’a-t-elle taraudée fort longtemps ? Est-ce qu’au fil du temps tu l’as oubliée ? Et finalement, tu as pu la comprendre ?
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WILLIAM IRIGOYEN. « Cette phrase prononcée par ma grand-mère avec qui j’avais toujours eu une relation de tendresse auparavant m’a vraiment meurtri, mais avec le temps, je me suis aperçu que je n’en avais parlé à personne. Pas même mes parents. Ça concernait exclusivement ma grand-mère et moi. Mais elle m’a tenu à distance à partir de ce moment-là, et jusqu’à sa mort le 2 janvier 1988. Je n’ai plus voulu aller à Lyon et je n’y suis allé que très rarement d’ailleurs. Et je n’en ai jamais reparlé avec elle car je suis resté dans une distance réglementaire. J’étais devenu méfiant et je le suis resté jusqu’à sa mort. Et puis dans un second temps j’ai enfoui et même enterré cette phrase. C’est en 2014, que la phrase a rejailli par hasard quand je découvre chez ma mère un livre sur les Réseaux de la Résistance à Lyon. Et qu’elle me dit « Tu y trouveras un passage sur tes grands-parents ». Et je découvre-là en feuilletant ces pages, tout le sens de l’expression « sous ce toit », car effectivement le chef du contre-espionnage de la Gestapo habitait juste au-dessus de chez ma grand-mère.
C’était un symbole en fait, et une manière de me protéger car elle n’a jamais interdit à mes cousins de parler allemand. Enfin, c’est ma réflexion ! Cette phrase n’était pas une mise à distance mais au contraire quelque chose pour solutionner un problème. Et cela m’a permis de me réconcilier post-mortem avec ma grand-mère. En effet, de froissé, vexé, blessé, j’étais passé au silence à l’époque et j’en avais gardé une rancune tenace. Mais cela s’est transformé en admiration totale au vu de ses actes de bravoure pour la Résistance. Comme quoi les mots peuvent avoir des sens cachés. Et cela a beaucoup changé mon rapport aux gens. Je suis devenu moins impulsif. »

2.BLUES & POLAR. Mais pourquoi voulais-tu parler allemand finalement ? On prenait quasiment tous espagnol en 2e langue à cette époque ? Pour être journaliste bilingue ?
WILLIAM IRIGOYEN. « Non. Il y avait comme une volonté de découvrir une langue inconnue et les gens qui la parlaient. Dans ma famille, on disait « la Boches » et personne n’avait de voiture allemande. Mais rien à faire, je voulais aller voir plus loin, car dans les films que je pouvais voir à la télévision, les Allemands criaient toujours des ordres rudes et agressifs. Jusqu’au jour où j’ai découvert « L’Opéra de quatre sous » de Bertold Brecht et une autre sonorité. Et puis sont arrivées les années 80. J’avais notamment un oncle (frère de ma mère) qui était prof d’espagnol et ces sonorités hispaniques hautes ne me plaisaient pas. Pourtant, mes copains on tous pris espagnol, mais pas moi. Ça me plaisait d’être dans une minorité et ça m’amusait. Bref, j’ai continué à l’Université car je voulais me perfectionner dans cette langue et faire une Licence. Et c’est en étudiant le journalisme que j’ai commencé à travailler pour France Télévision puis Arte la chaine franco-allemande de la réconciliation. Mais il y a eu un vrai gros déclic avec l’émission Stade 2 qui passait les « plus beaux buts étrangers européens » chaque semaine, et quand il y avait les buts allemands de la Bundesliga, c’était extraordinaire d’entendre les commentaires enthousiastes sur les joueurs du Bayern de Munich, Mönchengladbach, Dortmund, Leverkusen… sans oublier la Manschaft championne du monde avec les Beckenbauer, Matthaüs, Voller, Hoeness, Schuster, Sepp Maïer, Oliver Khan… J’ai donc opté pour le journalisme sportif ! Et le sport, tu le sais Jean-Pierre, c’est une formidable école de formation. »

3.BLUES & POLAR. Est-ce que tu lis des polars ?
WILLIAM IRIGOYEN « Non pas vraiment, mais ça m’arrive quand même et j’aime beaucoup Analdur Idriason car c’est le genre de polar où les coulisses du pays, en l’occurrence l’Islande, sont presque plus importants que l’enquête. L’histoire du pays est présente en continu et le commissaire me plait. C’est une forme de journalisme aussi. En revanche, ma mère était une passionnée de romans policiers avec un esprit de détective très logique et ma compagne qui est allemande regarde chaque dimanche soir le Polar des régions, comme en France sur France 3 notamment avec « Meurtres à… »

LA QUESTION + Le Blues ça te parle ? Musique ou état d’âme selon toi ?
WILLIAM IRIGOYEN « C’est totalement un état d’âme pour moi, entre mélancolie et dépression. Mais je me méfie des étiquettes comme pour Tom Waits qui est bien plus qu’un bluesman. Le blues pour moi, c’est une mise à nu d’une personne et qui donne une énergie folle à la fin du morceau. Moi j’écoute plutôt du rock indé ou alternatif, mais j’aime bien Captain Beefheart et Sting. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 MARS 2026

 INGRID ASTIER

JPEG - 22.3 kio Prix Blues & Polar 2012 pour Quai des enfers (Série noire Gallimard) Ingrid Astier vient de publier Ultima (**** pour le comité de lecture de Blues & Polar) chez le même éditeur. Ingrid est notre première invitée officielle pour la Rencontre des cinq « Coups de cœur Blues & Polar/Comtes de Provence 2026 » - qui sera animée par Jean-Pierre Tissier et l’écrivain manosquin René Frégni (parrain historique du festival) aux côtés de Karine Giebel notre Grand Témoin 2026 « Coup de cœur Blues & Polar 2026 également pour »Et chaque fois mourir un peu (L’Intégrale)" .

1. BLUES & POLAR Rémi, ton héros, tireur d’exception, tireur d’élite reprend du service mais pour une mission plutôt défensive, a priori. Mais pourquoi avoir choisi Rémi pour modèle de personnage dans tes polars ? Et précise-moi, en aucun cas ce n’est un « sniper » comme les mecs qui dégommaient les gosses allant chercher de l’eau à Sarajevo ?

INGRID ASTIER "La question du héros hante mes romans. Le « Dieu est mort » du Gai savoir de Nietzsche m’a toujours marquée. « Nous l’avons tué — vous et moi ! Nous tous, nous sommes ses assassins ! » L’aphorisme date de 1882... Nous sommes en 2026. La négation va aujourd’hui bien plus loin. Les réseaux sociaux ont érigé l’opinion en système. La vérité et la réalité n’ont jamais été aussi insaisissables. Le héros, lui, a perdu son armure et son épée. Il avance titubant. Les notions de modèle et d’élan sont éreintées. Comme je l’écrivais en 2020 dans les Tracts de Gallimard, « le héros d’aujourd’hui est peut-être l’ostracisé de demain. » Le rocher de Sisyphe a changé : l’héroïsme s’est fait pierre. Qui veut pousser ce fardeau de versatilité ?
Dans mes romans, il n’y a donc pas de héros au sens strict. Mais des êtres humains qui se battent contre l’absurde, qui cherchent un sens à la vie et s’accrochent à des valeurs qui surnagent au creux des tempêtes. La liberté, l’humanisme, la curiosité, l’amour, la lutte contre les extrémismes... Il est vrai qu’ils se retrouvent, poussés par la plume mais contre leur gré, en première ligne…
Rémi est un héros discret. Dans Quai des enfers, il était plongeur à la brigade fluviale. Une première dans les romans policiers. Son exotisme m’aimantait. Il voyait Paris d’en dessous, depuis les profondeurs de la Seine. Comme les enfants, il renversait l’assiette pour lire ce qui était écrit au revers. Quitte à se tacher…
Un héros est souvent le jouet d’un mythe ou d’une propagande. Il va servir une cause, être instrumentalisé pour viser une exemplarité. Rémi, devenu tireur de haute précision à la B.R.I, passe son temps derrière sa lunette. Il mène une vie loin des projecteurs. Par essence, il est l’invisible.
Cette invisibilité me plaît. Elle va avec l’humilité. Il est l’homme en noir, cagoulé. L’homme sans visage. Il n’a rien du fanfaron ni de la tête brûlée. Il doit rester calme et tirer n’est que l’ultime recours, le dernier argument, quand toute négociation a échoué. D’où le nom, Ultima. Rémi n’est pas un sniper mais un T.H.P. (tireur de haute précision). Comme me l’expliquait un vrai T.H.P. de la B.R.I., il intervient dans un cadre légal de légitime défense (d’autrui en général) et pose la question de la « violence légitime ». Une frontière si délicate qu’elle méritait un roman pour rappeler le prix de la vie.

2. BLUES & POLAR Ingrid, tu avais complètement disparu des radars littéraires depuis « La Vague »[1]... jusqu’à cette apparition récente pour la sortie de « Ultima » chez Gallimard dans la Grande Librairie d’Augustin Trapenard sur France 5. Dans « Ultima » - 1er de nos 5 Coups de cœur Blues & Polar/Comtes de Provence 2026" - tu accordes à la fin de ton livre quatre pages complètes pour remercier une foule de noms (professeurs en médecine, chirurgiens, anesthésistes, spécialistes de toutes sortes, policiers, éditeurs...) Que s’est-il passé Ingrid, si tu veux bien en parler.

INGRID ASTIER « Je n’avais pas complètement disparu... Mais j’ai vécu mon chemin de croix, après des opérations qui m’ont meurtrie. Il a fallu que mon cerveau s’adapte à la douleur incessante. Je me suis beaucoup remise au dessin. Le contact permanent avec la couleur et la beauté m’a sauvée. Je passais mon temps dans les hôpitaux et les musées. Je m’imprégnais de chaque couleur des nuanciers du magasin Sennelier... Auréoline, rouge de mars, bleu de céruleum, bleu outremer, vert véronèse, laque de garance rose, brun de Madère... Chacune me faisait rêver. D’autres naissent des pierres et de la terre, comme le lapis lazuli, la serpentine, la tourmaline noire ou la piémontite... Des mots immédiatement associés à des sensations, qui me permettaient de m’évader. Je me suis plongée dans les livres de Dürer et d’Hokusai. J’ai dessiné debout, comme on entre en résistance. Le revue Zadig a publié mes illustrations, et j’ai illustré L’Art de nourrir puis Le Dictionnaire amoureux du thé dans la belle collection de Plon. En janvier-février 2026, le magasin Sennelier du quai Voltaire a exposé des dessins originaux du Dictionnaire dans ses vitrines, avec mes propres nuanciers et du matériel d’atelier. Ces dessins avaient tous été faits avec le poignet entièrement brisé par un nouvel accident… Ultima est la ligne d’horizon des mots née de cette résistance.

3. BLUES & POLAR Tu seras parmi nous - et on en est extrêmement ravis - le samedi 29 août pour la Rencontre des Coups de cœur Blues & Polar 2026 avec Karine Giebel comme Grand Témoin. Toi qui as été la première écrivaine à recevoir le Prix Blues & Polar en 2012, suivie ensuite par Fabienne Boulin-Burgeat, Jacques-Olivier Bosco, Olivier Norek et Pascal Thiriet que représente notre petit festival pour toi ?

INGRID ASTIER. « Je me souviens encore de ce prix décerné en août 2012. L’élégance décontractée de Franz-Olivier Giesbert, en veste et casquette, le sourire contagieux de René Frégni, tes paroles au micro, comme un adoubement... Et le merveilleux trophée — un vitrail de Chantal Giraud sur un socle en bois d’olivier. Il ne m’a pas quittée. J’avais appris l’art du vitrail avec des maîtres-verriers de Clermont-Ferrand quand j’étais adolescente... Finalement, mon travail a toujours été guidé par l’étreinte de l’ombre et de la lumière. Même si cette dernière ne passe que dans le chas de l’aiguille... Blues & Polar a mis de la chaleur dans cette lumière ».

La QUESTION +
Tu es une passionnée de musique, de cuisine, de thés, et de grands crus de Bourgogne (mais pas seulement...) et tu en parles à plusieurs reprises dans « Ultima » ? Qu’est-ce que tu écoutes et dégustes en ce moment ?

INGRID ASTIER En ce moment, je bois beaucoup de kombucha ! Et je ne pars jamais sans mon set de voyage qui me permet de fouetter un matcha n’importe où, même si le train tangue, sans le renverser... Le vin est une fête pour moi. Je préfère boire peu mais retrouver la beauté d’une vigne à travers le vin, sentir le travail des vigneronnes et des vignerons, être reliée, grâce à eux, à la terre et la roche. Dans Ultima, il y a des passages durs sur les vins d’étiquette... Ceux dont les noms sonnent et résonnent sans provoquer l’émotion. Dans chaque produit, c’est un fragment de paysage que je cherche. Et l’esprit d’un producteur. La sixième saveur...
Quant à la musique... elle imprègne chaque ligne. Elle se fond dans le personnage, me permet d’accéder à ses émotions. Ultima est pétri de Territory de The Blaze, un tandem français. De leur chanson She, aussi. J’y retrouve, peut-être, une nostalgie sans pathos, une fougue poétique à l’écoute du monde... Dans un autre registre, Nsera de la chanteuse malienne Fatoumata Diawara, remixé par ‘l’hypnotiseur’ Solomun, me transplante dans la force de l’Afrique de l’Ouest. Comme la littérature qui permet d’embrasser d’autres cultures. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

[1] Au Vent des îles l’a réédité sous le titre Teahupo’o, le souffle de la vague, en version enrichie d’un lexique du surf et tahitien. En 2025, ce roman a obtenu une Mention de l’Académie de Marine et le Prix littéraire Coup de Cœur de la Fondation de la Mer. Fin mai 2026, j’embarquerai donc sur le Belem avec le président des Peintres de la Marine Jacques Rohaut. Tandis qu’il proposera des ateliers de peinture sur le voilier, je mènerai des ateliers d’écriture, de Cadix à Dunkerque.


 FÉVRIER 2026

 JOHN CHRIS MEYER

JPEG - 17.7 kio John Chris Meyer est un artiste dont l’univers sonore est marqué depuis longtemps par les influences des icônes que sont toujours pour lui – malgré leur mort - Jimi Hendrix, Stevie Ray Vaughan, Prince et James Brown, car ils ont façonné son style et sa manière de jouer. Après avoir évolué dans des petits groupes comme Lead cloud en Haute-Provence dans les années 90, il est parti tenter sa chance du côté de la Lorraine où sont ses racines familiales. C’est là qu’il s’est épanoui musicalement parlant, non sans mal…
Son premier album « Crazyfunky » est sorti en 2004, suivi par « Addiction to rock » (2007) et « Off grid & peaceful » bien plus tard en 2019. En 2021, il dévoile son quatrième opus « Awful mess« , qui affirme son style. John Chris Meyer vient de réaliser en 2026 un nouvel album, dont la sortie est prévue ce mois-ci. Parallèlement à sa carrière solo, il a donné vie au projet »John Chris Meyer & The Mood Trackers". Un spectacle qui rend hommage à Stevie Ray Vaughan, immense guitariste américain à la carrière trop courte décédé tragiquement dans un crash d’hélicoptère le 27 août 1990. Ce projet est une véritable immersion dans l’univers de Vaughan, où John Chris et son groupe revisitent les classiques de l’artiste tout en y ajoutant leur touche personnelle. C’est ce spectacle Hommage que l’on découvrira en clôture du festival Blues & Polar le dimanche 30 août.

BLUES & POLAR. On a perdu ta trace dans les années 1990 alors que tu jouais avec tes potes comme guitariste de Lead cloud formation rock du côté de Villeneuve près de Manosque. Ça fait plus de 30 ans, que s’est-il passé pendant ce long exil ?
JPEG - 9.3 kio JOHN CHRIS MEYER. “Je suis né dans l’Est de la France, mais très jeune j’ai eu un problème d’oreilles et de tympan. Je n’entendais plus rien et il me fallait un bon climat. Mes parents sont donc descendus vivre en Provence, à Villeneuve près de Manosque. J’ai donc grandi là jusqu’en 1998, mais j’étais passionné de musique, notamment de guitare électrique et je n’avais pas trop de possibilité pour avancer et me faire connaître en restant dans les Alpes-de-Haute-Provence. Je suis donc retourné dans l’Est, mais ça n’a pas été tout rose au départ. Je jouais seul dans des bars et faisais des petits boulots… J’ai vécu ainsi un an dans un camp gitan, mais je n’étais toujours qu’un autodidacte de la musique. Je ne connaissais pas les notes, ni lire une partition. Mais un jour un type est venu me voir après m’avoir entendu jouer. C’était le directeur du Conservatoire de Metz, et il voulait m’engager comme prof… Mais je lui ai dit que je faisais tout d’oreille. Il a néanmoins tenu bon et m’a proposé de me donner des cours et de me former au Conservatoire. J’ai accepté et j’ai bien ramé, mais j’ai tenu bon et finalement j’ai réussi mes examens et je suis devenu prof de musique au Conservatoire de Metz. Incroyable ! Je lui dois tout en fait. Là, j’ai pu gagner ma vie et jouer également ma passion du rock très électrique. Un jour je suis allé à Paris pour faire un album en auto-production et j’ai finalement trouvé grâce à tous ces nouveaux contacts musicaux un producteur à Metz qui s’est occupé de moi. J’ai commencé à rencontrer des musiciens de la région mais aussi à Paris en studio avec des « cadors » et j’ai beaucoup appris. Car l’esprit est plus rock dans l’Est, on est proche de lAllemagne et c’est différent du sud de la France. J’ai donc formé un groupe, le John Chris Meyer group qui due depuis quinze ans et est toujours en vie. Mais pas toujours avec les mêmes musiciens ! J’ai quand même le batteur Olivier Baldissera pour les albums. Lui, c’est une pointure qui a joué avec David Halliday et Ana Popovic… juste avant Stéphane Avellaneda, le fils de Jean-Paul qui a filé le virus du blues à tout le Val de Durance…. Eh oui, on se connaît tous dans le blues.
J’ai repris aussi Philippe Regimbeau qui était mon bassiste du début et Olivier Fauque à la batterie pour mon équipe du sud. Car c’est une structure axée sur un noyau de vrais professionnels « intermittents du spectacle » et on est souvent 3 ou 4. Mais selon, je peux avoir des cuivres et des chœurs. C’est donc différent d’un groupe où l’on partage tout et qui est toujours ensemble. Mais ça marche. Là, je me rapproche de mes parents à Villeneuve… et le soleil commençait à me manquer ! »

BLUES & POLAR. 30 années se sont écoulées depuis ton départ ; est ce que tu es toujours resté fidèle à ton style de musique ou as-tu évolué en vieillissant ?
JPEG - 21 kio JOHN CHRIS MEYER. “Aujourd’hui je fais du blues-funk’n’roll. Il faut déjà que ma musique donne envie de bouger le corps ou la tête, mais surtout que ça raconte quelque chose. Pour moi le blues, au-delà d’un style musical, c’est un état d’âme, une façon d’être et de voir les choses de la vie. Mon blues d’aujourd’hui est plus moderne donc, avec des influences jazz également. Et je joue toujours avec ma Stratocaster Fender qui date de 1970. J’y tiens comme la prunelle de mes yeux car c’est un bijou que m’a offert un pote un soir à Avignon en 1995. Elle était neuve et il ne jouait pas de guitare. Les micros sont d’origine et je ne savais pas que j’avais un diamant dans les mains. »

BLUES & POLAR. Est-ce qu’il y a une différence entre les publics de l’Est et du Nord (Belgique, Allemagne, Lorraine, Moselle, Rhin…) où tu as souvent joué ?

JOHN CHRIS MEYER. “Oui ! Ils écoutent beaucoup plus et c’est intéressant et gratifiant ! Les gens t’applaudissent comme dans le jazz car leur culture est différente. A Verdun, j’ai fait le festival de Blues il y a quelques années et j’avais retrouvé Jean-Paul Avellaneda avec Mercy. Et je l’ai invité pour le final de Blues & Polar le 30 août. Je suis vraiment heureux de retrouver Manosque comme ça, avec les potes qui vont venir, et ça va être chaud ! Tu sais Jean-Pierre quand je joue j’ai 14 ans ! Je suis « intermittent du spectacle » et parfois on doit faire de l’alimentaire pour croûter, mais je ne fais pas de bal et quand je fais des reprises soul ou funk comme Aretha Franklin, les Temptations ou SuperTramp c’est pour me faire plaisir. Il y a des moments à vide, mais j’assume totalement ! »

LA QUESTION + Est-ce que tu lis des polars ?
« Non ; mais j’écoute des podcasts. Ça me fait voyager, j’entends des notes, ça me donne un tempo, puis une tonalité... et je compose maintenant que j’ai appris le solfège. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 JANVIER 2026

  NICOLAS FEUZ

L’auteur de « La Secte » (**** pour Blues & Polar dans ON A LU) qui est édité par Joël Dicker star du thriller mondial qui nous fait pénétrer dans le mystère de l’Affaire de l’Ordre du Temple solaire et ses nombreux morts par suicide dans le monde entier termine ses fonctions de Procureur du canton de Neufchâtel en Suisse pour se consacrer entièrement à sa nouvelle vie d’auteur de polars.
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BLUES & POLAR. Monsieur le Procureur du canton de Neufchâtel en Suisse (mais aussi écrivain de polars) parle-t-on mieux de ce que l’on connaît que de ce que l’on imagine ? Cette phrase sera le « fil rouge » du 22e festival Blues & Polar en août 2026 à Manosque. Mais j’ai cru comprendre que vous quittiez ces fonctions….

NICOLAS FEUZ. « Je suis toujours Procureur car le principe de « mise en disponibilité » comme j’en ai pu en parler avec Olivier Norek (commandant de police devenu écrivain) n’existe pas en Suisse. Donc, après avoir été juge d’instruction de 1999 à 2011, puis Procureur, je suis depuis 5 ans « Procureur à temps partiel » et je quitterai mes fonctions officiellement en remettant ma démission le 31 août 2026. En même temps (à un jour près) que votre festival Blues & Polar à Manosque où j’aurais été ravi de répondre présent à votre invitation, mais mes polars marchent très bien en Suisse et en France où j’ai reçu le Prix de l’Evêché à Marseille en 2022, et j’avais déjà un engagement pour un Salon à cette date. Mais pour 2027 je suis d’accord. Quant à la phrase « fil rouge » je pense que la vérité est un mélange des deux pour moi. Car mes connaissances de terrain dans la Justice et la Police, interviennent de fait. On intervient sur des scènes de crime notamment. Je me suis quand même posé la question de la fiction, mais pour l’instant je me tiens aux faits. Et puis, j’aime m’amuser en écrivant en incluant des flash-backs et des rappels sur certaines affaires réelles qui sont bienvenus pour rafraichir les mémoires. J’ai fait ça dans plusieurs livres qui parlaient des essais nucléaires français dans le Pacifique et en Polynésie… »

BLUES & POLAR. En l’occurrence, avoir travaillé à vos débuts sur l’Affaire du Temple solaire vous a-t-il aidé à écrire « La Secte » ?

NICOLAS FEUZ « J’étais trop jeune pour y avoir travaillé comme Procureur. Car les premiers faits au Québec, puis dans l’Isère et le Vercors en France remontent à 1995. Mais en revanche, au moment du Procès de l’Ordre du Temple Solaire et de ses membres encore vivants, j’étais Juge d’instruction en Suisse. Et j’ai eu l’opportunité de parler fréquemment avec le juge d’instruction de l’époque chargé de l’enquête. Il faut savoir que quand cette affaire a éclaté en Suisse, j’étais avocat stagiaire. Et cela a été ressenti comme un petit séisme chez nous comme les attentats du 13 novembre à Paris ou du 11 septembre aux USA. Car c’est le nombre de journalistes et d’équipes de télévisions et radios débarquant dans des petits villages de montagne qui a impressionné les populations. Il y avait TF1, Antenne 2, la Raï italienne… Alors évidement ces instants-là je les connais. Et je les ai utilisés bien sûr ! »

BLUES & POLAR. Nicolas, d’où vient cette attirance pour l’écriture et pour le Polar ?

NICOLAS FEUZ[/marron « Depuis l’enfance j’avais en tête des images de scénarios mais ça restait là car je n’avais aucune connaissance dans ce domaine. Mais j’avais une attirance littéraire et pour le Polar c’est venu à 14-15 ans en y associant le cinéma et la télévision. Et le temps a passé, et j’ai écrit mon premier livre à 39 ans. Je n’avais pas de connaissance dans cette pratique mais quand on est avocat, juge, procureur, on rédige beaucoup de textes et cela forme à structurer les phrases, les écrits, la construction des textes… Et j’ai eu envie d’essayer ! Et cela a plutôt bien marché. (La Secte est la 2e meilleure vente de romans en Suisse actuellement). »

LA QUESTION +. Notre festival s’appelle Blues & Polar Nicolas. Est-ce que le Blues vous parle ?
« Oh oui ! Peut-être plus le jazz d’ailleurs car c’était la musique de prédilection de mon père qui était saxophoniste alto et clarinettiste et jouait d’ailleurs dans de grandes formations et donc je n’entendais que ça à la maison. J’ai même eu un trop-plein de blues et de jazz, mais je ne suis pas un spécialiste. J’aime beaucoup Miles Davis cependant. Mais je ne connais pas les noms des bluesmen. Néanmoins, on a la chance d’avoir le grand festival de Montreux en Suisse où sont passé tous les grands du jazz et du blues, de Jimi Hendrix à Otis Redding en passant par Janis Joplin… Mon père m’y a emmené deux fois. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 NOVEMBRE 2025

 MICHÈLE PÉDINIELLI

« Coup de cœur Blues & Polar/Comtes de Provence 2025 » pour « Un Seul œil » paru à l’Aube noire, la Niçoise très imprégnée de son terroir va diriger une nouvelle collection sur les affaires oubliées aux éditions de l’Aube. L’histoire du fait-divers en question.
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1. BLUES & POLAR. Avant que l’on parle de ta future collection L’Affaire qui … publiée par les éditions de L’Aube, qu’est-ce qui t’attire, voire te fascine, dans les Faits divers ; surtout ceux qui sont inexpliqués ou oubliés ?

Michèle PÉDINIELLI. « Ce sont surtout les faits-divers historiques qui m’intéressent. Car c’est le côté de la Presse de l’époque qui me turlupine. Tu sais, je collabore depuis plusieurs années avec la Bibliothèque nationale e France (BNF) sur des affaires célèbreset qui ne sont pas forcément des crimes. C’est très intéressant car la BNF possède des gazettes qui remontent à 1640. Et j’ai écrit des articles sur ces Presses diverses car elles sont très différentes selon qui en est l’auteur. Le jour du mariage de Louis XVI il y a eu un feu d’artifice tiré « pour les gueux » ceux qui ne pouvaient être à Versailles. C’était habituel comme attitude. Mais il y au des centaines de morts à Paris en raison d’un mouvement de foule. C’est incroyable de retrouver tous ces faits dont on ne parle plus.
Il y a eu aussi vers 1869 un type qui a assassiné une famille entière de manière immonde et à ce moment-là la Presse est devenue « trash » avec des textes salaces, horribles et des dessins pour mieux décrire l’horreur.
Ce n’est donc pas une fascination pour moi, mais un réel intérêt. On a oublié beaucoup de choses comme la « Grève des midinettes » ces « petites-mains » des ateliers de couture qui confectionnaient notamment les uniformes des militaires, et qui en 14-18 ont été mises au chômage technique le samedi après-midi. Et on leur a dit « Vous ne travaillez pas donc on ne vous paie pas ! » Furieuses, elles sont descendues dans la rue et ont fait grève. Et elles ont obtenu gain de cause en obtenant la semaine anglaise et le fameux « Week-end » avec le samedi payé. Et c’est là que l’on voit la différence des écrits et du narratif dans la Presse, selon l’Humanité ou selon Le Figaro. C’est vraiment passionnant ! »

2. BLUES & POLAR. Cette collection L’Affaire qui… comment en est venue l’idée et comment la réalise-t-on en pratique ?JPEG - 12.3 kio
Michèle PÉDINIELLI. « J’ai proposé cette idée à mon éditrice Manon Viard directrice des éditions de l’Aube à La Tour d’Aigues dans le Vaucluse en collaboration avec la BNF. C’est-à-dire que je demande à des auteurs de romans noirs ou de polars de s’emparer d’un Affaire où il y a des traces et documents à la BNF. Les auteurs y auront un accès gratuit et moi je vais illustrer ces ouvrages avec des dessins, des articles de Presse de l’époque, voire des photos… Mais je leur demande de ne pas faire de fiction. Simplement de raconter l’histoire aujourd’hui selon leur ton personnel. En janvier le premier livre du genre va sorti avec l’écrivaine Valentine Imhof qui a choisi comme sujet les travailleurs « laissés pour compte » et abandonnés sur l’île Saint Pierre où ils étaient partis en bateau pour aller y mettre des langoustes en boite dans une conserverie. Et on les a laissés sur place 9 mois alors qu’ils devaient être relevés bien avant… La démarche c’est de reprendre le fait-divers en s’imaginant être avec les abandonnés à leur sort et de raconter tout le tintouin médiatique quand les survivants rentrent en Bretagne….
Ensuite, Jérôme Leroy s’inspirera du Procès de Violette Nozières. Ce sera des livres courts (120 pages) et illustrés, d’une taille un peu plus grande qu’un livre Poche et pas trop cher : 11, 90€. « 

3.BLUES & POLAR. Quelle sera la prochaine aventure de Boccanera, ta si charmante et déjantée enquêtrice ?
Michèle PÉDINIELLI. « Pour l’instant je n’en sais rien ! Il faut que je m’y mette mais je ne produis pas à la chaine. Mais il y a les élections municipales à Nice avec les deux anciens copains Christian Estrosi et Éric aujourd’hui chien et chat. Ça risque d’être très chaud et ça pourrait être une source d’inspiration. Mais je viens de sortir il y a 3 jours à La Manufacture de Livres « L’Affaire Mannechez » qui se passe dans l’Oise en 2002. C’est l’histoire du pire des crimes avec un type qui a fait une famille pour la posséder et la détruire. Et ce père totalement tordu mais intelligent néanmoins a eu une emprise sur tout le monde, même la Justice. Et il a échappé à presque tout ! C’est une histoire sordide de folie… ».

LA QUESTION +
BLUES & POLAR. Est-ce que tu as le blues en cette fin d’année ?
Michèle PÉDINIELLI. « J’ai tout le temps le blues Jean-Pierre. C’est la marque de fabrique des gens qui doutent ; mais j’écoute Tom Waits en ce moment quand je roule en voiture lorsque je pars en voyage ».

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 OCTOBRE 2025

 SCHIZO FRÉGNI

Notre sujet d’octobre est le documentaire réalisé par trois amis cinéastes marseillais Alain Bœuf et Jean-François Comminges réunis autour du documentariste Alain Barlatier pour un portrait de l’écrivain manosquin René Frégni, parrain historique du festival Blues & Polar depuis plus de 20 ans. JPEG - 18.8 kio Son titre : SCHIZO FREGNI !
Alain Barlatier, Alain Bœuf et Jean-François Comminges en sont les auteurs. Cette réalisation de 40 minutes réalisée par Productions Labo Images à Marseille sera présentée du 3 au 5 octobre au Festival du Livre de Mouans-Sartoux (Var) puis à la Bibliothèque de l’Alcazar à Marseille. Ce documentaire pourra ensuite être projeté dans de nombreuses structures intéressées par ce focus sur l’auteur de « Minuit dans la ville des songes » (Gallimard) qualifié de « Meilleur roman francophone de l’année 2024 » par les lecteurs et auditeurs de « La Grande Librairie » sur France Inter.

BLUES & POLAR : Pourquoi cette envie de tournage sur l’homme et l’écrivain René Frégni ?
Alain BARLATIER. JPEG - 10.8 kio« René Frégni (Ndlr) Parrain historique du festival Blues & Polar à Manosque) est un romancier reconnu. Depuis « Les chemins noirs » jusqu’à « Minuit dans la ville des songes », dix-sept romans, trois recueils de nouvelles, un ouvrage d’entretiens « Déserter » ont été publiés. Soit une quarantaine d’années de récits, tous rédigés à la première personne qui relatent toujours les itinéraires vertigineux d’un homme recherché, pourchassé, ayant déserté, qui connut la prison, hébergea des voyous, ou tenta de les faire évader... Dans cette multitude de cavales autofictionnelles par-delà les paysages et les dangers, de mêmes cadres dramatiques reviennent à chaque fois : la prison, Manosque, la Corse, Verdun, les femmes, le jazz be-bop, la Méditerranée, les livres comme canots de sauvetage… comme autant de variations autour de ses propres standards, qu’il continue à faire évoluer au gré de sa fuite littéraire, sa fantaisie de mauvais garçon et sa maturité d’écrivain.
Tel est donc l’homme intrigant. Non seulement un grand romancier et un conteur prodige, mais une sorte de shaman, ayant fait une alliance secrète avec les dieux des mots : se faire le porte-parole des renégats, au risque de confondre sa vie avec la leur... Et qui, pour éviter de se perdre totalement, n’avancerait jamais sans son masque de cérémonie : l’autofiction. »

BLUES & POLAR. Qui êtes-vous ? Trois mousquetaires de la caméra ? JPEG - 12.2 kio
Alain BARLATIER « Nous habitons tous à Marseille, ville dont René est aussi originaire. Comme lui, nous consacrons notre vie à l’exercice du récit, mais par le biais du cinéma documentaire. Comme lui, en marge de nos films, notre quotidien est jalonné d’ateliers d’écritures, d’entretiens et de réalisations, menés dans divers univers : pénitentiaire, psychiatrique, socio-culturels, scolaires, et autre institution pour jeunesse décrocheuse... Tous trois, aimons les œuvres de René Frégni. Tous trois aussi - et pour des raisons qui nous sont propres - avons un passé militant, un penchant manifeste pour l’autofiction, une quête effrénée de légitimité artistique et sociale... et nous avons fini par nous convaincre que si un film devait un jour exister sur cet écrivain, ce serait à nous de le faire ! C’est dans cet état d’esprit que nous avons fait notre demande à notre Maître du Mythe : « faire un film sur lui ». Mais après avoir patiemment soupesé notre triple enthousiasme, il a fini par riposter : « Un film sur moi, non... Mais un film avec moi, sûrement ! »

BLUES & POLAR. Faire ce film avec René Frégni a été simple ou compliqué ? JPEG - 16.6 kio
Alain BARLATIER « Il a fallu donc que le film ressemble à ses livres, quelque part entre le réel et la fiction. Nous sommes allés ensemble dans les différents espaces de ses œuvres. Et à chaque étape, nous nous sommes appliqués inlassablement à tirer la part de vrai de ses aventures effrénées. Et nous avons fini par entrer avec lui dans une nouvelle fiction ! Comme point de départ de cette enquête, il fallait une situation inédite, autant que romanesque : l’appel d’un écrivain redoutant soudain d’avoir perdu ses mots. Et qui accepterait que l’on enquête sur sa propre production littéraire, pour tenter de les retrouver... Bien conscients que ce ne serait pas toujours une partie de plaisir, tant notre héros excelle dans l’art de la dissimulation, nous savions dès le départ que nos tentatives seraient aussi plus ou moins heureuses...
Tantôt conquis par la véracité, tantôt honteux d’aller farfouiller dans ses affaires, tantôt coupables d’avoir provoqué sa fuite, toujours pris dans la magie de ses récits, nous avons recherché le nerf de sa palpitante création... Dans ce film aux allures de recueil d’entretiens cinématographico-littéraires, nous n’avons fait aucune l’économie d’aucune étape de notre propre initiation autofictionnelle : celle d’une équipe de tournage dans tous ses états, constituée de trois documentaristes, qui se voient donner des leçons de jeunesse et de poésie par un éternel voyou du récit !
Voilà enfin ce film. Intitulé « SCHIZO FRÉGNI » il relate nos premiers balbutiements et notre déambulation dans son univers, entretiens et éléments fictionnels à l’appui.
Le romancier nous accueille au coin du feu d’un chalet particulièrement isolé des Hautes-Alpes (en référence à un passage du roman « Les vivants au prix des morts »), pour nous entendre sur la manière dont nous allons nous y prendre pour lui tirer le portrait, tout en nous mettant dans le secret de son drôle d’état d’amnésie littéraire pour enfin accéder aux méandres de sa création.
« Un homme plus sombre que la nuit rôde autour d’une maison. La montagne est partout. Il pousse un portail, fait quelques pas vers les murs, écoute... Un torrent gronde quelque part là-bas dessous. Il approche son oreille d’un volet, cesse de respirer... Il se retourne, scrute les profondeurs noires du jardin. Il allume une lampe frontale, tire un pied de biche de son sac et s’attaque à la porte qui geint et pleure doucement. Son téléphone vibre dans sa poche. Il décroche... »
Et nous voici brutalement propulsés dans le monde du réel, le réel de trois documentaristes qui ont rendez-vous avec l’auteur de roman René Frégni afin de faire un film sur et avec lui.
La rencontre a lieu dans un chalet isolé des Hautes-Alpes ressemblant à s’y méprendre à celui où René le personnage principal en cavale dans « Les vivants au prix des morts » avait trouvé refuge. Au fil des entretiens où fictions et histoires personnelles se mêlent, c’est le geste d’écriture comme élément vital qui est recherché dans un moment où le romancier est en panne de mots « Je ne sais plus trouver mes mots, mon stylo me fait peur, mon cahier me fait peur... » C’est du moins ce qu’il dit. Ces entretiens au coin d’un feu salutaire permettent de mieux approcher la démarche de l’écrivain, la nécessité qui s’est imposée à lui de lire, puis d’écrire, de créer. René refuse toujours de se retourner sur les lieux de son écriture pourtant tout proches.
« Je ne reviens jamais sur les lieux qui m’ont inspiré ». Il laisse les trois compères se débrouiller avec cela. Ils vont essayer de retrouver les témoins, de reconstituer les situations pour démêler les fils de cette construction littéraire. Sans y parvenir vraiment. De nouveau pris dans le monde imaginaire d’un homme-écrivain en cavale René Frégni se voit obligé de s’enfuir de nouveau. « Cinq silhouettes tournent autour des murs, observent puis pénètrent dans le chalet. Ma planque est brûlée. Maintenant il faut fuir. Encore et toujours, fuir... Dans un moment les chemins seront noirs, glacés. »
Le film se termine sur ces mots puisés comme d’autres de l’imaginaire de l’auteur. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 AOÛT-SEPTEMBRE 2025

 MURIEL SIVAZLIAN

JPEG - 9 kio Capitaine-pilote de sous-marins (niveau 2) et scaphandrier. Fille de la Comex fascinée depuis l’enfance par l’équipe du Commandant Cousteau, Muriel Sivazlian vit un jour - à la télévision - des hommes marcher et travailler sous l’eau… un chalumeau à la main ! Ces hommes reliés au reste du monde par un ombilical semblaient être les proches cousins d’astronautes et cela lui a tellement plu qu’elle en a été fascinée.
« Leur planète n’était pas située à des années-lumière de la nôtre, dit-elle. Mais juste là ! Sous le niveau de la mer, à quelques brasses à peine. Entre Tintin, Gagarine et le capitaine Némo, ces hommes semblaient pouvoir tout faire. Ça m’a plu et peu à peu le commandant Cousteau a fait place au président Delauze, fondateur de la Comex à Marseille. Plus encore que l’univers des poissons je venais de découvrir celui des scaphandriers sans savoir que je les rejoindrai un jour. C’était l’époque où femme-scaphandrier ça n’existait pas ! »
Muriel Sivazlian, je l’ai découverte à la télé un jour, seule femme-scaphandrier de France, lors d’un reportage qui lui était consacré sur France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur. Et si Muriel Sivazlian ne lit pas beaucoup de polars, elle adore néanmoins Corto Maltese, et sa vie en revanche, est une grande aventure ! J’aurai pu rester des heures à l’écouter parler des fonds marins, des pirates, des corsaires, du Titanic, de la vanité de ceux qui sont descendus bien trop profond pour le voir et ont exploser face au monstre brisé, et de ses rencontres insolites au fond de mare nostrum. Une grande dame passionnée entre fée aux yeux couleur de mer qui rêve éveillée et sirène baroudeuse de l’océan.

Elle sera notre « Témoin surprise » de la Rencontre littéraire du 21e festival Blues & Polar consacré au Polar et la Méditerranée le samedi 30 août à 18 h à la chapelle de Toutes-Aures à Manosque.

1.BLUES & POLAR. Muriel, on ne se réveille pas un matin, enfant, en se disant je veux être scaphandrier. Il y a une rencontre, un lieu, une scène qui vous a fasciné au point de ne plus avoir que ça en tête ?
MURIEL SIVAZLIAN JPEG - 18.1 kio « Exactement ! Moi je suis une enfant de la télé. Et mes parents avaient une maison aux Lecques près de la mer. Le jour où j’ai mis un masque vers 3-4 ans j’ai halluciné de voir le spectacle des poissons, sous l’eau à leur hauteur. Faut dire que j’étais un peu kamikaze. … Quand j’ai eu 6 ans, mes parents me couchaient à 20 heures pendant qu’ils regardaient l’Odyssée du Commandant Cousteau à la télé. Moi je me faufilais discrètement, en silence, sous la table du salon et un jour j’ai vu des gars de la Comex qui soudaient sous l’eau et j’ai trouvé ça terrible. Mes parents qui m’avaient inscrit à une école privée ont eu la surprise de découvrir un jour que j’utilisais l’argent de l’école pour prendre des cours de plongée sous la mer. Ils m’ont alors dit de passer mes Brevets de navigation et je suis allé taper à la porte de la Comex. J’ai été prise pour aider un peu à tout… et j’ai tout découvert sur le tas, par mimétisme. J’ai regardé faire les plongeurs et un jour j’ai plongé avec eux. À cette époque, j’étais la seule femme-scaphandrier et comme j’étais plutôt menue, c’est un gros avantage pour se déplacer sous l’eau. On m’appelait la « girelle ». Puis j’ai entretenu le premier sous-marin à atteindre les – 70 m ; c’était le Remoura et je l’ai piloté un jour. Je suis alors partie ensuite à l’École de plongée et je suis devenue la première femme-scaphandrier. Les copines disent scaphandrières aujourd’hui ; moi je m’en fous…
C’est à la mort du commandant Cousteau que j’ai saisi la chance de partir sur le bateau affrété par Canal Plus car il y avait pas mal de néophytes à bord de cet engin de 68 m appelé « L’Océan voyageur ». J’ai fait ça pendant neuf ans, puis les sous-marins ont été rachetés par le cinéaste James Cameron. »

« Si j’étais née 200 ans plus tôt, j’aurais été pirate. » MURIEL SIVAZLIAN

2.BLUES & POLAR. Quand on va sous l’eau est-ce qu’on voit le monde différemment suivant les profondeurs ?

MURIEL SIVAZLIAN « Tout à fait ! On ne voit plus la vie du quotidien quand on est au fond. Dès les 500 premiers mètres les poissons changent. On sort de la bouillabaisse pour arriver à la transparence. Les poissons deviennent translucides et la première fois que j’ai vu ça aux commandes du petit sous-marin de la Comex, j’ai eu l’impression de rentrer éveillée dans un rêve, car sous l’eau au fond, tu vois des volcans, des collines… C’est magique !
D’ailleurs je ne faisais pas pipi de 12 heures pour ne pas être remplacée. Ces sous-marins-là, on les entretenait nous-mêmes comme des chevaux de course. On les bichonnait. Aujourd’hui je ne supporte plus le monde en surface. Il ne m’a jamais fait rêver.
Je pense qu’il faut vivre dangereusement et j’ai toujours trainé la savate. Sous l’eau ce n’est que de la découverte. Si j’étais née 200 ans plus tôt j’aurais été pirate, car ils délivraient les esclaves les « Black sail » et ils ont même inventé la Sécurité sociale car ils indemnisaient les marins qui n’avaient plus de job après un naufrage. Le Corsaire c’est différent ; c’est le gendarme d’aujourd’hui en mer. »

3.BLUES & POLAR. Muriel, est-ce que c’est la jungle sous l’eau, même en dehors de la question écologique ?
MURIEL SIVALZIAN « Le seul primate dangereux pour la mer c’est l’homme, Jean-Pierre ! On tire la sonnette d’alarme pour nettoyer la planète du plastique, mais en plongeant dans toutes les mers du monde, j’ai vu tellement d’horreurs. En Inde, ils jettent tout à la mer...
Mais si on ne sait pas sauver la mer, ce sera la fin de tout. Il suffirait juste de la respecter. Plus on descend vers le fond, on voit que les poissons vivent en harmonie. Comme il y a moins d’oxygène, ils sont moins virulents, moins agressifs, plus calmes. Ils ne vivent que des déchets qui descendent vers le fond.
L’incroyable, c’est qu’on va dans l’espace et qu’on ne connait que 10 % des fonds marins. Mon plus beau souvenir, c’est quand tu es à 1000 mètres de profondeur en petit sous-marin et que tu traverses des montagnes, des falaises et que ton passage crée des avalanches. Et quand tu allumes la lumière dans ces endroits où personne n’est jamais venu toute la bioluminescence apparaît. C’est féérique et magique.
Je n’ai jamais vu ça sur terre, c’est un vrai feu d’artifice sous l’eau. La mer ça te nourrit, ça t’apprivoise, elle te met à genoux, car elle a tout remplacé. On vient de l’Océan !
Maintenant j’y vais moins en plongée car j’ai passé 60 ans, mais je fais partie des « Compagnons du Saga » ; alors si on pouvait faire quelque chose pour la France à travers la Méditerranée pour valider des sous-mariniers, ce serait formidable. »

LA QUESTION +. En dehors du métier, est-ce qu’il y a de la place pour la musique et la lecture ? Blues et polar par exemple ?

MURIEL SIVAZLIAN. « Oui j’adore les deux. Je lis un peu de tout. L’Alchimiste, 100 ans de solitude, des biographies de personnages connus ou inconnus, mais j’aime les BD et notamment Corto Maltese le marin... J’ai aussi fait du piano dans ma jeunesse et… ça va vous plaire Jean-Pierre j’aurais aimé savoir jouer de l’harmonica."

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 JUILLET 2025

 PIERRE POUCHAIRET

JPEG - 10.4 kio Après Carole Declercq, une de nos cinq Coups de cœur Blues & Polar/Comte de Provence 2025 pour son remarquable roman qu’est Embrasser mes étoiles (éditions La Trace) traitant de la mafia et de ses méfaits familiaux, c’est Pierre Pouchairet déjà venu à deux reprises à Blues & Polar qui est mon invité de mi-juillet, car sa série littéraire « Les 3 Brestoises » (qu’on adore et qui compte déjà 8 tomes) va devenir une série télévisée pour France TV. Le tournage a d’ailleurs débuté du côté de Brest. Et on est impatient de découvrir la bande-son de la série, car les trois charmantes dames (commandante de police, médecin-légiste et magistrate) sont aussi les piliers d’un groupe blues-rock qui est leur bouffée d’oxygène, et elles sont comme on aime : fans de Rory Gallagher, Dr Feelgood, Eric Clapton, Pink Floyd, Jeff Beck... Ce n’est qu’une fiction m’a toujours dit Pierre, mais là, il va bien y avoir de la réalité du côté de Loctudy. Pierre Pouchairet (ancien flic, officier de liaison de l’office des Stups à Beyrouth et Ankara, attaché de sécurité intérieure en Afghanistan et au Kazakhstan…) est une plume comme on aime qui manie la fiction avec un sens des réalités qui nous permet d’apprendre beaucoup sur des sujets méconnus. Son « Mortels trafics » Prix du Quai des orfèvres a été adapté à la Télévision pour Amazone prime sous le titre de « Overdose » par Olivier Marchal.
Moteur !

1. BLUES & POLAR Pierre, tu es actuellement sur le tournage de ta série « Les Trois Brestoises » éditée par Palémon à Quimper, qui compte aujourd’hui huit exemplaires. Comment s’est passé ce passage d’un polar breton d’une maison d’édition régionale à une série télévisée, et sous quelle casquette suis-tu ce tournage ?

PIERRE POUCHAIRET JPEG - 18.6 kio « Aujourd’hui il y a le seul tournage de la série qui se fasse de nuit. Et il reste encore une semaine de tournage à Brets et sa proche région. En fait, tout est né d’une rencontre lors du Salon Bloody Fleury à Fleur-sur-Orne près de Caen en Normandie. Je suis arrivé en avance et il y avait un mec dans le même cas. On a parlé un peu, fait connaissance et il s’agissait en l’occurrence de Nicolas Jean un des créateurs de la série à succès HPI sur TF1 avec Audrey Fleurot. Et en discutant de ce que je faisais comme type de livre, il m’a pris le premier de ma série « Les Trois Brestoises » et m’a laissé sa carte… et moi la mienne. Et deux mois plus tard, il m’appelle et me dit qu’il avait acheté - et lu - toute la série des Trois Brestoises et qu’il aimerait en faire une série. Ça s’est passé comme ça, simplement, et ce tournage à Brest est un « pilote » réalisé à partir du 1er épisode de « Haine » avec un peu d’éléments de la suite… Ce premier livre qui débute l’enquête doit donner le ton. C’est Deborah Krey qu’on a vue dans « Invisibles » qui est la psychologue. Charlotte Gaccio (fille du Bruno Gaccio des Guignols de l’info sur Canal + et petite-fille du professeur Choron) qui joue dans Demain nous appartient interprète le médecin-légiste, et la flic c’est Garance Thénault qu’on a vue dans Meurtres sur la Côte bleue. C’est un film de 90 minutes et Stéphane Kappes le réalise. On lui doit notamment la série « Le crime lui va si bien » entre autres. Moi, je suis là comme un enfant émerveillé et emballé par ce qui m’arrive. Je regarde le bébé naître... et c’est génial. On me sollicite à l’occasion mais je n’ai aucun rôle officiel. Cependant c’est très intéressant et c’est un plaisir. Tout est tourné à Brest et les environs. La Bretagne fait partie intégrante du décor… et il n’y a pas eu un seul jour de pluie ! »

2. BLUES & POLAR Ton roman « Mortels trafics » authentique polar entre Espagne et France et des policiers aux cultures différentes a reçu le prix du Quai des orfèvres en 2017 et Olivier Marchal l’a adapté pour Amazone sous le nom d’Overdose tourné au départ à Marseille puis à Toulouse et Paris. Qu’est-ce que l’on ressent lors de cette première expérience d’adaptation d’un de tes ouvrages ?

PIERRE POUCHAIRET JPEG - 16.4 kio « Là, l’adaptation de « Mortels trafics » était beaucoup plus éloignée de mon livre que « Les Trois Brestoises », car ça se passait à Toulouse et Paris avec le départ du film à Marseille et ça s’appelait « Overdose ». Mais l’esprit du bouquin y est. Et puis Olivier Marchal je le connaissais bien, même si on ne s’était pas vus depuis 30 ans. Il a un an de moins que moi, mais on a débuté tous les deux à la PJ de Versailles. Le tournage a duré 50 jours et j’ai dû être présent une vingtaine de jours. C’est un mec très sympa et c’était ma première adaptation sur petit et grand écran. Mais du livre au cinéma ou la télévision, il y a tout un processus. Contractuellement, tu n’es pas associé au film, mais quand tu fais des suggestions sur le métier de flic par exemple, elles sont prises en compte. Au départ, les droits de ton livre sont achetés pour une certaine durée par une maison de productions afin de bloquer les droits en exclusivité. Ensuite, il faut qu’il y ait une commande. Pour Olivier Marchal c’est Gaumont qui a vendu les droits à Amazone prime. Et là pour « Les Trois Brestoises » c’est France TV qui a acheté les droits. Mais faut pas s’arrêter au truc financier, t’es juste émerveillé ! ».

3. BLUES & POLAR. Ton passé de grand flic dans les Stups et la Sécurité intérieure en dans le Bassin méditerranéen… m’oblige à te poser la question. Quel regard portes-tu sur tout ce qui se passe actuellement dans cette région du monde en Israël, Palestine, Liban, Syrie, avec les mollahs en Iran, les talibans en Afghanistan... ? Car malgré les guerres, les trafics de toutes sortes doivent se poursuivre. Tu es le premier à m’avoir parlé du fameux Captagon cette drogue en comprimés qui te rend invincible il a près de dix ans….

PIERRE POUCHAIRET JPEG - 16.5 kio « Je ne suis pas vraiment surpris. Mais l’emballement avec lequel on s’est empressé de soutenir les anciens djiadistes-terroristes de Daech qui ont pris le pouvoir à Damas en Syrie et suscité la fuite de Bachar El Hassad m’étonne beaucoup. Je trouve cela hallucinant ! Je ne pense pas que ça puisse aller mieux. Ils se savent surveillés par la communauté internationale, alors ils sont prudents, mais je ne suis pas très optimiste.
Israël et Palestine, ils ne s’aiment pas et ne s’aimeront jamais. Quant à Netanyahou qu’on considère comme le diable, il faut se souvenir qu’Israël est un état démocratique dirigé à la proportionnelle intégrale, et que ce sont 3-4 députés messianiques religieux d’extrême-droite qui se retrouvent à faire pencher la balance d’un côté, car les forces en présence s’équilibrent. Notre premier ministre François Bayrou qui porte le scrutin proportionnel dans son cœur devrait s’en souvenir. Dans l’esprit c’est louable, mais c’est un danger aussi.
Quant au Captagon que la Syrie concevait et qui rapportait beaucoup au régime de Bachar El Hassad il y a encore des millions de comprimés dans les réserves m’ont dit d’anciens collègues et le trafic continue. Tu ne te fais pas exploser sans un truc qui te donne l’impression d’être invincible… Ce n’est pas nouveau ! »

LA QUESTION +
Parlons musique Pierre ! Quelle va être la Bo des Trois Brestoises très portées sur le blues-rock britannique, et qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ?
PIERRE POUCHAIRET JPEG - 14.7 kio « Au risque de te décevoir, la Bretagne est quand même très présente dans la série des Trois Brestoises et ça va sûrement avoir une sonorité bretonnante… Mais pour le moment les trois filles veulent reformer le groupe ; ça ouvre des portes ! Sinon, j’écoute beaucoup une chanteuse de country-rock que m’a fait découvrir ma femme. Elle s’appelle Mattiel Brown. Et puis je viens de m’acheter le coffret de sept albums inédits du boss Bruce Springteen qui vient de sortir. Bonjour à Manosque et à Blues & Polar ! »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 JUIN 2025

 CAROLE DECLERCQ

JPEG - 12.8 kio L’auteure de la passionnante saga « Les désobéissantes » (4 tomes dont le dernier paraitra le 5 juin en librairie) dont l’action se passe pendant la Seconde Guerre mondiale écrit aussi sur des sujets très proches du roman policier. Elle est un de nos cinq « Coups de cœur Blues & Polar/Comtes de Provence 2025 » avec « Embrasser mes étoiles » paru aux éditions La Trace. Elle est notre invitée pour l’Interview 3 Questions à... de juin. JPEG - 6.5 kio Inspiré librement de l’histoire de Rita Atria : courageuse jeune fille issue du milieu mafieux qui a pris la douloureuse décision de collaborer au début des années 90 avec la justice, brisant ainsi la loi de l’omerta. Rita a vécu une enfance pleine de violence et de non-dits dans une famille différente des autres. Et pour cause : son père est le « parrain » d’une petite ville du centre de la Sicile. Autour d’elle, des hommes disparaissent, « bus par le soleil » ; les femmes sont des veuves impeccables qui portent avec orgueil l’uniforme du deuil ; les enfants sont des orphelins à qui l’on fait jurer vengeance dès le plus jeune âge. Lorsque le père de Rita est assassiné, le monde de la jeune fille s’effondre. Son frère, le seul homme encore vivant de la famille, est lui-même en sursis. Doit-elle se résigner à la mort ? Pour Rita, c’est hors de question. Au risque de faire voler sa vie en éclats, elle décide de mener sa propre vendetta. Elle va être soutenue dans sa démarche par le juge Paolo Borsellino. Mais on ne s’attaque pas impunément à la loi du silence…

1.BLUES & POLAR. Votre livre « Embrasser mes étoiles » nous emporte au cœur d’une famille sicilienne où le cœur, l’esprit et le sang battent depuis des lustres avec Casa nostra, la mafia qui est partout dans la vie quotidienne. Pourquoi avoir voulu aborder ce sujet toujours délicat et dangereux quand on s’attaque à la « pieuvre ? »

CAROLE DECLERCQ. « Le côté danger lorsqu’on aborde un tel sujet, je l’ai vu, mais je ne suis pas une journaliste d’investigation, ni une biographe. Je suis une romancière avant tout et avec les éditons La Trace qui sont mon deuxième éditeur je peux avoir une écriture plus littéraire qui est appréciée. Et je peux donc me faire plaisir au niveau du style. J’ai eu l’idée d’écrire sur la mafia quand j’ai décidé de partir en voyage en Sicile en 2017. En préparant le séjour je suis tombée sur des photos de Laetizia Battaglia dont les clichés étaient surprenants. Elle avait assisté aux obsèques et à l’enterrement de Rita Atria, cette jeune fille qui sétait suicidée parce qu’elle ne supportait plus de vivre dans une famille où le père était un parrain de la mafia à l’ancienne dans un village, et le frère et la mère suivaient sans se poser de questions…C’était le moment où le tristement célèbre Toto Rina avait lancé une OPA sur la mafia et en faire une pieuvre tentaculaire. Après son décès, Rita est devenue une icône du féminisme. Un livre a été écrit sur elle par une journaliste allemande Petra Reski et cette histoire m’a touchée. Car Rita savait que dans ce milieu qu’elle refoulait on ne fait pas long feu. A 16 ans, elle avait rédigé son testament et sa belle-sœur, plus âgée qu’elle, a été sa confidente avant de devenir un Témoin de justice auprès du juge Paolo Borselino. C’est elle qui a convaincu Rita d’en faire de même alors qu’elle n’était pas encore majeure… Cette petite fille qu’était Rita a été accueillie dans la discrétion la plus totale et protégé par une femme-juge car son dossier était une vraie bombe. Elle a été protégée longtemps, a déménagé plein de fois, mais à Rome elle a rencontré un garçon d’une culture complètement différente, plutôt bourgeoise… mais sans que cela débouche sur plus que ça.
Puis il y a eu les attentats de la mafia qui ont fait exploser la voiture du juge Paolo Borselino à Palerme, puis assassiné deux mois après à Palerme toujours, le juge Giovanni Falcone sur ordre de Toto Rina chef du clan des Corleonesi faisant partie de Cosa Nostra. Tout ceci a fortement impressionné Rita car le juge Borselino la considérait comme sa propre fille... Elle a appris toutes ces morts à lé télévision, alors qu’elle était seule à Rome pour la première fois. Elle s’est défénestrée du 7e étage et suicidée volontairement ; telle est l’hypothèse la plus vraisemblable. Mais on ne sait pas trop aujourd’hui si Rita Atria la « piccirrida dell’antimafia » (la petite de l’anti mafia) n’y aurait pas été poussée… »

2.BLUES & POLAR. Vous avez choisi d’écrire une fiction courageuse à partir d’une histoire vraie qui se termine tragiquement. Mais la fin est ouverte néanmoins… On en dit plus avec la fiction, sur le féminisme notamment ?

CAROLE DECLERCQ. « Oui ! la fiction apporte une marge de liberté. On peut broder quand on n’a pas d’information sur un fait puisqu’on est dans la fiction. Je me suis permis d’interpréter pour combler des blancs. Et j’ai pris une certaine distanciation avec les faits. Mais il y a cet amour absolu que je nourris pour la Sicile. J’essaie d’en dire plus sur cette terre dure mais magnifique. Et les éditions La Trace qui réalisent de très beaux livres avec de belles couvertures m’y encouragent. Car ces éditeurs-là aiment la littérature. Moi j’aime celle de Giono et de Colette dont les histoires sont des épopés. Alors venir à Manosque pour le festival Blues & Polar grâce à ce livre « Coup de cœur 2025 » je suis vraiment ravie. J’espère pouvoir visiter le « Paraïs » de Giono et rencontrer Sylvie Giono, sa fille. »

3.BLUES & POLAR. La Méditerranée, cela vous parle Carole ?
CAROLE DECLERCQ. « Je suis professeure de latin, grec et lettres classiques. Alors, bien évidemment je suis une passionnée de la Méditerranée. J’ai d’ailleurs écrit un précédent roman « Les Enfants d’Ulysse » en 2021 qui raconte l’histoire de deux afghans ayant fui leur pays et qui sont perdus dans la nature.La méditerranée, c’est une vraie passion pour moi car j’adore les civilisations qui se sont développées dans cette « grande baignoire » qu’est mare nostrum. Et j’ai une autre passion pour la cité d’Aigues-mortes forteresse des sables voulues par Saint Louis. »

La question + Le Blues, c’est une musique qui vous touche ?
« Je connais forcément mais je suis surtout une fervente admiratrice de la musique baroque : Vivaldi, Corelli, Scarlattti, Bach, Haendel… »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 MAI 2025

  FRÉDÉRIC POTIER

Blues & Polar l’a déjà interviewé pour son livre visionnaire et éminemment prémonitoire « La Menace 732 » (Prix Edgar-Faure 2022) et pour son suivant « La poésie du marchand d’armes » car ce brillant énarque, également préfet, a été également conseiller au cabinet du Premier ministre et à la présidence de l’Assemblée nationale. JPEG - 6.1 kio Mais Frédéric Potier (44 ans) est aussi depuis le 17 décembre 2024 Délégué général de Régions de France. C’est la présidente de Régions de France la Toulousaine Carole Delga présidente de la Région Occitanie qui l’a nommé à ce poste.
Son nouvel ouvrage « La taupe de L’Élysée » sortira le 14 mai aux Editions L’Aube noire. (240 pages. Prix : 18 €). Mais Blues & Polar est en train de le lire en avant-première. Et il va faire du bruit dans tout le Landernau politique et médiatique !JPEG - 13.1 kio
Le résumé Juillet 1954. Le gouvernement de Pierre Mendès-France fait face à une crise inédite : des informations sensibles auraient fuité du dernier Conseil de Défense, mettant ainsi en péril l’opération militaire en Indochine et, plus généralement, la sécurité de l’État. Roger Wybot, directeur de la Surveillance du Territoire (DST) est chargé de débusquer la taupe qui se terre à l’Élysée. C’est dans un contexte ultrasensible de paranoïa et de peur face à la montée du communisme que Wybot va traquer ce traître qui, selon certains, pourrait bien être le ministre de l’Intérieur lui-même… un certain François Mitterrand !
Cette fiction, inspirée de faits réels, retrace l’histoire d’une affaire qui a secoué et passionné la France des années 50, et marqué au fer rouge les personnalités qui y ont été mêlées.
Un roman politico-historique fondé sur des faits réels, en pleine guerre froide. Un récit qui s’appuie sur des archives nouvellement accessibles, des témoignages et commentaires avérés, des évènements survenus qui donnent un réalisme sans pareil à ce texte extrêmement bien ficelé et construit.
Une description glaçante des coulisses du pouvoir par un haut fonctionnaire.
1956-2026 : le « procès des fuites » aura 70 ans dans quelques mois.

1.BLUES & POLAR Après le journaliste Patrice Duhamel (ancien patron de chaine du Service Public) qui vient de sortir un livre sur une photo mystérieuse de François Mitterrand prise en 1942 avec le maréchal Pétain, vous publiez « Une Taupe à l’Élysée » qui semblerait être François Mitterrand ! On est en 1954 à l’époque où il était ministre de l’Intérieur. Ce sont les archives nationales nouvellement accessibles qui ouvrent de telles possibilités ou est-on dans une pure fiction ?

FRÉDÉRIC POTIER « Ce n’est pas une fiction ! C’est un récit, car « l’Affaire des fuites » est bien réelle avec des documents « Confidentiel-Défense » qui se sont retrouvés dans la Presse et ont fait la Une des journaux dans les années 1950. Et avec le président du Conseil Pierre Mendès-France (nous étions sous la présidence de René Coty) qui demande au patron de la Direction de la Surveillance du Territoire (DST) d’enquêter sur son propre ministre de l’Intérieur. En l’occurrence : François Mitterrand ! Le sujet est de connaître les commanditaires de ces « fuites » dans la Presse car on est en guerre avec l’Indochine avec la défaite terrible à Dien Bien Phu et des négociations de paix doivent avoir lieu à Genève. Il s’agit en fait de la plus grande affaire d’espionnage en France des années 50. J’ai donc traité ça comme un roman, en pensant à John Le Carré en l’écrivant, car cela nécessite de beaucoup analyser lorsqu’on est un jeune diplomate qui en dehors de sa fonction diplomatique, écrit. Il y avait une véritable paranoïa contre les communistes à cette époque. N’oublions pas que l’on est quelques mois après l’exécution aux Etats-Unis des époux Rosenberg qualifiés d’espions pour les soviétiques. On voyait des espions partout… et il y en avait beaucoup ! Même en France, avec un agent double (un journaliste de Libération) qui alimentait un réseau d’information pour les services des deux côtés… L’incroyable, c’est que François Mitterrand a été innocenté dans ce procès qui a eu lieu en 1956 et a condamné, comme souvent, deux « lampistes ». Ce mécanisme de la rumeur a fragilisé la IVe République et a amené la suspicion sur des hommes de talent. »

2.BLUES & POLAR. Votre précédent roman « La Menace 732 » (Prix Edgar-Faure 2022) lu avec beaucoup d’attention par Blues & Polar était visionnaire et prémonitoire envers le futur proche avec la dissolution de l’Assemblée nationale, le marasme qui en résulte encore aujourd’hui et les risques de censure du gouvernement qui sont toujours possibles. C’est la proximité du pouvoir – vous venez d’être nommé Délégué général des Régions de France par Carole Delga – qui vous permet de faire des pronostics aussi crédibles ?

FRÉDÉRIC POTIER. “Je ne sais pas. J’essaie d’écrire pour conjurer mes angoisses car derrière l’Etat il y a des hommes… et des failles ! La démocratie occidentale est menacée par ça. C’est vraiment très fragile actuellement dans le monde. C’est ça que j’ai voulu traduire dans ce livre. Le poids de la rumeur et des ingérences étrangères via internet et les réseaux sociaux ça génère de la fragilité. Comme je l’écris dans ce récit, le code moral et l’intérêt général on a du mal à le voir aujourd’hui. Et l’histoire n’est pas finie. Il y a des attaques contre les juifs, contre l’Europe, contre la Presse. Lorsqu’on attaque les soubassements de la démocratie ça fragilise une nation. Car on n’est pas à l’abri d’une censure du gouvernement, ni d’une démission du président. Il le peut. La démocratie a une part d’incertitude comme l’écrivait Romain Gary. Il n’y a pas de fatalisme ni de résignation, et pour aider il faut tenir bon sur des valeurs incontournables. »

3. BLUES & POLAR. Est-ce que la fiction autorise tout à un écrivain ? Et croyez-vous plus aux Régions qu’à l’Etat ?

FRÉDÉRIC POTIER. « Dans le métier d’écrivain, oui la fiction autorise tout à son auteur. Moi je pars du réel en essayant d’imaginer un monde fracturé. Dans mon livre « La Taupe de l’Elysée » je me suis autorisé car cela était tout à fait crédible de créer un « fil rouge » avec la journaliste féministe Françoise Giroud, patronne de l’Express, femme de Jean-Jacques Servan-Schreiber qui voyait régulièrement François Mitterrand, Pierre Mendès-France et Roger Wybot Grand Résistant nommé patron de la Direction de la Surveillance du Territoire (DST) par De Gaulle lui-même. Ce « fil rouge » féminin donne une tournure romanesque à ce roman d’espionnage. En revanche je n’oppose pas l’Etat et les Régions. Il y a de la force dans les deux ! »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 FÉVRIER-MARS-AVRIL 2025

  SANDRINE COHEN

L’invitée « 3 Questions à… » de mi-février sur le site www.blues-et-polar.com est l’écrivaine, comédienne, photographe et réalisatrice Sandrine Cohen. Un véritable « couteau suisse » du Polar puisque auteure de « Rosine une criminelle ordinaire » Coup de cœur Blues & Polar/Comtes de Provence 2020 paru aux éditions du Caïman, mais aussi réalisatrice de « Meurtres dans le Cantal » rediffusé ce samedi soir sur France 3 et de « Meurtres à Chartres » dont le tournage s’est achevé récemment et vient d’être diffusé ce week-end sur la RTBF, en Belgique.
Elle publie chez Belfond noir son 3e roman « Antoine un fils aimant » sorti le 6 février. Une spécialiste du roman noir aux mots taillés à coups de serpe et d’une très grande humanité. L’interview est en ligne
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BLUES & POLAR. Quelle semaine Sandrine ! Deux téléfilms « Meurtres dans le Cantal » rediffusé sur France 2 et « Meurtres à Chartres » bouclé récemment, diffusé lui-aussi sur la RTBF. Et on y ajoute la sortie de ton 3e roman noir « Antoine un fils aimant » chez Belfond. Qu’est-ce qu’il s’est passé depuis ton premier roman « Rosine une criminelle ordinaire » paru aux éditions du Caïman de Jean-Louis Nogaro et « Coup de cœur Blues & Polar/Comtes de Provence 2021 ? JPEG - 88.5 kio

SANDRINE COHEN « Je pense (c’est peut-être un peu prétentieux) que je suis née pour raconter des histoires. Et la vie m’a proposé divers supports que je n’attendais pas comme la télévision, le documentaire et le livre. J’avais déjà réalisé des documentaires et à un moment j’ai même écrit des séries. Mais ça ne paraissait pas. Puis j’ai écrit un roman fleuve sur le crash d’un avion qui s’appelait « Les Rescapés » et là aussi ce n’est pas sorti. Je souhaitais des explications, mais ma vie a changé le jour où j’ai adopté ma fille et ce changement de statut m’a rendu pragmatique. J’ai ouvert mes tiroirs qui sont nombreux et j’ai ressorti le personnage de Clélia Rivoire enquêtrice de personnalité auprès des Tribunaux et qui est l’héroïne de « Rosine une criminelle ordinaire ».
Mon premier roman qui a plu à Blues & Polar ! Et là mes histoires personnelles ont trouvé une place. Cependant, il me manquait les plateaux de télévision qui font désormais partie de mon univers. Et tout a commencé juste avant le confinement. Là tout ce qui était en jachère s’est ouvert devant moi. Donc ça roule supe en ce moment. Et je suis ravie que les téléfilms français comme « Meurtres à Chartres » tourné pour France.TV soient diffusés en Belgique francophone avant la France. C’est toujours comme ça ! Ça sert de test. »
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2. BLUES & POLAR. La famille et la violence qu’on y trouve souvent est au cœur de tes trois premiers romans (**** étoiles à chaque fois pour Blues & polar) avec notamment les femmes et les enfants au premier plan, comme souvent dans les drames familiaux. C’est ton socle imaginaire naturel pour écrire ? Comme un besoin de témoigner ?

SANDRINE COHEN « C’est un peu les deux. J’ai vécu cela, j’en ai été témoin aussi, et j’ai appris sur les violences intrafamiliales avec mon propre parcours. Car c’est une sorte de violence singulière et je souhaite transmettre ma vision du monde qui est celle d’un monde solidaire, compris et apaisé via mon personnage de Clélia. Car si on comprenait mieux les violences intrafamiliales, on pourrait les prévenir et éviter tous ces drames que l’on retrouve quasiment chaque jour dans les journaux et à la télé… Une mère en détresse, c’est une mère en détresse, et donc il faut l’aider tout de suite !!!
Des Clélia Rivoire il y en aura six au total. Le prochain qui est déjà écrit traitera des troubles psychiques et sera donc issu du même univers. Clélia est une porte d’entrée pour moi...
J’ai aussi « Les Rescapés » ressorti de mon tiroir que je vais refaire et puis « Les Anges du désert » qui sera un téléfilm sur la précarité étudiante. »
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3. BLUES & POLAR. Clélia ton enquêtrice de personnalité qui n’est ni flic, ni psychiatre, ni avocate n’a pas vraiment les critères exigés habituellement pour intégrer le monde de la Justice et des tribunaux normaux. Elle fait penser à Lisbeth dans « Millénium » ingérable, rebelle, violente parfois, border line, mais aussi fragile et pleine d’humanité.
En revanche, elle possède un flair, un sixième sens, et un nez incroyable pour découvrir les failles et les odeurs du mal chez quelqu’un supposé au-dessus de tout soupçon. Elle est comme un grand sommelier dans un restaurant *** face à des échantillons de vins à déguster à l’aveugle et qui va identifier tous les crus, leur année, les cépages… mais aussi une pointe de foin, de goudron ou de poussière à la façon d’un enquêteur de police expérimenté et de haut-vol. Est-ce qu’il y a un peu, beaucoup, passionnément de toi dans Clélia Rivoire ?

SANDRINE COHEN « Il y a un peu, beaucoup, passionnément bien sûr. Clélia est la face de ma colère, de ma détermination et d’un certain sens de la Justice. Elle est un pit-bull et je la pousse au maximum. Mais c’est plus dans les familles que je mets des choses de moi. En revanche, dans ce qui fait son extériorité (habits négligés, postures, sexe…) ce n’est pas moi ! Clélia a néanmoins une capacité à s’indigner qui est très forte chez moi. L’impuissance face au mal me bouscule beaucoup et intensément. »

BLUES & POLAR. LA QUESTION + : Hormis la musique Classique qu’écoute Clélia pour se calmer et rêver, « Antoine un fils aimant » n’a pas une BO très fournie. C’était nécessaire ?
SANDRINE COHEN « Oui il y en a peu hormis le Classique, mais c’est souvent le personnage qui décide. Quand « Les Rescapés » vont vraiment exister il y aura de la musique avec un des personnages qui écoute FIP la radio du jazz et bien que je ne sois pas une spécialiste, c’est une musique qui m’émeut.
En revanche, j’écoute Zaho de Sagazan et je l’adore ! »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 DÉCEMBRE 2024

 SABINE WESPIESER

Ses livres sont facilement reconnaissables en librairie avec ses couvertures sobres d’un seule couleur unie très pop style Andy Wahrol reconnaissables entre mille. JPEG - 20.3 kio En cette fin d’année elle propose pour janvier et février 2025 deux ouvrages « La Longe » de Sarah Jollien-Fardel le 9 janvier et « Journée d’adieu » de John Mc Gahern le 6 février.
Sabine Wespieser a également édité des œuvres de notre défunt ami André Bucher poète-paysan de la Vallée du Jabron passionné de blues, de jazz, de rock, de Calvin Russel et de Nick Cave, et de polar invité deux fois à notre festival. Ces couvertures sobres et élégantes lui allaient comme un gant. Déneiger le ciel (2007) a paru chez Sabine Wespieser éditeur, après Pays à vendre (2005), Le Cabaret des oiseaux (2004) et Le Pays qui vient de loin (2003). Il nous manque ...

BLUES & POLAR. Cette passion des livres d’où vient-elle ? Est-ce que l’enseignement du Grec et du Latin a nourri cette passion dévorante ?
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SABINE WESPIESER. « Bien entendu ! J’ai un profil type de Littéraire et j’ai toujours été une grande lectrice. En fait, j’ai eu et fait un parcours prévisible. Il n’y a là rien d’extraordinaire. Mais à un moment, je me suis intéressée au désir d’aller plus loin que l’enseignement du Grec et du Latin à des élèves.
Dans les années 80 je ne connaissais absolument pas le monde de l’édition même si je lisais beaucoup. Il n’existait alors que deux formations pour découvrir ce monde, donc très peu, mais j’avais envie de pénétrer les lieux où se faisaient véritablement les livres, du texte à l’imprimerie, la réalisation puis le départ dans les librairies… Tout le cheminement du destin d’un livre. Et c’était la littérature contemporaine qui m’intéressait le plus. Et pour qu’un manuscrit devienne un livre il y a un cheminement et de nombreux métiers à apprendre et j’ai voulu apprendre tout ça, et je l’ai découvert « sur le tas ».

BLUES & POLAR. Vous êtes passée par Actes Sud pendant 13 années aux côtés du couple Hubert et Françoise Nyssen à Arles ; cette période vous a beaucoup marquée ?

SABINE WESPIESER. « Oh oui ! En 1986 je suis arrivée chez Actes Sud comme stagiaire, et ils m’ont encouragée. J’y ai tout appris avec Hubert Nyssen de qui j’ai été l’assistante, et de Françoise Nyssen évidemment.
Là-bas j’appris la fabrication d’un livre de A à Z et on me l’a expliquée. Car être éditeur, ça nécessite de connaitre la littérature et toutes les sortes de littérature. Cela nécessite du bon sens et de l’organisation, mais depuis 1986 les techniques de fabrication se sont radicalement transformées avec l’arrivée du numérique. Il y a aussi aujourd’hui une surproduction de livres qui n’existait pas à cette époque. Les techniques ont évolué également chez les écrivains qui nous amenaient des tapuscrits tapés à la main dur une Remington. Aujourd’hui, tout le monde travaille sur un ordinateur. "Mais la forme produit du sens… » me disait souvent Hubert Nyssen. Car si l’informatique produit une forme parfaite, le contenu – lui – est souvent peu convaincant. … » Personnellement, les fautes de frappe je préfère qu’il n’y en ait pas, car ça ne donne pas très envie de lire. Et s’il arrive qu’il y en ait une, les lecteurs ne manquent pas de nous le signaler. Moi, je suis plutôt du style « Pas de quartier pour les fautes ! »

BLUES & POLAR. J’ai l’impression que les éditions Sabine Wespeiser sont une maison à part avec beaucoup d’exigence. Comme si la sobriété élégante de vos ouvrages, notamment la couverture sans photographie rappelant la collection blanche de Gallimard, nous obligeait à aller au contenu exclusivement. Qu’en pensez-vous ?

SABINE WESPIESER. « Merci beaucoup. C’est tout à fait ça. C’est exactement ce dont j’ai eu envie avec pour objectif : publier peu, mais le mieux possible ! Et puis Maison d’édition cela a un sens dans l’édition. C’est-à-dire qu’il y a un lieu une vraie maison où l’on élabore des livres de A à Z. Mon choix de sobriété pour les couvertures, c’était de s’inscrire dans la tradition de la grande typographie française comme Gallimard, Grasset… Mais en 2002 quand j’ai créé ma propre maison d’édition, cela allait à l’encontre de la tendance de l’illustration photographique de l’époque. Et c’est pour ça que j’ai voulu faire autre chose en nous différenciant. J’ai toujours aimé la typographie, et cette petite touche pop que l’on a avec des couleurs pastel différentes pour chaque livre, est signée Isabelle Mariana, la créatrice de toute la ligne graphique de la maison. J’adore ce mariage du classique et de la fantaisie qu’elle apporte. Et pour compléter le tout, on est fidèle depuis le début de l’aventure à une imprimerie d’Abbeville (Somme) qui réalise nos couvertures, non pas en quadrichromie, mais en Ton direct. Cela permet une plus grande précision, une grande constance aussi et surtout d’obtenir une couleur particulière plus lumineuse. Les couleurs sont plus franches... mais cela coûte plus cher ! »

LA QUESTION +. Sabine, le Blues et le Polar, est-ce que cela vous parle ?
« Bien sûr ! Je suis peut-être plus jazz que blues car j’écoute en permanence TSF Jazz comme radio quand je travaille ou chez moi. Je n’édite pas de polar en revanche, mais j’en lis régulièrement. En ce moment, je lis David Joy qui n’est pas vraiment un polar mais qui parle du racisme, et j’aime bien le Bordelais Hervé Le Corre qui lui est un véritable écrivain de roman policier. Mais j’aime le polar quand il y a une exigence littéraire autant que policière. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


 NOVEMBRE

 MICHEL IVONIO

JPEG - 86.8 kio Le poète manosquin MICHEL IVONIO passionné de blues est mon invité du mois de novembre. Il est mon invité pour la sortie de Symphonia un recueil de textes contenant « Confession en blues » qui a été donné en avant-première du 20e festival Blues & Polar en co-production avec les Amis de ND de Romigier et de ND de Sant-Brancaï à la chapelle de Toutes-Aures à Manosque en août dernier. C’est un texte très fort sur la naissance du blues dans les champs de coton du Delta du Mississipi et ce que cela nous raconte de cette musique empreinte de toutes les émotions… Une voix qui jaillit avec une plume trempée dans une colère à la Ferré pour exprimer ce qu’est le Blues. Musicien, poète, compositeur, écrivain, bilingue franco-anglais, Michel Ivonio est un travailleur humble qui se confond avec les journées, les nuits et les saisons dit-il. Jusqu’à se dissoudre dans sa nature profonde. JPEG - 72.5 kio

1. BLUES & POLAR. Michel Ivonio, pourquoi cet intérêt si fort pour cette musique qu’est le blues ?
MICHEL IVONIO. « Ça vient de la radio en famille, quand j’étais gamin dans les années 60. J’avais 7-8 ans et selon les stations il y avait du rock et les prémices de la pop-music. Et ça vient aussi des Beatles et des cours d’Anglais qu’on avait en classe. J’ai eu une prof fantastique qui nous faisait faire des exercices avec les chansons des Beatles et c’était génial ! Ce qui m’a beaucoup marqué aussi c’est quand j’ai entendu pour la première fois John Lee Hooker. Il avait cette voix très typée et c’était complètement hypnotique quand il chantait « Boom Boom » repris plus tard par Eric Burdon et les Animals. Mais ça m’a aussi bougrement intéressé et interrogé car ça ne faisait pas partie de l’univers de la chanson française qu’on entendait à l’époque. Le premier disque que j’ai acheté – dans un magasin de hi-fi – c’était « Cry your love » de Jimi Hendrix puis le deuxième : Johnny Winter ! C’était du rock mais très teinté blues. En même temps j’apprenais à jouer de la guitare et tout ça va de pair avec la Culture générale. Car ce blues-là, ça va du rock à Arthur Rimbaud. Et si on s’y intéresse de plus près et qu’on va chercher un peu, on s’interroge sur le monde. Et on découvre là, qu’il y a des noirs et qu’il y a des blancs. Et que la musique transcende les choses. Et les Etats-Unis sont très cosmopolites au contraire de la France, à cette époque ! Je ne suis pas un puriste absolu du blues, mais le propos m’intéresse car il est porteur d’une certaine spiritualité. Néanmoins les textes du blues sont très souvent sulfureux, tout en diffusant aussi une rédemption. On se sort de la musique par le blues… »

2. BLUES & POLAR. Toi le poète, est-ce qu’il y a vraiment de la poésie dans le blues ?
MICHEL IVONIO. « Oui bien sûr ! On la trouve dans les chants car la langue anglaise et les textes du blues sont intimement liés. Il y a beaucoup de clichés qui deviennent des prières journalistiques pour les interprètes car il y a des rimes avec tout le spectre de la psychologie humaine. Ça va du plus cru au plus éthéré. Et moi je fais de la poésie sur le blues ainsi que des chansons. Le gospel est d’ailleurs très proche. Car les racines du blues sont mêlées et la langue anglaise en est le véhicule. Tu as ce qu’en ont fait les noirs. Ils l’ont valorisée avec l’apport de leur culture africaine. Moi je pense le blues comme un laboratoire de langue. Tu sais, il y a une littérature noire qui s’est installée aux Etats-Unis mais c’est surtout la musique et la danse qui sont les vecteurs les plus pratiqués. Moi je suis bilingue car j’ai travaillé plusieurs années dans le Tourisme culturel en Irlande mais je constate qu’en France, on pense l’Anglais avant tout comme une langue commerciale alors que c’est une langue très riche et que les noirs font vivre à leur manière. Et c’est une langue qui réserve des surprises. L’Anglais des années 60 a généré le rock ! Alors que la beat génération américaine des années 40 a rencontré le blues. Un recueil de poésie de Jack kérouac « Mexico city blues » qui est un très long poème en parle justement. Et c’est cela qui a créé la Culture moderne américaine. »

3. BLUES & POLAR. « Confessions en blues ! Pourquoi ce titre pour ton spectacle à géométrie variable qui s’inscrit dans ton recueil dénommé Symphonia ? Est-ce qu’il a un rapport avec Confessin blues, ce vieux morceau de Ray Charles...
JPEG - 25.4 kio MICHEL IVONIO. « Deux musiciens Jean-Philippe Watremez et Olvier Chabasse m’ont sollicité pour créer un concert poétique en hommage au Blues. Et j’ai pensé justement à ce titre Confessions en blues ; mais c’est bien après que j’ai découvert qu’il y avait un morceau de Ray Charles qui s’appelait « Confessin the blues ». D’ailleurs, à la fin du spectacle dans mon texte je conclus en clamant « I’ve got the blues ». Il faut faire vivre la poésie. Elle a besoin d’être partagée et déclamée ! »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

Le livre de Michel Ivonio « Symphonia » (éditions L’Harmatan) contenant le texte intégral de Confessions en blues est disponible dans les librairies ou sur le site de l’éditeur. Prix : 18€.

 OCTOBRE

 FABIENNE BOULIN-BURGEAT

JPEG - 56.8 kio L’invitée d’octobre de Blues & Polar pour l’Interview 3 Questions à… est Fabienne Boulin-Burgeat fille de l’ancien ministre du Travail Robert Boulin retrouvé mort dans un étang de Rambouillet en octobre 1979 et dont une révélation récente d’un témoin repenti affirme – ce que l’on a toujours pensé à Blues & Polar - qu’il a bel et bien été assassiné puis jeté dans l’étang du Rompu à Rambouillet… et ne s’est pas suicidé ! Bien trop de preuves ont été volées et supprimées au cours de l’enquête et la 2e autopsie du corps de Robert Boulin a révélé toute la manipulation incroyable mise en place sur sa dépouille. Bref, le combat de sa fille qui a commencé avec son livre « Le Dormeur du Val » ayant obtenu le Prix Blues & Polar /Comtes de Provence en 2011 va peut-être (et enfin, on l’espère) connaître son épilogue. Car les preuves d’une forte intimidation et d’un assassinat (non-prévu ?) s’accumulent de plus en plus. En revanche, la question reste : qui a commandité ce guet-apens qui aurait tourné en crime d’Etat ? La justice poursuit sa mission.
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1. BLUES & POLAR. Fabienne, comment avez-vous pris connaissance de l’existence du témoignage d’un témoin de dernière minute diffusé sur France 2 dans l’émission de Laurent Delahousse 13h 15 le dimanche qui confirmerait l’hypothèse de l’assassinat de votre père le 29 octobre 1979 ? Par la Justice, votre avocate, la télévision ou par cet homme ?
FABIENNE BOULIN-BURGEAT. « Tout d’abord, c’était une remarquable émission sur le fond d’une affaire d’Etat, de par sa longueur et ses explications. Et je suis d’ailleurs étonnée et surprise, en revanche, que très peu de médias aient réagi à la suite de cette diffusion pour en faire un prolongement. Mais pour ce témoignage recueilli par Marie-Pierre Farkas pour France 2, c’est moi, qui à la fin de l’été a vu passer sur facebook le témoignage d’un type qui écrivait « avoir été interrogé à Versailles dans le cadre de l’Affaire Boulin ». J’ai trouvé ça bizarre, mais comme je suis toujours très attentive à ce qui paraît sur mon père, j’ai fouillé un peu… Mais quand j’ai su que cette rencontre avait eu lieu 8 mois auparavant avec la juge chargée de l’Affaire sur la mort de mon père, qu’elle ne m’avait rien dit et m’avait caché ce témoin de dernière minute, je suis allée la voir à Versailles.
En fait, ce témoin que je ne connais pas, n’ai jamais rencontré, et qui est très malade, souhaite soulager sa conscience, et il faisait tout ce qu’il pouvait pour faire connaître son témoignage sur le pseudo assassinat de mon père qui ne s’est jamais suicidé, et il a appelé de nombreuses personnes. Et notamment un type à Libourne que je connaissais et qui m’a ensuite appelée. Moi je ne voulais surtout pas avoir de contact avec cet homme pour la régularité de l’enquête car dans ses révélations, il parle de mon père transporté à l’étang du Rompu à Rambouillet, mais aussi de 5 crimes commis sur d’autres personnes.
Marie-Pierre Farkas, fille du grand journaliste Jean-Pierre Farkas, elle-même journaliste à la retraite mais grande spécialiste de l’Affaire Boulin a interrompu ses vacances pour avoir un contact avec ce témoin et a réalisé le sujet qu’on a vu sur France 2 chez Laurent Delahousse. Et après vérification, tout ça se tient. Le Procureur a donc dit à la Juge « Tout ça devrait vous intéresser. » J’espère donc que ça va évoluer ! »

2. BLUES & POLAR. Cette déclaration d’un témoin sur un passage à tabac ayant mal tourné dans un lieu discret, mais proche du fameux club échangiste Le Roi René à Ville d’Avray - rendez-vous interlope très connu des politiques, des flics et des voyous, aujourd’hui fermé - vous inspire quoi ?
FABIENNE BOULIN-BURGEAT « J’ai 44 ans de combat pour la vérité sur la mort de mon père et 44 ans au beau milieu des hommes politiques corrompus et des mafieux. JPEG - 23 kio Le Roi René c’était un lieu où mon père n’est jamais allé mais où le Tout-Paris de la politique, du cinéma, de la télévision, du spectacle… se réunissait. Le témoin en question habitait en face du Roi René à Villle d’Avray et il rendait des services. Et comme il était souvent sur place, il entendait de nombreuses conversations… Et à l’époque, les gars du fameux SAC (Service d’action civique) sorte de garde prétorienne au service du général de Gaulle étaient souvent présents. Le témoin prétend donc avoir entendu une conversation des assassins de mon père parmi lesquels un ancien catcheur aujourd’hui décédé, qui l’auraient battu à mort dans un petit village nommé Galluis, dans les Yvelines, non loin du Roy René. Et ils l’auraient ensuite jeté à l’eau. On est donc loin d’un suicide ! »

3. BLUES & POLAR. Et maintenant ? Est-ce qu’enfin on va connaître la vérité ?
JPEG - 223.5 kioFABIENNE BOULIN-BURGEAT : « Pour l’instant, la Juge qui s’apprêtait à fermer le dossier a dit C’est minuit moins une ! Donc, la Justice se sent obligée d’enquêter sur le témoignage de cette personne. C’est mon avocate Marie Dosé qui suit tout ça car ce témoin est très important. Il faut bien se souvenir que dès le départ l’enquête a été sabordée. Les premières photos du corps prises par la Gendarmerie ont été voilées au développement. Tout est faux. J’ai réussi à organiser une reconstitution citoyenne (ci-dessus) qui n’a aucune valeur juridique mais les deux médecins-légistes présents affirment via les photos de l’époque que mon père a reçu des coups violents à la tête… et qu’il n’a pas pu se faire ces blessures tout seul en se suicidant. Tout est faux et j’aimerai qu’on affirme déjà que rien ne prouve le suicide. J’espère que la vérité éclate et qu’une véritable enquête soir faite. Beaucoup de gens sont morts depuis le 29 octobre 1979, mais il y a encore beaucoup de monde à interroger. Le Secrétaire de l’Elysée Claude Guéant qui était de permanence le soir de la mort de mon père n’a jamais été interrogé à ce sujet. Plein de gens savaient déjà à 2 heures du matin, bien avant l’annonce officielle du « suicide » de mon père, qu’il avait été tué. Tout ça n’a rien à voir avec la gauche ou avec la droite, et on ne veut pas que ça se sache ! JPEG - 54.8 kio A l’époque, dans l’appareil d’Etat, le SAC via l’OAS, avait pris une part importante comme un système mafieux à l’intérieur du régime. C’est un vrai roman policier ! Mais on ne m’entend pas ; on ne m’écoute pas ! Toute la vérité ? Je ne sais pas ! Mais je veux savoir qui était - et est encore peut-être – derrière tout ça. Pendant ces 44 ans d’omerta, il y a eu beaucoup de personnes mouillées à divers niveaux (vols de preuves, disparitions, dossiers égarés…) et elles doivent assumer leur responsabilité. Cette émission de Laurent Delahousse réalisée avec Marie-Pierre Farkas était absolument remarquable. Elle doit faire bouger les choses ! »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


 JUILLET-AOÛT

 JÉRÉMIE CLAES. POUR SON PREMIER ROMAN, LE CAVISTE BELGE AMATEUR DE JAZZ ET DE GRANDS CRUS NOUS OFFRE UN THRILLER DE DERRIÈRE LES FAGÔTS...

BLUES & POLAR. C’est votre premier roman et c’est un coup de tonnerre pour les lecteurs de Blues & Polar. C’était une urgence d’écrire ? JPEG - 3.5 kio JÉRÉMIE CLAES : « Oui vraiment ! Mais une urgence à retardement, car j’ai commencé ma vie dans le théâtre et j’écrivais également des nouvelles et des pièces de théâtre. Mais ça ne nourrit pas son homme et j’avais besoin de travailler. Je suis donc devenu caviste à Bruxelles. En fait, depuis que je sais écrire j’ai voulu devenir écrivain. J’ai aussi toujours lu et aimé entendre raconter des histoires. J’avais plein de choses en tête depuis fort longtemps. « L’Horloger » qui est mon premier livre, je l’ai eu en tête il y a vingt ans avec d’autres situations, mais ça m’est resté en tête. La trame d’un roman pour moi se nourrit de nos obsessions et de nos engagements. Moi, c’est la liberté avant tout. »

BLUES & POLAR. Comment est né ce thriller qui touche à la politique, au futur plutôt proche et à la situation actuelle dans le monde, notamment au Proche-Orient ?
JPEG - 51.3 kio JÉRÉMIE CLAES  : « Au moment de l’assaut du Capitole à Washington quand Donald Trump président des Etats-Unis ne voulait pas reconnaître sa défaite et également quand j’ai appris l’élection de Trump un matin en écoutant la radio. Je me suis dis à ce moment-là, qu’avec cette personne le monde allait changer… et l’avenir m’a donné raison. Nous sommes depuis, dans une période troublée et violente avec des opinions très tranchées. Et la nuance est difficilement exprimable et ça c’est terrible ! Car il n’y a pas d’exclusive dans le racisme, et on le retrouve dans des camps et opinions opposées. J’ai fini d’écrire « L’Horloger » peu après l’assaut du Capitole et là, on se disait que Trump était fini. Eh bien non ! C’est triste et navrant mais l’éducation et la connaissance n’ont plus lieu d’être en politique de nos jours. L’avantage quand on écrit un livre, c’est qu’il n’y a aucune concision obligatoire car on est aussi en partie dans la fiction. Mais surtout il ne faut pas que ce soit emmerdant ! »

BLUES & POLAR. Vous avez grandi à Forcalquier dans les Alpes-de-Haute-Provence près de Manosque et vous êtes caviste à Bruxelles. C’est dû à quoi ce parcours ?
JÉRÉMIE CLAES : « Ma grand-mère était des Alpes-Maritimes et habitait dans ce merveilleux petit village des hauteurs au-dessus de Grasse, surplombant la Méditerranée qu’est Le Gourdon. C’est là que j’ai rencontré ma compagne, et ma grand-mère ayant de la famille à Forcalquier j’ai donc passé mon enfance au Gourdon avec des passages à Forcalquier aussi. C’est donc avec un plaisir infini que je suis heureux d’être invité à Blues & Polar pour vos 20 ans. J’en profite pour remercier Muriel Gaillard du site Blues-et-polar.com qui a été la première à écrire une critique sur mon livre… et elle était formidable ! Comme je faisais des chroniques sur le jazz à la Radio Belge, j’ai eu beaucoup de Presse et j’ai été invité à Quai du Polar à Lyon et à Mouans-Sartoux (Alpes-Maritimes) bientôt. Les ventes sont excellentes ; mais pour moi les mots de Muriel Gaillard sont inoubliable. Je serai ravi de la rencontrer à Manosque. »

LA QUESTION + BLUES & POLAR. : Votre BO musicale est très jazz avec de petites touches blues, c’est personnel ?
JPEG - 108.9 kio JÉRÉMIE CLAES  : « J’adore le jazz car c’est la musique de la liberté. Et ça me remue toujours d’écouter un morceau de Thélonious Monk ou Miles Davis. Mais Monk c’est particulier je l’ai écouté en boucle pendant toute l’écriture de « L’Horloger ». Je connaissais Blues & Polar et je suis très heureux d’y venir en étant un des « Coups de cœur » du festival. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


 JUIN

  ÉRIC ÉMERAUX ex-patron de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité, les génocides et les crimes de guerre (OCLCH)

Après ANGELINA DELCROIX auteure de « Mémoires d’un expert-psychiatre » (Hugo thriller) « Coup de cœur Blues & Polar/Les Comtes de Provence 2024 » un 5e et dernier Coup de cœur Blues & Polar a été décerné à Eric Emeraux ex-patron de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité, les génocides et les crimes de guerre (OCLCH). Tout juste retraité de la Gendarmerie nationale, l’ancien colonel déjà auteur de « La Traque est mon métier » (Plon) vient de publier le 23 mai son deuxième ouvrage « Quand l’abime te regarde » (Récamier noir).
JPEG - 26.2 kio 650 pages passionnantes que nous avons lues en avant-première et qui lui ont valu **** étoiles du comité de lecture de Blues & Polar… et une invitation à notre rencontre consacrée à la psychiatrie dans le polar, le samedi 24 août à la chapelle de Toutes-Aures à Manosque. JPEG - 397.9 kio

1.BLUES & POLAR. Que faisiez-vous à l’étranger Eric ? Vacances ou travail ?
ÉRIC ÉMERAUX« Je rentre tout juste de l’ISS WORLD à Prague en République Tchèque. C’est un Salon sur invitation Jean-Pierre, absolument pas ouvert au public… et très surveillé, bien évidemment ! C’est un peu la Foire de Paris, mais avec toutes les technologies de surveillance et d’investigations actuelles. On est là dans la haute technologie d’avant-garde. Il y a un côté James Bond avec même des espions parmi les visiteurs. C’est un Salon étonnant qui propose les nombreuses techniques actuelles existant dans le monde entier pour la reconnaissance faciale, la localisation 24 h sur 24…Et je crois qu’on s’oriente vraiment vers deux types de sociétés : soit celle sans aucun contrôle technologique au nom du principe de liberté ; soit celle avec l’installation de toutes les techniques modernes existantes à disposition. Mais cette surveillance accrue aura besoin d’un fonctionnement démocratique, car selon les mains du pouvoir dans lequel elle tombe les dictatures ont de beaux jours devant elles. Il y a un gros matériel de haut niveau qui est déjà prêt et où tout est prêt à être analysé, jour et nuit où que l’on se trouve. »

2.BLUES & POLAR. 650 pages pour un premier polar, c’est un très gros “pavé » à laquelle on doit s’attaquer ! Il fallait vraiment autant de pages - et un petit zeste de fiction – pour arriver à tout dire au beau milieu de cette complexité folle qu’a été la Guerre des Balkans et ses suites.
ÉRIC ÉMERAUX. « Et pourtant, on a réduit le volume... Mais ce qui m’intéressait c’était de partir de mes personnages et de Rhino mon héros. Donc pour bien comprendre il fallait que je remonte en 1994. J’aurais pu aussi faire plus court sur ce passage en ex-Yougoslavie, mais c’était vraiment nécessaire. Et je voulais aussi montrer qu’avec l’Ukraine actuellement on est dans une boucle et qu’on n’arrive pas à en sortir. D’ailleurs Poutine n’est pas si loin de Milosevic. Car l’idéal de pureté du peuple fonctionne en permanence. Et cela crée cette incarnation du « nous » qui rassemble et polarise la société. Avec toutes ces croyances religieuses ou pas, on crée la peur qui se transforme en haine de l’autre. C’est toujours le même mécanisme et le conflit entre Israël et Palestine, c’est pareil. Je me suis donc posé la question de faire plus court mais ce bouquin, c’est de l’horlogerie. J’avais tout préparé avec un « squelette » de l’histoire chez moi sur un mur, comme on le fait dans les enquêtes de Gendarmerie… et dans les séries Télé actuelles. Là, j’ai une traque d’un personnage sur plusieurs années qui s’appuie sur une véritable procédure judiciaire bien réelle autour d’un chèque de banque de 10 000€ qui a permis d’identifier le mis en cause. Cela a bien existé ! »

3. BLUES & POLAR. La CPI (Cour pénale internationale) a lancé des mandats d’arrêts contre trois hauts responsables du Hamas en Palestine, contre le président d’Israël Netanyahu, et contre Vladimir Poutine auparavant pour des crimes de guerre et contre l’humanité. La Justice internationale est-elle vraiment en marche ?
ÉRIC ÉMERAUX. « On parle de la CPI qui a délivré des mandats d’arrêts, mais on est toujours dans l’attente du retour des juges pour savoir si ces mandats sont recevables ou non ? Mais on est à un tournant. Car on a mené des actions de traque contre les auteurs de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité commis en Afrique. Et en Occident non. Il y a donc une demande de crédibilité aujourd’hui de la part des populations. Mais si c’est jugé recevable, cela va devenir compliqué pour ces cinq personnages de se déplacer. Néanmoins cela concernera les pays qui ont signé le Traité de Rome. Et la Chine, la Russie, et les USA entre autres ne l’ont pas signé. L’objectif du Conseil de sécurité de l’ONU étant la promotion de la paix, il serait important que les USA signent le Traité de Rome, enfin. Je suis allé tout récemment à Washington – pour la sortie de mon livre – en parler au Departement of State. Israël également n’a pas signé le Traité de Rome… Or, il est clair qu’il n’y aura pas de sécurité et de paix sans justice internationale sur cette planète. On le doit aux jeunes générations. »

LA QUESTION + DE BLUES & POLAR. Scorpions, AC/DC… la bande son de votre roman est très axée Métal. C’est un goût personnel ou le reflet de la période musicale en Ex-Yougoslavie ?
ÉRIC EMERAUX. « C’est vraiment un goût personnel. A 8 ans je voulais faire guitariste et j’ai fait Chasseur-Alpin ! Mais j’ai fait aussi le collège et le lycée militaire d’Autun en Saône-et-Loire où nous avions un groupe de rock et je jouais de la guitare. C’était très hard-rock. Mais un jour, j’ai quitté cet univers musical. Jusqu’au moment où j’ai craqué pour une nouvelle guitare et un ordinateur. Et j’ai découvert la MAO : musique assistée par ordinateur. Et assez vite je suis monté en gamme. Et je me suis lancé dans l’électro sous le pseudo de Matthias Ka et je me suis lancé avec des DJ. Et maintenant, je compose de la musique deep house, melodic techno ; c’est devenu une passion en plus de l’écriture. Mais à Sarajevo, il y avait une culture rock très Rive gauche parisienne à l’époque de la Yougoslavie. En Bosnie d’ailleurs, où l’on se retrouve dans mon roman, il peut se passer plein de choses de toutes sortes, ils chanteront toujours ! La musique a toujours eu beaucoup d’importance pour eux… et pour moi. Et je suis ravi d’avance de pouvoir en découvrir au festival Blues & Polar. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

* Eric Emeraux sera présent les 24 et 25 août au 20e festival Blues & Polar à Manosque pour signer et parler de son livre « Quand l’abime te regarde » sorti chez Récamier noir. Un des cinq Coups de cœur Blues & Polar/Comtes de Provence 2024.
L’INVITÉ DE JUILLET sera Jérémie CLAES caviste bruxellois dont le premier Polar « L’Horloger » sorti aux éditions Héloïse d’Ormesson est un des cinq Coups de cœur Blues & Polar/Comtes de Provence 2024.

 MAI

 ANGÉLINA DELCROIX

JPEG - 150.3 kio Auteure de thrillers et de romans policiers, elle intègre une école de la Gendarmerie Nationale - après une licence de génétique, - puis de suivre des études de psychothérapie et de criminologie. Son premier roman, Ne la réveillez pas paraît en 2017 aux Éditions Nouvelles Plumes. C’est dans ce premier opus qu’elle crée le personnage de Joy Morel, adjudante à la brigade de recherches de Meaux. Il est suivi par Si je serais grande (2018), Un peu, beaucoup, jusqu’à la mort (2019) et L’île des damnés (2021) et cette année Mémoires d’un expert-psychiatre Coup de cœur Blues & Polar/Les Comtes de Provence 2024 » et Prix des mines noires à Lens (Pas-de-Calais). Entre temps, en 2020, Angélina Delcroix a publié un essai baptisé « Synopsix » dans lequel elle met en scène Jessie Maure, elle-aussi auteure de thrillers qui s’intéresse à des affaires non résolues. Passionnée par la psychiatrie criminelle, Angélina Delcroix tente d’amener le lecteur avec elle dans les recoins les plus sombres de l’esprit humain.
* Angélina Delcroix sera présente au 20e festival Blues & Polar à Manosque qui aura pour fil rouge « Polar et psychiatrie », les 24 et 25 août 2024 à Manosque.

1-BLUES & POLAR. Est-ce qu’il y a pour vous un lien évident entre le polar, la psychiatrie et la criminologie, comme un tremplin pour écrire des romans ?

ANGÉLINA DELCROIX. « Oui bien sûr ! D’ailleurs, l’inspiration pour moi c’est surtout la réalité. Il y a énormément de faits divers relatés dans les journaux et à la Télévision. Dans ce domaine, j’avais été très impressionnée par ces deux infirmières (de 40 et 48 ans) tuées sauvagement à l’hôpital psychiatrique de Pau (Pyrénées-Atlantiques) dans la nuit du 17 au 18 décembre 2004 par un jeune homme de 21 ans. L’une d’elles avait même été décapitée. Ce double meurtre horrible avait provoqué un vrai séisme en France et posé la question de la gestion des malades mentaux. Car en 2022, après 17 années passées dans une prison psychiatrique, le coupable des faits est désormais traité comme un patient encore malade certes, mais plus sous un régime d’enfermement total. Et il y a eu beaucoup d’autres actes du genre en France, depuis des années, avec des personnes souffrant de troubles dits psychologiques. Alors oui, la psychiatrie criminelle existe et j’ai suivi des cours en ce sens à la Faculté de Droit de Nancy. On reste dans l’aspect théorique, mais j’ai voulu me perfectionner et j’ai fait l’Ecole de la Gendarmerie nationale pendant 3 mois à Chaumont. J’ai dû arrêter pour des raisons personnelles. Mais j’ai toujours été passionnée pour écrire et arriver à vivre de ma plume. Je me sens épanouie quand j’écris. Le polar est vraiment tout près de nous chaque jour. En fait, c’est une photographie de notre société. »

2- BLUES & POLAR. Ce sens du suspense qui vous est propre, vous en avez trouvé le mécanisme comment ? D’une manière technique et rôdée par bien des écrivains, ou plutôt de manière intuitive ?

ANGÉLINA DELCROIX. « Le mécanisme du suspense chez moi, il n’est pas calculé du tout. C’est au contraire très intuitif, sans technique précise ni calculée. Je ne sais pas où je vais quand je m’embarque dans une histoire. Mais il y a toujours un point de doute qui m’amène à poursuivre. Et le suspense, c’est la clé, mais faut que ce soit justifié et à bonnes doses. Trop de suspenses tueraient le suspense. »

3-BLUES & POLAR. Dans votre dernier roman Mémoires d’un expert-psychiatre vous mettez justement en évidence - comme le professeur Raphaël Gaillard chef de Service de l’Unité psychiatrique de l’hôpital Sainte Anne à Paris dans son livre « Un coup de hache dans la tête » – la notion de doute sur des décisions prises par les experts psychiatriques auprès des tribunaux. Est-ce qu’il y a là un doute et un vide juridique particulièrement dangereux pour la société ?

ANGELINA DELCROIX. « Oui clairement ! Car la psychiatrie n’est pas une science exacte. Que se passe-t-il dans la tête de l’auteur des faits criminels, avant qu’il agisse, pendant qu’il agit et après qu’il ait agit ? A-t-il eu une altération de ses capacités mentales ou une abolition totale de celles-ci qui le disculperait de la responsabilité de ses actes ? On le constate dans certaines affaires en Cour d’assises, tous les experts ne sont pas d’accord. Et cela pose la question du doute. Et de l’éventualité de la récidive… qui est au cœur de mon dernier roman. Personnellement, j’ai exercé comme Psychothérapeute et je me suis fait avoir une fois. J’ai été trompée par une patiente qui a attendu d’être arrivée au bout de la démarche et qui m’a avoué qu’elle m’avait menti et embobinée. Ça interpelle incroyablement car si le rapport des experts-psychiatres n’est que consultatif et informatif, il compte quand même. Néanmoins, la question « Comment protège-t-on la société ? » est toujours en suspens. Car il n’y a pas vraiment de durée de peine prononcée pour ces personnes qui partent en Unité Psychiatrique pour y être soignées. »

La question + « Le Blues c’est une musique qui vous parle ?
ANGÉLINA DELCROIX. « Pas trop, mais je vais découvrir ça à Blues & Polar. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


 AVRIL

 RENÉ FRÉGNI

L’écrivain manosquin – parrain historique du festival Blues & Polar - est mon invité de l’Interview 3 QUESTIONS à… pour la sortie de son recueil de nouvelles LES GABIANS SE LÈVENT A 5 HEURES. (Editions Cairn). Prix : 10€. 112 pages..
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1.BLUES & POLAR. “Les gabians se lèvent à 5 heures », c’est Éric Cantona qui t’a inspiré ce titre ? Tu ne connais pas sa célèbre phrase « Quand les mouettes suivent le chalutier, c’est qu’elles pensent que des sardines vont être jetées à la mer »

RENÉ FRÉGNI. « Non je ne connaissais pas. Mais à Marseille on ne dit pas les mouettes. C’est les gabians ! Cette série de nouvelles, ça remonte à avant le confinement. Une association marseillaise m’avait sollicité pour raconter Marseille à ma façon, de jour comme de nuit. Donc j’ai déambulé dans les rues pour y retrouver et recueillir les instants, les odeurs et les saveurs du quotidien. Je suis rentré dans les bistrots, les épiceries, j’ai rencontré les marchandes de poissons sur le Vieux-Port, les travestis à l’Opéra… En général, mes romans parlent d’une extrême émotion dans ma vie, mais là ce sont des chocs. Car la nouvelle, c’est vingt pages. Alors que la mort d’une maman, on peut en faire mille pages.
Je m’en suis donc tenu à la réalité de mes errances et ce qu’il est resté pour le titre c’était les gabians. Car les gabians c’est Marseille ! Je parle de l’OM évidemment, mais aussi de la solitude. Celle de mon père quand il a fini ses jours dans un EPHAD. Un jour après sa mort, l’huissier est venu chez moi pour demander un arriéré des repas de mon père qui s’élevait à 15 000€. Tu te rends compte. Je ne savais même pas que qu’il fallait payer les repas. Il m’a dit que si je ne payais pas, il avait le droit de saisir mon appartement. Là, jai vu rouge. Cet huissier j’aurais eu envie de le tuer. Et ça donne une nouvelle très forte, car quand je l’ai vu sur le palier imperturbable, je suis rentré chez moi pour réfléchir. Il y avait un grand couteau de cuisine sur la table près de l’évier car je cuisinais, mais j’ai pris le stylo ! Car le passage à l’acte, normalement tu ne le fais pas. Ça dépend vraiment de l’enfance. Il y a des criminels que j’ai croisés en prison qui l’auraient fait ! Sûr ! C’est trop violent un truc pareil ! Donc, la nouvelle, c’est bref mais ça te contraint à une très grande précision. En 15-20 pages, tu dois ciseler ton texte au millimètre, au scalpel comme un chirurgien. On ne peut pas avoir de « tunnel » - ce moment où l’on lit en diagonale parfois - dans une nouvelle. »

2. BLUES & POLAR. La Nouvelle est un style de format peu prisé en France, par rapport aux pays anglo-saxons. Coment expliques-tu ça ?

RENÉ FRÉGNI. “On a une tradition du roman en France depuis le XIXe siècle avec la Russie., comme une sorte d’impérialisme du roman. Et comme les Russes on adore les gros pavés de 500 à 1000 pages. Dostoïevski, Gogol, Tolstoï, Victor Hugo, Chateaubriand, Dumas… ce sont des « pavés » aussi. Alors que la Philosophie au XIXe siècle, c’était les Allemands. Ce qui fait qu’on méprise la nouvelle en France et la poésie aussi. Pourtant un nouvelliste, c’est quelqu’un qui a le souffle court. Ça correspond à l’accélération du temps que les Américains pratiquent avec une grande avance sur nous et c’est la raison pour laquelle ils aiment les nouvelles. Ça leur convient mieux. Mais un bon polar, c’est 500 pages ! »

3.BLUES & POLAR. Ton dernier roman “Minuit dans la ville des songes » élu « Meilleur roman francophone 2023 pour la Librairie francophone » de France Inter fait un carton, et ça continue. Un livre ça n’a pas de date de péremption ?
RENÉ FREGNI. « Madame Bovary, les œuvres de Victor Hugo, Céline, Alexandre Dumas… se vendent toujours. Même la Bible. Un bon livre comme « L’Etranger » de Camus ou Le Grand Meaulnes » c’est pareil. Les livres passent les siècles. Moi, il est sorti voici deux ans. Ce n’est rien du tout ! Là, j’ai dépassé les 33 000 exemplaires brochés. Mais un livre ce n’est pas un yaourt. Ce qui fait décoller des ventes au départ ce sont les médias, journaux, radios, télés... Tu en vends 20 000 disons ; et ensuite, c’est le bouche-à-oreille.
Mais l’émission de France Inter « La Librairie francophone » animée par Emmanuel Kherad est suivie par 1 200 000 auditeurs dans toute la francophonie, de Bruxelles au Canada, au Québec, en Afrique… C’est énorme comme retentissement. Je suis invité partout pour parler de ce roman. Là je pars en Bretagne dans le golfe du Morbihan et autour de Rennes pour animer des rencontres. Il y a beaucoup de librairies-restaurants qui sont animées par des jeunes femmes passionnées de lecture là-bas dans des villages. Mais avant, je vais à Quais du Polar à Lyon cette semaine où l’on m’a sollicité pour une conférence à l’hôpital psychiatrique de Vinatier Lyon pour parler du rôle de la Culture en secteur psychiatrique et en prison. Car avant d’écrire, j’ai travaillé plusieurs années comme Infirmier psychiatrique à Marseille et j’ai créé des ateliers de théâtre pour les personnes souffrant de troubles. Et on avait eu de très bons résultats. Mais la psychiatrie on va en reparler cet été à Manosque, pour les 20 ans de Blues & Polar. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


 MARS-AVRIL 2024

 PATRICIA TOURANCHEAU

 JOURNALISTE SPÉCIALISTE DES SERIAL-KILLERS, BANDITISME, FAITS DIVERS... ET RÉALISATRICE DE SÉRIES SUR NETFLIX.

Après Muriel Sivalzlian première femme-scaphandrière de France (toujours en ligne sur le site) , et capitaine de sous-marin (niveau 2) à la Comex, c’est la journaliste spécialiste de la police, du banditisme, des criminels et des faits divers depuis 35 ans, Patricia Tourancheau – invitée l’an dernier à Blues et Polar pour son livre Le Grêlé « Coup de Cœur Blues & Polar/Comtes de Provence 2024 » - qui est mon invitée pour la sortie de son tonitruant ouvrage Kim et les papys braqueurs » retraçant le braquage de la star de télé-réalité Kim Kardashian à Paris : 9 millions d’euros en bijoux, montre ! Elle est aussi l’auteure de Grégory, la machination familiale, du Magot et du Grêlé (Seuil), de Guy Georges, la traque (Fayard), ainsi que d’une quinzaine de documentaires. Elle a coréalisé pour Netflix la série Grégory, le film Les Femmes et l’Assassin sur Guy Georges et adapté Le Magot en série pour Canal +.
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BLUES & POLAR. On se marre bien en lisant ton livre « Kim et les papys braqueurs ». Personnellement, j’ai pensé aux Pieds nickelés la vieille BD du temps de Pilote et Tintin avec Croquignol, Filochard et Ribouldingue. Mais cette bande de braqueurs est-elle vraiment composée de « bras cassés » ou de types mal préparés et dépassés par l’époque actuelle ?

PATRICIA TOURANCHEAU. « Aomar le vieux « cerveau » supposé du braquage n’est pas une tête d’affiche du grand banditisme. C’est quelqu’un qui a de l’expérience, mais il a commis des erreurs avec ses présumés complices. Ils avaient des paires de gants de chirurgien pour se protéger des empreintes, et des traces d’ADN. Mais ils ont laissé des traces sur les rubans adhésifs et sur lesmenottes- bracelets en plastique qui liaient les mains de Kim Kardashian. Les braqueurs d’aujourd’hui ne sont plus ceux d’hier. La technologie de l’ADN a tellement évolué qu’il faut très peu d’ADN pour identifier quelqu’un. En conséquence, les braqueurs d’aujourd’hui redoublent de précaution. Ils avaient acheté leurs vélos sur « Le Bon coin » mais s’ils les avaient nettoyés à l’acide, ils ont oublié en revanche de contrôler si les pneus étaient bien gonflés. Résultat, celui qui avait le butin dans un sac se casse la gueule en vélo et éparpille des bijoux dont une croix sertie de diamants à 330 000 € (retrouvée le lendemain). De plus, ils n’ont pas pensé que Paris est truffé de caméras de vidéo-surveillance partout ! Ils ne soupçonnaient pas cet impact qui retrace tout leur parcours. Et il y a toute une série de photos dans mon livre qui retrace justement leur périple. « 

BLUES & POLAR. Les auteurs présumés de ce braquage très médiatique de Kim Kardhasian commis à Paris, dans son hôtel de luxe, dans la nuit du 2 au 3 octobre 2016 au moment de la Fashion Week sont aujourd’hui en liberté provisoire. Tu as pu en rencontrer quelques-uns et les interviewer. Comment est-ce que tu as pu entrer en contact avec eux ?

PATRICIA TOURANCHEAU. « Là j’ai ramé, mais je suis une pugnace et tenace ! Certains ont fait un an ou deux ans de prison… C’est Aomar qui en fait le plus. 3 à 4 ans. Mais il été réincarcéré après être sorti de taule. Incroyable, il ne se rappelait plus qu’il avait un sursis qui trainait quelque part… Et il s’est fait arrêter pour avoir volé des vis dans un magasin chez Leroy-Merlin. Donc sa remise de peine a sauté. Ça ne s’invente pas ! J’ai mis 2 ans ½ pour arriver à en rencontrer plusieurs. Je suis d’abord passé par leurs avocats, mais ce n’était pas le bon plan. J’ai ensuite essayé avec des contacts que j’ai dans le milieu, depuis le temps que je traque les faits divers. Et je suis allé aussi en Seine Saint Denis, en Val de Marne, d’où ces « bledards » d’origine algérienne sont issus.
A ce jour, les deux braqueurs dont l’ADN aété retrouvé et qui ont avoué à minima sont Aomar Aït Khedache et Yunice Abbas. Les huit autres concernés disent qu’ils n’y sont pour rien. La femme Cathy certifie qu’elle ne savait pas ce que son mec allait faire en Belgique… En fait, on a affaire à de vieux filous qui disent « On n’y est pour rien ! »

BLUES & POLAR. Il va y avoir un procès en Cour d’assises pour ce braquage commis en pleine Fashion week à Paris. Est-ce que Kim Kardashian sera là ?

PATRICIA TOURANCHEAU. « Moi, il y a des chances. Mais Kim Kardashian c’est plus aléatoire. Aujourd’hui, après cinq années d’instruction, on sait que le procès en Cour d’assises aura lieu à Paris du 28 avril au 25 mai 2025 et que Kim Kardashian est partie civile. Mais elle peut se faire représenter par ses avocats. A minima, il y aura vraisemblablement une intervention en visio-conférence. Néanmoins après son agression, elle s’est réfugiée et terrée à Los Angeles et elle a fait un long break sur les réseaux sociaux dont elle n’est sortie qu’en janvier 2017 quand la bande a été arrêtée via un tweet félicitant la Police française. Mais elle ne voulait plus mettre les pieds à Paris ! C’est ce qu’elle a dit la juge française Armelle Briand venue l’entendre aux USA le 7 février 2017.
Tout en mettant en scène en mars 2017 son récit du braquage dans L’incroyable famille Kardashian. « Je m’étais préparée mentalement à être violée » dit-elle… Alors, on ne sait jamais avec une influenceuse de cette dimension… Car elle est revenue plein de fois depuis à Paris, notamment début mai 2023 pour la Fashion Week.
Douze accusés sont donc renvoyés devant la Cour d’assises de Paris : Aomar Aït Khedache, Yunice Abbas, Didier Dubreucq, Pierre Bouanière, et Marc-Alexandre Boyer pour « vol sous la menace d’une arme, en bande organisée et séquestration de Kim Kardashian, Simone Bretter et Abderrahmane Ouatiki et pour « association de malfaiteurs ». Florus Héroui, Harminy Aït Khedache, Gary Madar et Christiane Glotin comparaîtront pour « complicité de ces crimes et association de malfaiteurs ». Marceau Baum-Gertner se voyant reprocher le recel d’or, bijoux et montres volés. François Delaporte reste suspecté d’appartenir à cette « association de malfaiteurs ». Tandis que Marc Boyer père balancé par son fils sera jugé pour détention d’armes de catégorie B sans autorisation, en état de récidive.
« Ces mecs-là attendent toujours le coup faramineux et finissent à la cantine du centre pénitentiaire de Fresnes… commente ironiquement Jeffe Maugard chef des groupes Vols à main armée (VMA), aujourd’hui à la retraite. S’ils avaient été des pros, on ne le saurait même pas ! »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


 FÉVRIER-MARS 2024

 MURIEL SIVALZIAN

 L’AVENTURIÈRE DES PROFONDEURS

JPEG - 30.8 kio Capitaine-pilote de sous-marins (niveau 2) et scaphandrier. Fille de la Comex fascinée depuis l’enfance par l’équipe du Commandant Cousteau, Muriel Sivalzian vit un jour - à la télévision - des hommes marcher et travailler sous l’eau… un chalumeau à la main ! Ces hommes reliés au reste du monde par un ombilical semblaient être les proches cousins d’astronautes et cela lui a plu.
« Leur planète n’était pas située à des années-lumière de la nôtre, dit-elle. Mais juste là ! Sous le niveau de la mer, à quelques brasses à peine. Entre Tintin, Gagarine et le capitaine Némo, ces hommes semblaient pouvoir tout faire. Ça m’a plu et peu à peu le commandant Cousteau a fait place au président Delauze, fondateur de la Comex à Marseille. Plus encore que l’univers des poissons je venais de découvrir celui des scaphandriers sans savoir que je les rejoindrai un jour. C’était l’époque où femme-scaphandrier ça n’existait pas ! »
JPEG - 125.3 kio Muriel Sivalzian, je l’ai découverte à la télé, seule femme-scaphandrièr de France, lors d’un reportage qui lui était consacrée sur France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur. Elle est ma deuxième invitée de 2024, car 20 000 lieues sous les mers ou près de la surface, le polar rôde et n’est jamais très loin. Christophe Bourgois-Constantini (Lames de fond) et Gérard Saryan (Prison Bank water) invités du festival Blues & Polar à Manosque ces dernières années pour leur roman respectif de haut-vol en sont l’illustration. Et si Muriel Sivalzian ne lit pas beaucoup de polars mais adore Corto Maltese, sa vie en revanche, est une grande aventure ! J’aurai pu rester des heures à l’écouter parler des fonds marins , des pirates, des corsaires, du Titanic, de la vanité de ceux qui sont descendus bien trop profond pour le voir et ont exploser face au monstre brisé, et de ses rencontres insolites au fond de mare nostrum. Une grande dame passionnée entre fée aux yeux couleur de mer qui rêve éveillée et sirène baroudeuse de l’océan. Merci infiniment Muriel !

Jean-Pierre Tissier


« Si j’étais née 200 ans plus tôt, j’aurais été pirate. » MURIEL SIVALZIAN
1.BLUES & POLAR. Muriel, on ne se réveille pas un matin, enfant, en se disant je veux être scaphandrier. Il y a une rencontre, un lieu, une scène qui vous a fasciné au point de ne plus avoir que ça en tête ?
MURIEL SIVALZIAN. « Exactement ! Moi je suis une enfant de la télé. Et mes parents avaient une maison aux Lecques près de la mer. Le jour où j’ai mis un masque vers 3-4 ans j’ai halluciné de voir le spectacle des poissons, sous l’eau à leur hauteur. Faut dire que j’étais un peu kamikaze… Quand j’ai eu 6 ans, mes parents me couchaient à 20 heures pendant qu’ils regardaient l’Odyssée du Commandant Cousteau à la télé. Moi je me faufilais discrètement, en silence, sous la table du salon et un jour j’ai vu des gars de la Comex qui soudaient sous l’eau et j’ai trouvé ça terrible. Mes parents qui m’avaient inscrit à une école privée ont eu la surprise de découvrir un jour que j’utilisais l’argent de l’école pour prendre des cours de plongée sous la mer. Ils m’ont alors dit de passer mes Brevets de navigation et je suis allé taper à la porte de la Comex.
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J’ai été prise pour aider un peu à tout… et j’ai tout découvert sur le tas, par mimétisme. J’ai regardé faire les plongeurs et un jour j’ai plongé avec eux. A cette époque, j’étais la seule femme-scaphandrier et comme j’était plutôt menue, c’est un gros avantage pour se déplacer sous l’eau. On m’appelait la « girelle ». Puis j’ai entretenu le premier sous-marin à atteindre les – 70 m ; c’était le Remoura ! Et je l’ai piloté un jour. Je suis partie ensuite à l’Ecole de plongée et je suis devenue la première femme-scaphandrier. Les copines disent scaphandrières aujourd’hui ; moi je m’en fous…C’est à la mort du commandant Cousteau que j’ai saisi la chance de partir sur le bateau affrété par Canal Plus car il y avait pas mal de néophytes à bord de cet engin de 68 m appelé « L’Océan voyageur ». J’ai fait ça pendant neuf ans, puis les sous-marins ont été racheté par James Cameron. »

2.BLUES & POLAR. Quand on va sous l’eau est-ce qu’on voit le monde différemment suivant les profondeurs ?
MURIEL SIVALZIAN. « Tout à fait ! On ne voit plus la vie du quotidien quand on est au fond. Dès les 500 premiers mètres les poissons changent. On sort de la bouillabaisse pour arriver à la transparence. Les poissons deviennent translucides et la première fois que j’ai vu ça aux commandes du petit sous-marin de la Comex, j’ai eu l’impression de rentrer éveillée dans un rêve car sous l’au au fond, tu vois des volcans, des collines…C’est magique !
D’ailleurs je ne faisais pas pipi de 12 heures pour ne pas être remplacée. Ces sous-marins-là, on les entretenait nous-mêmes comme des chevaux de course. On les bichonnait. Aujourd’hui je ne supporte plus le monde en surface. Il ne m’a jamais fait rêver. Je pense qu’il faut vivre dangereusement et j’ai toujours trainé la savate. Sous l’eau ce n’est que de la découverte. Si j’étais née 200 ans plus tôt j’aurais été pirate, car ils délivraient les esclaves les « Black sail » et ils ont même inventé la Sécurité sociale car ils indemnisaient les marins qui n’avaient plus de job après un naufrage. Le Corsaire c’est différent ; c’est le gendarme d’aujourd’hui en mer. »

3.BLUES & POLAR. Est-ce c’est la jungle sous l’eau, même en dehors de la question écologique ?
MURIEL SIVALZIAN. « Le seul primate dangereux pour la mer c’est l’homme Jean-Pierre ! On tire la sonnette d’alarme pour nettoyer la planète du plastique, mais en plongeant dans toutes les mers du monde, j’ai vu tellement d’horreurs. En Inde, ils jettent tout à la mer. Mais si on ne sait pas sauver la mer, ce sera la fin de tout. Il suffirait juste de la respecter. Plus on descend vers le fond, on voit que les poissons vivent en harmonie. Comme il y a moins d’oxygène, ils sont moins virulents, moins agressifs, plus calmes. Ils ne vivent que des déchets qui descendent vers le fond. L’incroyable, c’est qu’on va dans l’espace et qu’on ne connait que 10 % des fonds marins. Mon plus beau souvenir, c’est quand tu es à 1000 mètres de profondeur en petit sous-marin et que tu traverses des montagnes, des falaises et que ton passage crée des avalanches. Et quand tu allumes la lumière dans ces endroits où personne n’est jamais venu toute la bioluminescence apparaît. C’est féérique et magique.
Je n’ai jamais vu ça sur terre, c’est un vrai feu d’artifice sous l’eau. La mer ça te nourrit, ça t’apprivoise, elle te met à genoux, car elle a tout remplacé. On vient de l’Océan ! Maintenant j’y vais moins en plongée car j’ai 60 ans mais je fais partie des Compagnons du Saga » et si on peut faire quelque chose pour la France à travers la Méditerranée pour valider des sous-mariniers, ce serait formidable. »
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LA QUESTION +. En dehors du métier, est-ce qu’il y a de la place pour la musique et la lecture ? Blues et polar par exemple ?
MURIEL SIVALZIAN. « Oui j’adore les deux. Je lis un peu de tout. L’Alchimiste, 100 ans de solitude, des biographies de personnages connus ou inconnus, mais j’aime les BD et notamment Corto Malte le marin... J’ai aussi fait du piano dans ma jeunesse et… ça va vous plaire Jean-Pierre j’aurais aimé savoir jouer de l’harmonica."

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


 ZOOM SUR… LE BATHYSCAPHE

JPEG - 39.3 kio 15 février 1954, le bathyscaphe FNRS III atteignait la profondeur abyssale de 4.050 mètres, un record mondial qui avait défrayé la chronique. (Photo Frank Muller).
« Une véritable légende et une époque remarquable pour la recherche océanique française commente Muriel Sivalzian. Ce qui n’est plus du tout le cas de nos jours ! »

" Les pinceaux des projecteurs mettent fin à une nuit millénaire. Quelques mètres carrés d’un monde inconnu, sable blanc et poissons bioluminescents, se dévoilent aux yeux du capitaine de corvette Georges Houot et de l’ingénieur du génie maritime Pierre Willm. Ce jour, au large de Dakar (Sénégal), les deux Français sont les premiers hommes à atteindre la profondeur abyssale de 4.050 mètres sous la mer, à bord du FNRS III, un bathyscaphe de la Marine nationale. Soixante-dix ans plus tard, le drôle de sous-marin jaune et rouge - couleurs choisies pour que l’engin soit repéré plus facilement à la surface - est devenu l’un des symboles de la ville de Toulon, où il fut construit. Un de ses plus célèbres monuments.
Posé sur ses piliers en béton dans les jardins de la tour Royale, exposant sa forme iconique en bord de rade, le FNRS III est admiré chaque année par des milliers de personnes qui ne manquent pas de jeter un œil sur le panonceau retraçant son vieil exploit,*. Un record mondial qui tiendra six ans.
Derrière cette aventure humaine, les secrets techniques de la « bête », désarmée en 1961, sont nombreux.
Oui, la seule partie habitée du FNRS III est bien l’étroite sphère en acier située sous un énorme réservoir. Ce « flotteur » contenait de l’essence, utilisée pour contrôler la vitesse de descente de l’engin. Et non : dans la capsule, on ne trouvait pas plus d’instrumentations électroniques que de commodités. Seulement quelques vannes, cadrans et commandes électriques plutôt rudimentaires. Que Georges Houot et Pierre Willm aient confié leur vie à cet étrange véhicule ne fait sans doute pas d’eux des têtes brûlées. Mais assurément des aventuriers, des pionniers. De cette descente de plusieurs heures, où inquiétude légitime et extrême concentration devaient envahir l’habitacle, naîtront des progrès qui servent aujourd’hui encore à l’exploration scientifique des grandes profondeurs. Et à la nécessaire compréhension des origines et du futur de notre Terre.
L’Archimède (- 9.545 m en 1962) fut le successeur du FNRS III. Le Nautile, seul sous-marin habité de la Flotte océanographique française, mis en œuvre par Ifremer depuis 1984, est son descendant direct. En ce 15 février, quiconque a déjà rêvé d’être le premier à découvrir de nouvelles terres doit se souvenir : Il y a 70 ans, le FNRS III a posé deux paires d’yeux là où l’humain, sans la machine, n’y serait jamais parvenu.
Mais le bathyscaphe FNRS III souffre de corrosion. Restauré en 2005, grâce à une aide de DCNS (NAVAL GROUP), tout le monde s’accorde à dire qu’il faut rénover et abriter l’engin. Le bathyscaphe FNRS III, reste pour l’instant exposé dans les jardins de la tour Royale à Toulon.

📰 Extrait de l’article de Mathieu Dalaine (Var-Matin) : https://lc.cx/VgP4cZ
📻 audio 9mn : https://lc.cx/dhmr4x

 JANVIER-FÉVRIER 2024

 JEAN-FRANÇOIS MUTZIG

Le Centre Jean Giono à Manosque accueille l’exposition « Des animaux et des hommes » du photographe Jean-François Mutzig. Son travail et ses recherches questionnent les liens réels et symboliques entre l’homme et l’animal dans le monde pour faire transparaître la relation riche et complexe qu’ils entretiennent depuis la mythologie à aujourd’hui. Photographe humaniste, son regard curieux porté sur l’espace concédé de nos jours à la faune, oscille entre plaidoyer et réquisitoire.
JPEG - 66.7 kio (Photo Jean-Pierre Tissier)
Jeff Mutzig journaliste du Dauphiné libéré, photographe humaniste et ami de longue date est mon premier invité de 2024 dans l’Interview 3 Questions à… L’occasion d’évoquer avec lui son amour et sa passion du cliché qui se passe de commentaires, tant il y a de choses dites dans un regard ou une attitude. Fussent des hommes ou des animaux. Encore plus, les deux ensemble.
JPEG - 186 kio * À découvrir au Centre Jean Giono Bd Elémir-Bourges à Manosque jusqu’au 27 avril.
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1. BLUES & POLAR. L’affiche de ton exposition avec un singe debout portant un balancier avec deux corbeilles est fascinante. On dirait un homme debout glissé dans une peau de bête comme Catherine Deneuve dans « Peau d’âne ». Comment as-tu réalisé ce cliché vraiment étonnant ?
JEAN-FRANCOIS MUTZIG. « Là, je suis en Thaïlande dans un spectacle de rue qui se déroule dans une enceinte fermée. On y assiste à un spectacle de singes destinés au spectacle qui jouent au foot, font du vélo, des acrobaties ; mais celui-ci avait une apparence presque humaine. Et la force de cette image, c’est qu’il est en osmose avec moi. Il mesure 1, 20 m environ, il me regarde et il ne lui manque que la parole. C’était la fin du spectacle et il passait auprès du public avec son balancier pour recueillir de l’argent dans ses deux paniers. Je me suis agenouillé pour être à sa hauteur. Il y avait une humanité dingue dans son regard alors qu’il a quand même une chaine autour du cou. On ne la voit pas beaucoup sur la photo… Mais il faut savoir que ce spectacle n’est pas destiné aux touristes. C’est pour les locaux principalement. D’ailleurs, on était quatre Européens dans la foule. C’est tout ! »

2. BLUES & POLAR. Photographier alternativement les animaux et les hommes, a toujours été depuis tes débuts, il y a une trentaine d’années, ton modèle de travail. D’où vient cette inspiration ? De ton origine nordiste avec les mineurs du Nord et du Pas-de-Calais ?
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JEAN-FRANCOIS MUTZIG. « Avant les années 2000, j’ai un peu voyagé dans différents pays du monde et j’ai découvert le Vietnam. Notamment en 199 avec les mineurs de charbons. Et comme je suis très attaché à l’humain, ça m’a touché. Mais c’est la présence de l’éléphant au Vietnam avec leurs maitres qui m’a bouleversé et déclenché quelque chose en moi. Tu sais, en photo, on est souvent absorbé par la nature elle-même, plus que par la nature profonde l’animal. Et cette relation-là entre l’homme et l’animal, peu de photographes la travaillent. Donc après avoir travaillé sur les chevaux au Portugal, les buffles, les tigres, les coqs dont les combats sont interdits dans le monde entier mais tolérés dans certains pays... j’ai commencé un travail sur cette relation entre l’homme et l’animal. Tu vois cette photo d’un type sans abri au Laos qui chasse des très gros rats pour les vendre sur le bord de la route il y a plein d’angles pour le photographier, car c’est universel et sans fin. Presque toutes mes photos ont été faites à l’étranger, mais il y en a une an France, à Mane près de Forcalquier. C’est chez Goletto pour la tonte des moutons et il y a une complicité entre l’homme-rondeur et le mouton assis sur ses pattes arrière qui se laisse faire. Et il y a aussi un angle pour la laine et un autre pour la nourriture. On peut donc voyager dans le monde au bout de la colline. Tu en sais quelque chose avec Le Provençal - et moi au Dauphiné libéré - la Presse quotidienne régionale dont nous sommes issus c’est la première et la meilleure des écoles. On y côtoie les hommes et les animaux. Tu dois tout faire, vite et bien. Avec humanité et humilité aussi. Moi, j’essaie d’avoir chaque fois un œil nouveau. Et je ne porte pas de jugement ! »

3. BLUES & POLAR. « Les Clichés de l’Aventure » c’est l’association que tu as fondée il y a 30 ans. L’objectif, c’était la technique, le partage et la camaraderie ou je me trompe ? »

JEAN-FRANCOIS MUTZIG. « Oui c’est un peu tout cela. L’idée, c’est de voyager à travers la photo et de partager ensuite. A chaque fois, on est 3 ou 4 (au minimum) à partir en voyage à l’aventure. Car j’ai toujours travaillé en équipe dans les Clichés de l’aventure. On prépare le voyage ensemble, et au retour on restitue. Dans cette exposition au Centre Jean Giono qui est la centième de l’association il n’y a plus de clichés noir et blanc pris avec une pellicule argentique. On est dans le numérique car quand tu as fait – comme nous – beaucoup d’années la tête dans les produits chimiques au labo, c’est bien de respirer une peu. Mais la pratique du labo, c’est fondamental si on veut comprendre toutes les nuances de gris qui font l’expression d’une photo en noir et blanc.
Je conseille toujours de débuter par l’argentique pour s’initier à la photo, de développer ses pellicules et tirer ses photos. Et quand on maitrise tout ça, de passer au numérique. Mais aujourd’hui avec une simple petite disquette on ne galère plus. C’est tellement pratique. Car c’était toujours angoissant d’attendre la surprise du révélateur… et du fixateur qu’il ne fallait pas oublier. En prises de vue toutes les photos sont prises en couleurs et ensuite on travaille dessus pour passer en noir et blanc. Et les tirages de l’exposition c’est un grand laboratoire qui les a effectués. »

LA QUESTION + « Est-ce que tu écoutes de la musique, Jeff ? »
JEAN-FRANCOIS MUTZIG. « Oui mais je suis plutôt classique. J’adore Mozart et Pink Floyd. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


 DÉCEMBRE 2023

 LAURIE FACHAUX-CYGAN

JPEG - 7.5 kio Journaliste d’investigation, LAURIE FACHAUX-CYGAN est l’auteure de « Chambre 406, L’Affaire Pablo Neruda » aux éditions L’Atelier. Un ouvrage passionnant sur la mort toujours très mystérieuse du poète chilien Prix Nobel de littérature 1971, survenue le 23 septembre 1973 à la clinique Santa Maria de Santiago du Chili. Il y a 50 ans déjà... Passionnant ! Un vrai polar !
JPEG - 78.8 kio Laurie Fachaux-Cygan a reçu le Prix du meilleur reportage de la Presse étrangère au Chili en 2015 ; elle est mon invitée BLUES pour la dernière double Interview en 3 Questions de 2023.

RAPPEL DES FAITS. Le 23 septembre 1973, soit 12 jours après le coup d’État d’Augusto Pinochet, Pablo Neruda Nobel de littérature 1971, décède à l’hôpital mystérieusement. Son chauffeur de l’époque, Manuel Araya, a toujours crié à l’assassinat.
Le 25 septembre 2023, la juge Paola Plaza a notifié aux parties concernées, son souhait de clôturer l’enquête en cours depuis douze ans. Le Parti communiste chilien ainsi que Rodolfo Reyes son neveu s’y étaient opposés et lui avaient demandé de continuer d’enquêter sur plusieurs points.
URGENT ! Ce 7 décembre 2023 au Chili – deux heures après mon entretien avec Laurie Fachaux-Cygan - la juge en charge de l’enquête sur les circonstances de la mort du poète, Paola Plaza a refusé de rouvrir l’enquête. Elle rejette ainsi toutes les demandes du Parti communiste (PC) chilien, mais aussi du neveu de Pablo Neruda, Rodolfo Reyes. Les parties civiles peuvent désormais faire appel de cette décision.

1.BLUES & POLAR. Il y a 50 ans que le poète chilien Pablo Neruda Prix Nobel de littérature en 1971 est mort. Ce compagnon du président socialiste Alliende homme de gauche plutôt consensuel, est décédé 12 jours après la prise de pouvoir du général Pinochet, sans hommage national, et plutôt mystérieusement (on parle d’empoisonnement) et une enquête est toujours en cours depuis douze ans. C’est la raison de ce livre ? JPEG - 75.1 kio
LAURIE FACHAUX-CYGAN. « Exactement ! J’ai voulu écrire ce livre car j’ai vécu au Chili en 2013 et en 2016 quand Pablo Neruda a été enterré pour la 4e fois après une nouvelle exhumation de ses restes. Et j’ai assisté professionnellement à cet enterrement au cours duquel j’ai pu rencontrer la famille de Pablo Neruda, son chauffeur, son neveu…. C’est un vrai Polar cette affaire. Car Pablo Neruda a eu une vie rocambolesque. Il a dû s’exiler notamment en France car le Parti communiste avec lequel il voulait se présenter à la Présidentielle, a été interdit pendant longtemps au Chili. Et il était la cible de Pinochet. L’intéressant, c’est qu’après douze années d’enquête policière les experts scientifiques (comme je le détaille dans mon livre) ont découvert une bactérie porteuse du botulisme dans une dent de Pablo Neruda. Et qui aurait pu causer sa mort par empoisonnement. Mais on est dans une affaire vraiment très complexe. Pour ce procès intenté par la famille pour « empoisonnement et assassinat », il n’y a pas d’audiences publiques avec un jury populaire comme dans une Cour d’assises en France pour prononcer un verdict. C’est la Justice et la Juge - seule – qui décide de terminer l’instruction ou non. Et elle vient de le faire ce jeudi 7 décembre, alors que nous évoquions mon livre. Néanmoins, on reste dans le symbolique car il est difficile et pratiquement impossible de reconstituer aujourd’hui les faits des derniers moments de vie de Pablo Neruda à la clinique Santa Maria, heure par heure. De nombreux dossiers ont été détruits, légalement d’ailleurs, les témoins de l’époque (soignants) sont morts, mais cette bactérie découverte peut détruire une vie. Il y a d’ailleurs eu un mort et douze cas observés à Bordeaux en septembre 2023 à cause de conserves mal conditionnées par un restaurateur. Il manque donc encore des pièces au puzzle car si es scientifiques affirment qu’il avait bien un cancer de la prostate, il n’était pas en phase terminale. Ils ont aussi étudié la terre qui était autour de ses restes aux environs de sa tombe et ils ont la certitude que la bactérie du botulisme était bien présente déjà dans son corps. Cette affaire est donc scrutée par la Presse dans le monde entier. Et les avancées de la science sont importantes. Mais là, les familles vont devoir faire appel après la décision de la juge du 7 décembre. Seront-elles entendues ou sera-t-on encore dans une histoire sans fin ? Car l’opinion publique au Chili est toujours très divisée. »

2.BLUES & POLAR. Le président Alliende humaniste, les poètes Victor Jara torturé, massacré, assassiné, les mains broyées, Pablo Neruda écrivain mort brutalement... Il y a eu beaucoup de morts violentes pendant la Dictature de Pinochet au Chili. Derrière tout cela, il y avait une volonté d’anéantir la Culture, les chansons, les écrits ?
JPEG - 28 kio LAURIE FACHAUX-CYGAN. « Totalement ! Pablo Neruda était un immense poète connu dans le monde entier, mais l’arrivée de Pinochet au pouvoir par un coup d’Etat a été un coup d’arrêt pour les poètes et les chanteurs. Il y a eu des livres brûlés. De véritables autodafés comme l’ont pratiqué les Nazis ; alors que la poésie de Neruda était amour et politique. Ce coup d’Etat, c’était la mort de la Gauche chilienne dans tous les sens du terme. Mais la justice a enfin reconnu des années plus tard, l’assassinat du chanteur Victor Jara au cours de son emprisonnement au grand stade Nacional de Santiago qui porte désormais le nom de Stade Victor Jara (*).

3. BLUES & POLAR. Vous avez travaillé 13 ans au Chili Laurie. Comment définiriez-vous ce pays tout en longueur (4200 km) pour 200 km de large, entre mer et montagnes ? Y-a-t-il une unité chilienne entre le nord et le sud ?
LAURIE FACHAUX-CYGAN. « Il y a un sentiment d’unité nationale qui existe et on le ressent chaque 18 septembre pour la Fête nationale. Mais aujourd’hui c’est un pays qui est divisé avec la montée des extrêmes. L’Extrême Droite a des représentants à l’Assemblée et est assez forte. Cependant, le président actuel élu en décembre 2021, est de Gauche avec des communistes dans le gouvernement. Et pourtant les Chiliens n’ont pas tous la même lecture du Coup d’Etat de 1973. Pour une partie d’entre eux, le Coup d’Etat de 1973 est de la responsabilité d’Allende. Et d’ailleurs, la Constitution de Pinochet rédigée en 1980 est toujours en vigueur actuellement. Mais un référendum est organisé ce dimanche 17 décembre, 2023, soit dans quelques jours, pour écrire une nouvelle Constitution. Néanmoins, il faut savoir que c’est l’Extrême Droite… majoritaire dans l’Assemblée qui l’a rédigée. »

LA QUESTION + Lisez-vous des polars ? Le blues pour vous ; état d’âme ou musique ? LAURIE FACHAUX-CYGAN. « Oh oui j’aime les polars. Notamment Jean-Patrick Manchette et David Grann qui a écrit un superbe bouquin sur les Indiens Ossages que Martin Scorsese vient de tourner en film. Pour le blues, c’est les deux. La musique me transporte et il y a une musique pour chaque moment. Mais j’aime beaucoup le jazz aussi ! »
NB. (*) Mon vieil ami walllon le chanteur belge Julos Beaucarne – aujourd’hui parti rejoindre les étoiles lui-aussi - a écrit une merveilleuse chanson sur Victor Jara et ses mains (non pas coupées à la hache comme l’a chanté alors Julos), mais broyées selon Joan Jara qui a reconnu son corps.
* Joan Jara épouse de Victor Jara est morte il y a quelques semaines, le 12 novembre 2023.

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

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Le livre de Carlos Cerda Génocide au Chili est disponible à la librairie DOUIN spécialisée dans les livres anciens à La Celle-Saint-Cloud (78). Contact : livresanciens.fr Email : librairie.et.editions.douin@gmail.com

 SANDRINE COHEN

JPEG - 18.5 kio« Coup de cœur Blues & Polar 2020 » pour son premier roman noir « Rosine une criminelle ordinaire » paru aux éditions du Caïman, et 4 étoiles Blues & Polar pour « Tant qu’il y a de l’amour » son 2e ouvrage, Sandrine Cohen est également coréalisatrice sur la série Cassandre. Sa première réalisation personnelle d’un polar télévisé Meurtres dans le Cantal a été diffusé le samedi 2 décembre à 21 heures sur France 3. Une réussite dans laquelle on sent sa patte comme dans ses romans ! Elle est mon invitée POLAR de décembre également.
1. BLUES & POLAR. Tu viens de réaliser ton premier polar à la Télé pour France 3. Réalisatrice est-ce que ça veut dire que tu as écrit l’histoire, les dialogues, trouvé les décors, pris la caméra, filmé… Ou est-ce qu’il y a un gros travail d’équipe ?
JPEG - 30 kio SANDRINE COHEN. « Il y a effectivement une grosse équipe autour de tournages comme cette série de Meurtres à… imaginée par France 3. Là, il y avait 12 à 15 personnes pour l’image, 4-5 pour le maquillage et les coiffures. En gros, une vingtaine de personnes pour le tournage de ce « Meurtres dans le Cantal. En tant que réalisatrice, j’ai suivi l’écriture du scénario écrit par Marie-Luce Davi et Pierre Lebert et j’ai échangé régulièrement avec eux. Après, il faut mettre en images cette histoire et j’ai choisi les acteurs, l’équipe technique avec notamment des personnes qui ont pour mission de repérer les lieux dans la région choisie. Là l’histoire était écrite pour le Cantal avec un esprit basé que l’esthétique et la logistique. On fait donc des pré-repérages avec le chef-opérateur, le chef-machino et le chef-électro. Et il y a aussi l’organisation du tournage avec la cheffe de Production. Ensuite je prépare le plan du film en faisant des dessins par terre, au sol. Ce travail de préparation dure en général six semaines ; là il m’a pris deux mois. Après on part sur place pour 20 jours de tournage, où l’on considère que rien n’est grave et qu’on doit s’adapter aux conditions de vie et climatiques comme les habitants. Ce que l’on a dû faire. Et ça amène de la crédibilité au tournage. La patte personnelle, tu l’amènes dans tout, et quand j’ai regardé « Meurtres dans le Cantal » comme une téléspectatrice le 2 décembre sur France 3 j’ai été satisfaite car c’est tout à fait moi. On a toutes et tous fait au mieux. C’était une belle aventure. »

2. BLUES & POLAR. Télévision, photographie, comédie, écriture… tu touches décidément à tout… et ça te convient ?
JPEG - 32.2 kio SANDRINE COHEN. « Oui ! Je suis bien comme ça. Car je trouve que tout est bon pour raconter des histoires. Là je viens de terminer le tournage d’un beau documentaire de quatre épisodes de 52 mn pour Canal plus sur « Les Reclus de Monflanquin » cette famille de notables bordelais qui a été sous l’emprise mentale d’un escroc manipulateur pendant près de dix ans en leur faisant croire à un complot et qui s’est terminée par un procès en 2012. Mais au départ, je voulais d’abord faire des films et j’ai appris en regardant sur les tournages où j’étais comédienne, puis je suis allée suivre une formation dans une école (CinéTV) pour apprendre la technique. L’écriture, c’est mon activité la plus récente et ça m’a ouvert l’esprit. Car quand tu écris, c’est la liberté absolue. Alors qu’en images c’est différent. Il faut avoir une liberté technique déjà acquise et surtout aimer les acteurs. Ce tournage de « Meurtres dans le Cantal » était du vrai bonheur et on a sacrifié aux plaisirs de la cuisine du Cantal qui est plutôt riche. D’ailleurs, j’ai découvert des coins superbes et tranquilles pendant le tournage et je vais retourner au ski à Murat. »

3. BLUES & POLAR. Est-ce qu’il y a un nouveau livre (Polar ou autre) en gestation ?
SANDRINE COHEN. « Oui ! Le prochain roman est prêt. Il va s’appeler « Antoine » et on va retrouver Clélia enquêtrice de personnalité auprès des tribunaux qui est l’héroïne de mon premier roman « Rosine une criminelle ordinaire ». Là, c’est l’histoire d’un gosse qui a tué son père d’un coup de fusil au retour d’une battue. Mais ce serait un « accident de chasse » … dans une cuisine ! Il est prévu pour sortir en mai chez Flammarion. ».

LA QUESTION + Tu écoutes quoi comme musique en ce moment ?
SANDRINE COHEN. JPEG - 7.5 kio“J’écoute toujours de la musique mais c’est ma fille qui a la play-list. En ce moment, j’aime bien Clara Ysé qui est chanteuse mais aussi écrivaine Prix de la Création littéraire 2021 et Soko. J’écoute un peu de jazz parfois… »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


 NOVEMBRE 2023

 ANOUK SHUTTERBERG

L’INTERVIEW POLAR
L’auteure de JEUX DE PEAUX, BESTIAlLet LA NUIT DES FOUS, son 3e roman qui vient de sortir aux éditions Récamier Noir (**** pour le comité de lecture de Blues & Polar) est mon invitée « POLAR » de novembre. JPEG - 13.9 kio

1. BLUES & POLAR. Vos trois romans ont tous la particularité de l’originalité la plus totale, comme si l’improbable vous tendait chaque fois les bras. Cela tient à quoi cette inspiration si particulière ?
ANOUK SHUTTERBERG. “Pour Jeux de peaux, 5 ans avant sa sortie je l’avais déjà en tête. J’ai travaillé dans la communication et dans l’art qui représente quelque chose de très puissant en moi. Et j’ai toujours eu en tête de dénicher l’artiste du futur. Le tatouage a été une aventure pour moi qui ne suis pas tatouée, et j’ai flashé sur Irezumi Bijutsu un as du tatouage à l’ancienne qui révèle tant de choses. Ils ne sont que 90 à travailler ainsi au Japon. Et je me suis lancée dans ce livre.
Pour Bestial, c’est un fait personnel terrible qui m’est arrivé à Londres où j’ai perdu ma fille. Envolée, disparue, la terreur totale ! J’étais sans vie ! Cela a duré pendant dix minutes et quand on l’a retrouvée avec l’aide des policiers londoniens, je me suis écroulée. J’ai alors pensé à tous ces faits divers ; ces disparitions qui resteront inexpliquées… Je me suis mise à écrire avec l’idée de faire voyager le lecteur. Et même s’il y a des scènes dures j’essaie d’arriver à les rendre esthétiques comme cette fille enfermée dans une bulle énorme dans un arbre…
La Nuit des fous, mon dernier sur lequel j’ai de bons retours de lecture, c’est un dossier que j’ai découvert en 2019 et je l’ai sculpté pour en faire un polar. Cette enfant oubliée elle est dédiée à toutes les personnes qui ne rentrent pas dans le moule et dans les cadres de vie. C’est pourtant un livre d’une tristesse absolue mais je suis fière que ce livre plaise. Scoop pour Blues & Polar, je suis déjà en train d’écrire le 4e et il se passera en Savoie vers Chambéry… »

2. BLUES & POLAR. Karine Giebel, Pierre Pouchairet, Olivier Norek, Charles-Henri Contamine… aiment associer la musique à leurs romans pour en asseoir le décor et l’atmosphère. Vous, c’est carrément un QRCode que vous glissez en ouverture du livre pour nous embarquer tout au long de vos pages. J’ai testé et ça marche. Tous ces morceaux, ce sont vos tasses de thé personnelles ?
ANOUK SHUTTERBERG. “Oui je les connais tous ! En fait, j’ai presque envie que mon lecteur m’accompagne dans mon écriture comme s’il était au-dessus de mon épaule. Et ce QR code au début du livre, à scanner pour écouter un morceau de musique à chaque épisode de lecture, c’est une distorsion qui me plaît et me transporte littéralement. J’écris comme des notes de musique sur un film que je me fais dans ma tête pour que le lecteur arrive à faire pareil. J’ai fait dix ans de violon et ça m’aide dans le rythme de la construction et je pense souvent à des films qui m’inspirent pour trouver le bon assemblage. Par exemple, l’opéra va bien avec certaines scènes assez tragiques. J’ai pensé à Lars Von Tries et à son Antechrist où il y a un morceau de Haendel et ça colle. Comme Shining et d’autres… »

3. BLUES & POLAR. Cet univers torturé du polar, vous l’avez en vous depuis longtemps ? C’est ce qui vous a poussé à écrire ?
ANOUK SHUTTERBERG. « J’écris depuis toujours. Je suis lectrice depuis que je sais lire. Je me souviens toute gamine du Lion de Joseph Kessel et puis un jour j’ai eu une « fenêtre de tir » personnelle à un moment et je me suis lancée. J’ai eu de la chance et un coup de pouce du destin. J’avais envoyé un manuscrit de Jeux de peaux à quatre maisons d’édition un mercredi matin, et Céline Thoulouze des éditions Belfond (aujourd’hui directrice générale des Editions Récamier) m’a appelée le samedi, enthousiaste. Après, on s’est rencontrées et il y a eu une question de confiance car je ne connaissais absolument pas le domaine de l’édition, les règles... J’ai rencontré une belle personne qui aujourd’hui me publie chez Récamier. Je suis heureuse !

LA QUESTION + Le Blues pour vous Anouk, c’est une musique ou un état d’âme ?
ANOUK SHUTTERBERG. « Je dirai les deux. Le blues a un côté triste quand on pense à l’époque des esclaves noirs dans les champs de coton, mais c’est aussi de formidables moments d’émotion. Comme dans le Polar. C’est d’ailleurs très logique cette union du Blues et du Polar. Ca me plait beaucoup ! ».

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


 SELIM CHIKH

L’INTERVIEW BLUES
Le président de l’association Le Sonograf, iconique Temple du blues au Thor en Vaucluse depuis plus de 20 ans et co-organisateur du 1er festival Les Escales à Avignon est mon invité « BLUES ». J’évoque avec lui cette musique des Caraïbes via ce premier festival qui s’est déroulé à Avignon du 9 au 12 novembre et le Blues teinté de soleil qui y a toute sa place ; mais avec des couleurs et nuances différentes.

1.BLUES & POLAR. Pourquoi organiser au mois de novembre, dans la grisaille de l’hiver, un festival consacré aux musiques des Caraïbes ? Pour nous amener un peu de soleil ?
SELIM CHIKH. « Du soleil, oui bien sûr, mais aussi pour aller dans le sens de L’Echo des riffs, ce festival que nous avons créé en 2018 et qui est consacré aux musiques du monde. On a décidé de le rebaptiser « Les Escales » afin de pouvoir chaque année en novembre choisir une destination, un thème, une ville, un pays… pour y faire escale et le visiter. Cette année du 9 au 12 novembre ce sera les Caraïbes que nous allons décliner dans plusieurs lieux « historiques » de la ville d’Avignon. C’était un événement souhaité par la municipalité avignonnaise et le Sonograf assure donc la programmation. Intra-muros. Les concerts et événements auront donc lieu au Rouge Gorge la salle mythique située au pied du palais des papes, à la Scala et au Théâtre de l’Oule. On y entendra de la musique latino-américaine principalement. »

2.BLUES & POLAR. On connait le groupe Delgrès que France Inter a beaucoup contribué à faire connaitre, mais y-a-t-il un courant de Blues caraïbéen, et comment le définir ?
SELIM CHIKH. « On aurait aimé avoir Delgrès avec nous, mais cela n’a pas pu se faire. Le Blues des Caraïbes, c’est un blues plus acoustique tourné vers des textes mélodieux qui racontent la réalité de la vie sentimentale ou familiale. C’est aussi un Blues – à l’instar de The Two – qui se chante en Anglais et en Créole. »

3.BLUES & POLAR. Sélim, tu es un programmateur qui fait donc des choix, mais pour toi, quelle est l’importance de la musique dans le monde alors que certains pays comme l’Afghanistan, l’interdisent ; tout comme l’Iran qui bannit la musique occidentale ?
SELIM CHIKH. « Par rapport à ce qui se passe actuellement dans le monde la musique est vitale. Car certains pays que tu as cités pensent même que la musique c’est le mal ! Moi au contraire, je pense que la musique est universelle et qu’elle fédère. Elle est un message d’amour et c’est en ce sens que je fais ma programmation. Sans musique je ne pourrai pas fonctionner. »

LA QUESTION + Le Blues pour toi c’est une musique ou un état d’’âme ?
SELIM CHIKH. « Je pense qu’avant tout c’est une revendication de liberté contre l’oppression. Mais bien sûr que c’est une musique. J’aime BB King pour tout ce qu’il a apporté musicalement et Memphis Slim également. L’excentrique Screamin jay Hawkins que j’ai bien connu a eu aussi son importance. »


 OCTOBRE 2023

 PASCALE ROBERT-DIARD

JPEG - 8.8 kio grand reporter au Monde a remarquablement traité dans son livre « La Déposition », l’incroyable et inattendu 3e procès en Cour d’assises de Maurice Agnelet à Rennes, au cours duquel Guillaume, son fils a fait pencher la balance de la Justice en défaveur de son père, le dernier jour via une déposition écrite lue par l’avocat général de la Cour d’assises !
C’est la raison pour laquelle nous avions invitée Pascale Robert-Diard au festival Blues & Pola 2014, mais elle n’avait pu se rendre à notre invitation estivale, étant une grande passionnée de randonnées durant l’été.

Cette affaire est devenue aujourd’hui « Tant qu’ils ne retrouvent pas le corps » une série en 3 épisodes sur Arte dont la diffusion complète a eu lieu mardi 26 septembre à 20h 55 et reste visible sur ARTE TV jusqu’en 2024.
JPEG - 74.4 kio Le pitch : Il s’agit d’un des mystères les plus marquants de l’histoire judiciaire avec la disparition d’une riche jeune héritière (Agnès Leroux) dont la mère tient le Palais de la Méditerranée et son casino très envié à l’époque sur la Promenade des Anglais à Nice. On trouve au centre de l’affaire, Maurice Agnelet avocat niçois affairiste, franc-maçon par intérêt avant tout, ami de la mafia, de Jacques Médecin maire de Nice… poursuivi pour meurtre et 37 années de procédures ponctuées de rebondissements dignes des meilleures séries noires et au final, une révélation de son fils Guillaume JPEG - 11.5 kio qui explose telle une déflagration.
LIEN POUR VOIR LE FILM SUR ARTE : https://arte-magazine.arte.tv/press-kit/2770

JPEG - 43.7 kio * BLUES & POLAR. Après une longue carrière de journaliste de Presse écrite au quotidien Le Monde, on vous retrouve là, embarquée dans une Série (en trois épisodes) sur l’Affaire Maurice Agnelet que vous avez suivie de bout en bout via trois procès pendant 37 ans. Comment s’est articulé ce projet ?

PASCALE ROBERT-DIARD. « Tout ça est né de ma rencontre avec le grand documentariste Bosco Levi-Boucault qui a réalisé une série d’enquêtes sur la mémoire de la Résistance il y a une trentaine d’années où il évoquait « Des terroristes à la retraite », mais aussi par la suite « Roubaix, commissariat central, affaires courantes, » adapté en long-métrage de fiction par Arnaud Desplechin sous le titre « Roubaix, une lumière » (2019), puis « Ils étaient les Brigades rouges », « Corleone, le parrain des parrains » en 2019 et « Mafioso au cœur des ténèbres », documentaire sur trois repentis de Cosa Nostra en 2022. C’est lui qui m’a présenté Rémi Lainé qui réalise cette série. C’était une première pour moi et une immense joie. On a donc travaillé trois ans pour avoir les témoignages que l’on souhaitait, notamment ceux de Thomas et Guillaume Agnelet, les fils de Maurice Agnelet. Car l’image offre des choses que l’écrit le plus précis soit-il ne peut pas montrer.
Ainsi, mon livre « La Déposition » s’arrête à Rennes après la condamnation de Maurice Agnelet. Mais le film lui, poursuit l’histoire avec la mort de Maurice Agnelet revenu chez lui en raison de son état de santé. Et les archives nouvelles apportent beaucoup. On a ainsi des images vivantes d’Agnès Leroux qui sont très fortes. Et le temps passant, les témoignages gagnent avec le recul. La grande question était de pouvoir réunir tous les protagonistes de l’affaire et il a fallu régler ça en série et en 3 épisodes. Et puis, on ne voulait pas faire un simple documentaire ou un Biopic, mais expliquer la tragédie de cette histoire vécue par deux familles : les Leroux et les Agnelet. ARTE a été tout de suite partante, car c’est cette particularité qui les a séduits. »

JPEG - 89.9 kio ** BLUES & POLAR. Le corps d’Agnès Leroux n’a jamais été retrouvé. Un pôle national dévolu aux « Cold cases » (disparitions inexpliquées) qui permet déjà des découvertes remontant à plus de vingt ans a vu le jour à Nanterre sous l’impulsion de Jacques Dallest ancien procureur de Marseille et Grenoble, et Grand Témoin du festival Blues & Polar cet été. Que pensez-vous de cette création ?

PASCALE ROBERT-DIARD. « C’est très important et le Pôle est déjà arrivé à sortir et résoudre des dossiers qui restaient sans explication. Avec l’ADN bien des indices peuvent désormais réapparaître. C’est une très bonne chose. »

*** BLUES & POLAR. JPEG - 6.3 kio Votre excellent dernier livre « La Petite menteuse » sorti en plein mouvement « Me too » évoque la rétractation tardive d’une adolescente de 15 ans ayant accusé un homme de viol et qui a dû aller en prison. C’est aussi votre premier véritable roman de fiction. Comment a-t-il été reçu ? Car peu de temps après sa sortie, une véritable affaire similaire, mais bien réelle, a eu lieu à Hazebrouck (Nord) et l’Etat français a reconnu son erreur ce qui est plus que rarissime.

PASCALE ROBERT-DIARD. « La Petite Menteuse » est un récit et cela a été plus difficile que d’écrire des articles dans un journal. Il a été très bien accueilli et il n’y a pas eu de polémique. Mais quand on a goûté au roman, ça donne envie de continuer et là je suis bien avancée dans mon deuxième. Mais je ne peux rien dire pour l’instant. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


 AOUT-SEPTEMBRE 2023

  JACQUES DALLEST

JPEG - 9.3 kio Ancien Procureur de la République à Marseille puis Procureur général près la Cour d’Appel de Grenoble a pris sa retraite, il y a peu. Il est mon invité pour l’Interview 3 Questions à… du mois d’août sur le site www.blues-et-polar.com Il sera le Grand témoin du 19e festival Blues et Polar le samedi 26 août à 16 heures à la chapelle de Toutes-Aures à Manosque.
« Ma bibliothèque est le dépositoire de la mort criminelle, celle qui me fascine au point de me faire accumuler des centaines d’ouvrages sur le sujet. J’aime y goûter leurs saveurs vénéneuses » a écrit l’ancien Procureur de la République à Marseille et Procureur général de Grenoble, Jacques Dallest. C’était dans son ouvrage mémoire qu’est « Mes Homicides » (Robert-Laffont) retraçant 30 ans au service de la Justice et pour lequel nous l’avions invité en 2016 à Manosque dans le cadre du festival Blues & Polar consacré aux plaidoiries d’Assises et à l’intime conviction. Jacques Dallest, pour qui la Cour d’assises représente toujours un idéal de justice apportait dans ce livre un éclairage précieux et sincère sur cette fonction pas comme les autres qui est celle de Procureur de la République ; soit le représentant de l’Etat face au drame. On avait alors découvert au travers de ses 400 pages, trente années de vie consacrées au meurtre, au viol, au grand banditisme... non sans oublier les cités en feu, et les tueries et règlements de compte en Corse et à Marseille. Pour cet homme qui aime l’ambiance particulière des Cours d’assises où la dramaturgie est intense, la justice permet de connaître l’homme dans son entité, au travers de l’homme criminel. « Mes Homicides » est un livre instructif et fascinant empreint de souvenirs personnels qui nous a permis de mieux comprendre ce qui se passe autour de nous, et jusqu’où peut aller l’horreur.
Aujourd’hui magistrat honoraire, bien loin d’être inactif, Jacques Dallest poursuit ses missions d’enseignement à l’Ecole nationale de la Magistrature et à l’Ecole nationale supérieure de la Police, tout en ayant été en 2021 à l’origine de la création du Pôle Cold case de Nanterre chargé désormais des Disparitions inexpliquées, qui a vu le jour en novembre 2022. Et il y a du pain sur la planche ! La dramatique disparition du petite Emile (2 ans ½) au hameau du Vernet Haut le 8 juillet dernier dans nos Alpes-de-Haute-Provence en est la triste illustration. Ce livre « Cold cases » en forme d’essai pour une politique d’action rapide et coordonnée en cas de disparition inexpliquée ou non résolue malgré les années d’enquête est d’une richesse de vue considérable. Et ce n’est pas un hasard que sa préface soit signée d’Éric Dupont-Moretti Garde des Sceaux-Ministre de la Justice.

Jean-Pierre Tissier

1. BLUES & POLAR. « Cold cases » est un ouvrage conséquent en forme d’essai qui semble mûri de longue date tellement on a l’impression d’avoir entre les mains une véritable Bible de savoir et d’expérience en forme de feuille de route. Est-ce le cas ?

JACQUES DALLEST. JPEG - 8 kio « En 2015, j’ai écrit « Mes Homicides » et là c’est mon tome 2. Car j’ai continué à travailler les crimes énigmatiques comme lorsque j’étais en poste à Lyon à l’époque où l’ADN n’existait pas. En fait ce « Cold cases » c’est quarante années d’expérience notamment à Marseille où je suis resté cinq ans. Ne pas arriver à résoudre une affaire, c’est socialement une mauvaise chose. Car à Marseille et plus tard à Grenoble, j’en ai vu des crimes et notamment des scènes de crime. Et quand on est confronté de visu à la cruauté de la réalité des faits, c’est vraiment autre chose de le vivre que de l’écrire. Peu de personnes en fait - notamment les écrivains de polars - voient véritablement les scènes de crime et l’atmosphère étrange qui y règne, car les odeurs aussi nous marquent. C’est donc une réflexion de longue date que j’ai proposée au Ministère de la Justice afin de pouvoir traiter les crimes différemment aujourd’hui. Et c’est ainsi qu’en 2022 est né le pôle « Cold cases » de Nanterre. Partout en France, un Procureur départemental non-spécialisé est pris par l’urgence alors qu’il faut des spécialistes à temps plein. J’ai participé à l’aventure de cette naissance au moment du Covid de 2019 à 2021. Et la France devient ainsi un des premiers pays du monde – hormis les Etats-Unis – spécialisé dans les « Cold cases ». Et c’est vraiment de l’espérance pour de nombreuses familles. Et pour ça une pédagogie de la réalité est nécessaire. Les Américains ont résolu de cette manière des crimes commis dans les années 50-60. »

2. BLUES & POLAR. Les disparitions inexpliquées qui sont au cœur de ce livre, les Alpes-de-Haute-Provence y sont confrontées de nouveau (après Yannis et Matthieu il y a plusieurs années) avec le petit Émile disparu au Vernet ile 8 juillet et que l’on à toujours pas retrouvé. Aucun indice ! Est-ce qu’il faut se résoudre à ne pas pouvoir expliquer l’inexplicable ?

JACQUES DALLEST. « Malheureusement oui ! Il y a souvent des endroits totalement improbables où des gens disparaissent. Et c’est déjà arrivé ces cas de disparition où il n’y a aucun indice. Ainsi le jeune Luca dans le Gard, on a finalement retrouvé ses ossements quelques années après, pas très loin de chez lui. Chute involontaire ou suicide ? On ne saura surement jamais. Il y a des disparitions tous les jours en France et quand on ne retrouve pas le corps, c’est la porte ouverte à toutes les suppositions. Ça génère de l’anormal pour les proches et on a toujours du mal à refermer les pistes. Pour un enfant, il n’y a pas 36 solutions, mais on ne peut rien écarter et le rationnel et l’irrationnel se télescopent. De plus, il y a une fascination du public et des médias pour toutes ces affaires. L’ADN est désormais un apport énorme pour l’enquête, mais toute disparition n’est pas forcément un crime. »

3. BLUES & POLAR. En ce moment la société semble à fleur de peau, nerveuse, tendue et radicale à l’extrême, sans aucune place pour la nuance. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

JACQUES DALLEST. « On a connu beaucoup d’évènements anxiogènes auxquels nous n’étions ni habitués ni préparés comme le Covid et le confinement, la Guerre en Ukraine et le dérèglement climatique qui s’accélère. C’est stressant et ça crispe les mentalités. De plus, Internet cristallise toutes les rancœurs car on peut y dire n’importe quoi avec une propagation très rapide. Un pédophile peut commander des actes immondes à l’autre bout de la planète pour être visionnés ensuite par lui et d’autres commanditaires. Cependant c’est aussi un bel outil qui permet de résoudre des affaires. En revanche, si on a moins de meurtres statistiquement aujourd’hui qu’il y a 30 ans, on ne s’en rend pas compte car les chaines d’infos en continu reviennent tout le temps dessus et ça alimente la psychose. Mais on oublie qu’on peut aussi, un jour, être soi-même auteur de faits délictueux et mis en cause. Et là, la Loi s’applique à tous. »
LA QUESTION + : Vous écoutez de la musique Jacques ? Quoi par exemple ?

JACQUES DALLEST. « Mais oui ! Beaucoup de jazz avec des époques différentes que j’apprécie toujours.J’ai eu mon époque plus rock dans les années 70 avec Génesis, Yes, Pink Floyd, puis j’ai découvert le jazz-rock de Herbie Hancock, Chick Corréa, Jean-Luc Ponty, John Mac Laughlin, Aldi Méola…
En voiture, j’écoute les radios comme TSF jazz. Mais je suis un grand amateur de musique classique. Je trouve que la musique ça calme et ça rend intelligent. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


 JUILLET 2023

  MARION TRINTIGNANT

JPEG - 266.4 kio comédienne et spécialiste des Voix-off du cinéma français … et des jeux vidéo. Appartenant à une famille de comédiens, elle a toujours aimé jouer que ce soit face à la caméra, sur scène ou derrière un micro. C’est en 2005 qu’elle s’est décidée à se lancer dans cette aventure : faire de sa passion, son métier ! France Télévision lui offre un des rôles principaux pour un téléfilm documentaire, puis un rôle pour une série quotidienne. Elle a ainsi joué Pauline dans « Plus Belle la vie » sur France 3. Depuis dix-huit ans interprétant les premiers rôles dans des pièces contemporaines et jeune public, elle recherche toujours de nouveaux défis et en 2018, un nouveau rêve se réalise : la voix ! livres audio, jeux-vidéos, séries où elle a la chance de prêter sa voix à divers personnages. Aujourd’hui, elle est déterminée à aller plus loin avec toujours le même plaisir d’interpréter. Elle écrit de tout, tout le temps, sur des petits carnets, se raconte plein d’histoires, lit des choses par-ci par-là et réalise l’un de ses rêves : celui de raconter des histoires. Elle ne pouvait susciter que la curiosité de Blues & Polar.

1.BLUES & POLAR. Comment devient-on une Voix off dans le cinéma et quel est le cheminement que vous avez emprunté Marion ? C’était qui votre première Voix ?
MARION TRINTIGNANT. « Il s’agit en fait d’une suite logique pour moi car j’ai vingt ans de théâtre derrière moi. Et la voix c’est le premier instrument via le corps également. Alors, je suis un peu tombée au bon endroit au bon moment. Il y avait des opportunités que j’ai saisies. La première fois - et la première voix - c’était un très gros projet sur scène dans un spectacle à deux personnages où je sui la voix d’un vaisseau spatial. Ça s’appelait « Paumés dans l’espace ». Au départ c’est une voix normale bien que très ordinateur mais la particularité venait du fait que j’étais allongée dans le vaisseau spatial, ce qui me donnait une voix particulière. Et je me suis aperçue que j’avais une présence. La voix ça se travaille exactement comme le chant avec des exercices. Mais ce qui est marrant, c’est que dans la vraie vie, je parle très vite et je bafouille. Mais dès que je suis sur scène, ça disparait. Et le plaisir de la Voix off est venu ainsi. »

2. BLUES & POLAR. A force de doubler des voix est-ce que l’on devient comédienne pour autant et est-ce que l’on franchit le pas si l’occasion se présente ?
MARION TRINTIGNANT. « Faire une Voix off et faire du doublage, ce sont deux choses totalement différentes. Mais c’est compatible. Aujourd’hui je fais plus de doublages de voix que de Voix off car en doublage, les sociétés veulent un comédien. Car le doublage est revenu à la mode du fait du nombre de séries étrangères qui sont sur les plateformes. Et c’est en raison de ces séries qu’il y a de nouvelles voix. Au début, il y a plusieurs dizaines d’années, le doublage était plutôt mal vu. On y allait pour croûter quand on était comédien. Mais on s’est aperçu qu’être comédien est un avantage pour faire vivre la voix. Maintenant des gens connus du cinéma prêtent leur voix à des « gros films à succès » mais il y a aussi des comédiens déjà connus qui se sont fait connaitre à travers le doublage. Ce ne sont pas deux mondes à part. Et en majorité actuellement, ce sont des comédiens établis qui deviennent des Voix. »

3. BLUES & POLAR. Avez-vous doublé des polars dans des séries ?
MARION TRINTIGNANT. « Non ! Mais ça me dirait bien. Depuis pas mal d’années je m’occupe principalement du jeune public et c’est un univers joyeux et émotif qui me plait énormément. Mais je travaille aussi des chansons avec un musicien et on ne fait pas semblant. Je teste d’ailleurs auprès de ma petite fille en bas âge. On fait même une lecture d’un livre-album nommé « Rocker ». Mais je lis des polars comme Michael Connoly. Cependant ce que je préfère ce sont les vieux Agatha Christie ou Mary Higgins Clark. »

LA QUESTION + Le Blues, c’est une musique ou un état d’âme ? MARION TRINTIGNANT. « C’est peut-être les deux. Je n’en écoute pas vraiment, et pourtant c’est très libérateur comme énergie. »

LA QUESTION TRÈS PERSONNELLE. Quand on s’appelle Trintignant, qui est-on par rapport à Jean-Louis Trintignant le grand comédien qui nous a quittés en juin 2022 ? MARION TRINTIGNANT. « Il est le frère de mon grand-père. C’est mon grand-oncle ! »JPEG - 89.4 kio
* Photo prise au hameau de Berdine (Vaucluse) où Jean-Louis Trintignant prodiguait des cours de théâtre à des personnes en perdition dans le cadre d’une interview pour La Provence, avec l’ami René Rochebrun (à droite) ancien copilote du comédien sur plusieurs rallyes en Haute-Provence et Jean-Louis Trintignant. J’étais venu avec son petit-fils Léon Othnin-Girard, fils de Marie Trintignant qui était un de mes jeunes voisins à Manosque. Un souvenir inoubliable !

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

* Marion Trintignant est à l’affiche du 7 au 30 juillet au Festival d’Avignon au Théâtre de La Fabrique pour une pièce écrite par Julien Masdoua « S’il ne nous reste que Shakespeare ». Tout ce qui est à l’intérieur est de Shakespeare. C’est une pièce qui parle du théâtre via des phrases et tirades toutes empruntées à Shakespeare. C’est à 20 heures.

 JUIN 2023

 CHARLES-HENRY CONTAMINE

auteur de La mort est derrière moi (*** pour Blues & Polar) son premier roman paru aux éditions PLON.
Le résumé. « Pourquoi Sofia s’était-elle suicidée ? Elle que j’entourais de tellement d’amour, elle qui réchauffait de sa lumière tous ceux à qui elle prodiguait une affection simple, authentique, si rare au fond dans les univers dans lesquels nous évoluons. Pourquoi avait-elle bien pu se tuer ? Tout simplement parce que, ce 21 décembre à 16h 47 très précises, elle avait trop souffert. » Cette question, il faut que Pierre y réponde car c’est ce qu’on attend de lui. Qu’il dise pourquoi, qu’il rationnalise l’inexplicable. Pourquoi cette fois ce n’était plus possible pour Sofia ? Pourquoi a-t-elle décidé de se jeter sous ce train cet après-midi de décembre ? Le monde de Pierre vient de s’effondrer et il ne veut pas chercher le pourquoi. Il veut
simplement laisser ses émotions le parcourir et tant pis si ça choque les gens. Après tout, qui faut il être pour juger le veuf d’une suicidée ? Ça bouillonne en lui. Déglingué, ivre de musiques et de toxiques, Pierre se révolte et s’enfuit, cherchant en vain la lumière. La vie est une suite de cycles, on ne reste pas pour toujours dans les ténèbres…
Ancien journaliste et coauteur du superbe ouvrage qu’est La Route du Blues paru en mars 1995, il se partage aujourd’hui entre écriture et navigation. Mais entre confrères journalistes, le tu est de rigueur même si on ne se connait pas. Le blues nous réunit aussi.

1.BLUES & POLAR. Avec ce premier roman « La Mort derrière moi » tu poses de nombreuses questions dans lesquelles on se retrouve souvent. Comment est né ce premier jet de littérature qui part d’un suicide violent dans le métro parisien et d’une phrase « La colère au lieu du chagrin, ça ne mène à rien » qui m’a tout de suite saisi au col ?
CHARLES-HENRY CONTAMINE « Je sais où et quand l’idée de ce livre est née. C’était dix ans auparavant dans une bibliothèque. J’étais au plus profond d’une dépression et de la mélancolie, et il y avait une belle femme avec un pull-over rouge. Rien d’extraordinaire, mais je ne sais pas pourquoi, mais cela m’a attiré l’esprit. Tu sais, on a tous des obsessions et à un moment, ça ressort. Le suicide n’est l’apanage de personne et même si des morts par suicide j’en ai vus chez des proches, il n’y a aucune autobiographie dans ce début de roman. En revanche je voulais un début « coup de poing ». Très fort ! Et quand on m’a dit chez un libraire que le début était suffocant, j’ai été très content. C’est ce que je voulais faire. Et puis j’aime la musicalité des mots. Mon écrivain c’est Louis-Ferdinand Céline. C’est le premier qui a parlé de la musique des mots, du style et de l’émotion. Mon bouquin n’est pas un polar, mais plutôt une romance. Mais cette phrase dont tu parles et que j’ai écrite « la colère au lieu du chagrin » je ne l’ai pas préparée, ni même pensée. Avant une seule fois. C’est venu comme ça et c’est le merveilleux de la littérature. »

2.BLUES & POLAR. Tu as co-écrit « La Route du Blues » - véritable encyclopédie parue en 1995 - avec ton pote David Ausseil décédé depuis et à qui tu dédies ton roman ; mais cette bande-son du blues historique on la retrouve dans « la Mort est derrière moi » au fil des pages comme un besoin de figer musicalement les situations. Tu écris en musique ou en silence ?
CHARLES-HENRY CONTAMINE. « J’écris à la lumière du jour, dans le silence, et devant un mur blanc. Mais c’est marrant que tu aies retenu tous ces titres et groupes des années 1965 à 1980. Il y a 65 mentions musicales dans le livre et cela provient de ma discothèque personnelle car j’ai tous ces morceaux sur vinyles ou CD. Et c’est vrai que j’ai voulu donner une couleur avec certains airs pour enforcer les situations. Et d’ailleurs mon caviste (tu as remarqué qu’il y avait aussi du bon vin dans ce livre) situé en bas de chez moi à Paris, m’a demandé si j’avais enregistré la bande-son du livre… Et oui, je l’ai fait ! D’ailleurs je suis actuellement dans mon deuxième roman dont le fil rouge sera la parenté de Pierre, le héros de « La Mort est derrière moi ». Et il y aura nécessairement de la musique, mais moins rock’n’roll peut-être. Mon plaisir c’est de divertir les gens, les emmener où ils n’auraient jamais pensé aller. J’ai un rêve : être vendu dans les gares et que les gens lisent mon livre dans le train. »

3.BLUES & POLAR. Tu navigues régulièrement en mer sur voilier. Est-ce inspirant pour écrire ?
CHARLES-HENRY CONTAMINE. « Pas vraiment ! Le mois dernier, j’ai fait avec trois potes un périple Les Açores-La Corogne-Lorient sur un 12 mètres, et honnêtement dans un si petit espace, tu dois être en permanence au service du bateau. Le rythme de la vie en mer est très prenant. En haute mer, et quand les conditions météo ne sont pas terribles, tu perds vite la notion du temps. Car en plus on fonctionne par quarts. Il faut toujours être attentifs et sur le qui-vive. Donc, on dort peu et l’inspiration elle n’est pas là. Je ne prends pas de notes sur un bateau. En revanche, je marche pas mal dans Paris et la vraie inspiration elle vient le cul posé sur une chaise. Pour ce premier roman – après de nombreuses années d’écriture en Presse – je n’avais ni plan, ni méthode. J’ai avancé à tâtons. »

LA QUESTION + DE BLUES & POLAR. Le Blues pour toi, c’est une musique ou un état d’âme ?
CHARLES-HENRY CONTAMINE. « Si je reprends Baudelaire, « le blues c’est le reflet de l’âme. » En fait, c’est une musique universelle qui a donné naissance à toutes les autres, dont l’histoire est carrément magique et authentique. Bref le blues c’est l’humanité ! »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


 AVRIL-MAI 2023

 MARC JOLIVET

JPEG - 75.1 kio En 1971, il écrit sa première pièce 300.000 soleils ou les concierges de l’espace qui sera jouée au Théâtre d’Edgar. Dès 1973, lui et son frère Pierre forment un duo et en 1976, ils sont les fameux et désopilants clowns Récho et Frigo sur TF1 mais le duo se sépare en 1980 après le tournage du film Alors... Heureux ?. Marc Jolivet se lance ensuite dans le one-man-show et en 1990, il triomphe pendant six mois au Café de la Gare, puis pendant deux ans en tournée. Tout en écrivant l’Avant-Journal télévisé pour France 2. Marc Jolivet est un écologiste convaincu qui s’est présenté aux élections municipales à Paris en 1989 sous l’étiquette écologiste, obtenant 11,89 %. Depuis juin 2011, il est membre de l’Académie Alphonse Allais, ce qui lui va comme un gant. Il vit désormais à Aix-en-Provence où il coule des jours heureux, mais avec toujours l’esprit en éveil. Il sera parmi nous à Blues & Polar le samedi 26 août pour parler de son livre « Tueur hors-série ».
1.BLUES & POLAR. Après de nombreux livres consacrés au rêve, à l’utopie, à l’écologie, au monde animal et au rire grinçant plutôt axés sur votre univers et votre personnalité de longue date, pourquoi ce désir d’écrire un roman dit noir, pour ne pas dire un Polar ?
MARC JOLIVET. « Un jour, j’ai dit à ma compagne Tant que je suis vivant j’essaierai toujours de faire un maximum de choses. Et je lui ai dit aussi si j’écris un polar, est-ce que tu veux bien m’aider ? Car je n’avais pas vraiment d’idées. Et puis un matin, j’entends à la radio sur France Inter que le fameux tueur en série ayant sévi pendant 35 ans, qu’on appelait « Le Grêlé » et qui était un ancien policier et gendarme s’était suicidé en ayant laissé une lettre dans laquelle il avouait ses crimes. Et j’ai plongé dans cette histoire en me disant En avant ! J’ai pensé que ce mec, François Verove, qui était resté plusieurs années sans tuer cherchait la rédemption. Peut-être qu’il est sincère et qu’il veut se faire pardonner. Et d’ailleurs, il se répare tout seul en se suicidant. Néanmoins, les héros de ce faits divers ce sont les policiers qui n’ont jamais laissé tomber l’affaire. »
2.BLUES & POLAR. Vous vous glissez dans la peau et le cerveau de François Verove, ce gendarme serial killer qui pendant 35 ans a tué, sans être inquiété, dans plusieurs régions, insoupçonnable qu’il était. Et vous utilisez un humour noir, auquel je ne m’attendais absolument pas, mais qui est très savoureux. On rit car il y a de nombreuses situations cocasses…
MARC JOLIVET. « Merci Jean-Pierre ! Le rire, c’est vraiment ce que j’espérais, bien que le sujet soit très délicat et dramatique. Mais un copain, Simon Michaël ancien officier de la PJ devenu scénariste et acteur qui a travaillé avec Claude Zidi et Olivier Marchal et aussi à l’Office central du banditisme et du proxénétisme m’a dit : Vas-y ! Et j’y suis allé ! »
3.BLUES & POLAR. Etes-vous un amateur de polars ? Et avez-vous lu le livre Le Grêlé de Patricia Tourancheau, journaliste grand reporter spécialiste des Faits divers à Libération qui a réussi la première à identifier ce serial killer ?
MARC JOLIVET. « Oui j’aime les polars et j’ai lu avec une grande attention le livre de Patricia Tourancheau que je serai ravi de retrouver à Manosque pour Blues & Polar cet été, mais étant constamment en travail d’écriture pour mes spectacles de n’ai vraiment pas le temps de m’y plonger. Je suis plutôt cinéma et je vois beaucoup de films et de séries policières. Mais ce que je veux dire c’est qu’on ne peut pas écrire sur ces choses horribles sans penser aux victimes. C’est pour cela que 50% de mes droits d’auteur seront reversés à l’association Assistance et recherche des Personnes disparues (ARPD).
LA QUESTION PLUS. Le Blues pour vous, c’est une musique ou un état d’âme ?
MARC JOLIVET. « C’est le deux mon général ! J’adore cette musique et j’ai d’ailleurs composé deux blues : ADN Blues et Le Blues du second degré. Je les chanterais pour vous à Manosque, mais il faudra m’accompagner. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


 MARYAM CHEMIRANI.

À la base, il y a Djamchid, maître du zarb, une percussion persane qui est à l’Iran ce que les tablas sont à l’Inde. JPEG - 47.2 kio Aujourd’hui, les Chemirani, c’est une famille de musiciens, avec deux fils percussionnistes, Bijan et Keyvan, deux filles chanteuses, Maryam et Mardjane. Par leur culture double, franco-iranienne, les Chemirani construisent une musique sans frontières, proche du sixième continent. La voix de Maryam exprime une envie permanente de rencontre et de partage ainsi qu’un sens évident de la narration et de la poésie. Maryam dit d’ailleurs « Le son du saz de Bijan et ses boucles sont uniques, ils m’ont toujours ouvert l’inspiration et donné envie de chanter ; dès qu’il joue, pour moi, un voyage commence… » Maryam a baigné dans la musique depuis la petite enfance ; dans la maison familiale de Saint-Maime (04) près de Manosque où venaient jouer de grands musiciens. Elle s’est initiée au Radif (répertoire de la musique classique traditionnelle persane) avec Hossein Omoumi, maître de Ney et de chant. Des rencontres en Inde et au Bengladesh lui ont permis d’élargir ses connaissances dans la musique modale. Ella a travaillé également la musique médiévale avec Henri Agnel, en particulier le répertoire des Cantigas de Santa Maria ; et avec son père Dlamchid et ses deux frères, Bijan et Keyvan, des poésies persanes sur des compositions familiales et des airs traditionnels. Elle a aussi chanté avec sa sœur Mardjane dans le trio vocal de swing italien des années 30, Delizioso, initié par Catherine Catella. Elle-aussi sera sur scène pour l’ouverture du 19e festival Blues & Polar à Manosque, le samedi 26 août, avec son frère Bijan sous les voutes anciennes de la chapelle de Toutes-Aures. Une rencontre qui s’annonce magique. https://youtu.be/yKTQTXL4wPk?t=10
1.BLUES & POLAR. Le Blues Persan que tu chantes, il exprime quoi ?
MARYAM CHEMIRANI. « En fait, c’est peut-être un répertoire inclassable comme un hybride. Je chante en Persan certes, mais le Persan c’est plein de pays comme l’Iran, l’Afghanistan, le Tadjikistan, le Kirghizistan, le Turkménistan, l’Ouzbékistan, et aussi le Kazakhstan. Ce que je chante c’est la poésie de Saadi, Hâfez, Râmi, Omar ; Khayyam… ces grands poètes du XIe au XIIIe siècle. Cela parle d’un détachement à l’égard du brouhaha du monde. C’est complètement philosophique et d’inspiration Soufi. C’est très Carpe Diem. Profite de l’instant présent comme si c’était le dernier, car on n’est que de passage. Il y a un côté épicurien dans tout ça et beaucoup d’amour. C’est un amour sensuel et du mystère de la création. C’est vraiment magnifique ! Mais on pénètre là dans l’ésotérisme et encore plus dans le désir. »
2.BLUES & POLAR. Cette musique qui accompagne ces poèmes est-elle toujours la même depuis des siècles ou est-ce que certains l’ont fait évoluer en l’électrifiant comme les Celtes avec Dan Ar Braz, Alan Stivell  ?
MARYAM CHEMIRANI. « La musique savante persane n’a pas bougé d’un millimètre ou d’une note. Elle ne se mélange pas car on est dans du sacré. Il faut dix à quinze années pour posséder le répertoire et on l’apprend exclusivement de manière orale « siné bé siné » soit poitrine contre poitrine selon l’expression. Car rien n’est écrit, toute la transmission est orale, comme un apprenti avec son maître d’apprentissage. Et il n’y a pas d’improvisation ! Mais en dehors de l’Iran, ce répertoire s’est électrifié et on improvise. Avec mon frère Bijan, on part de nos influences musicales persanes et on crée nos propres compositions. »
3.BLUES & POLAR. La révolte des jeunes femmes iraniennes contre le voile islamique et toute la répression que cela entraine, comment le ressens-tu ici ?
MARYAM CHEMIRANI. « J’ai une très grande tristesse face à ça et de la colère aussi. »
LA QUESTION + Est-ce que tu lis des polars Maryam, et écoutes-tu du blues ?
MARYAM CHEMIRANI. « J’en ai lu des polars. Le dernier, c’était un de Fred Vargas que j’aime beaucoup. Mais en ce moment je lis plus des Essais. Le blues, c’est un état d’âme évidemment, mais aussi une musique que je ressens intensément.
J’adore écouter John Lee Hooker et Ali Farka Touré. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


 MARS 2023

 DOROTHÉE OLLIÉRIC

JPEG - 19.6 kio Grand reporter à France 2, Dorothée Ollliéric vient de publier « La Guerre au féminin » aux éditions Tallandier. Un parcours étonnant et une évocation plus que méritée de toutes ces femmes combattantes dans tous les sens du terme. Elle est mon invitée en cette Journée internationale des Droits des femmes. Elle repart en Ukraine le 3 avril. Sois prudente Dorothée !
1. BLUES & POLAR. “La Guerre au féminin » sorti le 1er mars 2023 aux Editions Tallandier est un livre consacré aux femmes combattantes dans les divers corps d’Armée. Qu’est-ce qui a suscité l’écriture de ces nombreux hommages et pourquoi un livre quand on travaille déjà avec les images pour la Télévision ?
DOROTHÉE OLLIÉRIC “ Tout d’abord, ça fait très longtemps que je croise des femmes sur les nombreuses guerres que j’ai couvert pour France 2 et j’ai eu envie de raconter leur histoire car - comme moi – il y en a beaucoup qui sont mères de famille. Et même si certaines sont dans des fonctions logistiques de transports divers allant de la cuisine aux munitions, elles sont susceptibles de tomber dans des embuscades en terrain hostile. Et là, elles peuvent se muer en vraies combattantes. Je voulais donc aller plus loin avec elles avec ces différents portraits. Je voulais par exemple savoir s’il y avait du harcèlement envers elles dans un monde militaire encore terriblement masculin ? Elles se sont livrées en toute sincérité car le stress post-traumatique ça existe et ça fait du bien d’en parler. J’avais déjà fait en 2020 un Documentaire sur le Régiment du Train voué à la logistique qui descendait sur Gao au Mali dans le cadre de l’opération Barkhane, et il y avait des femmes qui avaient toutes eu une vie avant. Certaines travaillaient dans des cantines scolaires en France et je suis donc allée les interviewer pour ce livre, après chez elles, sur place. Et j’ai tout enregistré et pris des notes sans aucune caméra. J’ai décidé de les faire parler en écrivant à la première personne, mais j’aurai pu écrire dix livres. C’est vertigineux quand on commence à rédiger, car la télé c’est autre chose, mais ça devient agréable au fil des lignes. Ce livre je l’ai fait pour elles ! »
2. BLUES & POLAR. Comment es-tu arrivée à être Grand Reporter sur les guerres et conflits du monde entier pour France 2 et te souviens-tu de ton premier reportage sur un front ?
DOROTHÉE OLLIÉRIC. « Je suis arrivée très jeune à la Télévision. C’était en 1990 pour un stage d’été. Et je suis restée. Mais en 1992, je suis allée voir la Direction pour solliciter un poste au Service Etranger du Service Public. A l’époque, il n’y avait as les chaines d’info en continu, et je n’ai pas eu à batailler pour y arriver. Il y avait beaucoup d’hommes évidemment et Marine Jacquemin, et j’ai tout appris sur le terrain ! Avec les vieux de la vieille qui avaient de l’expérience car on travaille en équipe, toujours. Mon premier contact avec les conflits c’est au Cambodge pour la relève des Casques bleus français dans le cadre du processus de paix. Mais mon premier terrain difficile c’était juste après avec l’Angola. Alors parfois on a des idées noires sur place, mais il faut vite les chasser. Pendant longtemps, il n’y avait rien pour l’après-mission en reportage. Et surtout pour les filles qui sont aussi des mères de famille et voient des horreurs. Mais depuis une quinzaine d’années, il y a régulièrement des suivis psychologiques même pendant la mission. On a un numéro psy qu’on peut joindre 24 h sur 24 par SMS pour toute l’équipe. On se soucie beaucoup plus du retour désormais. Je n’y ai jamais eu recours pour l’instant, car mon psy c’est maman. Elle a 82 ans et elle m’écoute comme quand je faisais le mur, gamine, pour sortir. »
SES PHOTOS DU FRONT EN UKRAINE : 1. Seule dans une tranchée dans le Donbass. 2. Avec son équipe dans les tranchées. Devant Oksana Meuta (fixeuse). Derrière : Regis Mathé (cameraman), Dorothée Olliéric et à droite Orest (officier ukrainien). 3. Avec Olga, l’artilleuse.
3. BLUES & POLAR. Hubert Beuve-Méry fondateur du quotidien Le Monde disait qu’un bon journaliste « c’est avoir le contact et la distance ». Toi, en revanche tu nous a touchés et émus aux larmes sur France 5 avec cette petite fille afghane de 13 ans à qui tu as évité un mariage forcé avec un homme bien plus âgé. C’est ta manière de pouvoir rester indemne devant tant de folie ?
DOROTHÉE OLLIÉRIC « Prendre beaucoup de distance sur les reportages, c’est très dur pour moi. J’ai besoin de donner confiance aux personnes que j’interviewe, pour avoir de la sincérité dans les propos tenus par ces femmes, ces enfants, et des hommes aussi. Mais il y a beaucoup de larmes quand même. Tu sais Jean-Pierre, il faut être forte pour encaisser tout ça. Moi ça me déchire le cœur pour les enfants ces situations de mariage forcé en Afghanistan ; d’impossibilité d’étudier à l’école pour les filles… Mais la beauté de ce métier c’est que l’on fait des rencontres extraordinaires. On a donc des échanges très forts, et pour obtenir ça, je ne me blinde pas ! Au contraire, il faut de l’empathie, aimer les gens… Pour sauver cette petite fille promise à un vieux ça nous a demandé beaucoup d’énergie, mais on a réussi grâce à l’association « Too young, to wed » (Trop jeune pour se marier) qu’il faut soutenir et aider. »
La Question + Le Blues pour toi, c’est une musique ou un état d’âme ?
DOROTHÉE OLLIÉRIC « Les deux mon général ! Ca me fait penser à la saudade du Cap-vert... Mais ça me rappelle surtout quand j’étais en reportage à Nashville aux Etats-Unis. Il y avait de la musique comme ça partout. J’aime mais je ne connais pas vraiment les noms des artistes. En revanche, le blues on l’a parfois quand on est en reportage. Là, j’ai le Blues de l’Ukraine d’où je suis arrivée il y a une quinzaine de jours, et j’y repars le 3 avril. Je viens d’avoir mon fixeur là-bas. Tout est réglé. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


 FÉVRIER 2023

 JÉROME LOUBRY

Auteur de thrillers haletants et passionnants (Les Chiens de Détroit, Le Douzième chapitre, Les Refuges, De Soleil et de sang, Les Sœurs de Montmorts) il vient de sortir « Le Chant du silence » son sixième roman chez Calmann-Lévy. Déjà venu au festival Blues & Polar à Manosque, il est mon invité du mois pour l’Interview en 3 questions.
1. BLUES & POLAR. Jérôme, tu es déjà à ton 6e thriller, comment ce Chant du silence a-t-il pris corps ? C’était une idée qui trottait depuis longtemps dans ta tête ? Jérôme LOUBRY. « C’est effectivement mon sixième ouvrage et toujours chez Calmann-Lévy. Mais je suis parfaitement entouré dans cette maison d’édition, et je m’y sens bien. Néanmoins, cette fois-ci, il s’agit plutôt d’un roman noir. Je parle notamment des silences qui s’installent parfois pendant l’adolescence entre parents et enfants, et qui peuvent créer des choses graves pour la suite. Et dans ces cas-là, il faut toujours un coupable. Là, c’est un ado qui justement déteste son père, et doit se rendre à ses obsèques. Et une fois sur place, il réalise autre chose. C’est une histoire qui m’est venue naturellement car j’ai un fils de 14 ans et je me suis souvent posé la question « Comment me perçoit il ? » Et ça m’a donné envie d’écrire sur cette perturbation que tout le monde ressent. J’aborde aussi des aspects sociétaux sur les villes portuaires et l’environnement. Et j’évoque un problème dont la Presse a parlé il y a peu : les fameuses « larmes de sirènes » ces billes de pastilles microscopiques qu’on retrouve dans l’estomac des poissons. J’avais envie de me poser un peu dans la manière d’écrire, de dépasser le polar, d’être plus mature, de rentrer dans la psychologie de personnages. De mieux écrire en fait. Car moi, je n’ai pas d’inspecteur ou de commissaire héros menant l’enquête. On est trop vite pris au piège. »
2. BLUES & POLAR. Es-tu toujours un adepte de la fiction totale ou t’inspires-tu du réel au moment d’écrire une histoire ?
Jérôme LOUBRY. « Franz Kafka a écrit « Les sirènes ont un pouvoir encore plus fort que leur chant ; c’est leur silence ! ». Moi je préfère être libre de A à Z et j’ai choisi la fiction totale jusqu’à présent, sauf pour « De Soleil e de sang » où j’ai parlé de la situation des enfants prisonniers de la guerre des gangs en Haïti. J’invente tout, et d’ailleurs quand je suis en train de finir un bouquin, j’ai toujours les prém »ices de l’autre qui se profilent… Le cerveau interfère. »
3. BLUES & POLAR. Comment écris-tu ? Tu es un adepte de l’ordinateur ou du carnet avec un crayon de papier comme René Frégni ou moi ?
Jérôme LOUBRY. « Non, j’écris à l’ordinateur sans plan et sans note. Je visualise mon livre comme un film et je m’installe. Ça peut être n’importe quand et à n’importe quelle heure. Mais j’écoute toujours de la musique pour me mettre dans l’ambiance et adaptée à la situation. Classique quand c’est plutôt calme, mais ça peut aller au rap ou au hard-rock, si ça va bouger. Mais j’éteins pour écrire dans le silence. »
LA QUESTION +. Tu écoutes quoi en ce moment ?
Jérôme LOUBRY. « De tout ! Mais vu ce que je prépare, on est plutôt seventies avec les Doors et Jefferson Airplane. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


 JANVIER 2023

 AGNÈS NAUDIN

Capitaine de police et porte-parole du syndicat FSU Intérieur, auteure de plusieurs ouvrages sur les dysfonctionnements au sein de l’institution policière et présente au 18e festival Blues & Polar à Manosque pour ses enquête sur les enfances perdues, les affaires de famille, d’ados, et celle sur les disparitions ces fameux « cold case » toujours non-résolus en France, Agnès Naudin met une nouvelle fois « les pieds dans le plat » telle une lanceuse d’alerte avec son nouvel ouvrage « Police : la loi de l’omerta » co-écrit avec son collègue Fabien Bilheran. Six policiers issus de différents services y témoignent à visage découvert et dévoilent les défaillances et les infractions commises au sein de l’institution (racisme, harcèlement, violences, corruption, faux en écriture publique…). Ces témoins révèlent en particulier les mécanismes mis en place par l’administration pour tenter d’étouffer les affaires et isoler ceux qui s’insurgent contre certaines pratiques.

1. BLUES & POLAR. Avec ce nouveau livre « POLICE : la loi de L’Omerta » est-ce que tu deviens officiellement une « lanceuse d’alerte » au sein de l’institution ?
Agnès NAUDIN. « Pas encore ! Mais j’ai fait une demande officielle en ce sens auprès du Défenseur des Droits car on a commencé à me chercher des « noises ». En pratique, j’ai toujours eu envie de quitter Paris pour vivre à la campagne dans les Alpes-de-Haute-Provence. J’ai donc formulé une demande en son temps, car je dépends toujours de Paris et j’ai effectivement déménagé l’année dernière. Mais récemment - étrangement le jour de la sortie du livre - j’ai reçu une note qui rendait un avis défavorable à mon déménagement. Et comme je dépends toujours de Paris, je suis passive potentiellement de mesures disciplinaires. Et je vais devoir aller au Tribunal administratif pour ça, si jamais il y a une procédure. »

- 2. BLUES & POLAR. Quel statut aujourd’hui ? Es-tu toujours capitaine de Police en fonction ou en disponibilité ?
Agnès NAUDIN. « Je suis toujours en fonction. Et j’ai un boulot de syndicaliste à l’échelon national au sein de la Police. Je suis Porte-parole du syndicat FSU Intérieur qui représente tout le monde, tout corps et tout grade, mais c’est un petit syndicat plus connu dans le monde enseignant. En fait, c’est mon dernier livre sur l’omerta au sein de la Police qui gêne. On savait bien sûr qu’on n’allait pas se faire des copains, mais on a eu avec Fabien Bilheran une démarche transparente. Ce que l’on dénonce, c’est le fait que des infractions soient commises par des policiers (brutalités, racisme, sexisme…) et qu’on s’en prenne à ceux qui dénoncent. »
« JE PENSE QUE C’EST MON DERNIER LIVRE SUR LA POLICE »
- 3. BLUES & POLAR. Quand tu as écrit « Affaires de famille » ton premier bouquin, est-ce tu te doutais que très rapidement tu aurais déjà 7 livres et une BD à ton actif ?
Agnès NAUDIN. « Oh non ! Rien n’était calculé. Mais là, je pense que c’est le dernier ! J’ai tout dit sur le sujet et c’est un choix ! Cependant j’ai toujours un Polar sous le coude que j’avais commencé il y a quelques années ; mais la fiction, inventer, c’est plus difficile ! »

- LA QUESTION + DE BLUES & POLAR. Je sais que tu as l’oreille musicale et plutôt bon goût, mais qu’est-ce que tu écoutes comme musique en écrivant tous ces bouquins ?
Agnès NAUDIN. « Tu vas être déçu. J’écoute beaucoup de mantras, des chants chants indiens ou africains qui vont bien avec le Pays de Forcalquier. Et j’écoute beaucoup Deva Premal, une musicienne et chanteuse allemande connue pour sa musique méditative et dévotionnelle. »
Ecoutez-là ! https://youtu.be/qG5ee6Ob6fY

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


 DÉCEMBRE 2022

 L’HARMONICISTE RACHELLE PLAS

Blues & Polar l’a rencontrée à Marseille au Non-Lieu où elle participait au Festival d’accordéon. Elle est l’invitée de l’Interview « 3 Questions à… » du mois de décembre sur le site www.blues-et-polar.com
1. BLUES & POLAR. Rachelle, après cette longue période de confinement angoissante, tu retrouves enfin le public dans les salles et les festivals. Qu’est-ce que tu ressens ? Est-ce pareil qu’avant ?
RACHELLE PLAS. « Non, ce n’est pas pareil. On a du mal à faire revenir les gens dans les salles, mais en revanche, il y a de plus en plus de petits lieux atypiques comme le Non-Lieu à Marseille où l’on est aujourd’hui dans le cadre d’un festival d’accordéon vraiment très ouvert et jazzy. Et là, on retrouve une ambiance conviviale en lien avec le public. Car même si on oublie vite les périodes difficiles, il y a toujours des convaincus qui développent une grosse énergie pour faire des choses. Et d’ailleurs on a joué autant dans des grands festivals que dans des petits lieux très chaleureux. »

2. BLUES & POLAR. Il y a peu de filles harmonicistes, même si ça commence à bouger en Europe et aux USA. Est-ce toujours un combat pour faire connaître ce petit instrument diatonique qui tient dans la poche et qu’on n’enseigne pas au Conservatoire, sauf exception du chromatique, peut-être ?
RACHELLE PLAS. « On vient de jouer aux USA, en Allemagne et à Birmingham (Angleterre) dans le cadre du Festival UK d’harmonica. Car là, il y a une école privée qui certifie et délivre un diplôme « Rock School » à des professionnels afin qu’ils puissent rentrer à l’Université de musique où ils pourront étudier la musicologie. Personnellement, je vais dans les écoles fréquemment et je propose – étant ambassadrice Hohner dans le monde entier – des animations autour de l’harmonica de la Maternelle au Collège. Car l’harmonica pourrait être un point commun entre les élèves plus adapté que la flute, mais aujourd’hui c’est le chant choral qui est développé – et c’est très bien – pour retrouver une unité entre les élèves. Mais il faut quand même savoir qu’en 1920, il y a eu un harmonica qui a « défoncé la baraque » et s’est vendu à 19 millions d’exemplaires dans le monde. C’était le « Piano pocket » et on découvre tout ça en allant au Musée Hohner à Trossingen en Allemagne. Cependant il y a eu des femmes qui dans années 20 aux Etats-Unis jouaient déjà de l’harmonica en chantant le blues. Il existe des affiches au musée de Trossingen. Big mama Thornton (photo ci-contre) était la plus célèbre de toutes ces chanteuses-harmonicistes dans les années 50. »
Découvrez Big Mama Thornton en « live » avec Aretha Franklin en 1980. Superbe !
 https://www.youtube.com/watch?v=QoNQHf8x6L8
Et en 1971 pour un « Rock me baby » de folie.
https://www.youtube.com/watch?v=LjF-ysKN41Q

3. BLUES & POLAR. Quel est ton morceau préféré à l’harmonica ; celui que tu kiffes toujours malgré le temps qui passe ?
RACHELLE PLAS. « J’en ai deux : Isn’t she lovely de Stevie Wonder sorti en 1976 et Orange blossom special de Charlie Mc Coy qui date de 1973. »
LA QUESTION + DE BLUES & POLAR. Je crois savoir que tus as un joli projet qui débute sur les ondes de la Radio nationale  ?
RACHELLE PLAS. « Exact Jean-Pierre ! Dans le cadre du programme jeunesse de France Musique et de l’opération de découverte des instruments via l’émission Les Zins’trus, je vais faire découvrir l’harmonica à la comédienne Emma De Caunes. C’est chouette ! »
* Ce podcast jeunesse produit par Saskia de Ville est disponible depuis le 23 novembre sur le site et l’appli Radio France
* Nouveauté ! Les Zinstrus sont proposés en son immersif à écouter avec un casque.
* Autour de Rachelle Plas d’autres instruments seront proposés à la découverte avec un musicien et un comédien. Ainsi le clavecin avec Benoît Poelvoorde et Jean Rondeau. La voix, avec Laura Felpin et Lucile Richardot Le saxophone, avec Virginie Hocq et Thomas de Pourquery, et le ukulélé, avec Barbara Schulz et Agathe Peyrat. #FranceMusique #Musique #Podcast #LesZinstrus #RadioFrance

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


 NOVEMBRE 2022

 MARINE MAZEAS

La journaliste Marine Mazeas grand reporter à Marianne, spécialiste des faits divers et de la Justice depuis 20 ans vient de publier « L’Aimé meurtrier » aux éditions du Rocher. Un premier livre consacré aux femmes de criminels et de voyous. A ces couples pas comme les autres qui s’aiment à en perdre la raison, 8 femmes ayant cédé à la tentation témoignent. Un livre étonnant où se mêlent romance et drames et où l’écrit est au cœur de ces correspondances incroyables.

1. BLUES & POLAR. Marine, comment vous est venue cette idée de consacrer un livre - explicitement bien nommé « L’Aimé meurtrier » Femmes de criminels et de voyous - à des femmes qui tombent amoureuses de détenus prisonniers et comment les avez-vous découvertes ?
MARINE MAZEAS. « Ce premier livre, c’est pour moi la concrétisation d’une année de travail, mais un livre ça n’a rien à voir avec les articles de Presse que j’écris depuis des années sur les faits divers, la Justice ou la société. Et puis un livre, ça a une durée de vie très longue… Ce sujet est venu au fil de ma carrière journalistique, dans le cadre d’articles et dossiers réalisés à Marianne et qui ont suscité de l’intérêt. J’avais déjà réalisé un reportage sur la détention en prison avec deux femmes de détenus. Mais on a tous des à priori sur ce sujet et je voulais, un jour, en savoir plus. Car je savais que ça existait des femmes qui tombent amoureuses de détenus. Puis petit à petit j’ai entendu parler d’histoires qui circulent dans les prétoires, les tribunaux, auprès des avocats, procureurs, juges… et dans la Presse. Et j’ai pu établir une liste de femmes que je pouvais peut-être contacter. Et puis j’avais interviewé la compagne de Patrice Allegre le meurtrier de Toulouse qui a souhaité rester en prison… tout en étant en couple ! Mais elle ne figure pas dans ce livre, car c’est un cas sensationnel bien trop connu. Je voulais des histoires plus ordinaires mais qui sont quand même des sacrées histoires de vie pour ces femmes. »

2. BLUES & POLAR. Ces femmes – dans votre livre - travaillent en prison ou passent par des associations de correspondances aux détenus ? Y-a-t-il l y a encore d’autres schémas ?
MARINE MAZEAS. « Ces huit femmes dont je parle dans ce livre ont toutes obligatoirement rencontré leur compagnon par le biais de la prison, car ils étaient emprisonnés. Et elles ont toutes un lien avec la prison du fait de leur fonction (gardienne ou infirmière) et l’une d’elle était jurée au procès de celui qui allait devenir son amour fou. Elles ont de 30 à 70 ans aujourd’hui. Et l’histoire commence par l’écrit toujours, par une correspondance. Cela permet de se découvrir et l’écrit reste, et on peut relire autant de fois que l’on veut. Ça permet d’avoir la personne en face de soi. Et on se livre autrement que par un téléphone portable, qui bien qu’interdit est dans la poche de presque tous les détenus… »

3. BLUES & POLAR. Ces histoires d’amour finissent plutôt mal en général. Mais est-ce qu’il y a néanmoins des exemples de réussite ?
MARINE MAZEAS. « Elles ne finissent pas toutes mal, car sur les huit, seules deux se sont séparées vraiment de leur compagnon. Et une autre a vécu 40 ans avec son compagnon détenu. Les deux qui se sont séparées d’avec leur compagnon n’éprouvent cependant ni ressentiment, ni regret, car elles ont aimé ces hommes. Pour celle qui correspondait avec un détenu emprisonné dans le couloir de la mort aux USA, puis qui est partie le rejoindre, c’est son choix ! Elle sait qu’il est condamné à mort et qu’il ne sortira jamais. C’est carrément une vie sacrificielle, mais cet homme-là est son âme-sœur. Elle est très déterminée et a conscience de la situation. Elle est désormais installée aux Etats-Unis, elle travaille beaucoup… et tous les week-ends elle est au parloir avec lui ! »

LA QUESTION PLUS. Le Blues pour vous. Musique ou état d’âme ?
MARINE MAZEAS. « Pour moi, c’est surtout une musique qui a de l’âme et de la poésie aussi. Je suis plus rock et jazz, mais j’aime beaucoup Eric Clapton et Neil Young ; surtout l’album « Harvest ». C’est un peu blues quand même ?"

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


 OCTOBRE 2022

 DAVID CORONA et PATRICIA TOURANCHEAU

Après un repos bien mérité en septembre Blues & Polar reprend sa route des Interviews mensuels avec deux invités. La journaliste Patricia Tourancheau auteure de nombreux ouvrages sur les faits-divers en France a démasqué « Le Grêlé » (Le Seuil), ce sérial-killer bon père de famille et gendarme à la fois qui a tué pendant pendant 35 ans, avant de se suicider sachant qu’il était découvert et David Corona ancien négociateur de crise du GIGN à l’œuvre pendant les attaques de Charlie hebdo en 2015 et du Super U de Trèbes en 2018, auteur de « Négocier » (Grasset).

DAVID CORONA Natif de Digne-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence) où il a grandi, David Corona y est devenu spécialiste des sports de combat avant d’intégrer le GIGN (son rêve de gosse) où il a occupé le poste délicat de négociateur, notamment lors des attaques de Charlie Hebdo en 2015 et du Super U de Trèbes en 2018. Après douze années au sein du GIGN, il est aujourd’hui chef d’entreprises pour aider les sportifs et les sociétés. Son livre « Négocier » qui vient de paraître chez Grasset retrace son parcours particulier. Car si négocier reste la première et la dernière chance face à la violence, c’est aussi l’art subtil de la parole face aux armes.
1.BLUES & POLAR. Négocier, cela veut dire quoi très précisément David ? Que tout est permis pour arriver à ses fins et qu’il n’y a pas de limite ?
DAVID CORONA. « Oui ! On pourrait très bien se contenter de l’usage de la force ; mais la négociation sert à ce qu’une personne puisse se rendre. Mais elle permet aussi savoir où elle se trouve, et d’arriver à distraire son attention par des moyens autres. Négocier, c’est une voix qui s’ouvre par la parole face à la violence. Néanmoins on négocie aussi en hauteur, c’est-à-dire jusqu’au plus haut niveau de l’Etat selon les circonstances. A mon sens tout est permis quand il s’agit de sauver des vies. Je me souviens d’un mois d’août, en période de pleines vacances où à la suite d’un risque d’explosion d’un hôtel situé en bordure d’Autoroute, j’ai réussi à faire fermer l’Autoroute A7 - celle du soleil - en forçant le Préfet du département en question à en ordonner la fermeture. Car c’est lui seul qui a ce pouvoir. Ça n’a pas été facile du tout, car les préfets n’aiment pas trop les vagues, et là sûr que les médias allaient en parler à la télé… Mais j’ai réussi à le convaincre et cela a créé évidemment un bouchon de 50 km. Mais si jamais l’hôtel avait explosé avec la circulation intense de l’A7 à proximité, cela aurait été dramatique. Néanmoins, après discussions, les autorités nous font confiance et se rangent derrière notre expertise. »

2. BLUES & POLAR. Est-ce que l’on négocie dans tous les pays du monde et est-ce que négocier est le signe d’un pays vivant en démocratie ?
DAVID CORONA. « Oui, on négocie dans tous les pays du monde et même dans les dictatures. Mais en Corée du nord ou autre régime du même style par exemple on ne négocie pas avec le pouvoir. La responsabilité descend jusqu’au chef de la situation présente… Et puis la dictature ne s’immisce pas partout non plus. Néanmoins on peut dire que plus il y a de négociations, plus on est en démocratie. Remarquez les manifestations de rues en France où certains tiennent une pancarte « On est en dictature » ce qui est bien la preuve qu’on n’y est pas ! »

3. BLUES & POLAR. Quelles sont les négociations heureuses et malheureuses qui vous ont le plus marqué ?
DAVID CORONA. « La négociation heureuse, c’est quand j’ai fait libérer une enfant de deux ans, fille d’un chef d’entreprise français, enlevée en Côte d’ivoire. La malheureuse, c’est en 2018 à Trèbes lors de la prise d’otages au Super U, par un Islamiste. Là, je me dis toujours qu’on n’a pas placé assez de fusibles autour du colonel Beltrame qui s’est sacrifié pour libérer la caissière du magasin. On aurait dû s’y attendre à ce qu’il soit capable d’échanger sa place contre celle de l’ôtage. Je lui avais parlé avant sur la conduite à tenir, mais venant d’un militaire de carrière ça semblait impensable dans la stratégie en cours. Et pourtant, il l’a quand même fait et au détriment de sa vie… Si je devais refaire le match, je dirais au militaire en responsabilité de ne rien tenter. Mais aucune situation ne se ressemble. Négocier ce n’est jamais pareil et il n’y a pas forcément les mêmes réponses ou stratégies selon que l’on soit dans la Police ou la Gendarmerie. Les formations aux missions ne sont pas les mêmes. Négocier au GIGN, c’est la Gendarmerie et ça concerne surtout les situations en campagne, alors que négocier au Raid, c’est plus en milieu urbain, dans les grandes villes avec un environnement totalement différent. En revanche, il n’y a pas de négociateur dans les régiments de combat qui sont des soldats formatés pour la guerre. »
LA QUESTION +. Le Blues pour vous, c’est une musique ou un état d’âme ?
DAVID CORONA. « J’aime bien cette musique et je l’apprécie quand j’en entend. J’en ai même joué quand j’apprenais la guitare au Conservatoire de Digne-les-Bains, mais ce n’est pas un courant musical que je suis. Je suis plus jazz façon Django Reinhardt ou Louis Amstrong… »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


PATRICIA TOURANCHEAU Journaliste spécialiste de la police, du grand banditisme, des criminels et des Faits divers depuis 35 ans, à Libération notamment, Patricia Tourancheau a écrit plusieurs ouvrages sur de grandes affaires criminelles comme « Grégory, la machination infernale » (Seuil), « Le Magot » sur l’affaire Fourniret (Seuil) et « Guy Georges, la traque » (Pluriel). Elle a aussi co-réalisé récemment pour Netflix, la série documentaire très bien documentée sur le petit « Grégory » et le film « Les Femmes et l’assassin » sur le serial-killer Guy Georges. Elle a été à la Une de l’actualité en mars 2022 lors de la sortie du livre « Le Grêlé, le tueur était un flic » où à l’issue d’un travail de fourmi mené depuis 1990, elle a réussi à identifier ce tueur et violeur en série de fillettes et d’adultes, ayant sévi à Paris de 1986 à 1997 sans jamais être arrêté. Car François Vérove était flic après avoir été dans la Garde Républicaine dans les années 80. Insoupçonnable, jamais fiché, bon père de famille, ce Nordiste venu s’installer dans le Sud s’est suicidé le 27 septembre 2021. Il avait 59 ans.
1. BLUES & POLAR. Patricia, d’où vient cette appétence et cette passion pour les faits divers ? Car cela va semble-t-il au-delà du métier de journaliste ?
PATRICIA TOURANCHEAU. « C’est une passion effectivement, mais pas une fascination. Et elle va aussi, c’est vrai, au-delà du journalisme, car la vie personnelle y est inévitablement très liée. Mais ce sont les faits-divers qui me sont tombés dessus en mai 1985 alors que j’effectuais mon premier stage à Libération à la rubrique Infos générales, Société… On m’envoie alors à La Courneuve pour une descente de Police concernant de la drogue qui se trouvait dans les petits du Mac Do. Et le lendemain, chez un vieux papy, retraité de la Banque qui avait le syndrome de Diogène, c’est-à-dire sans hygiène corporelle et domestique ajoutée à une accumulation d’objets hétéroclites. Et il avait 8 tonnes de faits-divers en coupures de journaux. Ce sont les services de la Ville de paris qui nous avaient alertés. J’ai donc écrit là-dessus et à Libé ils ont trouvé ça bien ; d’autant que ce n’était pas vraiment la tasse de thé des journalistes de Libération qui ont toujours eu du mal à travailler avec la Police. Mais si on traite les faits divers, on est bien obligé de prendre les renseignements où ils sont. J’ai continué mon stage et le 19 décembre 1985, à Nantes où j’étais en train de m’installer j’entend à la radio qu’il y a une prise d’otages au Tribunal en pleine Cour d’assises. C’était le procès du braqueur Georges Courtois et de ses deux complices (Abdelkarim Khalki et Patrick Thiolet) jugés pour 18 braquages par la Cour d’assises de Loire-Atlantique dans l’ancien palais de justice de Nantes. J’alerte Libé et on me dit de suivre l’action. J’étais à proximité et j’ai pu suivre ce qui se passait, car il y a eu des otages libérés au compte-gouttes. Néanmoins, cela a duré 36 heures. Il s’agissait aussi de la première intervention du RAID commandé par les commissaires Broussard et Mancini, en France. Mais le trio avait des exigences et Courtois voulait un avion. Ils sont donc sortis – image hallucinante - enchaînés à trois juges de la Cour d’assises et se sont adressés en direct au gouvernement et au grand public via les caméras de télévision en faisant le procès de la Justice. Finalement, ils seront arrêtés à l’aéroport de Nantes, le soir du 20 décembre, non sans s’être adressés une dernière fois aux journalistes. Vous comprendrez Jean-Pierre, qu’après toutes ces affaires j’étais vaccinée aux faits divers pour longtemps. Et ça me plait toujours ! Car ça me poursuit. Cinq jours après mon départ de Libé en 2015, la voiture des frères Kouachi qui venaient d’anéantir et massacrer la rédaction de Charle-Hebdo a fini sa course avec son pare-brise brisé, juste devant chez moi, dans un plot de la rue de Meaux. Il y avait encore un chargeur de Kalachnikov dans la voiture. Je suis retourné pour 15 jours travailler à Libé et comme on y accueillait les journalistes survivants de Charlie-Hebdo j’ai pu interviewer la dessinatrice Coco que les frères Kouachi ont obligée à ouvrir la porte de l’immeuble. Les faits divers, c’est une passion que je n’ai pas cherchée ; mais j’ai trouvé ça relativement simple et j’ai continué comme ça !" »

2. BLUES & POLAR. Quel est le fait divers qui vous a le plus marquée ?
PATRICIA TOURANCHEAU. « Ce sont les dessous de la société que l’on traite. Et c’est compliqué parce qu’on a affaire à des victimes et parfois à des gens qui ont franchi la ligne jaune. 30 à 50 affaires m’ont marquée, mais celle des victimes de Guy Georges - dont la traque a duré très longtemps - où j’ai vu les photos, ça m’a marquée profondément, car c’est vraiment violent. D’ailleurs, j’ai fait un livre sur la correspondance étonnante entre Guy Georges et Anne Gautier la mère d’Hélène Frinking, violée et égorgée en 1995. Elle avait alors décidée de faire une co-enquête de son côté pendant deux ans, avec l’accord de la Police, qui lui avait demandé de garder cela secret. Mais c’est après un nouveau crime qu’elle se dit « Et basta, le secret ce n’est plus possible ! » D’où un portrait-robot diffusé dans la Presse et la traque sui commence. C’est quand Guy Georges a été identifié et arrêté qu’elle a voulu comprendre ce type. Et elle lui a écrit pour expliquer que c’est compliqué de pardonner, et Guy Georges lui répond en donnant des explications sur le jour où il a tué sa fille… Tout ça, c’est dur et ça marque ! »

3. BLUES & POLAR. Patricia, vous écrivez des articles de Presse, est-ce que l’écriture est le support le plus adapté pour relater tous ces faits divers ?
PATRICIA TOURANCHEAU. « Je continue à écrire bien sûr, mais plus d’articles de Presse. Je bosse beaucoup avec Netflix pour qui j’ai fait « Grégory » qui a fait un tabac car on a retrouvé rushes sur l’affaire qui n’avaient pas été utilisés et de nouvelles pièces au dossier. Et c’est vrai que l’image amène avec sa force côté émotion. J’ai également fait un podcast de 8 épisodes de 22 mn sur « Le Grêlé » en 2019. J’aime bien prolonger l’écrit et il y a beaucoup de possibilités techniques aujourd’hui. Ainsi « Le Grêlé » va être adapté en série Docu-fiction de 4 épisodes pour la plate-forme CYBER avec des intervenants et du son enregistré in-situ. Il y a aussi « Le Magot » sur l’affaire Fourniret qui est en fin d’adaptation sur Canal +

LA QUESTION +. Le Blues pour vous, c’est une musique ou un état d’âme ?
PATRICIA TOURANCHEAU. « Je suis désolée Jean-Pierre, mais c’est une musique que je ne connais pas. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


 JUILLET- AOÛT 2022

 CHRISTIAN BLANCHARD

« Antoine » dernier roman de Christian Blanchard (**** pour notre comité de lecture) est un des sept « Coups de cœur Blues & Polar/Comtes de Provence 2022 ». L’écrivain qui habite à Brest sera parmi nous pour trois jours et le public aura l’occasion de le rencontrer très facilement.Nous sommes ravis de l’accueillir car ses romans - loin de l’enquête policière classique - traient plutôt de nos questions de société les plus diverses. Et ils nous questionnent bougrement... Christian Blanchard participera à la rencontre littéraire du samedi 27 août à la chapelle de Toutes-aures à Manosque dans le cadre du 18e festival Blues & Polar consacré à nos « Racines ».
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1. BLUES & POLAR. Nous avons découvert - et unanimement apprécié - vos deux derniers romans « Tu ne seras plus mon frère » et « Antoine » grâce aux conseils d’Anaïs Morel votre attachée de Presse chez Belfond. Et je la remercie. Mais un constat s’impose : vos histoires finissent mal, voire très mal. D’où vient ce goût du roman noir qui nous entraîne d’ailleurs, bien au-delà très souvent ? Y aurait-il du vécu derrière tout ça ?

CHRISTIAN BLANCHARD. « J’ai quand même dans mes romans antérieurs des histoires qui finissent bien. Mais très souvent, elles ne peuvent pas finir autrement. Pour « Tu ne seras plus mon frère » je me suis reposé sur ce qui se passe avec la Syrie et les jeunes - Français ou non – qui sont partis combattre là-bas pour faire le Djihad. Et je me suis interrogé aussi sur les « snipers » ces tireurs d’élite qui ne sont pas des militaires comme les autres… Entre les sportifs de très haut-niveau et le combattant solitaire. Ça m’a toujours interrogé pour ne pas dire fasciné. C’est très étrange… Pour « Antoine » en revanche, j’ai vécu une enfance pas malheureuse, mais un peu comme lui, car timide et introverti. Et à l’adolescence, j’ai connu la transformation de Dieppe en Normandie, ville portuaire, ville de pêcheurs, ville de transit vers l’Angleterre, ville de tourisme et industrielle aussi. Mais en quelques années beaucoup d’usines ont fermé, engendrant du chômage, des plans sociaux, du désespoir aussi ; et Bertrand l’éducateur du roman, j’aurais pu être lui. Alors oui, il y a un peu de vécu dans ce parcours. »

« Ce qui me trouble, me perturbe et me questionne aussi, c’est l’origine des méchants. » Christian Blanchard

2. BLUES & POLAR. L’enfance et l’adolescence sont au cœur de ces deux derniers romans. Cette période charnière avant de devenir adulte, est-ce les fondations de votre écriture ?

CHRISTIAN BLANCHARD. « Oui ! Pratiquement tout ce que j’écris vient de cette période. Très vite, très jeune, des interrogations m’ont habité et j’ai trouvé des raisons à cela. Ce qui me trouble, me perturbe et me questionne aussi, c’est l’origine des méchants. Dans tous mes autres bouquins, c’est comme ça. Car on ne naît pas tous sous la même étoile et avec avec la même chance. Et il y a des moments où on ne peut plus rien faire pour inverser le cours des choses… Alors que pourtant, il y a des gens qui tendent la main ! Mais mon écriture n’est pas « happy end » ! Je suis fan et ami maintenant de Karine Giebel que j’admire beaucoup. Son écriture aussi n’est pas du style « Ils furent heureux et eurent beaucoup d’enfants… » à la fin. J’ai adoré son dernier « Glenn Affric ». Je suis fan aussi de R.J Ellory. »

« Je suis aussi le correspondant local du quotidien Ouest-France à Plougastel-Daoulas » Christian Blanchard

3. BLUES & POLAR. Comment vous est venue l’envie d’écrire ? Par plaisir ou par nécessité ?

CHRISTIAN BLANCHARD. « Quand j’étais ado, j’écrivais des bricoles, et j’inventais des histoires. Ça me plaisait. C’est pendant la canicule de 2003 que j’ai été repéré par les éditions bretonnes Phalémon. Celles-là même, pour qui écrit Pierre Pouchairet pour sa série des « Trois Brestoises ». J’ai pas mal bossé mon écriture à ce moment-là, et maintenant c’est devenu une nécessité. Mais je suis aussi le correspondant local du quotidien Ouest-France à Plougastel-Daoulas et je fais bien 35 articles par semaine. Ça me plaît, j’aime cette proximité des gens avec la Presse locale, et maintenant, écrire, je ne pourrais pas faire autre chose ! Je ne peux pas m’ennuyer en écrivant. Car quand j’attaque un livre, c’est toujours différent. Mais c’est toujours du plaisir, même si parfois ça peut être compliqué. Inventer, c’est ça qui est intéressant, mais mon éditrice chez Belfond m’apporte son regard et du recul. « Antoine » c’est une histoire et un roman qui me titillaient depuis longtemps. « Tu ne seras plus mon frère » qui évoque deux frères partis en Syrie ; l’un pour faire le Djihad, l’autre pour défendre son pays, c’est un reportage de France 2 sur les repentis de Daech et les enfants de djihadistes qu’un mec voulait tous tuer, qui m’a inspiré ce livre. Auparavant, j’ai écrit un roman sur le Cambodge « Ang Karg » après y avoir visité un camp d’internement qui m’a beaucoup ému. Et j’ai mis une femme pour personnage central. L’enquête policière basique, je ne sais pas faire. Je suis plutôt dans le roman noir. »

La Question Plus : Le Blues pour toi (on finit toujours par se tutoyer à Blues & Polar) c’est une musique ou un état d’âme ?
« Ha, Ha ! Bonne question ! Quand j’écris je vais chercher des compils sur Internet et je mets souvent du blues. Car ce n’est pas n’importe quelle musique. Quand j’écoute du blues, j’ai aussitôt des images qui viennent. En revanche, je suis nul pour les noms des interprètes. Mais c’est la musique de toutes les émotions. Et j’écris toujours en musique, et ça va du blues à Pink Floyd en passant par le Heavy métal. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier



 JUIN 2022

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 BARBARA ABEL

vit à Bruxelles où elle se consacre à l’écriture et à ses chroniques culturelles diffusées sur Arte Belgique. Prix Cognac avec L’instinct maternel, puis sélectionnée par le prix du Roman d’Aventures pour Un bel âge pour mourir, son œuvre est aujourd’hui adaptée à la télévision et traduite en plusieurs langues. Son dernier roman Les Fêlures paru chez Plon, nous a définitivement convaincus sur ses talents de maitre du thriller avec ses phrases-choc inattendues qui arrivent comme un uppercut en pleine mâchoire au moment où on ne s’y attend pas… Blues & Polar se fait une joie de la recevoir le samedi 27 août aux côtés des six autres « Coups de cœur Blues & Polar/Comtes de Provence 2022 » pour son 18e festival consacré à « L’Ame de nos racines » aux côtés de Maud Tabachnik, notre invitée d’honneur. En attendant, Barbara Abel qui rentre tout juste de New-York est notre invitée du mois pour l’Interview 3 QUESTIONS A…

BARBARA ABEL a écrit sa première pièce de théâtre L’Esquimau qui jardinait, à 23 ans. Celle-ci a été montée sur des scènes bruxelloises et au Festival de théâtre de Spa (Belgique). Son premier roman, L’instinct maternel, a été lauréat du Prix du roman policier de Cognac. Ses récits de suspense évoquent souvent des milieux familiaux étouffants où germent délits et folie. Son roman Un bel âge pour mourir, paru en 2003, a été adapté pour France 2 avec Marie-France Pisier et Émilie Dequenne dans les rôles principaux. Le film Duelle adapté de son roman Derrière la haine est en cours de remake aux Etats-Unis avec Jessica Chastain et Anne Hataway dans les rôles principaux. Les Fêlures est son quatorzième roman.

1.BLUES & POLAR. Barbara, vous rentrez de New-York ; est-ce que les voyages
lointains de ce type peuvent être une inspiration pour vous ?

BARBARA ABEL. « Oui bien sûr ; mais dans le sens où tout est source d’inspiration. Néanmoins, mon principe - comme beaucoup d’écrivains d’ailleurs - c’est de mettre des gens ordinaires dans des situations extraordinaires. Là, aller à New-York ce n’est pas mon quotidien et ça peut devenir une source d’inspiration, mais en fait les lieux ne sont pas importants pour moi. Et je le fais exprès ! Ça peut être en France, en Belgique ou dans un autre pays… Ainsi chaque lecteur s’approprie le lieu et cela donne une proximité aux choses. »

2.BLUES & POLAR. Dans vos deux derniers ouvrages « Et les vivants autour » et « Les Fêlures », vous évoluez dans l’univers hospitalier, la maladie et dans le thriller
psychologique. Est-ce un sujet récurrent ?

BARBARA ABEL. « C’est vrai mes deux derniers romans sont ainsi. Et il y a une corrélation entre les deux mais ce n’est pas récurrent chez moi. C’est le hasard qui est en cause car j’aborde bien d’autres thèmes… »

3. BLUES & POLAR. Etes-vous une lectrice et une mélomane ?
BARBARA ABEL. « Oh oui ! Je lis – pas autant que je le voudrais – mais je suis incapable de m’endormir sans avoir lu quelques pages d’un livre ou plus. Et je lis de tout. La Presse, des polars, des thrillers, la littérature blanche aussi et des entretiens. Et j’ai plaisir à lire mes collègues d’écriture comme ma grande amie Karine Giebel.
Je lis aussi Olivier Norek, Pierre Michon, Arnaud Rozan, Roman Gary, Jim Harrison… Côté musique, là-aussi je suis très éclectique. J’aime le jazz, la pop-rock, la chanson française et francophone et internationale aussi. Ça va d’Edith Piaf à Pink Floyd en passant par le blues de Billie Holiday. Et puis j’ai grandi avec nos chanteurs belges.
Jacques Brel, Arno que l’on pleure aujourd’hui tout comme Julos Beaucarne et son éternelle ritournelle qu’est « La belle Petite gayolle », sans oublier Stromae… »

La Question + Le Blues pour vous, c’est une musique ou un état d’âme ? BARBARA ABEL : « Oh ça reste une musique très intense et prenante. On connait bien les morceaux mais très souvent sans pouvoir les nommer tout comme les chanteurs ou chanteuses, car c’est une musique qu’on entend peu sur les radios. Je suis impatiente de découvrir ça à Manosque. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

Les romans de Barbara Abel. L’Instinct maternel, Éditions du Masque, Un bel âge pour mourir, Éditions du Masque, Duelle, Éditions du Masque. La Mort en écho, Éditions du Masque, 2006. Illustre Inconnu, Éditions du Masque, 2007. Le Bonheur sur ordonnance, Fleuve noir, 2009. La Brûlure du chocolat Fleuve noir, 2010. Derrière la haine, Fleuve noir, 2012. Après la fin, Fleuve noir, 2013. L’Innocence des bourreaux, Belfond, 2015. Je sais pas, Belfond, 2016. Je t’aime, Belfond, 2018. Et les vivants autour, Belfond, 2020. Les Fêlures, Plon, 2022.


 MAI 2022

 FRÉDÉRIC POTIER

Préfet, essayiste, ancien conseiller à Matignon il a été délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT. « La Menace 732 » est son premier roman. Un thriller politique en droit-fil de l’élection présidentielle qui vient de réélire Emmanuel Macron via une fiction qui conjugue le futur au présent avec un coup d’Etat à la clé. Etonnant ! Sortie aujourd’hui jeudi 19 mai. Un récit qui fait froid dans le dos ! Voir notre compte-rendu de lecture sur le site www.blues-et-polar.com Onglet : ON A LU. 3 étoiles à l’arrivée.
1. BLUES & POLAR. Vous y allez fort pour un premier roman ! Votre fiction « La menace 732 » qui parait aujourd’hui 19 mai aux éditions de l’Aube à La Tour d’Aigues, conjugue et invite le présent. Quelle idée aviez-vous derrière la tête, vous qui côtoyez le monde politique au plus haut niveau du pouvoir en France ?
FRÉDÉRIC POTIER « L’idée principale, c’était de faire connaitre le danger des groupuscules violents d’Extrême-Droite et d’Extrême-Gauche en France et le danger qu’ils représentent pour la démocratie française. Un essai de plus n’aurait pas touché le grand public, alors que le choix du polar me paraissait plus adapté et adéquat, avec les élections présidentielles en ligne de mire. Car ces groupuscules qui prônent la violence et la révolution armée, c’est un sujet qui reste cantonné à un petit cercle d’experts, alors qu’ils sont très dangereux ! Ils sont très présents – surtout entre
eux – sur les réseaux sociaux, et sans que l’on connaisse leurs noms.
La DGSI a arrêté plusieurs de ces personnes mais c’est toujours très discret. Mais ils s’apprêtaient à commettre des attentats. Je trouve que l’on est dans une ambiance très noire, et en fait, j’ai inventé très peu de choses dans ce livre. Même s’il y a une part d’imaginaire. Néanmoins, c’était volontaire de coller au moment et d’expliquer les coulisses du pouvoir car les hommes et les femmes politiques ne sont pas des supers héros ! Dans la vraie vie – pas dans le roman - l’élection a eu lieu mais pas les les Législatives. Et les tensions ont toujours lieu. Dans mon livre, je prédis un coup d’Etat le 15 août et je l’attends de pied ferme car l’actualité internationale et nationale nous gâte, avec en plus des ingérences extérieures sur les réseaux sociaux. La réalité dépasse parfois la fiction. Moi je suis un fan des séries télé et souvent elles ont un temps d’avance. Dans 24 heures chrono, il y a un président de la République qui est noir, et c’était bien avant Obama. La République, Jean-Pierre, n’est pas si solide que ça. La Tribune des militaires parue dans Valeurs actuelles on n’avait jamais connu ça, et on doit la regarder en face. J’ai eu beaucoup de plaisir à écrire ce livre et à en parler. »

2. Etes-vous un lecteur de polars ?
FRÉDÉRIC POTIER. “Oui ! Je suis un boulimique de polars. J’adore Fred Vargas, Giacometti Ravenne… et je viens de lire « Les Loups » de Benoit Vitkine qui est le correspondant du Monde à Moscou. C’est très visionnaire. C’est une femme Olena Hapko qui vient d’être élue à la tête de l’Ukraine. Mais c’est une oligarque au passé violent et dont la Russie souhaite se débarrasser en attisant des révoltes populaires. Avec pour seules armes sa férocité et sa connaissance de la politique ukrainienne, Olga Hapko entend survivre à cette tentative de déstabilisation… Je suis persuadé de ce récit formidable."

3. Le Blues pour vous ? Musique ou état d’âme ?
FRÉDÉRIC POTIER. « Désolé, je suis beaucoup plus jazz. J’aime beaucoup le trompettiste Ibrahim Maalouf. Et ce que j’adore c’est chanter Johnny en voiture à tue-tête avec mes enfants. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 AVRIL 2022

 FABRICE PAPILLON

Journaliste scientifique, producteur de nombreux documentaires, Fabrice Papillon est l’auteur d’ouvrages de vulgarisation scientifique avec d’éminents savants dont Axel Kahn. Le Dernier Hyver (Belfond, 2017) a reçu le prix du Meilleur Polar 2018 des lecteurs de Points et Régression a été récompensé par le prix Méditerranée Polar en 2020. Alienés (**** pour Blues & Polar) est son 3e roman. Fabrice Papillon raconte en 450 pages, le premier meurtre d’un cosmonaute américain dans l’espace à l’intérieur de la station spatiale internationale. L’action - se passe en mai 2022. Une fiction très proche.
1. BLUES & POLAR. Votre dernier roman sorti en juin 2021 est une fiction qui se
passe… en mai 2022 – c’est à dire dans 15 jours – à bord de la Station spatiale
internationale avec un cosmonaute américain retrouvé assassiné et massacré, mystérieusement. Aujourd’hui, avec la guerre en Ukraine, la présence de cosmonautes russes et américains à bord de la sation spatiale internationale et avec arrimage de la navette d’Elon Musk à l’ISF avec 4 personnes non-cosmonautes à son bord actuellement, qu’est-ce que cette situation vous inspire ? Auriez-vous peur d’avoir été visionnaire sans le vouloir ?

FABRICE PAPILLON. « Oui un petit peu, et je croise les doigts pour que la fiction reste une fiction. Mais quand on est journaliste scientifique de métier et que l’on lit, croise, et écoute bien plus d’informations que le commun des mortels sur ce sujet devenu crucial - et même privé, avec la fusée d’Elon Musk - on arrive à sentir les choses. Bien avant cette Guerre en Ukraine, on savait que la Station spatiale internationale allait devenir un enjeu d’importance pour certaines nations et la surveillance du ciel et de l’espace. Mais je ne le pressentais pas à ce point. Comme tous les observateurs, j’entends gronder la menace Poutine mais sa radicalisation ne m’a pas trop surpris. Et la Station spatiale n’est pas le seul sujet épineux. Dans les mois à venir, les grandes recherches de pétrole menées notamment par la Russie en
Arctique seront-elles-aussi un sujet de conflit également ? Je ne suis donc pas surpris, mais je n’aurai pas imaginé à ce point. J’ai d’ailleurs entendu parler d’une série TV française qui sort bientôt, inspirée d’un polar qui débute dans la station spatiale internationale. Ça prouve bien que ce sont des thématiques qui portent… Moi j’ai pour habitude d’écrire avec une action qui se situe dans un avenir proche, toujours ! Cela donne plus de crédibilité à l’anticipation. Jules Verne a eu des intuitions incroyables sans ses romans. J’espère quand même que cela restera de la fiction… »

2. BLUES & POLAR. Polar et Espace, c’est un bon cocktail pour écrire ? Les braquages de banque, les enquêtes de terrain sur des meurtres en série avec des mecs qui se flinguent dans des bars enfumés, ce n’est pas votre tasse de thé ?
FABRICE PAPILLON. « Exactement ! Les trois polars que j’ai écrits sont tous des polars historiques et scientifiques qui sont mes deux formations d’études. Et tout cela est né de mon travail de journaliste scientifique. « Alienés » je l’ai fini en juin de l’année dernière et je me suis reposé plusieurs mois. Là, je suis prêt à réattaquer et je ne vais pas tarder. Ce sera un polar avec beaucoup de science et de neuro-sciences. Mon angle de travail et d’attaque, c’est « Le Cercle des 9 cerveaux » avec des phénomènes extrascientifiques voire ésotériques. Il devrait être prêt pour fin 2023-début 2024."

3. BLUES & POLAR. Etes-vous un lecteur et un amateur de musique ?
FABRICE PAPILLON. Le polar classique, j’aime bien le lire. J’aime beaucoup Jean-Christophe Grangé, Bernard Minier, Frank Thilliez, Karine Giebel… mais les technosciences, c’est vraiment plus mon truc. Ça permet d’agrandir l’imaginaire…
mais j’ai un cursus très classique à l’origine. Et pour ce métier de journaliste scientifique j’ai lu de nombreux documents et principalement écrit des essais avec Axel Kahn notamment. Côté musique, j’adore le jazz et d’ailleurs je vais aux concerts
au Duc des Lombards à Paris. J’aime beaucoup Miles Davis et ma sonnerie de téléphone c’est la musique de « Ascenseur pour l’échafaud ». Et puis l’oncle de ma femme est le pianiste jazzman Manuel Rocheman qui a d’ailleurs joué pour notre mariage… »

* LA QUESTION +
Le Blues pour vous ; c’est une musique ou un état d’âme ?
FABRICE PAPILLON. « Je n’ai eu beaucoup d’occasions d’écouter du blues dans ma vie. C’est une musique que je connais moins que le jazz. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 MARS 2022

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  RENÉ FRÉGNI

Son 20e roman « Minuit dans la ville des songes » vient de sortir chez Gallimard dans la célèbre « Collection banche ». Ce roman est le récit d’une vie d’errance et de lectures, aussi dur que sensuel, aussi sombre que solaire. Le chaos d’une vie, éclairée à chaque carrefour périlleux par la découverte d’un écrivain. René Frégni, conteur-né, ne se départit jamais de son émerveillement devant la beauté du monde et des femmes. Fugueur, rebelle, passionné de paysages grandioses, qui restent pour lui indissociables des chocs littéraires. Un homme qui marche un livre et un cahier à la main. René Frégni parrain historique du festival Blues & Polar ne pouvait manquer en cette période cataclysmique de répondre aux 3 Questions de l’Interview de mars. Un mois où les giboulées ne sont pas seules au rendez-vous...

1. BLUES & POLAR. Le réchauffement climatique qui ne cesse de provoquer des catastrophes et des déplacements de populations, puis la pandémie du Covid 19 et ses millions de mots, la prise de pouvoir des Talibans en Afghanistan, et voilà maintenant la guerre avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie de Poutine. Pour un écrivain comme toi, est-ce que ces événements sont une source d’inspiration ou est-ce plutôt la colère d’un citoyen du monde avant tout ?
RENÉ FRÉGNI. « Tu sais Jean-Pierre, l’humanité malheureusement ne sait pas rester en paix plus de dix ans, et a de plus en plus besoin d’obscurité. Sinon, les télévisions et autres médias d’information en continu qui tournent 24 heures sur 24 nous serviraient autre chose. Un monde avec plus de douceur et de tendresse. Mais non ! C’est le Covid ou la Guerre en permanence et je deviens de plus en plus révolté. Je relisais ce matin « Refus d’obéissance » de Jean Giono paru en 1934, et qu’il a écrit pour la Revue Europe, après la boucherie de 14-18 qui l’a traumatisé durant toute sa vie. Il disait après avoir relu Paul Valéry « La Guerre c’est des gens qui se massacrent et ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent et ne se massacrent pas ! » Je suis moi-aussi dans cette pensée pacifique. S’il y a un conflit mondial et nucléaire avec la Russie, c’est la fin de l’humanité ! Et je mets sur le même plan la Russie que les Etats-Unis, car au moment de la guerre en Irak refusée par Jacques Chirac d’ailleurs, l’Irak ne nous avait pas agressé. Il y a eu 500 000 morts là-bas... Mais si je condamne absolument Poutine, je trouve quand même que Georges Bush a commis le même crime en 2003 en Irak. Là, j’ai envie de pousser un cri de rage entre toutes ces puissances militarisées jusqu’à la gueule « Désarmez-vous toutes !!!! »

2. BLUES & POLAR. “Minuit dans la ville des songes » c’est le joli titre de ton
dernier roman qui vient de sortir chez Gallimard. Justement, à quoi rêve-t-on à
Minuit dans la Ville des songes, et comment est né ce roman ?

RENÉ FRÉGNI. « Quand j’allume ma petite lampe pour écrire, je pars ailleurs et je
m’évade. Et c’est fondamental pour moi. On n’arrive plus à faire face à la pollution de la Terre, on en crève, et voilà qu’on se fait la guerre maintenant… Quand j’écris, je suis protégé par les mots. L’écriture me permet d’écarter la mort. J’avais commencé à écrire un roman noir mais je bloquais un peu dessus. C’est en parlant avec Marilou ma fille que j’ai trouvé une autre voie. Elle m’a dit « Papa parle de ta bascule dans les livres, car jusqu’à 19 ans tu étais un illettré insouciant qui n’allait pas à l’école parce qu’il ne voyait pas clair et ne voulait pas être surnommé « Quat’zyeux ». Tu étais renvoyé des collèges et des lycées… » Et c’est là que j’ai eu la trame d’un autre livre. Je suis revenu sur cet enfant rebelle que j’étais, et j’ai retrouvé un ancien minot Ange-Marie Santucci qui après deux ans de prison s’était métamorphosé avec la lecture. C’était un autre homme devenu intellectuel grâce aux livres. Donc ce rêve m’a permis de raconter l’histoire de mes deux vies. Avant et après la lecture. Depuis, j’ai toujours un livre sur moi, en permanence. »

3. BLUES & POLAR. René est-ce que tu as le blues en ce moment ?
RENÉ FRÉGNI. “Non je n’ai pas le blues. Je suis pessimiste comme Giono, mais
enthousiaste de la sensualité de la vie. Je trouve cette planète exceptionnelle mais toutes les nouvelles sont noires. Une planète qui n’est pas capable de se désarmer court au désastre. Je me sens heureux dans la nature et j’y oublie ce que nous sommes. Ce que nous avons en Haute-Provence est miraculeux. Les Gorges du Verdon, la Montagne de Lure, les collines près du Vaucluse, la Vallée de l’Ubaye… Je n’arrive pas à croire que l’homme soit assez bête pour détruire ce paradis, qu’il transforme chaque jour en enfer alors qu’on a juste besoin de douceur et de beauté. Albert Camus disait : « La Paix est le seul combat qui vaille d’être
mené. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 FÉVRIER 2022

 JUAN CARMONA

- Je l’ai connu à Salon-de-Provence peu avant l’avènement officiels des radios libres, en 1981. C’était dans une barre HLM du quartier des Canourgues, où le génial Jean-Pierre Polin créateur de Radio Centuries avait invité deux guitaristes – jeunes mais déjà hyper talentueux – l’Aubagnais Juan Carmona et le Marseillais Jean-Félix Lalanne. Je les avais interviewés pour Le Provençal à l’époque, et Juan que je ne connaissais que depuis une heure était venu avec moi à la fin de l’émission, pour jouer un morceau de flamenco à 100 mètres de là, à la paroisse de Salon-de-Provence où un prêtre-ouvrier formidable partait rejoindre le fameux Père Jaouen en Bretagne pour travailler avec lui auprès des drogués, sur un bateau, en pleine mer. Une aubade inattendue qui avait beaucoup touché la nombreuse assistance. Et Juan Carmona et Jean-Félix Lalanne sont revenus le 31 mai 1984 à Salon-de-Provence – à ma demande – pour la journée solidarité de la Croix-Rouge française dont le but était de récolter des fonds pour financer l’opération à Londres par le professeur Yacoub de la petite Aurore (âgée de 8 ans) qui avait besoin d’une greffe cœur-poumons qui ne se pratiquait pas alors en France. De nombreux joueurs de l’OM, Martigues et Istres étaient également présents pour jouer bénévolement sous les couleurs de la Croix-Rouge. On s’est revus ensuite de temps à autres, à Dauphin, Manosque et Forcalquier où Pierre Bonnet avait créé les Rencontres flamenca, jusqu’au jour où Juan Carmona m’a confié qu’il allait partir à Jerez pour se perfectionner in situ dans cette Andalousie de feu, terre de naissance du flamenco. Là, pendant 9 ans, il s’est imprégné du savoir gitan dans la pure tradition flamenca, en côtoyant et accompagnant les plus grands noms du flamenco : Joaquín Grilo, Agujetas, Duquende, Antonio Canales, Chano Domínguez … Il enregistrera alors ses premiers albums et remportera des prix internationaux de guitare dont le Concours International de Jerez, la Union de Cordoba (finaliste) ou le grand prix Paco de Lucia. Quarante ans plus tard, alors qu’il est devenu une référence mondiale du flamenco, quel bonheur d’avoir Juan Carmona au téléphone pour cette interview coïncidant avec la sortie de son magnifique album « Zyriab 6.7 ».

Jean-Pierre Tissier

« Le flamenco, c’est une musique de toutes les émotions comme le blues et la guitare reste l’instrument du gitan. » Juan Carmona
1. BLUES & POLAR. Juan, quelle est pour toi la définition du flamenco ? Est-ce que cette musique connue dans le monde entier a une signification et un sens bien particuliers ? Est-ce qu’elle serait proche du blues dans ses racines profondes ?

JUAN CARMONA. « Le flamenco c’est un art de vivre, une philosophie, une façon de penser, liée au monde gitan et andalou, en marge de la société. Et quelque part c’est lié à 500 ans de discrimination des gitans. Et là, oui, ça rapproche du blues dans la souffrance. Car jouer et chanter le flamenco, c’est le monde gitan qui existe et vit. Et chez nous, il n’y a pas besoin forcément d’une fête pour jouer. Le flamenco, c’est la plainte du peuple andalou. On appelle ça la « Queya », c’est un moyen de s’exprimer avant tout. Le flamenco, c’est une ville (Carthagène) et une tonalité : le fa dièse mineur ! Et on n’en bouge jamais ! Bref, c’est une musique de toutes les émotions et la guitare reste l’instrument du gitan. »

2. BLUES & POLAR. A l’image de l’album « Zyriab » réunissant le guitariste Paco de Lucia et le pianiste jazz Chick Coréa en 1990, ton dernier album « Zyriab 6.7 » vient de sortir et il porte le nom d’un compositeur du IXe siècle, véritable référence dans le monde du flamenco. Peux-tu nous parler de sa musique et de son influence, car pour cet album tu t’es entouré de « pointures » comme le trompettiste Ibrahim Maalouf ou le joueur de zarb Bijan Chemirani qui habite près de Manosque, et a accompagné Sting et Amina Allaoui. C’est dans la logique des œuvres de Zyriab ?

JUAN CARMONA. « En 2015, l’Unesco m’a remis le Prix Zyriab récompensant un guitariste flamenco et j’ai été le premier Européen à le recevoir. Auparavant, c’était des musiciens d’Amérique du sud la plupart du temps. Et j’ai décidé de me pencher sur ce monsieur qui au IXe siècle a eu l’idée d’ajouter une 5e corde à son oud. Car Zyriab était un poète très talentueux dont le prof de oud était jaloux de lui au point de le virer un jour de son cours. Zyriab est donc parti pour un long voyage et fini par se poser à Cordoba (Courdoue). Et c’est là qu’on découvre en cherchant un peu sur internet, qu’il a inventé plein de choses très diverses mais géniales, comme Léonard de Vinci. Tiens, le geste de trinquer avec un verre par exemple, c’est Zyab ! Ça n’existait pas avant. C’est hallucinant ! J’ai donc décidé de lui rendre hommage car il a aussi créé la musique arabo-andalouse. Et c’est dans cet esprit que j’ai invité un musicien de chaque pays arabe pour ce disque. J’avais ce projet en tête depuis longtemps, mais ça a mis du temps car le Covid est passé par là. Néanmoins, la pandémie m’a donné plus de temps qu’habituellement, ayant des concerts dans le monde entier. J’ai donc contacté Bijan Chemirani référence mondiale du zarb iranien avec son père Djamshid qui habitent près de Manosque, puis le trompettiste Ibrahim Maalouf, le guitariste andalou El Pele… C’est un disque de rencontre et de partage et c’est une production vraiment « chiadée » ! Ce n’est pas du collage. JPEG - 7.3 kio J’ai composé pour tous ces musiciens pour qu’on soit tous à l’aise. »

3. BLUES & POLAR. Est-ce que tu écoutes d’autres musiques que le flamenco et aimes-tu jouer avec des musiciens d’autres univers musicaux, à l’image des guitaristes John Mac Laughin ou Al Di Méola ?

JUAN CARMONA. « « Bien sûr ! Toute ma vie, j’ai joué avec plein d’artistes différents. A 14 ans, je jouais avec Baden Powel ; après j’ai joué avec Larry Corryel qui a interprété – à sa manière jazzy – le Boléro de Ravel et qui m’a fortement influencé pour arriver à lire des partitions. La musique du film « la Belle histoire » de Claude Lelouch en 1992, c’est Francis Lai et moi ; l’an dernier, j’ai joué en Australie à l’opéra de Sidney avec le Sidney symphony orchestra. Alors tu sais Jean-Pierre, je ne connais toujours pas le solfège malgré la pression que me faisait chaque fois Larry Corryel… et pourtant je fais le tour du monde. J’ai amené le flamenco au Bolchoï à Moscou avec Chick Coréa avant sa disparition. Et dans deux mois, je joue avec le grand guitariste Aldi Méola. »

LA QUESTION +
Le polar ça te parle ? JUAN CARMONA. « Je suis ouvert à toutes les cultures, mais malheureusement je consacre chaque jour 8 à 9 heures à mon instrument et je n’ai vraiment pas le temps de lire. Une chanteuse star de la musique égyptienne vient de m’appeler pour que je compose et joue pour elle. En fait, je suis gitan et je m’adapte à tout ! »

Propos recueillis par J.-P.T

 DELPHINE IWEINS

« En procédant de façon si originale, par des portraits inattendus, la journaliste juridique Delphine Iweins brise des préjugés simplistes et révèle l’utilité sociale d’une profession aux multiples visages qui participe, sans toujours le savoir, à une mission de réinventer la grammaire des échanges économiques, pour qu’elle soit plus respectueuse et plus durable. » (Préface de François Zimeray, Avocat au barreau de Paris. Références : « L’influence insoupçonnée des avocats d’affaires Printemps arabes, lutte anti-corruption, lobby, intelligence artificielle… » Un Tour du monde à la rencontre de ces acteurs est paru chez Enrick B. Editions en mars 2020.

1. BLUES & POLAR. Un peu de pédagogie pour nos lecteurs Delphine. Quelle est la définition et la vocation d’un avocat d’affaires ? Comment le devient-on ? Quel est le cursus ? Y-a-t-il un serment ?
DELPHINE IWEINS. « En effet, prenons les choses par le début ! Un avocat d’affaires est avant tout, tout simplement, un avocat. Généralement, après plusieurs années d’études (au moins un master 1 en droit ou une équivalence) et après avoir été diplômé du certificat d’aptitude à la profession d’avocat (Capa), il prête serment. Une fois le serment prêté, il s’inscrit au tableau du barreau où il souhaite exercer, rejoint un cabinet ou créer le sien. Les premières années, habituellement, il devient collaborateur d’un cabinet d’avocats dans une spécialité qui l’intéresse et qu’il a pu étudier durant son cursus universitaire. Ce serment constitue le socle de l’éthique professionnelle de l’avocat : « Je jure comme avocat d’exercer mes fonctions avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité ». Il s’oblige ainsi à respecter un certain nombre de règles juridiques et morales dans sa pratique et dans ses relations professionnelles : ainsi que des principes d’indépendance, de loyauté et de confidentialité, du respect du secret professionnel, du devoir d’information, de conseil et de diligence. Cette déontologie est la garantie de pratique professionnelle rigoureuse et protectrice des intérêts qui lui sont confiés. S’ils ne les respectent pas, il peut être disciplinairement sanctionné par les instances représentatives de la profession d’avocat et radié du barreau. Le grand public a souvent deux images qui lui vient à l’esprit lorsqu’il entend parler d’un avocat : celle d’un avocat pénaliste ou celle d’un spécialiste du droit de la famille (notamment du divorce).
L’expression « avocat d’affaires » apparaît en France dans les années 1960.
Elle désigne les conseils des entreprises et au fil des années ceux des dirigeants. Certains plaident durant des procès, d’autres non. Le droit des affaires regroupe en fait, un grand nombre de spécialités du droit tels que le droit fiscal, les fusions-acquisitions, le droit bancaire, le droit social, le droit de la concurrence, le droit des nouvelles technologies, le droit de l’environnement, les restructurations d’entreprises, le droit public, l’anti-trust, le droit aérien, le marché de capitaux, la protection des données, le droit de la franchise, le droit commercial, le droit de la compliance, le droit pénal des affaires, le droit immobilier, le droit de la construction, etc. »

2. BLUES & POLAR. Vous parlez de leur influence insoupçonnée dans votre livre, évoquant printemps arabes, lobby… Cela va jusqu’où, Jusqu’à la ligne rouge qui serait la loi ? On est dans quels domaines pour être précis : économie, code du Travail, politique, business, football ? Bien des politiques de premier plan deviennent Avocat d’affaires….

DELPHINE IWEINS. « Le périmètre d’exercice des avocats d’affaires ne se résume pas à leur rôle/influence économique. Même si toutes les robes noires sont tenues universellement par une déontologie qui les honore et fait leur force, la pratique, elle diffère d’un pays à l’autre.
Durant deux ans, je suis allée à la rencontre, dans le monde entier, d’avocats d’affaires, de juristes d’entreprise, de professeurs de droit, d’étudiants pour essayer de comprendre le poids que toutes ces personnes ont dans leur pays. Cette enquête – relatée dans mon livre « L’influence insoupçonnée des avocats d’affaires » – s’est déroulée entre 2012 et 2014 en France, aux États-Unis, en Tunisie, au Brésil, en Russie, à Hong Kong et à Singapour. Tous ces pays étaient à l’époque sous les feux des projecteurs de l’actualité et le sont pour la plupart encore.
J’observe tout au long de ce livre que les avocats d’affaires ont aussi une influence politique et sociétale, même s’ils n’en sont pas toujours conscients. En Tunisie, par exemple, ils ont participé à la révolution de Jasmin (qui a marqué le début du mouvement du Printemps Arabe) et ont largement contribué à la réaction d’une nouvelle constitution pour le pays.
Ce rôle a valu à Mohamed Fadhel Mahfoudh, président de l’ordre national des avocats de Tunisie lors de notre rencontre en 2013, de recevoir le Prix Nobel de la Paix en 2015 aux côtés de d’autres membres du Quartet du dialogue national. Certains avocats d’affaires après la chute de Ben Ali ont aussi voulu s’engager plus amplement dans la vie associative ou locale de leurs pays avec plus ou moins de succès. Il n’est pas toujours simple d’établir une stricte limite entre engagements personnels et activités professionnelles.
Au Brésil – je m’y suis rendue deux mois avant la Coupe du monde de football de 2014 et aux débuts des mouvements de protestations contre la politique de la présidente Dilma Rousseff qui mèneront à sa destitution et à l’élection de Jair Bolsonaro –, certains avocats d’affaires tentaient de participer à la lutte anti-corruption à leur échelle dans leur exercice quotidien, en faisant preuve d’imagination juridique.
De leurs côtés, en Russie, les avocats d’affaires étrangers sont régulièrement sollicités par le Parlement pour moderniser les mécanismes juridiques pour une économie plus compétitive. Enfin, plus récemment, à Hong Kong, les avocats d’affaires ont pris part aux mouvements pro-démocratie craignant la main-mise du régime chinois sur cet état. Un fait suffisamment rare pour le souligner. Sans succès malheureusement, on connaît la suite.
En France, les passerelles entre avocats et politiques ne sont pas nouvelles.
La France République des avocats
L’Hexagone est d’ailleurs surnommée la « République des avocats ». La tendance des hommes et femmes politiques intégrant des cabinets d’avocats d’affaires ou inversement a pu s’intensifier ces dernières années, signe avant tout que le droit dispose d’un poids économique et géopolitique non négligeable. Rappelons que l’avocat, comme tout citoyen, est bien évidemment tenu au respect des lois et des règlements de la République. A ces règles de bonne conduite sociale viennent s’ajouter, pour lui, le respect de ses règles déontologiques, dès lors qu’il commet une infraction à l’une ou l’autre de ces règles, il peut être disciplinairement sanctionné selon le degré de gravité de cette faute. »

3. BLUES & POLAR. Est-ce qu’on peut basculer des Affaires au polar ; car dans le grand banditisme, les voyous ont toujours de grands avocats ; y-a-t-il des avocats d’affaires parmi eux ?

« Il faut demander cela à John Grisham ! Bon ok je vous l’accorde, l’auteur américain a plus été un avocat pénaliste, mais les intrigues dans les cabinets d’avocats d’affaires ont fait son succès. Dans un autre style (pas si différent), dans le roman judiciaire « La loi de Lasko » de Richard North Patterson, l’avocat Christopher Paget siège dans une commission sénatoriale sur les crimes économiques à Washington. Plus sérieusement, tout dépend de ce que l’on désigne par « voyou ». Aujourd’hui, par exemple, la justice s’intéresse de plus de plus de près aux comportements fiscaux, économiques, mais aussi sociétaux (respect des droits humains, respect de l’environnement, etc.) des entreprises et de leurs dirigeants. Ces personnes – morales et privées – sont notamment conseillées par des pénalistes d’affaires, c’est-à-dire des avocats d’affaires connaissant bien les arcanes de la procédure pénale et du système judiciaire. »

LA QUESTION + : Le blues pour vous c’est un état d’âme ou une musique ? Lisez-vous des polars ? « Le blues est un état d’âme et une musique. L’un ne va pas sans l’autre, même si cette musique a tendance à améliorer cet état d’esprit. Je dois l’avouer, je suis une grande amatrice de polars. J’ai un faible pour Patricia Cornwell et sa médecin légiste Kay Scarpetta. Je me délecte aussi, notamment, des enquêtes de l’inspecteur Harry Hole de Jo Nesbø. »
* Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier.


 JANVIER 2022

 RACHELLE PLAS

- Elle joue autant le blues que le jazz avec ses fameux harmonicas Golden Mélody de chez Hohner si typiques et arrondis comme les notes bleues qu’elle distille avec passion et fougue, tant sur un vieux blues que sur le fantastique « Orange blossom spécial » des Spoutniks…. L’harmoniciste Rachelle Plas qui prodigue son savoir jusque dans les écoles primaires et collèges de France est ma dernière invitée de 2021 pour l’Interview Blues & Polar en 3 Questions.

1. BLUES & POLAR. Tu participes régulièrement à des séances de découverte de l’harmonica dans les collèges et écoles primaires. Comment est née cette belle aventure originale, malgré la pandémie de Covid 19 et les inconvénients d’un instrument de bouche ?
RACHELLE PLAS. « Ce sont les directeurs d’école, les professeurs ou les instituteurs qui décident de m’inviter pour faire découvrir la musique à leurs élèves dans le cadre du modèle « Concert à l’école ». Je viens donc en classe, seule en général, et c’est moi qui démarche personnellement et via les réseaux sociaux. Cependant, il y a des critères sanitaires à respecter et le Covid a considérablement compliqué les choses. Mais c’est grâce à la marque Hohner que ce projet est né. Car je suis présente en qualité d’harmoniciste jazz-blues sur le packaging des harmonicas Golden Mélody avec lesquelles je joue. Ils ont donc créé des harmonicas d’entrée de gamme en plastique pour débutants, les « Happy colors » avec des couleurs vives accordés en Do. Dans les écoles qui m’accueillent, un partenariat est signé entre Hohner et l’Education nationale et les enfants reçoivent chacun un harmonica qu’ils conservent après la séance. J’en ai fait une trentaine cette année. Ma dernière expérience remonte à octobre à La Tour du Pin et c’était formidable. Tu sais Jean-Pierre, les enfants sont très curieux du son de l’instrument car très souvent ils ne le connaissent pas.
« Pas de solfège, ni de technique au programme des master-class. Il faut s’amuser et jouer ! »
Pour eux aujourd’hui, la musique c’est surtout le numérique. Ils sont plutôt rodés au rap et cherchent un son sur You Tube ; et ils ont ça tout de suite. Là, l’harmonica ça fait référence à quelque chose de très ancien pour eux, mais ils sont émerveillés des sons que l’on peut sortir d’un si petit instrument… Ça leur plait beaucoup et le principe c’est d’arriver à faire un suivi en classe avec leurs professeurs. Et dernièrement, une soixantaine d’élèves m’a rejoint sur scène lors de mon dernier concert de l’année, à Limours. C’était super ! Mais je ne les embrouille pas ; car ils ont bien vu que j’ai une mallette pleine d’harmos de différentes tonalités pour les concerts, car je joue sur des diatoniques. Donc j’axe cette expérience sur le fait de comment bien tenir un harmonica, comment souffler et surtout aspirer car c’est nettement le plus sur un diatonique. Et on arrive rapidement à quelque chose. Là, pas de solfège, ni de technique. Il faut s’amuser et jouer ! Et apprendre à débuter et à s’arrêter. Finalement, ça les surprend et ça les intrigue. »

2. BLUES & POLAR. Qu’est-ce que ce petit instrument qui tient dans la poche, qu’est l’harmonica représente pour toi ?
RACHELLE PLAS. « Tu sais, j’ai débuté à souffler dans un harmonica à 5 ans, et je n’ai jamais plus arrêté. C’est mon compagnon, je le respecte et il est magique ! Quand je joue c’est comme une seconde nature. D’ailleurs je ne connais plus le stress, même pour des projets importants comme récemment avec la grande organiste Rhoda Scott sur une répertoire Duke Elllington. Mais je travaille énormément en amont. En fait, l’harmonica, c’est une partie de moi. C’est aussi naturel que ma langue maternelle. On appuie sur « On » et c’est parti ! Mais une des grandes difficultés de l’harmonica diatonique – car je ne joue pas de chromatique, ayant ruiné le mien – c’est d’explorer d’année en année tous les sons que l’on peut en tirer. Même des notes qui n’existent pas… Là, avec la pandémie, j’ai joué tous les jours chez moi, à distance, en visio avec plein de musiciens. Et c’était génial même s’il n’y a pas le parfum de la scène et du public. Malgré tout, j’ai joué sur des concerts qui étaient en direct et retransmis en France ou à l’étranger devant un public. C’est un vrai saut périlleux car tu es toute seule chez toi, mais devant plein de monde ! Pour revenir au chromatique c’est vraiment un autre instrument dont j’adore le son, mais je n’y arrive pas ! »

3. BLUES & POLAR. Demain soir c’est Noël, et on approche du changement d’année. Quel serait ton vœu pour 2022 ?
RACHELLE PLAS. « Qu’on puisse enfin revivre pleinement des myriades de concerts avec un vent de liberté soufflant partout. Aller jouer partout, pour que la musique live existe, car c’est tellement important pour la vie. Je ressens d’ailleurs beaucoup de solidarité de la part des acteurs de la Culture. »

* La Question + Es-tu une lectrice de polars ?
RACHELLE PLAS. « J’adore les polars et pendant toute ma jeunesse j’en ai lus énormément, notamment Agatha Christie que j’ai littéralement dévorée. Actuellement j’en lis moins, mais je lis régulièrement. En ce moment, je suis dans le livre « On vient te chercher » consacré à Gilbert Bécaud co-écrit par Claude Lemesle et Jacques Plessis. C’est passionnant ! »
* Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier.

NB : à l’issue de cette longue interview téléphonique avec Rachelle Plas, car on ne se connaissait que par mails depuis des années, Rachelle m’a joué une petite impro jazz & bluesy pour « Blues & Polar » via son Iphone. Sympa pour finir l’année en musique !


 NOVEMBRE-DÉCEMBRE 2021

 PIERRE POUCHAIRET

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Il était venu à Manosque en 2013 - à notre invitation - pour son roman « Une Terre pas si sainte » paru chez Jigal polar, la maison d’édition marseillaise de Jimmy Gallier. Et Pierre Pouchairet avait tout de suite aimé ce festival manosquin simplie, humble et génreux, et la bande de bénévoles à toute épreuve qui savait transformer le parc de la Rochette en véritable auberge espagnole.
Depuis, Pierre Pouchairet a tracé son sillon littéraire et a ainsi reçu en 2017, le Prix du 36 Quai des orfèvres des mains de Christian Sainte nouveau grand patron de la PJ pour « Mortels trafics » paru chez Fayard. Le dernier Prix remis dans le site historique du 36, avant le grand déménagement de l’Ile de la cité vers la Porte Clichy.
Mais cette semaine, nous avons appris, via La Provence, que « Mortels trafics » était adapté en film par Olivier Marchal pour Amazon prime vidéo. TV.
L’occasion de retrouver Pierre Pouchairet enfin de retour en France, en Bretagne précisément, après quatre années passées au Cameroun où son épouse était directrice du Centre culturel français à Yaoundé.

1. BLUES & POLAR. Comment s’est décidée cette adaptation de ton roman « Mortels trafics » par Olivier Marchal ?
PIERRE POUCHAIRET : "Ecoute, là je suis face à la mer du côté de Loctudy dans le Finistère sud, c’est très beau et je savoure le paysage... On a passé le confinement en Afrique où la majorité de la population est très jeune et où le Covid n’était pas très présent. J’ai donc écrit tranquillement…
Pour cette adaptation, ce genre de choses se passent entre producteur et éditeur. Amazon et Gaumont ont donc acheté les droits de mon livre et c’est donc Fayard qui m’a prévenu. Et c’est juste du bonheur ! Il y avait une option pendant un moment pour « Une Terre pas si sainte » afin d’en faire une série, mais ça ne s’est pas fait. Là, je suis aux anges parce qu’Olivier Marchal j’ai travaillé avec lui à la PJ de Versailles en 82-83. On était ensemble à la Brigade criminelle ; moi j’y étais depuis 1981. J’avais 24 ans ; on était des jeunots. On s’était croisé une fois depuis, mais là, c’est un pur hasard. Ce qui est marrant aussi c’est que le scénario du film tiré de Mortels trafics a été mis au point et écrit par Olivier Marchal et Christophe Gavat, actuel chef de la Brigade de répression du banditisme de Marseille (BRB) qui avait été mis en garde à vue et en examen – puis innocenté au procès – dans l’Affaire Neyret. Il a d’ailleurs remporté le Prix du Quai des orfèvres 2021 avec « Cap Canaille ». Et Olivier Marchal a réalisée en 2015 le film « Borderline » inspiré d’un autre livre de Christophe Gavat « 96 heures » sorti en 2013. Tu sais, dans le monde du Polar, il y a 50% de professeurs de Français et 50% de flics. Depuis cette nouvelle, on s’est rencontrés avec Olivier Marchal. Tout est entre ses mains, mais on échange. Dans la mesure du possible je vais venir sur le tournage pour me remplir les yeux. C’est une aventure extraordinaire qui m’arrive. Je n’aurais jamais pu penser à ça en débutant dans l’écriture… "

2.BLUES & POLAR. Après « La Consule assassinée » qui vient de sortir récemment aux éditions Filature(s) et que nous avons apprécié à Blues & Polar, as-tu d’autres projets ?

PIERRE POUCHAIRET. « J’ai un livre de la série des Trois Brestoises qui est sorti cette semaine aux éditions Palémon. C’est un serial-killer qui s’en prend à des écrivains de polar et notamment à ceux qui ont remporté le Prix du 36 Quai des orfèvres. Et nos trois Brestoises flic, psychologue et médecin légistes qui sont aussi des musiciennes de rock-blues dans les pubs bretons mènent l’enquête. C’est mon clin d’œil depuis un moment déjà à Blues & Polar. Ça me permet de pouvoir parler un peu de mes groupes favoris dans mes bouquins mais je n’ai pas vu de vrais concerts en livre depuis longtemps… Petite précision pour info, dans la vraie vie, « La consule assassinée » » c’était UN consul ! »

3. BLUES & POLAR. Tu as séjourné pendant quatre années 2006-2010) en Afghanistan à Kaboul comme responsable de la Sécurité intérieure auprès de l’ambassadeur de France. Que penses-tu du départ des forces américaines et du chaos qui semble régner là-bas avec l’arrivée au pouvoir des Talibans ?

PIERRE POUCHAIRET. « Tu sais, je vois ça sans grande surprise. Il faut comprendre qu’en dehors de Kaboul qui est une sorte de Disneyland, une bonne partie du pays était déjà sous contrôle des talibans. Et que la majorité du pays est pro-talibans. Il y a très peu de femmes occidentalisées et l’immense majorité revêt la burka. L’Aghan est très religieux et d’ailleurs si Kaboul est tombée si vite, c’est pour ça. Les gens ont une forme de paix actuellement dans la mesure où ils adhèrent aux idées des Talibans. Maintenant la lutte est entre Daech et les Talibans. Et si Daech est expansionniste et veut islamiser le monde entier, les Talibans eux, sont comme Trump, ils veulent l’Afghanistan d’abord et rien que l’Afghanistan ! Ils ne feront pas d’attentats en France. Et puis, la Culture des Afghans (c’est dur à entendre) mais elle bien plus proche de celles des Talibans que de la nôtre. Kaboul est à la marge… »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 PHILIPPE TORRETON

Invité de la librairie Le Bleuet" à Banon, le week-end dernier, le comédien de théâtre et acteur de cinéma Philippe Torreton est aussi depuis quelques années, un écrivain à part entière. Avec son sens du verbe et de la mâche des bons mots, il réincarne véritablement ses personnages via sa plume alerte et vive. Que ce soit sa grand-mère d’abord, puis son père, et là avec « Une Certaine raison de vivre » paru chez Robert Laffont, un Jean qui a tout de Giono à qui il voue une belle admiration. Et le compliment de Sylvie Giono lui disant « Mon père aurait beaucoup aimé votre livre » lui est allé droit au cœur.

1. BLUES & POLAR. Comment est né dans votre esprit ce livre « Une Certaine raison de vivre » qui redonne vie à Elzeard Bouffier, héros de « l’Homme qui plantait des arbres » ce petit livre de Jean Giono parmi les plus lus au monde ?

PHILIPPE TORRETON : « Bien évidemment, tout part de ce livre « L’Homme qui plantait des arbres » qui est devenu pour moi, un vrai livre de chevet, qu’on feuillette souvent, et qu’on relit fréque6 avant le grand déménagement mment. M6 Quai des orfèvresdais je me suis demandé ce qu’on pourrait faire avec ce livre ? Il y avait déjà un film d’animation de Frédéric Back avec la belle voix de Philippe Noiret ; et j’ai pensé à une lecture et à film. J’ai même écritle scénario d’ailleurs. Mais adapter cette histoire avec de vrais acteurs, je ne suis pas sûr qu’on arrive à obtenir l’impact du roman. C’est après avoir fait des recherches et découvert que « L’Homme qui plantait des arbres » était une fiction, que les portes se sont ouvertes pour moi, et j’ai commencé moi-aussi à inventer une histoire. C’est vraiment la première fois que je fais ça, car mes précédents livres concernaient mes propres souvenirs de famille. Là, c’est mon premier vrai roman de fiction. Et bizarrement, c’était fluide à écrire. Je suis parti d’une base commune avec d’abord la Guerre 14-18 d’où mon personnage revient profondément choqué, et je l’ai prénommé Jean en hommage à Giono, avec des références à son travail dans une agence bancaire du CNEP à Manosque. Et à partir de là j’ai tout inventé. »


2. BLUES & POLAR. Ecrire, c’est un besoin, une envie, un plaisir ou une difficulté parfois ? PHILIPPE TORRETON : « On peut dire que c’est une difficulté choisie. Moi je ne vis pas ça comme une difficulté car jusqu’à présent j’ai écrit des livres différents sur ma grand-mère, mon père… Là c’est mon premier roman de fiction ! Et ça m’a vraiment plu ! Autrement que mes joies de comédien. C’est comme une joie envahissante où l’on fait corps avec les mots. C’est une stimulation intellectuelle incroyable. Et inventer des personnages, ça c’est merveilleux car il y a des logiques de comportement, et ils peuvent nous échapper, comme s’ils existaient vraiment et vivaient leur propre vie. On ne découvre ça qu’en écrivant ! D’ailleurs, pour la première fois, quand j’ai terminé ce livre, je n’ai pas sauté de joie en me disant « Ça y est j’ai terminé mon roman ! » Au contraire, j’étais un peu triste que l’aventure soit finie. Je me suis senti comme abandonné et mélancolique. »
3. BLUES & POLAR. Lisez-vous des polars, Philippe ? PHILIPPE TORRETON : « Ça m’est arrivé évidemment, mais je suis tout de même très soumis au travail qu’on me propose et que je dois lire et apprendre. Donc, je n’ai pas vraiment beaucoup de temps. Le dernier polar dont je me souvienne remonte à deux ans. C’était pour le film de Nicolas Boukhrief inspiré du roman de Pierre Lemaître « 3 jours et une vie » (*) dans lequel je joue le rôle du docteur Dieulafoy. Sinon, j’ai lu « Territoire » d’Olivier Norek que j’ai rencontré par la suite. Un type super sympa avec qui j’ai bien discuté. » * On est fin décembre 1999, à Olloy, dans les Ardennes belges, un enfant disparaît. Tout le monde dans le village se met alors à suspecter son voisin de la disparition. Ce sera sans compter sur un événement inattendu et dévastateur qui va tout chambouler.
LA QUESTION + BLUES & POLAR. Le blues pour vous, c’est une musique ou un état d’âme ? PHILIPPE TORRETON : « C’est intimement lié. Mais je pense qu’on ne peut pas être réceptif au blues si on n’est pas un peu mélancolique. J’écoute beaucoup de blues qui correspond à ce critère ; c’est à-dire le blues roots ; celui des racines et des esclaves dans les champs de coton, et aussi des Spirituals. J’écoute souvent Woodie Guthrie ce blanc qui chantait la lutte des opprimés, et aussi Doc Reed. Sinon dans les voix actuelles j’aime bien la chanteuse norvégienne Ane Brun et l’américaine Billie Eilish. »
Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 OCTOBRE 2021

 MICHAEL JONES

1. BLUES & POLAR. Pourquoi ce besoin de témoigner dans un livre aujourd’hui ? C’était prévu de longue date ou est-ce que le confinement et la pandémie ont joué un rôle ?
MICHAEL JONES. « La pandémie a peut-être joué un rôle, mais il y a dix ans j’avais fait un reportage avec le journaliste Stéphane basset (co-auteur du livre) qui ramenait les artistes sur leur lieu d’origine pour les interviewer. Et on était allés au Pays de Galles où je suis né. Il s’en est souvenu et il m’a envoyé sous word, une proposition de livre qui m’a rafraichie la mémoire. J’ai réécrit et corrigé des passages car des fois on mélange les dates à 70 balais… Et à la 3e relecture, j’ai dit OK ! Même s’il y aurait encore à revoir des moments où le you anglais et le tu français se mélangent les pinceaux ; mais ça s’entend plus que ça se lit. En fait, on se vouvoie tout le temps dans la langue anglaise, et c’est l’intonation qui apporte la familiarité du tu. Bref, je me suis dit si ça peut donner des idées à des jeunes, allons-y ! Mais c’est l’histoire d’un mec banal, né dans une famille banale et qui a eu tous les avantages - mais pas la pression - d’un artiste connu comme Jean-Jacques Goldman. En fait j’ai eu plein de chances, d’où le titre du livre qui est parfait. »

2. BLUES & POLAR. Le Blues semble beaucoup compter dans votre vie. Qu’est-ce qu’il représente au juste pour vous ?
MICHAEL JONES : « J’ai vécu le boum du blues anglais de très près dans les années 60. Mais le blues ce n’est pas qu’une musique ; c’est la convivialité. Car on n’est pas obligé d’être un grand technicien de la musique pour faire un bœuf. On peut jouer très longtemps comme ça. Le blues, c’est une philosophie qui réunit beaucoup de choses à la fois. On peut aller vers le jazz et le rock en passant par le blues. Il faut y ajouter les Celtes qui ont amené le côté folk en plus. Et cela a donné la country music. Cependant, dans le blues, l’émotion peut passer la musique mais aussi par le texte. Tu écoutes « Confidentiel » de Jean-Jacques Goldman c’est un blues dans l’esprit du blues ! J’aime écouter les vieux bluesmen tu sais. Récemment quand j’étais en train de tourner Héritage Goldman, il y avait un vrai disquaire plein de vinyles juste à côté. Je suis allé acheter un disque de Robert Johnson et un de Muddy Waters. »

3. BLUES & POLAR. Etes-vous un lecteur de polars ? Si oui, qui ?
MICHAEL JONES : « Moi j’ai appris le français avec Lucky Luke et avec Astérix. Puis avec Frédéric Dard et San Antonio. C’est dire que j’ai un florilège de gros mots en tête. J’ai adoré ça parce que Frédéric dard était très anglophile. Et je comprenais bien son argot. En revanche, je lis peu de polars français. Sinon j’ai tout lu de Dan Brown, et j’aime Ken Folette ; et aussi Philippe Kerr qui est policier en Allemagne avant-guerre et pendant la 1re guerre mondiale. J’adore Bernard Cornwell qui écrit des polars historiques mais j’ai du mal avec Stephen King. En fait, je lis en Anglais pour conserver mon Anglais, car j’ai perdu mon Gallois. C’est mort, fini ! Si tu ne pratiques pas, tu perds tout ! Regarde ; le guitariste de Statu Quo qui est italien de naissance, il a tout perdu. Je lis pas mal sur e-book aussi car c’est plus pratique dans les voyages. »

LA QUESTION +
Dans ce livre, vous écrivez que le rock ne se vit pas seul, et qu’être en groupe, c’est la vraie nature du rock. Bref, la vie sur la route, ça marque vraiment pour toujours ?
« Ça c’est certain ! Mais il y a du bon comme du mauvais. Je m’en rends compte aujourd’hui. Néanmoins, dans ces tournées comme dans la vie, la bouffe compte aussi et pendant le confinement, ma femme et moi on a eu l’idée de créer une émission sur You Tube qui rassemble la cuisine et la musique. On a appelé ça « Confiture jam » parce qu’en anglais confiture c’est jam, et que jam en français, c’est un bœuf chez les musicos. On a pensé à ça au moment de la Fête de la musique du 21 juin 2020 qui n’a pas eu lieu. Ça paraissait inconcevable pour moi et le 21 juin j’ai fait un concert en streaming avec des potes et on a filmé ça au Hard rock café de Saint-Priest près de Lyon devant 50 personnes. On ne pouvait pas en accueillir plus avec les conditions sanitaires. Désormais on continue à un rythme irrégulier en raison des financements difficiles à obtenir auprès des mécènes et sponsors. Le prochain « Confiture jam » réunira Claudio Capéo et le chef Thomas Parrizini. Auparavant, on a eu Thomas Dutronc et le chef étoilé Marc Veyrat. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 ARNAUD ROZAN

PNG - 42.9 kio Son premier roman « L’Unique goutte de sang » paru chez Plon début septembre évoque l’Amérique noire du sud dans les années 1920-1930 et l’inimaginable comportement des blancs de l’époque – par ailleurs chrétiens fervents mais Protestants - qui traitaient les noirs de tous âges comme du bétail ou de simples meubles de maison. Avec justesse et force, Arnaud Rozan nous entraine dès les premières pages au cœur de la terrifiante scène qu’est le lynchage d’un couple noir et de ses jeunes jumelles. Un moment qui hérisse le poil et donne l’envie de vomir… Un livre coup de poing écrit avant le meurtre de Georges Floyd étouffé de longues minutes par le genou d’un infâme policier blanc, mais dont la scène filmée sur un simple téléphone a fait le tour du monde et des télés. Elle résonne aujourd’hui en écho à la chanson « Strange fruit » de Billie Holiday ; ces « fruits étranges » accrochés aux branches des arbres, pendus par des blancs ayant amené leurs enfants dans ce lieu indigne, comme pour un spectacle….

J.-P.T

1. BLUES & POLAR. Pourquoi avoir fait ce choix de la ségrégation raciale aux Etats-Unis dans les années 1920-1930 avec ce cortège d’atrocités innommables sur la population noire, pour écrire votre premier roman ? ARNAUD ROZAN : « Je ne me suis pas réveillé un matin avec ce sujet en tête ; c’est plutôt le hasard. Au départ, étant passionné de peinture, au point de poster fréquemment des tableaux m’ayant touché et inspiré sur Instagram, je voulais écrire un jour, sur l’histoire de ce tableau parmi les plus connus du XXe siècle - mais aussi le plus détourné au monde - qu’est « American gothic » peint par Grant Wood. Il représente un fermier tenant une fourche à trois pointes et sa fille célibataire, l’un à côté de l’autre dans le Middle West des années 30, et il figure au générique de l’émission « d’Art d’Art » consacrée aux Arts plastiques et présentée par Adèle Van Reeth sur France 2. A partir de cette image, j’ai imaginé une histoire dans l’Iowa avec ce couple. Et à un moment - dans mon esprit, ils croisent un jeune noir… Et cela a été le point de départ de la scène de lynchage qui ouvre le livre. J’avais déjà vu des documentaires à la télévision sur ce sujet, mais je ne pensais pas que cela pouvait arriver à ce point. Car on n’est plus là dans un « dérapage ». Et de là, je me suis laissé prendre par cette folie avec notamment des photos d’époque retrouvées sur Internet. Je ne suis pas historien, mais quel choc ! Je revenais aussi d’un séjour à Harlem, et cela a dû jouer. C’est pour ça que j’ai choisi de débuter pendant le 1er tiers du livre sur ce massacre perpétré par des gens qui viennent en famille avec leurs enfants assister à cette horreur absolue. Car c’était un vrai cérémonial qui pouvait durer heures. Je tenais à montrer ce consentement de la population ! Mais, en fait c’est la peinture qui m’a fourni le stylo pour écrire. »

2. BLUES & POLAR. Votre roman évoque - sans la nommer - la chanson de Billie Holiday « Strange fruit », ce poème anti-raciste écrit par Lewis Allen professeur de lycée et juif, qu’elle a chantée pour la première fois au Café Society à New-York en 1939. Et vous évoquez aussi la grande chanteuse noire Bessie Smith morte des suites d’un accident parce que les noirs n’étaient pas admis dans les hôpitaux, ni soignés par des blancs. Le Blues, c’est la B.O de votre roman ?
ARNAUD ROZAN : « Je ne suis pas un spécialiste du blues, mais à un moment il est bien présent dans mon roman avec le personnage de Bessie Smith, car elle est de Chattanooga comme le jeune Sidney qui est le héros du livre. Et quand il entend Bessie Smith chanter, ça lui réveille le cerveau et des choses qu’il avait oubliées. Mais c’est vrai que toutes les chanteuses de blues, même encore aujourd’hui, évoquent les traumatismes de cette époque. Il y a une transversalité entre la musique et mes personnages. Et le blues, s’il avait une couleur, ce serait le bleu ! Celui des bleus à l’âme ! »

3. BLUES & POLAR. Vous avez un autre projet d’écriture, après ce premier bon accueil reçu par ce premier livre ?
ARNAUD ROZAN : “Oui ! Quand j’ai terminé « L’Unique goutte de sang », j’avais déjà envie de m’y remettre. C’est bon signe. J’ai une idée qui tourne toujours autour de la question noire, mais dans une époque plus contemporaine. Je pense notamment aux formes d’esclavage qui perdurent dans le monde aujourd’hui. Mais avec une intrigue, car ce sera toujours un roman. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 AOUT 2021

 LE DUO ZOPPA

Kalliroi Raouzéou (piano) et Sylvia Paz (chant) sont deux artistes aux racines grecques et espagnoles dont les voix portent le blues de cette Méditerranée avec toutes les émotions qu’il peut contenir selon le contexte et le temps qui passe. Zoppa, leur duo est issu de cette mélancolie qui leur colle à la peau, car sous le soleil de « mare nostrum » tout n’est pas rose et les combats pour les femmes, sont nombreux, ici plus qu’ailleurs ; et la période actuelle en est l’illustration. Mais femmes fortes elles sont et demeurent. Le blues qu’elles évoquent est aussi fait de joies profondes et de sens.

1. BLUES & POLAR. Comment est né Zoppa ?
KALLIROI RAOUZEOU ET SYLVIE PAZ : « Ce duo est né d’une rencontre heureuse et surprenante avec la Cie Rassegna dont je suis une des chanteuses explique Sylvie Paz. Kalliroi (prononcez kalliroïe) était invitée à ce concert et on s’est découvert un langage commun de par la sonorité de son piano. D’où l’idée de se rencontrer à deux, simplement. Nos deux voix avec piano et moi chant-percussions, ça suffisait pour un nouveau projet. »
« C’était parfait précise Kalliroi. On est allées assez rapidement vers une forme de jazz méditerranéen avec nos propres compositions complexes et mélodieuses. Et ça permettait aussi d’étoffer le duo, car avec ce type de musique on peut aller jusqu’à être dix sur scène. Et comme nous sommes toutes deux des fanas de littérature et de mathématiques (discipline cérébrale qui compte beaucoup dans ce style musical) ça nous permet de raconter notre Histoire et celle de la Méditerranée. »

2. BLUES & POLAR. Une pianiste grecque, une chanteuse espagnole, vous habitez Marseille toutes deux. La Méditerranée, vous colle vraiment à la peau ?
KALLIROI RAOUZEOU ET SYLVIE PAZ : « Oh oui ! Si la Méditerranée est un langage, elle est aussi une forme de vie. Avec le soleil, l’huile d’olive, la menthe fraiche, l’anis, le poisson, les pois chiches, l’intérêt pour les poètes, les jeunes femmes féministes blogueuses dans tous les pays autour de la Méditerranée…. Tout ça c’est notre bleu du ciel, même si on s’expatrie parfois. Il y a comme un Esperanto de notre culture et ça permet de parler du Vivre ensemble. Pour nous, cette musique s’imposait dans notre envie de duo. Car il y a aussi à l’intérieur, du blues, de la mélancolie et une façon de poser les mots dans nos notes et nos chants. »

3. BLUES & POLAR. Votre CD sera-t-il le 28 août à Blues & Polar ?
KALLIROI RAOUZEOU ET SYLVIE PAZ : « Non ! Il y a eu des retards avec le virus. Il va donc être fabriqué en octobre via une opération de crowfunding dont Blues & Polar s’est d’ailleurs fait le relais. Et il va être en autoproduction. Tu sais, on a une structure et des amitiés musicales via Arts et musiques en Provence dirigé par Claude Freissinier et avec la Cité de la Musique de Marseille. On a donc constitué une grande équipe, un peu à contre-courant de l’époque en prenant notre temps pour réaliser ce disque. On l’a laissé vieillir comme un bon vin et on s’est entourées de superbes musiciens plutôt jazz comme Pierre Fenichel, Cédric Bec, Fred Pichot… et le public de Blues & Polar pourra découvrir quelques-unes de ces compositions. On a hâte d’être avec vous à Manosque. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 JUILLET 2021 : MARIANNICK SAINT-CÉRAN

- Mariannick Saint-Céran promène depuis de nombreuses années sa voix chaude et profonde qui lui permet de toucher à la bossa nova avec talent, grâce au ton suave de ses interprétations. Voyage pour Rio et Copacabana dès les premières notes… Mais c’est le blues teinté de jazz qui lui permet de raconter des histoires ; notamment celles des divas du jazz qui de Billie Holiday à Amy Winehouse ont souvent eu des destins fragiles et douloureux. Ella Fitzgerald, Etta James, Sarah Vaughan… font aussi partie de son répertoire, tout comme la grande Nina Simone à qui elle rend hommage sur scène. Sincère et généreuse, Mariannick Saint-Céran a débuté dans les bars et c’est là que je l’ai découverte à Manosque en 1993 au Cocktail Paradise des frères Bayle champions du monde et de France de motocross. L’OM venait de gagner la Coupe d’Europe contre le Milan AC. Quel groove ce soir-là !

J.-P.T

1. BLUES & POLAR. Comment as-tu vécu cette période totalement inattendue avec confinement, couvre-feu, reconfinement qui nous est tombée dessus depuis mars 2020 ?
Mariannick Saint-Céran  : “Moralement plutôt bien ! J’étais à Marseille dans un petit appartement, mais dans un quartier aux allures de petit village où tout le monde se connaît. J’ai fait du sport, j’ai lu, j’ai chanté à la maison et j’ai vécu ! Et j’ai eu la chance de pouvoir chanter dès que je pouvais… Professionnellement, c’est autre chose. »


2. BLUES & POLAR. On connait ton répertoire très jazz – blues avec une légère pincée de bossa-nova suivant les soirs. Comment es-tu venue à ces musiques ,à qui tu es restée fidèle malgré le temps qui passe ? Mariannick Saint-Céran : « j’ai commencé à faire de la musique Réunionnaise car je suis née à Madagascar et là-bas mon père était musicien. Puis à 8 ans, on est venus en France. A Marseille. Le jazz j’y suis venu parce qu’un copain de mon frère nous prêtait des disques. Mais j’ai connu le blues étant ado. J’écoutais Nougaro, Janis Joplin, Hendrix, Cream ; Credence Clairwater Revival, John Lee Hooker, mais aussi Bob Dylan, Joan Baez, Arlo Guthrie…. C’était vraiment une belle période où il y avait de vrais messages sur la société. Moi je chantais sur ces disques-là dans mon garage et un jour j’ai rencontré l’association Pulsation avec une copine pour y faire des claquettes. Et il y avait là d’excellents musiciens qui jouaient de la musique brésilienne. Comme j’écoutais aussi beaucoup de jazz en même temps, je me suis retrouvée un jour à choisir entre un boulot dans un resto ou chanter tous les soirs dans le même lieu pendant trois mois. Et j’ai choisi la deuxième option ; ce qui m’a fait chanter par la suite, très longtemps avec Coco Verde. Jusqu’au jour où l’on m’a demandé de remplacer au « pied levé » une chanteuse de jazz à Marseille. Et cela a été ma chance. Car j’ai découvert la vraie passion que j’avais pour le jazz. Mais ça a pris du temps. Etr aujourd’hui je rend hommage aux divas du jazz que furent Billie Holiday, Sarah Vaughan, Etta James, Ella Fitzgerald… et je fais un Tribute to Nina Simone qui me touche toujours beaucoup. »
3. BLUES & POLAR. Es-tu une lectrice de polars ? Mariannick Saint-Céran : « Ah oui ! Mais je n’aime pas les polars « gore » ou trop violents. Je suis beaucoup plus attirée par les classiques, Agatha Christie ou Simenon. Mais récemment ,j’ai lu « La Route de tous les dangers » de Kris Nelscott (éditions L’Aube noire). Cela se passe pendant les jours qui suivent l’assassinat de Martin Luther King. La communauté noire de Memphis est à cran et le détective privé Smokey Dalton pressent le pire quand Laura Hathaway, jeune femme blanche de bonne famille, débarque dans son bureau. Elle voudrait comprendre : comment sa mère a-t-elle bien pu lui laisser une partie de son héritage, à lui, un nègre ? » Mais j’aime bien aussi Fred Vargas… »
La Question + : Mariannick as-tu le blues aujourd’hui ? « Vaste question ! De par ma nature je suis quelqu’un de joyeux, etle blues pour moi ça reste avant tout une émotion. C’est donc plus une musique pour moi, qu’un état d’âme. »
Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 SOPHIE LOUBIÈRE

- Ancienne journaliste et productrice de radio, auteur de romans, nouvelles et de fictions audios, Sophie Loubière est aussi une voix bien connue de la radio (France Inter, France Info, France Culture, FIP…). Son univers littéraire c’est la maltraitance des sentiments, les abimes de l’âme humaine, les secrets coupables de l’enfance…
L’Enfant aux cailloux sorti chez Fleuve Noir en 2011 a été traduit en anglais et lui vaut depuis une reconnaissance internationale. À la mesure de nos silences (2015), traitant d’un évènement méconnu de la seconde guerre mondiale, Black Coffee (2013) et White Coffee (2016), où elle passe de la route 66 aux sentiers sinueux et torturés des âmes, ainsi que Cinq cartes brûlées (2020), qui a reçu le prix Landerneau en 2020, sont tous des thrillers passionnants où les addictions se mêlent à la curiosité et appuient là où ça fait mal. Sophie Loubière que l’on suit depuis très longtemps à Blues & Polar est notre invitée de juillet.

1. BLUES & POLAR. Après « Cinq cartes brûlées » qu’on avait beaucoup apprécié à Blues & Polar en y attribuant 4 étoiles, vous venez de publier début juin « De Cendres et de larmes » qui s’ouvre sur l’incendie de Notre-Dame. Seriez-vous inspirée par le feu et les flammes ?
SOPHIE LOUBIÈRE : « « De Cendres et de larmes », c’est le titre qui a été choisi pour ce dernier roman, mais il aurait dû s’appeler « La tige brisée du lys ». Ce qui n’avait vraiment aucun rapport ! Cependant, à la lecture on s’est très vite rendu compte que l’on pouvait mal interpréter la phrase et l’attribuer… à un souci trivial pour Ulysse ! D’où un changement de titre assez rapide qui s’est opéré. Mais peut-être qu’il y a tout de même un rapport entre les deux romans. « 5 cartes brûlées, c’est la phrase prononcée par chaque croupier de casino - dans le monde entier - au début d’une partie de Black jack. On écarte donc cinq cartes au départ, afin d’éviter les tricheries et que l’on mémorise les cartes données, car il y a plusieurs jeux de cartes mélangés. Histoire de ne pas jouer avec le feu… »


2. BLUES & POLAR. Parlez-nous de ce nouveau roman. Comment est-il né ? Et pourquoi en avoir fait une version audio lue par l’auteure ? SOPHIE LOUBIÈRE : « A chacun de mes livres, je créé un blog (*) et on y trouve en détail le résumé du roman, les portraits des personnages avec aussi l’histoire de leur famille. C’est un complément au livre, comme les coulisses d’un roman. Une sorte de best off. Pour la version audio, il faut se souvenir que j’ai longtemps été une lectrice sur les ondes de Radio France, et donc depuis « L’Enfant aux cailloux » je fais des versions audios de mes livres. Mais c’est complètement différent de la radio. Quand on a des auditeurs comme dans ma période France Inter, on s’adresse vraiment aux auditeurs et il n’y a pas de dialogues. En livre audio, on s’adresse à un auditeur seulement et c’est vraiment autre chose. On s’arrête et on réécoute. C’est vraiment comme enregistrer un disque en studio. On fait appel à de la comédie aussi, mais là je n’ai pas le trac du Direct. En revanche, je peux être submergée par l’émotion car on incarne le personnage de manière forte. En radio, je n’ai jamais pleuré ; en livre audio oui ! Ce dernier roman « De Cendres et de larmes » il est né autour d’une situation et d’un lieu bien réels – car je travaille toujours sur des réalités - qui est le cimetière de Bercy à Paris. Avec à l’intérieur – et c’est vrai – une maison de fonction pour le directeur du cimetière. J’ai pensé à une famille qui va emménager dedans et c’est un sentiment d’angoisse qui a guidé mes premières lignes. Car la maison est entourée des murs d’enceinte du cimetière et d’une multitude de tombes. Et la famille va être confrontée à ça. J’ai aussi pensé au film « Shining » avec Jack Nicholson et avec un gardien de cimetière au rôle déterminant. Comme en plus, je n’habite pas loin en Seine Saint-Denis, et que nous étions en plein confinement, j’ai voulu en faire comme une métaphore de cette situation. Ainsi, à cinq minutes de chez moi, il y a la caserne des pompiers dénommée « Nativité » et j’ai pu me documenter auprès d’eux sur certaines situations liées au Coronavirus. Car aujourd’hui, le métier de sauver des gens - comme le font les pompiers - n’est pas plus facile que de veiller des morts. L’action se passe donc en 2019 car j’avais envie de traiter de cette angoisse de mort qu’il y a eu pendant le début de la pandémie. »
3. BLUES & POLAR. DANS TOUS VOS LIVRES, IL Y A DU ROCK, DU BLUES, LA ROUTE 66 AUSSI… QUELLES SONT LES RACINES DE CET AMOUR MUSICAL ? SOPHIE LOUBIÈRE : « Ça remonte à mon enfance. Mes parents étaient des intellectuels de gauche qui écoutaient de tout. Ça allait du jazz à Léo Ferré, tandis que mon frère était plutôt branché Higelin et Ange. Faut dire qu’on était à Nancy ! Moi, dès mon plus jeune âge, j’ai toujours été subjuguée par les musiques de film des séries télévisées. J’étais totalement hypnotisée par « Amicalement vôtre ». Et comme je jouais du piano, je me suis mise à composer des musiques très influencées par ça. Et je l’ai même fait pour FIP, car j’ai commencé la radio à 15 ans à Nancy, au moment des premières radios libres en 1981. Et d’ailleurs mon générique d’émission de l’époque c’était un extrait du film « Subway » d’Eric Serra. Maintenant j’ai un fils qui m’a fait une play-list extraordinaire sur Spotify et j’écris en fonction du livre sur certaines musiques. »

* On peut trouver cette play-list sur le blog : https://decendresetdelarmes.blogspot.com/


LA QUESTION + DE BLUES & POLAR. AVEZ-VOUS LE BLUES EN CE MOMENT SOPHIE ? SOPHIE LOUBIÈRE : « Ah ouais ! A fond ! Car la sortie d’un nouveau bouquin, c’est de plus en plus dur en ce moment. J’ai eu le Prix Landernau l’an dernier pour « Cinq Cartes brulées » qui n’a pas pu sortir à la date prévue en raison du confinement, et là pour moi qui ne travaille en n’essayant pas d’écrire des séries américaines, je n’ai pas encore eu un seul papier dans la Presse. C’est mon onzième roman, et même si je suis à Quai du Polar à Lyon ce week-end, je suis déçue par ce que deviennent les médias. Il y a de moins en moins de cases Culture à la Télévision où l’on n’invite que des « people ». Et la Presse perd sa curiosité de plus en plus, c’est-à-dire son âme ! »
Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 JUIN 2021 : AGNES NAUDIN

Après dix années d’activité, Agnès Naudin capitaine de Police à la Brigade territoriale de protection de la famille, a rendu sa carte professionnelle et son arme de service en juin 2019 pour se mettre « en disponibilité ». Le succès de ses deux premiers livres (Affaires de famille puis Affaires d’ados) rapidement médiatisés par la Presse et la Télévision n’ayant pas été du goût de sa hiérarchie directe. Elle répond à nos 3 questions.

1. BLUES & POLAR : Agnès, tu publies presque en même temps deux ouvrages : Avis de recherche co-écrit avec Bernard Vazely et Enfance en danger. Dans ce dernier opus, tu expliques avoir quitté la Police nationale le 28 juin 2019, sans bruit, après dix années de service, en te mettant en « disponibilité ». Pourquoi ? Un sentiment d’impuissance face à la tâche à accomplir ?
AGNÈS NAUDIN. « D’abord, je n’ai pas encore démissionné de la Police. Être en disponibilité, ça veut dire que j’ai rendu ma carte professionnelle et mon arme de service, et que je ne suis plus payée. Je ne touche rien et je ne suis rien, mais je peux reprendre du service quand je veux. Pour l’instant, je suis donc dans un entre-deux vis-à-vis de la Police. J’informe mes supérieurs quand je fais des salons littéraires, des télévisions, des radios, des conférences… Ça fait deux ans que je ne suis pas allée au bureau ! Pour l’instant, disons que c’est plutôt la guerre froide. J’ai dit ce que j’avais à dire dans mes livres et je persiste à vouloir continuer d’écrire. Et je l’explique dans Enfance en danger. Mon premier livre Affaires de familles paru en 2018 - et sa médiatisation très rapide - n’a pas plu à ma hiérarchie directe. Il y avait comme de la jalousie et de l’envie aussi. En clair, il ne faut pas sortir du rang ! Car c’est en critiquant ma hiérarchie directe que j’ai eu des problèmes. Mais quand on n’est plus payée, il faut bien manger et je suis mère de famille. Là je vis donc dans la précarité de l’intermittence, via mes livres vendus, en écrivant des scénarios pour la Télévision, et je réalise aussi un travail éditorial pour des maisons d’éditions."


2. BLUES & POLAR : Tu as donc travaillé en dehors de la Police pendant les deux confinements. Où étais-tu, et comment as-tu vécu ces conditions inhabituelles pour vous ? AGNÈS NAUDIN. « Eh bien, c’était formidable. Surtout pour le premier ! Je rentrais d’un voyage touristique et spirituel en Inde, et en apprenant le confinement proche, j’ai quitté Paris et je suis partie en Dordogne. Pour le 2e, j’ai évité les grandes villes là-aussi et j’en ai profité pour écrire, et faire 5 mois d’école à la maison avec mon petit garçon. J’ai vraiment bien vécu toute cette période isolée en faisant du yoga, de la marche… et je n’avais pas envie d’en sortir. Ce qui m’a manqué, ce sont les bars et les restos. Là, je suis en train d’opérer une grande transition en déménageant en Haute-Provence, à Ongles, non loin de Forcalquier, dans un vieux mas en pleine campagne… pas très loin de * Manosque ! " (* NDLR Blues & Polar n’y est pour rien !)
3. BLUES & POLAR : Avec « Avis de recherche » co-écrit avec Bernard Vazely, tu mets le doigt sur les nombreuses disparitions inexpliquées d’adultes qui ont lieu chaque année en France, et sur ces fameuses « affaires classées » bien que non résolues. C’est là-aussi – comme pour l’enfance en danger – un combat que tu veux mener ? AGNÈS NAUDIN. « C’est le combat de Bernard Vazely depuis de nombreuses années. Moi, je ne connaissais pas cet aspect de la Police et les recherches engendrées. En fait, c’est une analyse du système que nous menons, et on y constate que les victimes ne sont pas prises en considération. On a rencontré et recueilli les témoignages « sur place » de toutes les familles de disparu(e)s dont nous parlons dans ce livre. Elles sont une vingtaine dans le bouquin et à chaque fois on a disséqué la situation. Ça m’a pris vraiment beaucoup de temps à comprendre les problématiques, mais il y a des solutions. Le drame, c’est que ces personnes n’ont pas les moyens de faire leur deuil. Car on s’en fout des gens adultes qui disparaissent…"
LA QUESTION +As-tu le blues en cette période Agnès ? : « Pas du tout ! Tout va bien ; je suis à fond et j’ai hâte qu’e l’on sorte de cette situation. Je prépare l’après, et j’écoute du blues aussi parfois ! »
Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 LENA WOODS

Chanteuse du groupe Nobody’s Cult – après un passage très remarqué avec sa harpe celtique à The Voice 5 - Lena Woods poursuit sa carrière au sein du groupe rock parisien qui sort son premier album le 11 juin. Un rock pop teinté de blues qu’on adore.

1.BLUES & POLAR : Léna, on vous a découverte en 2016 avec votre harpe celtique dans « The Voice 5 » sur TF coachée par Zazie, en même temps que Jessie Lee, votre grande copine coachée par garou, invitée chez nous à Blues & Polar quelques mois plus tard. Que vous a apporté cette expérience ? Des joies ou des regrets, car vous avez été éliminée – contre toute attente – en ¼ de finale ?
LENA WOODS. « Je fais partie du groupe Nobody’s cult depuis 2015 et quand on m’a proposé de participer à « The Voice » j’y suis allée sans aucune pression et je me suis dit « c’est le moment de tester quelque chose. » Et finalement ça m’a donné du boulot puisque je suis partie en tournée avec Nolwen Leroy pour l’accompagner à la harpe celtique dans son répertoire breton. Il faut savoir que ma mère est professeure de harpe celtique et classique et que j’ai commencé à apprendre à 7 ans. J’ai ensuite arrêté à l’adolescence et j’ai repris plus tard avec une harpe en carbone qui ne pèse que 5 kg. Mais je suis rock et j’aime triturer le son. Ma harpe électrifiée j’aime l’emmener ailleurs et foutre le bordel, comme des solos de guitare un peu dingue. "


2. BLUES & POLAR : Le rock pour vous, c’est plutôt une histoire de groupe au sein de Nobody’s Cult que de viser une carrière de chanteuse en solo ? LENA WOODS. “Oui ; complètement ! D’ailleurs, Nobody’s Cult ce n’est pas moi qui fait tout. On répète souvent parce qu’on aime ça et c’est une véritable histoire de famille. Une fille qui chante seule sur scène, je pense qu’elle doit au moins jouer d’un instrument pour s’accompagner, sinon c’est très dur de percer. Tu dépens toujours de quelqu’un… Et il ne suffit pas d’avoir une belle voix. Moi, j’écris ma musique et je compose depuis toujours. J’ai débuté le Conservatoire des musiques actuelles en classe de chant à Paris avec Jessie Lee et également Vincent qui joue dans Nobody’s Cult. Là, on sort notre album le 11 juin, le single « Hanover » est déjà en ligne, et on va enfin pouvoir participer à des festivals."
3. BLUES & POLAR : Cette période où l’on s’apprête à sortir du confinement palier par palier, comment l’avez-vous vécue ? LENA WOODS. « J’ai la chance d’avoir le statut d’intermittente du spectacle et on a pu ainsi avoir des autorisations pour répéter afin de se préparer à exercer notre travail. Finalement, je ne l’ai pas trop mal vécue. On était dans une bulle au studio. »
LA QUESTION + Le Blues pour vous, c’est une musique ou un état d’âme ? LENA WOODS. « Bonne question ! Je pense que c’est un langage et une musique qui laisse passer son âme. Quand j’écoute Jessie Lee qui chante plus blues que moi, j’aime beaucoup ! Mais tout le monde aime le blues ! »
Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


  MAI 2021 : SANDRINE COHEN

1. BLUES & POLAR. Réalisatrice, scénariste, comédienne, photographe, écrivain… vous venez d’écrire votre premier polar « ROSINE une criminelle ordinaire » aux éditions du Caïman dirigées par l’ami Jean-Louis Nogaro. Vous y faites le choix délicat et douloureux d’une maman qui noie ses deux petites filles pendant leur bain du soir. J’ai longtemps hésité - et même plusieurs jours - avant de commencer ce roman noir qui me pétrifiait. Et puis, votre roman m’a estomaqué via l’enquête de personnalité menée par Clélia, une jeune femme quelque peu punk et déjantée, mais terriblement pugnace qui fait penser à la Lisbeth de Millénium ! Pourquoi ce thème qui nous assaille ? Et cette fin « ouverte », est-elle signe de la suite des aventures de Clélia ?

SANDRINE COHEN : « Vous n’êtes pas le seul à avoir hésité. Mais moi, je n’ai pas prêté attention à ça. En fait, la genèse de ce roman vient de mon attirance pour le documentaire en ayant déjà réalisé quatre sur des criminalités de proximité. Du type, le gamin qui tue sa grand-mère pour lui voler 400€. C’est ça qu’on appelle le crime dit ordinaire. Et je me suis intéressé au « point de bascule » ; le moment où il y a passage à l’acte. Et dans les enquêtes menées sur ce sujet, on constate que ce sont les infanticides en majorité, mais on en parle peu ! De là, j’ai inventé une fiction car ce double infanticide, c’est quelque chose d’intime pour moi.
A 9 ans, à l’école primaire au Mans, on avait étalé des journaux sur le pupitre pour le cours de peinture. Et il y avait un article sur une mère de famille qui avait tué ses enfants. Et ça m’est revenu ! Il y a une autre raison aussi à ce polar, c’est celle de valider la façon dont Clélia l’enquêtrice de personnalité – qui n’est pas une policière – pouvait être crédible en France dans ce rôle à part. Car la maman auteure des faits ne nie pas, ne ment pas. C’est donc très singulier au cœur de la Justice française, car chez nous c’est la présomption d’innocence qui compte. Alors que chez les Anglo-Saxons c’est l’inverse ! On doit prouver que l’on est innocent ! Là, Clélia mon héroïne, intervient après l’enquête auprès d’une personne qui est déjà derrière les barreaux et dont le procès en Cour d’Assises va avoir lieu. Et pour la fin, oui, il y aura de prochaines enquêtes menées par Clélia qui a deux grands secrets que je révèlerai au fil du temps. »


2. BLUES & POLAR. Comment avez-vous vécu cette année de confinement et de couvre-feu ?

SANDRINE COHEN  : « Moi, très bien ! J’ai adopté une petite fille de 3 ans et au moment de l’annonce proche du confinement, j’ai décidé d’aller vivre dans les Landes en forêt. Et plein de choses se sont déclenchées pour moi pour des projets de télévision. Là, je viens de terminer le scénario de « Cassandre » pour France 3. On a tourné sur le lac d’Annecy et à Lyon, et ça commence par un meurtre pendant des régates. J’ai écrit également un 2e épisode pour 2022 sur le football féminin. Et j’ai aussi réalisé des épisodes de « Demain nous appartient pour TF1. On a pu tourner normalement pendant ce confinement en observant les mesures sanitaires, les gestes-barrières et en plein ai très majoritairement. En fait, la télé n’a jamais tant tourné car les gens confinés sont très amateurs de séries policières. »


3. BLUES & POLAR. Vous venez de co-écrire avec Priscille Deborah – la 1re femme bionique au monde – « Une vie à inventer » qui résume le parcours incroyable de cette jeune femme amputée des deux jambes et d’un bras à la suite d’une tentative de suicide, en se jetant sous le métro. On est loin du polar…

SANDRINE COHEN. « Oui, mais la vie est faite de hasard et de rencontres. Priscille Deborah, je l’ai connue personnellement, il y a vingt ans quand elle était directrice de post-production des films pour la télévision. On était très copines, et je l’ai soutenue pendant sa dépression qui a duré très longtemps. Je l’ai vue également à l’hôpital après sa tentative de suicide. On s’est perdu de vue un bon moment, et on s’est retrouvé après la sortie de son premier bouquin « La Peine d’être vécue » sorti aux Arènes. Je l’ai appelée il y a un an ½ avec l’idée de faire un film sur la résilience et elle était en cours d’installation de ses prothèses bioniques uniques au monde. L’éditeur Albin-Michel avait prévu de suivre son évolution au travers de ses deux années de rééducation, et juste avant le 2e confinement, elle m’a appelée et m’a proposé de participer à la réalisation de son livre. J’y ai mis son style et une écriture romanesque quand même, mais sans cacher ses difficultés de vie. Je trouve que son parcours va permettre de délivrer au monde le message que tout est possible. Car elle a vraiment payé le prix fort. Mais la résilience est un chemin intérieur. Elle est un exemple incroyable et elle est vraiment redevenue l’artiste-peintre qu’elle était auparavant. »


LA QUESTION +. Le blues pour vous, c’est une musique ou un état d’âme ?

SANDRINE COHEN : « C’est plutôt une musique, et que j’adore d’ailleurs ! Dans mon prochain roman, il y aura beaucoup de musique et mon personnage principal écoutera du jazz et du blues à la radio, sur FIP. J’aime le fado, la saudade aussi…
ces mots qui filent le spleen, et je ne rate jamais l’émission d’Eva Bexter « Remède à la mélancolie » chaque dimanche matin sur France Inter. J’ai aussi vu deux fois sur scène, à Montparnasse, l’harmoniciste Jean-Jacques Milteau. J’adore l’harmonica ! »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 DON BILLIEZ

1.BLUES & POLAR. Saxophoniste de Paul Personne, Alain Bashung, Touré Kunda, Nino Ferrer… tu poursuis depuis plusieurs années une carrière solo. Ton nouvel album qui sort cette semaine alors qu’on commence - depuis le 3 mai - à se déconfiner un peu, est baptisé « Plein soleil ». C’est pour conjurer le mauvais sort qui nous suit depuis 2020 ?

DON BILLLIEZ  : « Avant le premier confinement, j’avais composé pas mal de titres, et mon fils Arthur qui possède un studio d’enregistrement à Marseille m’a proposé de mixer ces titres. On l’a fait en septembre 2020, mais la pandémie a tout retardé. Normalement on aurait dû présenter l’album avec un concert au K’Fé’Quoi à Forcalquier, mais tout a été annulé. « Plein soleil » c’est un univers d’images méditerranéennes que j’ai en tête à chaque fois que je regarde ce film de René Clément tourné en 1960 avec Alain Delon, Maurice Ronet et Marie Laforêt. Ça donne une musique ensoleillée par les différents Suds que j’ai en tête, car je suis de toute la Méditerranée. La Catalogne, la Provence, la Haute-Provence, l’Afrique… Mes influences musicales sont là. Donc on retrouve tout ça dans ce disque où je rends hommage aux victimes du drame de la rue de Noailles à Marseille, et j’ai aussi la Louisiane en tête pour le blues. C’est une musique du soleil que je joue, mais avec aussi des zones d’ombre plus graves. Et le sax permet d’évoquer et retranscrire toutes ces ambiances et ces émotions. C’est ça le blues ! Sur ce disque, comme c’est mon habitude, j’ai invité le chanteur montpelliérain Dimoné sur « L’Ame du printemps » qu’il interprète comme un slam et David Carrion également. I
l y a un titre qui va te plaire Jean-Pierre, c’est « * Le rayon vert » ! C’est un blues et c’est ce que je vois quand je suis à Cerbère à la frontière entre la France et la Catalogne, assis sur la terrasse de cet immeuble en forme de paquebot près de la gare SNCF qui faisait cinéma jadis. Je suis chez moi, car je suis natif de Port Vendres ; et le soir juste quand le soleil se couche à l’horizon sur la mer, il y a un court instant où l’on voit un rayon vert avant que tout bascule. C’est vraiment magique ! Et comme depuis toujours j’aime le blues, notamment avec mes années passées auprès de Paul Personne, ce morceau-là me va bien ! »

* « Le Rayon Vert » (4’43 mn). Don Billiez (sax ténor) est entouré d’Arthur Billès (batterie), Emmanuel Soulignac (contrebasse) Franck Lamiot (piano Fender -Hammond), et Cyril Person Dehghan (guitare). « Le soleil rouge s’en va prendre un dernier bain, puis dans l’horizon de la mer il disparaît. Un flash de quelques secondes où ne reste que la luisance d’un rayon vert. Un moment suspendu dans le temps. Une pure balade dépouillée, avec des graines de blues dans chaque phrase du sax ténor qui dégage une émotion, un parfum, une mélancolie... Le souvenir d’une fin d’été à Cerbère, là où la montagne se jette à la mer….


2. BLUES & POLAR.COMMENT AS-TU VÉCU CETTE ANNÉE DE CONFINEMENT HUMAINEMENT ET MORALEMENT ?

DON BILLIEZ « Au début du premier confinement, en mars-avril, c’était assez cool, mais quand l’été est arrivé avec une tournée et quarante dates annulées, ça a été très dur ! Et arrivé en septembre 2020, puis Noël en version confinés c’était la catastrophe ! Je ne parle pas d’argent, mais simplement d’exister. Tu sais, je suis resté six mois sans toucher à mon sax ; ce qui n’arrive jamais quand c’est ton métier et ta passion. Alors je me suis réfugié dans la composition … et le jardinage ! J’ai alterné les séjours à Peipin d’Aigues chez moi dans le Vaucluse et à Perpignan d’où je suis originaire. Avec mon épouse qui est metteuse en scène de théâtre on est tous les deux intermittents du spectacle ; moi depuis 22 ans ! Dons ça va avec les indemnités… si on joue ! Mais là, on ne joue toujours pas ! Avec mon fils Arthur qui est aussi batteur on a décidé de ne pas monter de dates avec le groupe de l’album, jusqu’en septembre. Et cet été on a répondre aux opportunités de la petite structure qu’est Lou Jam ; ce sera plus facile ! Car on a annulé deux fois de suite « jazz in Régusse » à Pierrevert et les Arts au soleil à la Tour d’Aigues. Donc on a eu des hauts et des bas, mais on est toujours là, et prêts pour la promotion de ce bel album Plein soleil et plein d’espoir ! »


3. BLUES & POLAR. ES-TU UN PASSIONNÉ DE LECTURE ?

DON BILLIEZ : « Il y a 25 ans oui ; je lisais beaucoup. Là , désolé, mais le confinement ne m’a pas incité à lire. Le dernier polar que j’ai lu remonte à trois ans. C’était un livre d’Henri -Frédéric Blanc qui écrit beaucoup sur Marseille. Là, je repars à Port-Vendres et je vais le reprendre avec moi. En revanche, j’ai écouté beaucoup de musique des grands maîtres du jazz comme Eddy Louiss, Gato Barbieri, Pharoah Sanders… »


LA QUESTION + : LE BLUES POUR TOI, C’EST UNE MUSIQUE OU UN ETAT D’AME ?

DON BILLIEZ : « Houlà !!! Les deux ! Mais dans le blues, c’est l’âme que l’on apprécie avant tout. Je ne suis pas du tout dans le grand amour de ce jazz contemporain où tout le monde joue pareil. J’aime quand on s’envole et que les notes voyagent… »



 AVRIL 2021

 ALEXIA BARRIER VIENT DE BOUCLER SON 1ER VENDÉE-GLOBE APRÈS 111 JOURS EN MER.

Alexia Barrier, Méditerranéenne bon teint depuis toujours – elle vit à Biot aujourd’hui - navigue depuis son plus jeune âge. Monitrice de voile à 15 ans, elle a travaillé dans le yachting comme co-skipper ou marin, tout en poursuivant ses études en management du sport à Nice. Elle est devenue rapidement navigatrice professionnelle, régatière de niveau mondial en Match Racing et s’est lancée dans les courses au large en solitaire. En vingt ans, elle a déjà parcouru plus de 120 000 milles à travers le monde et participé à quinze courses transatlantiques dont cinq en solitaire. En 2009, elle a créé l’association 4myplanet et est devenue ainsi la première femme à tenter un tour du monde en solitaire au profit de la science en IMOCA avec l’ex UUNET. En cinq mois de navigation et 20000 milles parcourus elle a rapporté plus d’un million de données sur l’eau en surface au bénéfice des programmes européens d’observation des océans qui ont suivi cette navigation en France, à Monaco, en Afrique du Sud, au Brésil, et New-York. C’est pour cela que nous l’avions invitée en août 2010 au festival Blues & Polar consacré à la mer sur le site de Toutes-Aures à Manosque. Côté compétition, elle a navigué aux côtés des meilleurs comme Dennis Conner, Florence Arthaud, Peter Holmberg, ou Andy Beadworth. En 2013, elle remporte la Maxi Transatlantique en équipage, et en 2014 elle finit 3e de la Transat AG2R la Mondiale. Le mois dernier, elle boucle en 111 jours la Transat en solitaire qu’est le Vendée Globe challenge. Respect Alexia !

J.-P.T

1. BLUES & POLAR. Mars 2020-mars 2021. Voilà une année particulière qui vient de s’écouler avec une pandémie mortelle qui touche le monde entier. Comment as-tu cette période, moralement d’abord, puis sportivement avec ta course autour du monde en solitaire sur le Vendée globe challenge ?
 Alexia BARRIER.” J’ai passé la première période du confinement à Biot (Alpes-Maritimes), où j’habite. Mais mon compagnon est médecin et il travaillait sur le Covid à l’hôpital… Je suis donc restée toute seule chez moi, mais bon, sur la Côte d’azur avec une grande maison, tu ne peux pas te plaindre… En revanche j’ai beaucoup d’empathie pour les personnes qui ont connu la détresse sociale avec cette crise. Tout ça a quand même donné un énorme coup de frein à mes préparatifs concernant la course. Néanmoins, étant bloquée, j’ai fait beaucoup de visio-conférence sur les réseaux sociaux avec les écoliers, collégiens et lycéens qui me suivent sur les réseaux sociaux. Et j’ai fait beaucoup de sport aussi. J’aurai pu sortir en bateau malgré tout ; mais avec tous les navigateurs en course pour le Vendée globe, nous avons tous décidé de se mettre solidairement au niveau des gens confinés… et de ne pas naviguer ! Mais c’est pendant cette période que TSE m’a apporté financièrement ce qui me manquait (en partie) pour boucler mon budget.
J’ai eu peur deux fois : à Noël et au Cap Horn !
Au déconfinement de juin, ça a été le branle-bas-de-combat. Il a fallu monter en Bretagne pour mettre le bateau en chantier à Port-la-forêt. Et en octobre, on est revenu aux Sables d’Olonne pour le départ du Vendée globe. Je ne m’étais pas trop fait d’idées sur la course ; ce que je voulais c’était naviguer le mieux possible qui est tout de même la plus dure que j’aie jamais faite. J’ai eu peur deux fois : je jour de Noël où j’ai cassé un mât, et au Cap Horn où il y avait des vagues gigantesques de 8 mètres de haut qui déferlaient sur le bateau. Là, il faut rester lucide et se dire que ça va passer. J’ai fait selon ma préparation mentale des projections d’images positives dans ma tête, et ça a marché ! »

2. BLUES & POLAR. Pendant une traversée en solitaire de ce type – en plein hiver – est-ce qu’on a le temps de lire, voire d’écouter de la musique ?
 Alexia BARRIER. “Il y a beaucoup à faire sur un bateau de compétition. Mais j’ai réussi à lire une vingtaine de bouquins que j’avais embarqués au départ, dont des polars, Jean-Pierre ! J’ai lu Fred Vargas, Maxime Chattam… le livre de Yann Queffelec sur Florence Arthaud et aussi « Océan de plastique de Nelly Pons. J’ai aussi écouté des livres-audio avec des écouteurs. Sinon, j’avais des enceintes dans le bateau et j’écoutais de la musique ; notamment « Résiste » de France Gall. J’ai même dû le gueuler parfois…

300 écoles et 15000 enfants m’ont suivi avec 4MYPLANET

3. BLUES & POLAR. Tu collabores à de nombreux projets marins ; que prépares-tu en ce moment ? Repos total ou déjà sur la brèche ?
 Alexia BARRIER. « Cette semaine, j’ai participé dans le cadre de la Journée mondiale de la météo, à une conférence pour l’UNESCO. Car sur mon bateau j’ai un instrument automatisé qui prélève l’eau de mer à différents niveaux et effectue des analyses. J’ai aussi déposé tout au long du parcours plusieurs bouées « profilers » qui recueillent des infos en surface et à 2000 mètres de profondeur. Pendant toute la course, 300 écoles et 15000 enfants m’ont suivi, via mon association 4MYPLANET et le site formyplanet.org Je cherche aussi des mécènes pour mener des actions sur l’environnement et un éditeur car je vais écrire sur ma traversée du Vendée globe. »

* La Question + : As-tu le blues Alexia ? « Peut-être le blues du Vendée globe, déjà ... C’est bizarre de rentrer et de voir tout le monde masqué. 111 jours en mer, tu t’éloignes du réel ! Mais c’est un blues plutôt romantique ! »

Propos recueillis par J.-P.T

  ANN-GISEL GLASS

Comédienne au cinéma et au théâtre, elle participe depuis le confinement de mars 2020 aux lectures gratuites du Serveur Vocal Poétique (SVP) créé par la Cie lilloise Home théâtre afin d’égayer le quotidien des confinés des Hauts-de-France et du couvre-feu des autres régions… Il y a 40 ans, j’ai réalisé son interview pour Le Provençal, alors qu’encore jeune lycéenne à l’Empéri à Salon-de-Provence, elle s’apprêtait à débuter dans le cinéma avec Jacques Doillon, puis en Allemagne, où en 1992 elle a été élue « Meilleure actrice de l’année » pour son rôle dans « Silent shadows » de Sherry Hormann. Elle était accompagnée par sa mère, aujourd’hui responsable du festival classique au château de l’Empéri à Salon-de-Provence aux côtés d’Eric Le sage. On ne s’est jamais revus depuis….

J.-P.T

1. BLUES & POLAR. Tu participes aux lectures de poésie gratuites sur le fameux Serveur Vocal Poétique. Comment est né cette idée ? Est-ce le confinement de mars 2020 qui en est à l’origine ?
ANN-GISEL GLASS : “Totalement ! Aujourd’hui je vis à Lille et Julien Bocci directeur de la Cie Home Théâtre m’a appelé au moment de l’annonce du confinement en me disant qu’il fallait quelque chose pour les gens confinés chez eux. Ainsi est né Bibliofil au départ, et nous avons ainsi proposé 1700 lectures au téléphone gratuitement de mars à mai 2020. C’était des textes de 5 à 7 minutes, mais nous avons été victimes de notre succès. Alors, on a pensé à autre chose. Avec un système de Serveur inspiré du vieux standard téléphonique SVP 11 11. C’était une démarche totalement bénévole, puisque nous comédiens sommes à l’arrêt depuis plus d’un an, sans tournages ni pièces de théâtre. Mais le Ministère de la Culture a trouvé notre démarche sympa et il nous a accolé son logo comme une reconnaissance. Mais ça n’a pas plu à certaines personnes du métier qui nous ont envoyé des volées de bois-vert. Alors qu’on n’y était pour rien en plus ! On en a pris plein la tête, et c’était vraiment violent ! Donc, on a décidé d’arrêter et de recommencer autrement, plus tard. On a donc fait appel à des auteurs de poésies contemporaines de 1 à 4 minutes. Le but étant de faire la promotion de la poésie d’aujourd’hui. On enregistre les textes et les gens choisissent sur le répondeur. Il n’y a pas de contact, mais on reçoit des encouragements. Mais Bibliofil existe toujours. Et j’y participe toujours ! Là, je lis des Fables de La fontaine pour le réseau des bibliothèques de l’Aisne. On choisit ensemble les sujets et c’est gratuit pour les usagers. Mais c’est du travail, car c’est du direct. On lit à chaque fois pour une personne, et après on discute. C’est rigolo ! Souvent, les gens sont très émus car c’est intense comme relation. C’est vraiment une première pour moi ! »

2. BLUES & POLAR. En qualité de comédienne au cinéma et au théâtre, comment as-tu vécu cette année de confinements et de couvre-feu ?
ANN-GISEL GLASS : « Je suis professionnelle du spectacle sous le statut d’intermittente et j’ai donc des indemnités de Pôle Emploi. Je ne vais pas me plaindre. Mais en ce moment, on ne peut avoir aucune vision sur l’avenir. Il n’y a ni tournage, ni pièces de théâtres, rien ne se prépare… mais Netflix tourne à tours de bras. En conséquence, je ne fabrique pas mes 507 heures de travail sur dix mois, comme le veut le règlement de l’intermittence. Je pense que l’Etat va devoir aller vers une deuxième blanche, sinon c’est la catastrophe pour le monde du spectacle et tous ceux qui le font : artistes, techniciens, musiciens…. Ceux qui ne sont pas toujours dans la lumière, mais « éclairent les autres » !
En revanche, ce confinement m’a permis de m’abreuver littéralement de films à sélectionner pour les prochains Césars car je fais partie du jury de la nouvelle version des récompenses du Cinéma. Environ 4000 personnes sont affiliées mais je fais partie des 182 jurés retenus pour voter. J’ai donc vu une centaine de vrais films, de chez moi, à travers une plate-forme dédiée à la sélection. Et on peut voir les films jusqu’à trois fois. C’est un outil professionnel avant tout ! Et cela a représenté une grosse occupation pour moi. Mais ce qui me manque, ici à Lille, c’est d’aller boire une bière sur la Grand-Place, de manger une frite-mayonnaise avec les doigts en me promenant dans la rue, d’aller au cinéma, au théâtre… En revanche, contrairement à bien des gens je n’ai réussi à lire assez à mon goût ! »

3. BLUES & POLAR. Le Blues et le Polar, est-ce que ça te parle ?
ANN-GISEL GLASS : « Oh oui ! J’aime lire des polars. Je viens de lire le dernier Colin Niel, qui se passe en Guyane française avec un personnage récurrent qui travaille pour la Gendarmerie Nationale. C’est un thriller captivant sur la traque aux animaux, et les violences des militants anti-chasse. En ce moment, je lis « L’Entrepôt », très science-fiction et … effrayan ! Et j’adore aussi l’Américain Rob Hart qui vient de sortir « Mothercould ». Je lis de tout en fait. Je suis fan de l’écrivaine iranienne féministe Djavann aussi.
Ma technique, c’est d’aller dans une librairie et de choisir une lettre. Exemple le A. Je compte jusqu’à 100 dans le rayon et je prends le livre qui se trouve à cet endroit. C’est le hasard qui décide ! Et ça donne parfois des choses formidables. J’ai trouvé Fred Vargas comme ça. Franck Thilliez aussi. J’ai bien aimé lire Millénium aussi. Ce que je fais aussi, c’est dans les salles d’attente de demander aux gens ce qu’ils lisent. En revanche, je lis cinquante pages, et si ça ne me plaît pas ; j’arrête ! Jean-Luc Godard disait ça pour un film. C’est le luxe que je m’autorise. Oh j’y pense, j’aimais beaucoup Jean-Claude Izzo et j’avais beaucoup de respect pour Philippe Carrese. Il y a aussi une Marseillaise intéressante à découvrir. Elle s’appelle Danièlle Vioux. Elle écrit depuis longtemps pour le théâtre, anime un blog, et a besoin d’aide en crowfunding pour son premier roman « Neige ». Le message est passé. »

LA QUESTION + : As-tu le Blues en ce moment avec ce nouveau confinement ?
« Non ! Mais j’écoute du blues ; enfin c’est plutôt jazzy quand même. J’aime beaucoup Mélody Gardot et Yaël Naïm. J’ai craqué aussi pour le fantastique saxophoniste Zoot Sims et j’aime aussi certaines voix comme Lhasa - malheureusement décédée bien trop jeune en 2010 - et la chanteuse de jazz Suédoise Viktoria Tolstoy. Et j’adore le belge Arno ! »

Propos recueillis par J.-P.T

 MARS 2021

 NORBERT « NONO » KRIEF

Le génial guitariste co-fondateur de Trust en 1977 avec Bernie Bonvoisin.

FÉVRIER 2021

  FRANCK MARCO et GÉRARD SARYAN

Mes deux invités de l’Interview Blues & Polar « 3 Questions à... » en février sont le grand batteur Franck MARCO également artiste-peintre, et l’écrivain Gérard SARYAN auteur d’un très prometteur premier roman « Prison Bank Water » véritable thriller prémonitoire et captivant qui se passe à 200 m sous la mer avec un virus inconnu qui inquiète dangereusement...

J.-P.T

 L’INTERVIEW BLUES Franck MARCO que l’on a connu comme batteur historique du Mercy Blues band fondé par Jean-Paul Avellaneda dans les années 1990 en Haute-Provence a roulé sa caisse claire, sa grosse claire, ses cymbale... et ses pinceaux depuis…

JPEGRetourné dans son Nord natal, le Ch’ti désormais cinquantenaire y donne aussi libre cours à sa passion de la peinture qu’il avait débutée par une première exposition prometteuse, il y a bien longtemps à la petite chapelle de Villedieu, entre Manosque et Oraison, au cœur de la colline…Et nous y étions !
Au sein de ses diverses prestations et formations, il a accompagné l’harmoniciste Sugar Blue, Felton Crews ancien musicien de Miles Davis et Bruce Springteen, la chanteuse Jill Caplan aux Francofolies de La Rochelle en 2008, le grand guitariste blues Amar Sundy, mais aussi Miossec, Charline Rose, Kevin Mulligan, Larry Schneider, le bassiste de Sixun Louis Winsberg… Et il a aussi partagé l’affiche avec ZZ Top, Robben Ford, Lucky Peterson, Elliot Murphy, Calvin Russel, Willie Kent, Véronique Sanson, Tom Principato, Jimmy Cliff, Jimmy Johnson, Amos Garret, Bernard Allison, BB King, Aldo Romano, Ana Popovic…
Bref, que du beau monde, tout en créant et en composant autant sur la toile que sur son clavier d’ordinateur, car Franck Marco est un vrai touche-à-tout toujours séduit par les réunions de groupes et les idées fortes. Sûrement son amour du « bœuf » si cher au blues, musique de partage par excellence.

1. BLUES & POLAR. Comment vis-tu - humainement et professionnellement - cette période vraiment particulière et très étrange faite de confinements successifs, d’un couvre-feu à 18 heures, et de restaurants, bars et salles de spectacles fermés depuis mars 2020 ?
FRANCK MARCO. « Là, je suis chez moi à Maubeuge dans le Nord. Mais j’étais en tournée avec les Innocents en mars 2020 quand on a appris la nouvelle du confinement. On était à à Caen en Normandie, et c’était fini pour nous… Il fallait rentrer se confiner vite fait. Donc, de Caen on a pris le bus avec les copains pour rentrer dans le Nord. Et depuis j’y suis. JPEGMais ça faisait deux ans que j’étais en tournées successives avec Bazbaz d’abord puis avec les Innocents, tout en animant régulièrement des ateliers de peinture musicale avec l’association Bougez Rock à Maubeuge. Donc, pas vraiment de repos ! Et là, plus rien ! J’avoue que ça m’a affolé, surpris et même apeuré quand on voyait le décompte des morts chaque soir à la télé dans le Grand Est notamment. Heureusement, avant le 2e confinement on a pu faire quelques concerts live dans des salles mais filmés, et sans public. C’est très étrange pour nous musiciens habitués au public.
En ce moment, j’arrive à faire des sessions en studio ou via Facebook, car il faut bien arriver à croûter. Moi, en qualité de professionnel, je suis en cachets d’intermittent du spectacle pour les concerts qui sont diffusés via internet. Pour l’instant, l’Etat nous accorde une « année blanche » du fait de la fermeture des salles pour conserver notre statut d’intermittent jusqu’au 31 août 2021, mais si les festivals n’ont pas repris cet été, je ne sais pas comment on aura pu réaliser nos 43 cachets ou nos 507 heures sur douze mois pour ouvrir nos droits….
Là, je travaille avec Saule et on avance sur des projets pour être prêt tout de suite quand les spectacles reprendront. J’ai travaillé aussi pendant le 2e confinement sur un projet initié par la Ville de Maubeuge pour venir en soutien aux artistes dans une vieille bâtisse très Arts déco 1900 inutilisée depuis très longtemps. Le but était de se réunir à plusieurs musiciens d’horizons divers, puis de faire une composition. C’était filmé et un clip est réalisé. Tout ça en une journée. C’était un défi passionnant qui a duré un mois et on s’est régalés. »

2. BLUES & POLAR. Quand tu as quitté la Haute-Provence il y a une dizaine d’années, tu débutais dans la peinture artistique de façon originale et prometteuse ; où en es-tu aujourd’hui ?
JPEGFRANCK MARCO. « En temps normal, je suis passé désormais à du 50% musique et du 50% peinture. Actuellement, c’est 80% peinture ! J’ai trouvé mon style avec le « drum-painting » qui est de transporter le geste du batteur jusqu’à un tableau pour peindre et jouer simultanément. Je fais des performances en balançant de la musique sur laquelle je joue et je peins également. C’est une sorte de transe de 30 minutes. J’ai trouvé des pinceaux que j’ai bricolés. Je suis donc assis sur mon tabouret avec ma batterie devant moi et quatre toiles en face sur des chalets à ma hauteur. Mais j’ai une batterie et un costume – le même depuis le début – pour ces sessions. Car évidemment, ça finit par tacher. Et ce costume, c’est devenu un fétiche. On dirait un habit de clown.JPEG Des fois je me lève et je joue debout, c’est vraiment suivant l’inspiration ; et pour les finitions je peux taper carrément sur la toile avec le pinceau car chaque toile est sonorisée avec un micro derrière. JPEGLe public est toujours subjugué. Mais mon cap intangible, ce sont les visages ; et notamment les « Gueules cassées », comme dans le film magnifique d’Albert Dupontel « Au-revoir là-haut » tiré du roman de Pierre Lemaître. Et ces spectacles-là, j’aime les faire dans des lieux oubliés comme une ancienne usine, une piscine vide… J’adorerai faire quelque chose à Manosque, tu sais… »

3. BLUES & POLAR. La période est particulièrement propice à la lecture. Que lis-tu principalement ?
FRANCK MARCO. « Je suis devenu lecteur et c’est plutôt nouveau pour moi. Avant je lisais surtout des BD et j’étais fan de Bilal. Maintenant je lis surtout des biographies de tous genres. Là je lis « Le Procès de Charlie-Hebdo »de Yannick Haenel et Franck Boucq, et avant j’avais lu « La Nuit des temps » de Barjavel, et « Ecriture » de Stephen King. J’ai lu aussi la bio vraiment géniale de Keith Richard le guitariste des Stones, celle de Barack Obama, et « Ne le dis à personne » de Harlan Coben. »

LA QUESTION PLUS : Est-ce que tu as le Blues en ce moment ?
FRANCK MARCO : « Oh oui, ça m’arrive d’avoir le blues de temps à autre, mais le blues pour moi ce n’est pas une musique triste.
JPEGAu contraire, elle me rebooste à chaque fois. Si j’ai un coup de blues, je me mets un bon vieux Buddy Guy, un Luther Allison ou un BB King. Et ça me file la banane ! Tu le sais bien Jean-Pierre, le blues c’est la musique du partage et de toutes les émotions. JPEGJ’ai hâte de pouvoir lancer un bon vieux blues, version shuffle pour de vrai avec des potes, sur scène bientôt !

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 L’INTERVIEW POLAR Gérard SARYAN, pour ses débuts en écriture, a frappé plutôt fort avec son étonnant et palpitant thriller baptisé Prison Bank Water. Ce premier ouvrage est en effet un thriller psychologique mené tambour battant ; et avec un décor hyper-original ! JPEGCar l’action se passe sur une ancienne plateforme pétrolière abandonnée transformée en pénitencier sous-marin ultra-sécurisé, et gérée par l’US Army. Les plus dangereux criminels des USA y sont enfermés à 200 mètres de profondeur… mais très rapidement, un mystérieux virus semble sévir chez les détenus de Prison Bank water…

1. BLUES & POLAR. Prison Bank water est votre premier roman Gérard. Comment êtes-vous venu à l’écriture et pourquoi un thriller (très réussi) pour débuter ? GÉRARD SARYAN : « J’écris depuis une dizaine d’années mais j’ai toujours gardé ces écrits dans un tiroir. C’était toujours des histoires mais je me posais la question de savoir si ça pouvait intéresser du monde… J’ai envoyé des manuscrits à une vingtaine de maisons d’édition très connues car c’est un monde que je ne connaissais pas. Certaines m’ont répondu ; d’autres pas. Et toujours avec les formules habituelles, polies mais pas intéressées… Et en cherchant vers les petits éditeurs j’ai trouvé les éditions du panthéon via internet. C’est une formule de contrat participatif en fait ; mais pour la couverture de Prison Nank Water je voulais quelque chose qui flashe et j’ai financé moi-même un graphiste qui a imaginé ce plongeur qui remonte à la surface avec un filin en pleine mer. J’ai choisi le thriller parce que c’est un style qui me plait et où je me sens à l’aise. Je ne saurais pas écrire sur l’intime. Mon plaisir c’est avant tout de raconter des histoires. Et d’ailleurs grâce à ce livre où j’ai rencontré des personnes lors des rares dédicaces en librairies organisées entre les deux confinements, j’ai rencontré un commissaire de police qui depuis m’assiste pour mon deuxième roman (en cours d’écriture) sur la crédibilité des situations et des enquêtes."

2. BLUES & POLAR. L’idée vraiment originale d’une prison sous-marine aux USA avec un virus qui se répand parmi les détenus a été écrit avant la pandémie actuelle de Covid19 ; c’est une véritable prémonition qui vous a fait écrire ce texte ?
GÉRARD SARYAN : « Pas du tout, mais j’ai comme un télescopage avec le hasard semble-t-il. En janvier 2015, j’ai arrêté le roman que j’avais en cours et qui traitait du danger éventuel d’attentats pouvant être commis à Paris par des djihadistes... à la 400e page ! Car le massacre de la rédaction de Charlie-Hebdo venait d’avoir lieu pour de vrai… J’ai vraiment eu peur qu’on me taxe de récupération d’événements si tragiques. Je l’ai mis dans un tiroir… Là, pour Prison Bank Water, que j’ai commencé à écrire en septembre 2017, et dont les premiers exemplaires sont sortis le 17 janvier 2020, je me suis dit « Mince ! » quand les premiers cas de Coronavirus se sont déclarés en France, une semaine plus tard, le 24 janvier 2020. Mais, bon c’était vraiment le début de l’épidémie et je n’ai pas renoncé. J’ai choisi la prison parce que c’est un univers qui me fait peur et qui me fascine. Je voulais une prison originale pour le déroulé de mon roman et j’ai eu l’idée lors d’un voyage aux USA où j’ai vu de nombreuses plateformes de recherches pétrolières à l’abandon en pleine mer. Je voulais parler du confinement vécu en prison sans penser que deux mois plus tard on serait confiné pour la première fois de notre vie, en France. Et je voulais un médecin qui soit comme un héros dans ce livre. J’ai trouvé son nom en visitant avec une émotion énorme le Mémorial du World trade center où 3000 noms sont gravés sur les murs des bassins, là où se trouvaient les Twin Towers, les deux tours jumelles explosées par des Islamistes le 11 septembre 2001. J’ai voulu rendre hommage à ces victimes en empruntant leurs noms et prénoms et en les mélangeant tout au long de mon livre. Le virus dont je parle dans mon livre existe, mais je l’ai un peu romancé. »

3. BLUES & POLAR : La fin de ce passionnant thriller est très ouverte ; y-aura-t-il une suite ?
GÉRARD SARYAN : « Oui il y aura une suite, même si en ce moment je termine un autre roman. J’ai déjà écrit le synopsis et je vais m’y attaquer bientôt. D’ailleurs il y a des indices dans Prison Bank Water qui, implicitement évoquent une suite. Sinon la période n’est pas idéale pour faire connaître un livre quand on n’est pas chez les grands éditeurs. Les libraires sont plutôt frileux quand on n’est pas connu ; en revanche Cultura, Hyper U et la FNAC accueillent volontiers les jeunes auteurs dans leurs espaces culturels. »

LA QUESTION + : Avez-vous le Blues en ce moment Gérard ?
GÉRARD SARYAN : « Pour moi le blues, c’est avant tout une musique et un son. Mais c’est vrai aussi que le contexte actuel facilite l’expression « Avoir le blues ! » face à cette grande tristesse qui nous envahit chaque soir quand on annonce le nombre de morts en France et dans le monde avec cette pandémie. Néanmoins pour moi, le blues ce n’est pas un sentiment. Ce sont des voix vers lesquelles on ne va pas naturellement car on n’en entend guère sur les radios et à la télé. Il faut souvent passer par une personne qui nous initie pour découvrir ce style qui a tant inspiré tous les autres.JPEG C’est une musique d’émotion et de partage et j’aime beaucoup Janis Joplin et Amy Winehouse deux chanteuses aves des voix fantastiques. »

Propos recueillis par J.-P.T

  DÉCEMBRE 2020- JANVIER 2021

A la veille du passage en 2021, ces deux merveilleux artistes du goût aux originalités multiples répondent à notre Interview mensuelle « 3 Questions à… ».
Histoire de finir une année 2020 à jeter aux orties et commencer la nouvelle dans de bonnes dispositions. Car la gastronomie et les vins sont deux choses « essentielles » qui savent réchauffer les cœurs, les âmes et rapprocher les peuples. Et on va en avoir sacrément besoin…

THIERRY MARX
JPEG- Chef étoilé du « Sur Mesure » de l’Hôtel Mandarin oriental, cuisinier très médiatique, connu des jeunes notamment pour ses participations comme juré dans Top chef, mais aussi des plus anciens avec ses interventions dans Les Carnets de Julie sur France 3 ou dans Le Magazine de la Santé de Marina Carrère d’Encausse sur France 5, le chef doublement étoilé Thierry Marx considère la cuisine comme « un lien naturel et social qui peut rassembler les hommes ». Un trait de caractère qui ne pouvait que séduire Blues & Polar, festival d’éducation populaire. Ce qui se traduit par des actions très personnelles liées à un parcours de jeunesse plutôt chaotique. JPEGAinsi depuis 2002, Thierry Marx intervient en milieu carcéral pour y transmettre son savoir-faire. Et depuis 2012, il permet aux détenus de Poissy qui le souhaitent, de bénéficier d’une formation en Bac professionnel Restauration. Thierry Marx président national des Disciples d’Escoffier en 2014 a accepté de répondre à notre double Interview en 3 Questions, aux côtés de Philippe Faure-Brac Meilleur Sommelier du monde 1992. Un sacré duo multi étoilé pour finir l’année et préparer un beau festival Blues & Polar en 2021 à Manosque avec pour « fil rouge », le Syndrome de Stress post-traumatique. Ce sera le 28 août 2021 à la chapelle de Toutes-Aures. Prenez date !

1- BLUES & POLAR. Comment passe-t-on un jour de la cuisine à l’écriture et est-ce le contexte actuel qui vous a poussé à écrire ce livre « Celui qui ne combat pas a déjà perdu » ?
* * THIERRY MARX : « Le contexte actuel a beaucoup joué, incontestablement. Car le 18 mars - moment du premier confinement - je me suis retrouvé à la maison, restaurant fermé et toute l’économie à l’arrêt. Je me suis tout de suite dit : « Et après ? Comment on va y arriver ? ». J’ai alors pensé au dramaturge Bertold Brech qui disait Celui qui ne combat pas a déjà perdu », et comme ce n’est pas mon genre et que j’écris assez vite – bien qu’en mettant plus de temps à me relire – je me suis lancé dans un ouvrage de réflexion. J’avais déjà quelques livres qui avaient bien marché dans le passé, donc ce n’était pas de l’inconnu pour moi. Mais je n’ai toujours écrit. Ce sont les émissions de télévision que j’ai animées qui m’y ont incité, en fait. Car il faut préparer, écrire, rédiger… Et puis c’est peut-être aussi le complexe du cancre que j’étais à l’école ! J’ai en effet repris les études à 25 ans et l’Université populaire qu’a créé le philosophe Michel Onfray à Argentan m’a beaucoup aidé. C’était vraiment passionnant car il donnait envie d’apprendre. D’où des études de management que j’ai effectuées plus tard et qui m’ont ouvert sur autre chose que les mots de l’univers culinaire. Moi je n’avais entendu que ça toute la journée, depuis des années durant ma prime jeunesse…
Là, j’ai découvert la richesse des mots employés par les écrivains comme Brillat-Savarin ou Curnonsky, pour définir les mets culinaires. Et ça tient de l’art ! Les mots sont en effet la mémoire de la cuisine et il y a une sensualité gourmande dans les mots. »

2- BLUES & POLAR. Quel rapport avez-vous avec le Polar ? Vous y avez déjà tâté, je crois ? JPEG** THIERRY MARX : « Effectivement, j’ai déjà écrit un polar qui s’appelait « On ne meurt pas la bouche pleine ». Mais mon père adorait les polars et j’ai grandi avec ça. Il lisait Simenon surtout, mais aussi Manchette et San Antonio. Moi je trouve que le polar c’est extraordinaire, car il est le reflet de la vie, des faits divers quotidiens ; de l’ordinaire qui devient extraordinaire. On y croise plein d’univers divers et variés. Ça peut être le patron, le vieux cordonnier, le sapeur-pompier, l’institutrice, le voyou, le plombier, l’artiste… On est dans l’histoire humaine pure. Et c’est comme de la magie. D’ailleurs je préfère lire les polars que les regarder à la télé. Mais le polar y fait recette ; il y en a sur toutes les chaines désormais.
Moi, j’aimais m’évader avec un polar dans le métro, coincé dans la poche arrière de mon jean’s. J’aimais surtout les mots à la Audiard. Cependant, ce qui m’a donné le goût de la lecture, c’est « L’Appel de la forêt » de Jack London. Le polar est venu très tard pour moi. J’en lis moins maintenant car j’ai une émission littéraire et gastronomique sur France Info qui me prend beaucoup de temps. Mais on retrouve la cuisine constamment dans le polar, notamment dans les polars méditerranéens où la notion de manger est importante et les odeurs aussi. Le journaliste-écrivain marseillais Yann de l’Ecotais a d’ailleurs écrit « Les Herbes de Provence », tandis que Claude Chabrol et Michel Audiard faisaient pareil pour le langage et les décors de tournage. La relation entre nourriture et littérature est très forte, comme dans le cinéma, car l’intérêt de manger, c’est de se retrouver à plusieurs. »

3- BLUES & POLAR. Justement ; la cuisine pour vous, c’est bien plus que se nourrir ? Peut-elle être une manière de rapprocher les gens entre eux au-delà des langues et des cultures ?
JPEG** THIERRY MARX : « La cuisine, c’est de la passion au quotidien et du lien social. Quand on assoit des personnes à table et qui ne se connaissent peut-être pas, il y a obligatoirement une vraie histoire de confiance. Moi, j’ai toujours le même rapport passionnel avec la cuisine, malgré mes heures de vol. Et il y a une règle de 3 dans la cuisine dont il ne faut jamais se départir : 1- Le bon geste. 2- La cuisson. 3- Le temps.
Ce sont ces trois principes de base qui font le style de chaque cuisinier. D’ailleurs, même si aujourd’hui je ne fais plus les « irritants » (éplucher les oignons et les légumes, ouvrir les huitres, affuter les couteaux, enlever la peau d’une sole...) je fais toujours le marché et je répète chaque jour les gestes comme émincer, couper, arroser… Car il ne faut pas perdre la main pour ne pas perdre la boule ! »

LA QUESTION + : Le Blues pour vous Thierry, c’est une musique ou un état d’âme
JPEGTHIERRY MARX : « Pour moi, c’est une musique qui m’amène chaque fois que j’en écoute, à un instant de nonchalance, comme me le fait une Sonate de Listz. C’est un instant bonheur qui me met en suspension. Mon père écoutait beaucoup les pionniers du rock comme Eddy Cochran, Eddy Mitchell, Elvis Presley… Moi, j’adore le sax de John Coltrane et la voix de Johnny Cash que j’ai encore écouté ce matin. Ça me donne l’inspiration et ça fait partie du rêve américain qui dit « On ne recule pas ! »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

  JPEG PHILIPPE FAURE-BRAC

 Le Briançonnais Philippe Faure-Brac sacré « Meilleur Sommelier du Monde » en 1992 à Rio-de-Janeiro, actuel président de l’Union de la Sommellerie française vient de publier Accords vins & mets aux éditions EPA. A la veille des fêtes de fin d’année perturbées par le coronavirus, il répond à nos 3 Questions. Philippe Faure-Brac que j’ai eu le plaisir de croiser par pur hasard en visitant le musée Bobby Lapointe à Pézenas (Aude), et d’échanger en toute simplicité - le temps pour lui de m’indiquer l’adresse incroyable des « Grands buffets » créés à Narbonne par l’immense chef triplement étoilé du Vieux Puits Gilles Goujon - s’est passionné pour le vin au lycée polyvalent Paul Arène de Sisteron, puis au lycée technique hôtelier Lesdiguières de Grenoble, et enfin au lycée technique hôtelier de Nice. .Après diverses expériences dans des restaurants parisiens, il a ouvert et dirige depuis 1984, son propre restaurant justement nommé Le Bistrot du Sommelier au 97 Boulevard Haussmann dans le 8e arrondissement de Paris.

J.-P.T
Accords vins & mets aux éditions EPA. Tarif : 45€

1. BLUES & POLAR. Comment vivez-vous – humainement et professionnellement – avec les deux confinements décrétés par le gouvernement en France depuis le 17 mars ?
 PHILIPPPE FAURE-BRAC : « Humainement, c’est une période vraiment difficile car j’ai plusieurs collaborateurs qui sont touchés économiquement au sein de mon établissement « Le Bistrot du Sommelier » à Paris. Et j’ai une obligation morale envers eux. Mais j’ai de belles équipes avec de belles personnes. Après le premier confinement, on a rouvert mi-juin et pendant tout le mois de juillet.
JPEGJ’en ai profité pour mettre sur pied, le « Vigneron wine festival » avec uniquement des vignerons indépendants français effectuant chaque jour des dégustations et des rencontres, et cela a drainé beaucoup d’activité. En août, on a fermé puis rouvert en septembre et on a eu du monde car les gens avaient envie de sortir. Mais il a fallu fermer de nouveau fin octobre avec le re-confinement.
Néanmoins, j’ai l’impression d’avoir autour de moi des gens qui ont le moral et personnellement j’ai beaucoup d’activités. Je fais des réunions, des formations et des cours en visio-conférence via Skype, Instagram… et ça marche plutôt bien. On arrive à communiquer avec le monde entier.
Chaque lundi soir sur Instagram, je poste une vidéo d’une recette extraite de mon livre « Accords mets-vins » qui vient de sortir, car je cuisine aussi. C’est d’ailleurs ma première formation acquise au lycée hôtelier de Sisteron. La réalisation de ce livre a été stoppée par le premier confinement, mais on a profité de ce moment-là avec mon éditeur, notamment en mai, pour réaliser un « best-of » de mes meilleures recettes parues dans mes anciens ouvrages, en y ajoutant des nouveautés. Et on a pu aussi réaliser de très belles photos. On avait tout notre temps et on a fait la relecture pendant l’été.
Mais là, pas de Noël, ni Jour de l’An ; il va falloir attendre le 20 janvier (au minimum) pour que les restos et les bars puissent ouvrir, et les spectacles debout être autorisés de nouveau. J’espère que l’arrivée des vaccins va contribuer à nous ramener vers la vraie vie. « 

2. BLUES & POLAR. Quelle logique employez-vous pour accorder un vin à un plat ? Une théorie ancienne et indéboulonnable ou le principe cher à Jean Carmet et Gérard Depardieu de faire confiance au terroir d’origine du plat…
PHILIPPE FAURE-BRAC : « Le principe du duo Carmet-Depardieu est toujours bon, car il n’y a pas de hasard. C’est une bonne base et c’est vrai ! Prenez un Comté avec un Vin jaune du Jura, c’est parfait ! Pareil pour un fromage basque comme l’Ossau Iraty avec un vin rouge Irouléguy. C’est génial, tout comme des charcuteries corses avec un vin d’Ajaccio. Et ça vaut pour l’étranger.
JPEGMais au-delà des territoires, il y aussi le code couleurs qui aide. Viande blanche-vin blanc ! Viande rouge-Vin rouge ! Mais pour le poisson blanc qu’on sert logiquement avec un vin blanc, il y a des particularités. Un petit rouget en sauce à la tapenade par exemple sera mieux avec un rouge de Cassis ou de Bandol. Mais tout cela on l’apprend au départ avec des repères classiques ; par les parents d’abord et par les livres. Mais certains clichés ont la vie dure ! A l’image du camembert de Normandie qu’on associe dans l’imaginaire français au béret, à la baguette et au vin rouge ; alors que c’est bien mieux avec un verre de cidre normand. Mais il faut se souvenir aussi, que les vieux jadis, montaient des vieux vins rouges de la cave au moment du fromage. Et avec l’âge, les tanins étaient atténués et s’associaient bien alors avec le fromage. C’était ça l’astuce !
JPEG Néanmoins, il faut faire confiance à son propre palais et quand le vin est bon, le plaisir est au rendez-vous ! Avec la choucroute, un Riesling blanc d’Alsace va parfaitement, mais un Muscadet peut aussi faire l’affaire. Je l’explique dans mon livre en proposant 5 à 6 vins pour un même plat.
Autre particularité très à la mode depuis quelques années de servir un Sauternes ou autre vin liquoreux avec le foie gras mi-cuit ou poêlé. Alors qu’au pays du foie gras, dans le Lot ou le Gers, les gens boivent du rouge (Cahors, Bergerac, Côte de Buzet…). Ceci a été ma première initiatique et c’est resté un repaire pour moi. En fait, cette habitude remonte à une époque où le foie gras était servi en fin de repas juste avant le fromage. Et on amenait déjà les vins du dessert. Personnellement, chez moi, au « Bistrot du Sommelier » je propose une tarte fine feuilletée poires-pommes sur laquelle je dresse des copeaux de roquefort et je sers avec un verre de Sauternes. Ainsi, on mélange les plaisirs.
Cependant, on peut faire des erreurs, car on ne mange pas avec le nez. Ce qui compte d’abord pour allier un vin à un plat, c’est la structure et la texture du plat. Et le fromage est une table de jeu merveilleuse pour s’initier aux plaisirs des vins blancs, rosés ou rouges. Car la palette d’accords est incroyable et énorme entre les pâtes molles comme un Gruyère et un Roquefort, voire un Banon ou un Maroilles. D’ailleurs, on peut aussi boire une bonne bière du Nord, belge ou rousse avec certains… »

3. BLUES & POLAR. Y-A-T-IL UN STYLE DE MUSIQUE QUI POURRAIT S’ACCORDER A CHAQUE TYPE DE VIN ? POUR DU JAZZ, DE LA MUSIQUE CLASSIQUE OU SACREE, DU BLUES, DE LA CHANSON FRANCAISE… QUE CONSEILLEZ-VOUS ?
PHILIPPE FAURE-BRAC : « Un Bordeaux Chasse Spleen conviendrait pour le blues car le nom est beau et poétique, mais c’est un sujet sur lequel j’essaie de me pencher, car j’ai une passion pour le chant. J’ai d’ailleurs fait partie d’un groupe baptisé « La Télé qui chante » avec Gérard Holtz, Nelson Montfort … et on a assuré la première partie de Tex à l’Olympia. Si Gérard Holtz est plutôt rock, moi je chante Brel, Nougaro, Brassens, Bobby Lapointe… J’ai beaucoup d’amis musiciens et j’ai été le parrain du festival de jazz de Saint-Emilion en imaginant des improvisations jazz à partir d’un vin avec Paul Belmondo et Jacky Terrasson. JPEGJ’écoute aussi de la musique classique mais c’est très varié entre un Mozart et Wagner. La palette des vins est large. Mais j’aime bien un Bourgogne rouge dans ces moments-là. Pour le jazz en revanche, moi qui suis un fidèle de Jazz in Marciac, les vins du coin comme le Madiran, les Côtes de Saint-Mont… sont parfaits. Ils conviennent très bien à cette ambiance festive.

LA QUESTION +
QUEL SERAIT L’ACCORD PARFAIT PLAT-VIN POUR BLUES ET POLAR ?
PHILIPPE FAURE-BRAC : JPEG« Le blues pour moi, c’est un état d’âme qu’on joue sur un clavier en déposant son cœur sur les touches. Donc, si j’ai un coup de blues, mon vin de réconfort ce serait un « Côte rôtie » avec la syrah qui lui donne ce côté très sombre. JPEGEt pour le plat polar, un clin d’œil s’impose avec un Bœuf-carottes bien mijoté. Ça serait parfait. Mais on pourrait aussi opter – comme dans mon livre – pour un délicieux foie de veau. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

  NOVEMBRE 2020 KARINE GIEBEL et SAM BERNETT

Double interview exceptionnelle « 3 Questions à » sur www.blues-et-polar.com en novembre, pour ce premier nouveau mois de confinement à la maison, chez soi, en raison de la pandémie de Covid19 qui ne faiblit pas, bien au contraire ! Prenez soin de vous et de votre famille.
JPEGJPEGNos amis fidèles du festival Blues & Polar, l’écrivaine Karine Giebel qui vient de sortir Chambres noires, un frissonnant recueil de quatre nouvelles noires inédites, et le journaliste-animateur Sam Bernett, la Voix du rock et du blues sur RTL pendant 30 ans (1960-1990) auteur de Toute ma vie pour la musique, un road-trip passionnant bourré d’anecdotes savoureuses et émouvantes, créateur de La Tour de Nesle et du Rock n’roll Circus véritables temples de la musique rock à Paris dans les années 70, ami de Johnny, des Beatles, des Stones, Henrix, Gene Vincent, Jim Morrison… sont mes invités de novembre.

  3 QUESTIONS À … KARINE GIEBEL

Chambres noires , le dernier ouvrage de Karine Giebel sort le 5 novembre chez Belfond. On y retrouve au travers de quatre nouvelles inédites les textes engagés d’une auteure engagée dans la défense de la condition féminine. Du vrai roman noir de chez noir, comme la vie actuelle, ponctuée d’attentats terroristes barbares, des violences faites aux femmes et de la pandémie de Covid19. A la fin de l’ouvrage, en bonus, trois nouvelles déjà parues dans Treize à table sorti chez Pocket au profit des Restos du Cœur et Sentence, une nouvelle écrite en plein confinement et publiée dans « Des mots par la fenêtre » au profit de la fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France. Les livres de Karine Giebel se sont vendus déjà plus d’un million d’exemplaires et sont traduits dans une douzaine de langues. C’est avec un immense plaisir que nous la retrouvons à Blues & Polar où nous l’avons reçue trois fois à notre festival.

1.BLUES & POLAR. Un peu d’actualité ! On est reconfinés pour un mois au moins ; peut-être plus. Comment vis-tu ce nouvel enfermement à domicile, qui là - contrairement à tes romans - n’est pas une fiction ?
KARINE GIEBEL : « Comme pour le premier, chez moi ! Mais je suis un peu privilégiée car j’ai la chance d’avoir une maison avec un grand jardin et une belle vue sur la côte varoise. Mais j’ai l’habitude d’être confinée ; pour un écrivain, ça ne change rien. Je me fais mon auto-télé travail à la maison. Ce qui me gêne le plus, c’est de ne pas voir mes parents qui habitent dans le Var aussi, et sont âgés donc à risques, et mes amis. Et les gestes chaleureux me manquent aussi. Mais ce doit être bien plus dur dans certains quartiers de grandes villes. Et puis, la fermeture des librairies, et maintenant des espaces culturels des supermarchés n’est pas une bonne chose pour le monde du livre. Il va falloir que les librairies s’en relèvent ! Personnellement, mon livre sortant le 5 novembre j’avais des séances de dédicaces prévues, mais pour l’instant tout est annulé ! »

2. BLUES & POLAR. Ton nouveau livre « Chambres noires » est un recueil de quatre nouvelles inédites, complété d’autres nouvelles tirées de l’ouvrage collectif réalisé pour Les Restos du cœur auquel tu participes chaque année. Pourquoi ce choix de la nouvelle plutôt qu’un gros pavé avec une seule histoire ?
KARINE GIEBEL : « C’était vraiment une envie personnelle car avec mon éditrice, on aime beaucoup les nouvelles. En France, les lecteurs en lisent peu alors que les Anglo-Saxons en raffolent. Les Américains aussi ! Mais je pense qu’on peut arriver un jour à inverser la tendance si les éditeurs jouent le jeu. Car ce n’est pas plus simple d’écrire quatre nouvelles que d’écrire un gros pavé ! Il faut imaginer quatre histoires avec chacune un suspense et une profondeur des personnages, et c’est un exercice qui m’intéresse. »

3. BLUES & POLAR. La musique illustre très souvent tes lignes depuis tes débuts ; cette fois dans ta nouvelle baptisée L’Armée des ombres - en référence au superbe film de Jean-Pierre Melville (1969) tiré du roman de Joseph Kessel avec Lino Ventura, Paul Crauchet et Simone Signoret - tu laisses la belle Sade résumer cette mélancolie, cette saudade propre aux femmes migrantes, fatiguées par les ménages et autres corvées, usées, résignées parfois sur leur sort, en proie à des difficultés économiques, mais dignes et fortes toujours ! Pourquoi Sade ?
KARINE GIEBEL :JPEG « J’avais cette chanson de Sade en tête quand j’ai écrit cette nouvelle et je l’ai réécoutée pour bien saisir le sens des paroles, et ça allait parfaitement avec mon thème axé sur ces destins de femmes qui travaillent dans l’ombre, le matin de très bonne heure ou tard le soir pour nettoyer les bureaux. OJPEG On ne les voit pas et pourtant elles existent ! Et puis moi qui suis cinéphile, je voulais avoir un lien avec les films que j’ai aimés et les rattacher à chaque intrigue. Le challenge était ténu comme dans la première nouvelle « Le Vieux fusil » de Robert Enrico, mais il est là quand même. »

LA QUESTION + : As-tu le blues en ce moment ?
« Oui, un peu ! Je pense à tous ceux qui sont malades du virus, à ceux qui ont perdu leurs proches et à tous les pays touchés durement par ce virus. Je pense aussi au fantastique guitariste Eddie Van Hallen mort le 6 octobre dernier que j’adorais… Alors, j’ai écouté un peu de blues ces jours-ci, notamment Joe Bonassama et Éric Clapton. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

  3 QUESTIONS À SAM BERNETT

Voix du rock à la radio (RTL et Europe 1) dans les années 60 à 90, Sam Bernett a débuté comme « porteur de copie » puis journaliste au New York Times, avant de devenir dans les années 70, le grand ordonnateur des Nuits parisiennes à la Tour de Nesle, au Rock n’Roll Circus, au Bus Palladium… en passant par le Martine’s et l’Elysée Matignon. Ami de Johnny Hallyday, Jimi Hendrix, Jim Morrisson qu’il retrouvé mort dans les Toilettes du Rock’n’roll Circus… et de toutes les stars des seventies, il vit aujourd’hui entre les Etats-Unis et la France, mais a trouvé le moyen de passer par Manosque juste avant le re-confinement pour me parler de son livre. Histoire de passer une soirée « masquée » en toute amitié, et riche en anecdotes.

1. BLUES & POLAR. On se reconfine en raison de la propagation du virus Covid 19. Comment vas-tu vivre ce mois de novembre… et sûrement décembre vraisemblablement ?
SAM BERNETT. « Au cœur de Paris, chez moi, car depuis janvier je suis bloqué en France. Je ne peux pas rentrer aux Etats-Unis où vit ma famille (enfants et petits-enfants) car Trump, dans le cadre des conditions d’immigration aux States a mis des dispositions spéciales pour les résidents permanents aux USA, dont je fais partie. Et comme je suis retraité aujourd’hui, et qu’il n’y a pas de motif vital ni impérieux, je ne peux pas rentrer ! Je n’ai donc pas vu les miens depuis 11 mois. On se parle chaque jour via Skype, mais ce n’est pas pareil. Je vois leurs sourires, mais c’est dur de ne plus se faire un bisou ou un câlin… Cependant, j’ai la chance d’avoir un grand appartement et comme j’écris mon prochain roman le confinement n’est pas un problème. Ça ne me dérange pas d’écrire des heures, de manger une pomme et continuer après… Je suis un peu privilégié quand même et mon bouquin sur la musique des Seventies est bien reçu dans les radios, télés et journaux. La jeune génération est d’ailleurs très sympa avec moi. Ils disent que je suis un des derniers gardiens du temple du rock… »

2. BLUES & POLAR. Ton livre « Toute ma vie pour la musique » résume l’époque musicale foisonnante et riche des années 70. Pourquoi cet ouvrage en forme de mémoire (sans s) et que penses-tu de la musique actuelle ?
JPEGSAM BERNETT. « Ce livre c’est un sujet que le patron des éditions de l’Archipel me demandait depuis longtemps sous forme de biographie. Mais je trouvais ça un peu pompeux, car je suis journaliste. J’ai certes animé à la radio pendant 30 ans des émissions rock, créé des night-clubs connus dans le monde entier avec des stars qui venaient ; mais moi, je ne suis pas une star ! Et puis, j’ai réalisé que mes anecdotes intéressaient toujours des gens et on a convenu d’une espèce de biographie au travers de la musique. Car cette musique-là, le rock des seventies, je l’ai fait aimer à plein de gens, notamment à ceux qui roulaient la nuit avec Max Meynier dans « Les Routiers sont sympas ».
JPEGLa musique actuelle qui est principalement axée sur le rap en faisant des samplers sur des morceaux déjà existant, ce n’est pas mon truc ! Je discute souvent avec des rappeurs car je ne veux pas passer pour un vieux con, mais je leur dis toujours que ce style est vraiment très agressif, alors que le rock était plus joyeux. Souviens-toi de Chuck Berry qui a tout inventé (Maybelline, Memphis Tenesse, Carol, Sweet little sixteen…) c’était vraiment dynamique ! Les Anglo-saxons (Beatles, Rolling Stones…) ont tout repris d’ailleurs. Tu sais Jean-Pierre, on a vécu - toi comme moi – les 30 Glorieuses et ça nous a portés vraiment ! La vie était facile et gaie ! »

3. BLUES & POLAR. S’il te fallait choisir deux chansons de ta jeunesse qui t’ont carrément scotché à l’époque - un rock et un slow – ce serait qui ?
SAM BERNETT. « La première, incontestablement, c’est en 1958 à Londres quand j’ai entendu Lonie Donegan dans « The battle of New Orléans ». C’était un chanteur de skiffle situé entre le rockabilly et le folk-song. Hugues Auffray a d’ailleurs ramené ce style en France plus tard. JPEGÇa m’a époustouflé, en écoutant ce disque déniché dans le bac d’un disquaire à Soho. La deuxième chanson, c’est « I love you more, then I can say » de Bobby Vee que j’ai découverte durant mon séjour en Irlande. Je parle de tout ça dans mon livre et on y constate que la musique a vraiment dirigé ma vie. Et surtout, que j’ai toujours eu l’envie de la partager. »

LA QUESTION + : toi, le franco-américain, avec le Covid et Trump, as-tu le blues en ce moment ?
« Oh j’ai plus que le blues ! Repartir quatre ans avec le boufffon-clown à la tête de l’Amérique, c’est vraiment une angoisse totale ! Mais rien n’est joué ! Verdict aujourd’hui… ou après-demain ! Tout le monde croise les doigts parmi mes amis américains. »

Propos recueillis par J.-P.T

  OCTOBRE 2020 JÉROME LOUBRY

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 Sacré Prix du meilleur Polar francophone en 2018 avec Les Refuges au festival Cognac-Polar et par Le Point , Jérôme Loubry devait être l’invité d’honneur du 17e festival Blues & Polar de Manosque le 9 août dernier. Mais la pandémie de Covid19 est passée par là et le festival ayant pour « fil rouge » le Syndrome du Stress post-traumatique présent dans de nombreux polars, a dû être annulé et reporté au samedi 28 août 2021. Jérôme Loubry qui vient de sortir son 4e roman « De Sang et de soleil » chez Calmann-Lévy Noir est notre invité du mois d’octobre pour la traditionnelle Interview en 3 Questions.
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1. BLUES & POLAR. Comment as-tu vécu ce début d’année avec le confinement le 11 mars, puis le déconfinement le 22 juin ? Quelles ont été les conséquences pour toi, écrivain désormais ?
JÉROME LOUBRY : « Lorsque le confinement est arrivé, ça correspondait en fait à ma période d’écriture habituelle. J’étais à Valensole chez moi en Haute-Provence, près de Manosque, et comme c’est un petit village avec la nature au bout de la rue, ça ne m’a pas perturbé. Quand je suis devant l’ordinateur, j’écris… Comme tout le monde je sortais une heure avec le papier d’autorisation dans la poche et j’allais courir dans les champs de lavande. Il y a pire…
Néanmoins, ce confinement a généré un retard dans pas mal de choses et au lieu des six mois habituels d’écriture, j’ai écrit « De Sang et de soleil » en quatre mois. Mais j’ai écrit tout ce que je voulais. En revanche, je devais participer à pas mal de gros Salons littéraires qui ont été annulés comme Quais du Polar à Lyon, la Foire aux livres de Brive-la-Gaillarde, le Salon de Nancy… et Blues & Polar à Manosque ! Actuellement, j’arrive à faire des petits Salons qui arrivent à respecter les protocoles sanitaires, mais ce n’est pas facile pour le contact avec le public. Dans trois semaines, je vais à Cognac où j’ai eu le Prix du Polar francophone l’an dernier. Mais là-bas on ne craint rien, leur gel hydro-alcoolique est millésimé ! Je rigole, mais il faut s’adapter. Quand il y a un débat, on s’écarte les uns des autres et chacun a son micro. Mon éditrice a attrapé le virus au tout-début, mais aux dernières nouvelles, ça va ! Mais à Valensole, on a eu un seul cas. On est tout de même préservés ici, mais il faut faire attention. »

2. BLUES & POLAR. Après les USA avec Les chiens de Détroit (2016), la Vendée avec Le Douzième chapitre (2017), la Côte normande avec Les Refuges (2018), tu nous emmènes en Haïti pour ton quatrième roman De Sang et de soleil. Le voyage semble incontestablement faire partie de ton imaginaire littéraire ; mais es-tu un voyageur immobile comme Jean Giono ou un vrai découvreur de territoires ?

JÉROME LOUBRY : « Haïti, j’y suis allé en 2008 car quand je n’avais pas d’enfant je voyageais tous les ans. Mais j’ai aussi envie de faire voyager le lecteur au-delà de l’intrigue. Cependant, là c’est l’histoire qui m’a guidé vers Haïti ; pas l’inverse ! Et y être allé m’a permis d’emmagasiner des souvenirs et des impressions, comme ce ressenti de fournaise perpétuelle, de lumière vive et crue, et surtout l’immense pauvreté qui règne et saute aux yeux. En 2008, j’avais trouvé la lumière vraiment très différente de ce que nous connaissons en Europe. Ici il n’y a jamais de nuages dans le ciel, et ça fait comme s’il y avait une ampoule toujours allumée.
Pour la Côte normande et la Vendée, je connais bien car j’y suis allé aussi. Je trouve que c’est bien de se souvenir des paysages, des ambiances, des gens… ça amène de la vérité. Je pourrais inventer évidemment, mais j’aime mieux cette technique pour ancrer mon roman. Le prochain, je l’ai déjà en tête et ce sera un triller rural. Je commence toujours par me faire un petit film et je commencerai à écrire début novembre. Il devrait sortir le 28 août 2021. Le jour de Blues & Polar à Manosque ! »

3. BLUES & POLAR. La musique est souvent présente dans tes romans comme l’Opéra dans De sang et de soleil. C’est une présence naturelle et nécessaire pour toi ?
JÉROME LOUBRY : « Oui, tout à fait ! Dans Les Refuges je m’inspire du Roi des Aulnes de Goethe, car cela sert l’histoire. Pour De Sang et de Soleil en Haïti, j’utilise le mythe d’Orphée et Eurydice, et ça apporte un lien très fort.
J’aime bien qu’il y ait une référence culturelle à chaque fois dans mes bouquins. Ça peut être une musique, un tableau, une photo, une légende ancienne… C’est un fil conducteur pour le récit. »

La Question + de BLUES & POLAR. Où en est ton roman sur le bluesman Robert Johnson compositeur du fameux Sweet home Chicago en 1936, repris et immortalisé par les Blues Brothers, dont on dit qu’il a vendu son âme au diable pour jouer comme un dieu ?
JÉROME LOUBRY : (Rires) « Il est toujours bien caché dans un tiroir. Et il sortira un jour car il y a du mystique, du vaudou et de la sorcellerie dans le destin de Robert Johnson. Pour l’instant, il repose… »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

  SEPTEMBRE 2020. PIERRE POUCHAIRET

Ancien flic à la PJ, auteur, Prix du Quai des orfèvres 2017, qui sort Larmes de fond à paraître le 15 septembre aux éditions Filatures.
JPEG- Invité à deux reprises à Blues & Polar, notamment pour ses premiers ouvrages, l’ancien flic, qui fut responsable de la sécurité Intérieure à Kaboul sous la présidence de Nicolas Sarkozy, est aujourd’hui un auteur de polar reconnu et apprécié, car ne s’éloignant jamais du quotidien que vivent les policiers français, embrassés après les massacres à Charlie-hebdo et au Bataclan, mais caillassés aujourd’hui – comme les pompiers - dans les quartiers dits difficiles. Car ils dérangent avant tout les dealers et autres caïds dictant leur propre loi. Pierre Pouchairet qui a roulé sa bosse dans tout le Proche-Orient, mais aussi à Versailles, Nice et Grenoble, n’est pas né de la dernière pluie et son regard est précieux pour qui veux étudier les transformations de notre société. Ce que Blues & polar fait depuis 17 ans.

Jean-Pierre Tissier
1. BLUES & POLAR. Comment as-tu vécu cette période totalement imprévisible liée à la pandémie mondiale causée par ce satané Coronavirus ?
PIERRE POUCHAIRET. « Pour moi c’est particulier, car bien qu’invité à plusieurs Salons du Livre, qui finalement ne se sont pas tenus, je n’ai pas pu revenir en France en mars. En effet, je vis entre la France et le Cameroun tout au long de l’année ; ma femme étant en poste à Yaoundé pour encore un an. J’ai donc passé et vécu la période du confinement français au Cameroun où la population n’a pas trop été touchée par le virus car étant très jeune en majorité. Le soir, les bars étaient fermés et il y avait un couvre-feu.mais ça ne m’a pas gêné. J’ai donc fait du sport tous les matins et écrit ensuite, mais ce n’était pas un véritable confinement comme en France. J’en ai donc profité pour écrire intensément. J’écris une série policière bretonne régulière qui marche bien avec environ deux volumes par an et pour les maisons d’édition nationale, j’essaie d’écrire un polar tous les 18 mois.
JPEGMon dernier ouvrage « Larmes de fond » qui sort le 15 septembre, c’est en fait mon tout premier polar qui s’appelait « Coke d’Azur ». Mais il était mal écrit et a été mal vendu Cependant, j’y tenais car c’est un livre très personnel qui contient des souvenirs niçois. A l’image de l’enlèvement d’un fonctionnaire-voyou, qui est un fait réel que j’ai traité à Nice. Pareil pour une arrestation houleuse dans un bar où j’ai subi des tirs de pistolets. Et cela s’est fini avec un mort. Ça, je l’ai vécu. C’est pour ça que mes flics ne sont pas des super-héros. »

2. BLUES & POLAR. Tu as déjà utilisé une fois un virus dans un de tes polars. C’était en 2017 pour « Menaces en eaux grises » où toute la région parisienne est sous la menace terroriste d’un empoisonnement total de l’eau potable. Les risques bactériologiques sont-ils désormais une composante de plus en plus importante de la panoplie du polar ?
PIERRE POUCHAIRET. « Les virus, ça fait partie de l’imaginaire de certains auteurs. Moi effectivement, je l’ai utilisé en 2017. Mais un virus de type informatique peut aussi bloquer un pays comme dans M de Bernard minier. C’est un sujet qui me tente, mais l’Afrique où je vis en partie, m’inspire beaucoup plus. D’ailleurs, j’avais envie d’écrire sur les énormes et lucratifs trafics de pangolins, bien avant le virus. Mais je ne l’ai pas fait. On m’aurait pris pour un opportuniste. Je vais plutôt évoquer les trafics de bois précieux dans un prochain roman, car la caractéristique de l’Afrique c’est la corruption à tous les étages. Du président aux policiers. D’ailleurs, pendant le confinement, j’ai découvert le golf à Yaoundé, au Cameroun. Eh bien, tous ceux avec qui j’ai joué en cette période étaient des fonctionnaires. C’est assez troublant. Mais il y a aussi la présence chinoise en Afrique qui peut être un moteur d’inspiration. »

3. BLUES & POLAR. Ta série policière où tu mets en scène les Trois Brestoises que sont Léanne (commandant de police), Elodie (médecin-légiste) et Vanessa (psychologue) passionnées de blues-rock, et qui jouent dans un trio qui semble inspiré par Stevie Ray Vaughan et Johnny Winter, est plutôt pour plaire à Blues & Polar. Comment sont nées ces trois filles au caractère bien trempé qui lèvent le coude comme des mecs dans les pubs ? Et tu nous les amènes quand à Manosque pour un concert de feu ?
PIERRE POUCHAIRET. « L’idée des Trois Brestoises musiciennes est née avec Léanne passionnée de rock et de blues qui apparaissait déjà dans « Mortels trafics » qui m’a valu le Prix du Quai des orfèvres. Et comme aujourd’hui – outre le Cameroun - j’habite en Bretagne à L’île Tudy (Finistère-sud) où Jean Tailler créateur des Editions Philémon écrit des polars bretons, j’ai donc muté Léanne à la PJ de Brest. Mais j’avais depuis longtemps l’idée d’un groupe musical, et là, ce sont mes goûts personnels qui ont joué. Mais tout est fictif, même si la médecin-légiste est aussi un personnage réel que je connais bien à Brest. Tout comme la psy, dans laquelle il y a du vrai. Elles savent d’ailleurs que je les inspire, mais sans plus. Néanmoins, c’est une série qui est appelée à durer et avec « Larmes de fond » qui sort de chez Filatures (rattaché à Dargaud) le 15 septembre, ça devrait même se développer. »

LA QUESTION +
Le Blues pour toi, c’est une musique ou un état d’âme ?
PIERRE POUCHAIRET. « Je dirais plutôt les deux ! Mais pour la musique, je suis resté très Clapton, Hendrix et Muddy Waters. J’aime bien aussi les groupes blues-rock des années 70 comme le Michaël Bloomfield super session ou le Paul Butterfly blues band. J’aime bien que ça dépote et que ça groove ! Mais quand tu es auteur, il y a parfois du spleen et de la mélancolie ; bref du Blues ! »

Propos recueillis par J.-P.T

  AOÛT 2020. VINCENT RADUREAU

 Journaliste sportif bien connu des téléspectateurs et des abonnés de Canal Plus, Vincent Radureau est le co-auteur du très instructif Le Football pour les Nuls paru en 2013 et il a longtemps été acteur du Journal du Foot et de Jour de Foot sur la chaine cryptée. Mais il est surtout - avec ses complices ex-professionnels aujourd’hui retraités des parquets, Georges Eddy et Jacques Monclar - une des voix du basket NBA en France, et c’est lui qui anime d’ailleurs Canal NBA sur Canal Plus. Néanmoins, en raison de la pandémie de Covid19, la NBA s’est arrêtée brutalement le 11 mars, il y a plus de quatre mois avec aucune rencontre sous les paniers, même à huis clos comme pour le football en Europe. Soit un sérieux coup de canif dans les retransmissions de matchs prévus sur Canal NBA, et un confinement à la clé… Étrangement, mais il n’y a jamais de hasard, c’est au moment où la NBA reprend officiellement, ce 30 juillet que Vincent Radureau a accepté d’être mon invité pour l’interview 3 Questions à… de Blues-et-polar.com
JPEGUne raison à cela : la sortie, le 25 juin dernier, de son premier polar Le dernier match de River Williams chez Hugo & Cie. En format poche, donc pratique pour l’été, et en plus, ça vaut vraiment le coup ! Avec aussi des surprises à la clé, quand on découvre les jardins secrets de Vincent…

Jean-Pierre Tissier
1. BLUES & POLAR. D’où vient cette envie d’écrire, vous qui êtes avant tout un homme de télévision, et de surcroît, un polar pour débuter ?
VINCENT RADUREAU. « Cette envie je l’aie en moi depuis près de quarante ans. J’ai toujours voulu et aimé créer des choses. J’ai fait de la musique comme guitariste et j’ai écrit des textes. J’avais d’ailleurs un groupe qui s’appelait Vince United comme Manchester et on faisait de la pop anglaise. C’était assez original car j’avais avec moi des musiciens de Classique. Ça marchait pas mal et on a même fait une première parte de Cali. Mais c’est très compliqué pour trouver des concerts, le statut de musicien aussi… Je suis resté journaliste. JPEGMais comme en 2013 j’avais écrit à quatre mains avec Mickaël Grall « Le Football pour les Nuls » ça m’a permis d’avoir un certain recul sur la manière de travailler un roman.
Et un jour, je rencontre Bertrand Pirel directeur du Développement aux éditions Hugo à qui je parle de mon envie d’écrire, et des idées que j’avais en tête… Bref, de fil en aiguille, c’est lui qui a eu l’idée de me proposer d’écrire un polar. Et je me suis plongé dedans avec délice… »
2. BLUES & POLAR. Ce Polar qui se passe dans le milieu du basket pro, de la NBA que vous commentez sur Canal Plus, est-ce une histoire vraie ?
VINCENT RADUREAU : « C’est sûrement parce que je suis journaliste qu’on me pose cette question. Car les journalistes relatent souvent des faits-divers étonnants et des écrivains s’en inspirent pour écrire un roman voire un scénario de film. Mais là, non ! C’est une pure fiction ! River William n’a jamais existé et je n’ai jamais entendu parler de disparition analogue d’un joueur à l’issue d’un match.
Désolé, j’ai tout inventé. Mais j’ai fait attention au côté piégeux que pouvait avoir un polar qui se déroule dans un environnement sportif très technique, avec des statistiques…. Je voulais que tout le monde puisse le lire. Autant le féru de NBA que n’importe qui. Je l’ai terminé fin janvier, la veille de la mort du grand basketteur Kobe Bryant « légende du basket modial » et de jeune sa fille dans un terrible accident d’hélicoptère.
En fait, je suis allé beaucoup plus vite que je pensais car je l’ai écrit en 3 mois et ½. Mais j’avais ma trame au départ, et pour moi c’était plié. Comme un article dans un journal, Jean-Pierre. Mais j’ai découvert – et ça c’est incroyable ! – que les personnages nous emmènent où ils veulent. On leur donne les clés, et ils évoluent à notre insu. Ça c’est fascinant ! »
3. BLUES & POLAR. Vous avez une autre idée de roman en tête, ou pour faire très NBA, est-ce « One shot » ? Au passage, vous égratignez un peu les chaines d’infos en continu….
VINCENT RADUREAU. « J’ai envie de continuer dans le Polar, mais la comédie romantique à l’Anglaise me plaît bien aussi. C’est vrai que je ne suis pas tendre avec la journaliste télé du bouquin, mais je me lève en regardant CNN, puis les chaines d’info françaises et américaines. C’est un domaine très exigeant, mais aux USA avec Fox News, la chaine du Président, c’est carrément un autre monde prêt à tout pour un scoop, très engagé dans les commentaires, pugnace dans les interviews... En France, on est plus correct, plus respectueux. On a une autre culture ! »

LA QUESTION + Le Blues pour vous, c’est une musique ou un état d’âme ? Ou les deux ?
« C’est avant tout une musique pour moi ! D’ailleurs pendant le confinement, comme je suis guitariste, je me suis acheté une guitare acoustique, une Martin dédiée au blues et je me suis remis à jouer du picking dans la tradition de Marcel Dadi. Sinon j’apprécie beaucoup Eric Clapton et tous les grands guitaristes blues. »

Propos recueillis par J.-P.T

  JUILLET 2020. ANTOINE COESENS

JPEG- Pendant de nombreuses années, Antoine Coesens, comédien charismatique du feuilleton télévisé Central Nuit sur France 2 où il incarnait le flic de l’accueil dans un commissariat, a participé comme lecteur - avec Sophie Brochet - au festival Blues & Polar à Manosque. Incarnant magnifiquement à eux deux, les œuvres de Jean Giono dans le jardin de l’écrivain, mis à disposition gracieusement par Sylvie Giono-Durbet, sa fille passionnée de polar comme papa. Central nuit s’est arrêté aujourd’hui, mais Antoine Coesens continue sa carrière artistique, éclectique au possible puisqu’il a chanté l’an dernier en duo au festival de poésie-chanson de Concèze dans le Limousin, avec Gauvain Cers, valeur montante de la chanson française… tout en poursuivant une belle carrière de seconds rôles à la télévision dans Magellan sur France 3 notamment...
Mais Antoine Coesens, c’est aussi et toujours, un ch’timi bon teint qui a pris l’accent du sud et distille un humour souvent teinté de noir. Une façon toute personnelle pour ce comédien autodidacte de nous faire partager son très fin talent d’interprète en faisant autant penser à l’imperturbable Jacques Legras créateur de La Caméra invisible, qu’à Francis Blanche lui-aussi touche-à-tout de vocation. Car Antoine outre ses rôles à la télé aime concevoir des scénarios, tenir la caméra et il vient d’ailleurs d’obtenir une belle reconnaissance avec un texte qu’il a écrit voici quelques années, qui a donné naissance à un clip étonnant dénommé « J’ai 20 ans » aujourd’hui sélectionné à New York. Antoine Coesens est l’invité de juillet de l’Interview « 3 Questions à... »

J.-P.T
1- BLUES & POLAR : Comment as-tu vécu ce confinement de deux mois, dû au Coronavirus, sans tournage et sans spectacle ?
Antoine Coesens : « J’ai passé ce confinement chez moi à Aix-en-Provence, mais ça n’a pas changé grand-chose à part d’avoir loupé 2 ou 3 tournages prévus dont Camping Paradis pour lequel j’avais fait des essais à la demande du réalisateur Philippe Proteau. Il était très satisfait et je devais avoir un premier rôle, mais ça a dû être reporté. Comme il fallait bien s’occuper, j’ai participé à des vidéos bénévolement pour plusieurs associations, dont une en faveur de l’enfance maltraitée et j’ai battu le rappel des potes comédiens. Bernard Montiel, Bruno Solo, Andréa Ferréol, Jean-Claude Dreyfus… ont participé et le clip « Indiscible » réalisé par Fabienne Allemand a eu beaucoup de succès sur les réseaux sociaux. Artistiquement, j’ai travaillé aussi sur un spectacle consacré à Beethoven qui est en réparation depuis mars, avec le violoniste Guegham Nikoyan, et une pianiste. Moi je lis des textes de Beethoven. Normalement, on était prévus pour donner ce spectacle au théâtre Jean-le-Bleu à Manosque, à la rentrée. Mais paradoxalement ce confinement a permis des choses qu’on n’imaginait pas. Avec les autres comédiens, quelle que soit la notoriété de chacun, on s’est senti tous pareils ; et tous logés à la même enseigne. Ces deux mois n’ont pas été douloureux, car quand tu es à Aix-en-Provence avec un jardin, tu ne peux pas te plaindre. Les seules contraintes, c’était quand il fallait aller faire des courses avec un masque pendant une heure seulement, sans trop savoir les risques que l’on encourait. »

2- BLUES & POLAR : Parles-moi de clip que tu as réalisé avec ta fille Marie, et qui se retrouve aujourd’hui sélectionné pour la finale d’un grand festival à New-York ?
Antoine Coesens : " Un soir que je rentrais du festival de court-métrage de La Rochelle avec ma fille Marie, j’ai écrit un texte « J’ai vingt ans », dans la nuit, à la maison. Et je l’ai fait voir à un de mes potes Frédéric Breton (clavier des Gispsy Kings) qui l’a mis en musique. Mais comme je suis ami aussi avec Philippe Grison, chef de l’orchestre symphonique d’Avignon, je lui ai fait voir mon texte qui est assez révolutionnaire dans l’esprit pour savoir ce qu’il en pensait. Et on a parlé ensemble de ce que je pouvais en faire. Il m’a dit « Antoine, je ne suis pas d’accord avec les propos que tu tiens, mais artistiquement, je suis partant pour une expérience. » Il a conçu des arrangements pour orchestre symphonique avec Etienne Champollion, évidemment plus doux et assez éloignés des accords de Philippe Grison.
JPEGLe piquant de l’histoire, c’est que le chef d’orchestre s’est pris au jeu, alors que tout le monde m’avait dit qu’il ne serait pas d’accord. Mais je suis pugnace et têtu ! Et il a levé le poing à la place de la baguette comme un comédien à la fin, tandis que tous les musiciens de l’orchestre avignonnais se lèvent, instrument levés eux-aussi. Je les avais convaincus ! Mon idée, c’était d’arriver à vendre ce clip à la Télévision, mais Arte qui était intéressé m’a expliqué qu’il ne pouvait pas le passer, tout simplement parce les chaines TV n’achètent pas de clips. Elles les passent, mais c’est tout ! Aux réalisateurs d’être heureux de voir leur clip diffusé sur une chaîne…. Moi, ça ne me satisfaisait pas car on avait quand même bossé et bougé du monde. On s’est donc replié sur les rares festivals de clips existant dans le monde et on s’est retrouvés sélectionnés pour les Amy Awards du genre dont la finale a lieu bientôt à New York. L’idéal serait d’avoir une reconnaissance et d’être diffusé (c’est déjà le cas) sur YouTube, puis sur Netflix."

3- BLUES & POLAR : Quels sont tes projets aujourd’hui ?
Antoine Coesens : « Les 8 et 9 juillet je joue dans un court-métrage au Cap d’Adge. C’est un thriller fantastique. Ensuite, Mathieu Roset, qui jouait un jeune inspecteur dans Central nuit, a adapté un roman de marguerite Duras et il réalise ainsi son premier long-métrage. J’y ai un vrai personnage de second rôle. J’aimerai aussi faire un spectacle en lisant de très beaux textes comme « La Misère » de Victor Hugo et des textes de Jaurès, et de chefs indiens. J’aimerai y ajouter quelques chansons fortes de Nougaro, Ferrat, Bécaud… pour en faire un spectacle engagé, avec du sens. Car on en a besoin aujourd’hui »

La question Plus : Le Blues, pour toi, c’est une musique ou un état d’âme ?
Antoine Coesens : « C’est un état d’âme. Ben ouaaaaais !!!! Mais ça réunit aussi la tristesse et l’espoir. T’in sais kek kose avec tin festival Blues & Polar, biloute ! Mais j’adore John Lee Hooker et Muddy Waters !"

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

  JUIN 2020. MARIE DECREME Responsable de la Communication et de la Presse aux éditions Hugo & Cie.

JPEGAprès deux mois de confinement, les maisons d’éditions relèvent un sacré défi car il faut défendre les auteurs qui devaient paraitre durant cette période et ne pas les oublier. Tout en ne créant pas d’embouteillage avec les sorties actuelles, et en anticipant la très française « rentrée littéraire » de septembre qui sera sûrement très différente cette année.

1. BLUES & POLAR. Comment peut-on identifier la maison d’édition Hugo & Cie et quelles sont ses caractéristiques, voire son originalité ?
MARIE DECREME : « Nous sommes une jeune maison d’édition puisqu’elle a été fondée en 2006 par Hugues de Saint Vincent, et notre caractéristique, c’est d’être une Maison d’éditeurs. Il y a plusieurs collections au sein de Hugo & Cie et c’est très vaste. On touche à l’humour, à la BD, à la pop culture, au roman, au thriller, à la littérature dite féminine, au sport également… et nous sommes une équipe qui a pour ambition de rendre la lecture et la littérature accessibles à tous. Bref, une maison d’édition qui se veut populaire dans le bon sens du terme. Et pour l’être totalement, on pratique des prix attractifs et différents formats. Le format Hugo Poche par exemple est à 6,50 € et les autres vont de 10€ à 19,95€. Notre volonté, c’est de plaire au plus grand nombre et nous sommes donc aussi – outre les libraires – dans les circuits de la grande distribution. On étoffe d’ailleurs nos collections au fil du temps comme avec le Thriller et la Santé qui sont récents pour nous. »

2. BLUES & POLAR. Quelles ont été les conséquences du confinement pour Hugo et Cie ? Comment avez-vous vécu - humainement et professionnellement – ces deux mois d’arrêt de la vie normale ?
MARIE DECREME : Comme pour tous les éditeurs, cette période a été difficile et compliquée, notamment pour les auteurs dont les livres sont sortis au mois de mars. Le temps qu’ils soient installés en librairies, ces dernières étaient fermées. Et ces livres de mars n’ont pas eu de vie publique. C’est ce que l’on essaie de faire aujourd’hui via la réouverture des librairies, mais en jouant aussi sur la réduction des sorties prévues en juin, car il va y avoir embouteillage. Donc, il y a eu beaucoup de discussions pendant le confinement, entre éditeurs et distributeurs. Et pour nous c’est le groupe Editis. Nous sommes passés en télétravail le 16 mars et finalement, cela ne s’est pas trop mal déroulé. Pour Hugo Thriller, nos auteurs français apprécient les Salons du livre et la rencontre avec le public ; donc ils nous ont proposé des vidéos où ils parlent de leurs romans.
JPEGPatrick Manoukian alias Roy Braverman et Ian Manook nous a fait une série intéressante pour maintenir le contact avec les lecteurs. Il nous les envoyait brutes de décoffrage, et nous on les habillait et on les postait sur Instagram, Twitter et Facebook. C’est marrant, car on y retrouvé le public des lecteurs qui viennent en librairie. Le début du confinement a été un peu anxiogène car on n’a pas l’habitude dans notre métier, fait de contacts humains, de voir le gens seulement sur un écran. Mais comme je circulais à vélo dans Paris, je pouvais m’aérer un peu. Tout ça peut engendrer de nouvelles façons de travailler, mais il y a quand même besoin de se retrouver entre collègues vraiment pour parler de visu de notre métier, et rencontrer ls auteurs, pour de vrai ! »

3. BLUES & POLAR. Et maintenant, avec la fin du confinement pour la plupart des professions depuis le 2 juin, quelle va être votre stratégie ? Eviter la casse et avoir des idées neuves en ce qui concerne la lecture ?
MARIE DECREME : « Les projets en littérature ne naissent pas que sur le papier. Ils ont besoin du cinéma, du théâtre, de la vie, des bars, des restos…. Car le roman ne vit pas en autarcie. Ca fait deux mois que je rêvais de prendre un café en terrasse. J’ai vraiment vécu ce confinement comme une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Car la création artistique a été très affectée durant ces deux mois et c’est à nous désormais de créer l’envie de lire. Le livre numérique, le E-book sur tablette existe, mais si c’est bien pratique quand on voyage, ce n’est pas la même chose du tout. Durant cette période les gens ont eu conscience que les libraires étaient en danger et ils leur ont commandé des livres. Donc, là on agit immédiatement avec les libraires. Mais j’ose espérer qu’on ne va pas être inondés de bouquins tournant autour du Coronavirus… »

LA QUESTION + de BLUES & POLAR. Le Blues, ça évoque quoi pour vous ? Une musique ou un état d’âme ?
MARIE DECREME : « D’abord la musique, mais les deux sont très liés. Je ne saurais pas vous citer de vieux bluesmen que j’entends parfois et que j’apprécie toujours ; mais le blues, moi, ça me fait penser à Amy Winehouse !JPEG

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

  MAI 2020. JEAN-PAUL AVELLANEDA

JPEGLe guitariste blues, fondateur et leader du Mercy Blues band évoque avec nous la crise exceptionnelle liée à la pandémie mondiale du Coronavirus qui touche tous les musiciens de la planète. Et une vie sans musique vivante ça parait tellement inconcevable et fou.
* Découvrez l’univers de Mercy sur le site :
https://www.mercy-band.com/medias/albums/

1. BLUES & POLAR. Comment vis-tu cet inimaginable confinement, humainement et familialement ?
Jean-Paul Avellaneda : « Je suis confiné depuis 45 jours chez moi à Oraison, avec ma femme Nicole, ma fille Sophie et sa petite fille de 9 mois. On est quatre donc, et ça se passe plutôt bien puisque chacun est occupé dans son domaine, toute la journée. Nicole qui est prof à l’Ecole de musique donne ses cours de piano, mais par Skype et ma fille Sophie qui est DRH dans une crèche fonctionne en télétravail aussi. Habituellement, elle vit à Saint-Cannat (BdR), mais son mari, le pianiste américain James, Pace ancien clavier de Tommy Castro, qui joue avec moi dans Delta Blue, donne des cours par Skype dans le monde entier (USA, Canada…) depuis de nombreuses années. Donc, avec le décalage horaire ça génère des cours à point d’heure, incompatibles avec la vie d’un bébé de 9 mois. Donc, il est confiné à Saint-Cannat.
Mais pour moi, le confinement ça ne change pas grand-chose, car mon studio d’enregistrement est dans la maison. Donc toute l’année, confinement ou pas, je me lève de bonne heure et je bosse dix heures par jour, seul, dans le studio. Ça ne me fait pas un grand changement.
Néanmoins, j’ai senti qu’il y a une tension dans l’air les quelques fois où je suis sorti faire des courses pour se ravitailler. Sinon, je respecte toutes les consignes de sécurité car on n’a plus la résistance qu’on avait il y a vingt ans… Je me lave les mains fréquemment au savon pendant au moins 20 secondes comme il faut le faire. Et puis je construis aussi des barrières dans la maison car un bébé de 9 mois ça commence à se déplacer et il faut faire attention aux escaliers. En revanche, je suis un mauvais cuisinier ; alors j’aide. J’épluche, je décapsule et je mets la table….Tout se passe bien, mais on va croiser les doigts pour que ça s’arrange, mais ce n’est pas gagné ! »

2. BLUES & POLAR. Et professionnellement, après 40 jours de confinement , c’est la galère pour tous les musiciens ? À quand remonte ton dernier concert ?
Jean-Paul Avellaneda : « Mon dernier concert, c’était vers la fin janvier-début février en duo avec James Pace dans la formule Delta Blue. Et depuis plus rien ! Toutes les dates prévues ont été annulées, et donc je travaille à 100% sur les enregistrements effectués dans mon studio qui est depuis longtemps une autre facette de mon métier. Là, je suis en train de finir le dernier album d’Alain Leadfoot Rivet – un CD de 17 titres qu’il a composés en Français – et que je vais envoyer, via Internet, à Fred Chapellier (guitariste de Dutronc et des Vieilles Canailles) pour qu’il en réalise le mastering. C’est l’équilibrage du niveau sonore de tous les titres. Car on est beaucoup sur ce CD, même si on a tous enregistré nos parties musicales, séparément. C’est ça l’avantage des techniques d’aujourd’hui. Il n’y a plus d’obligation de se déplacer, et c’est plus économique. Donc il y a moi (guitare), Slim Batteux (piano), mon fils Stéphane (batterie), Sebastien Antonioli (basse), et James Pace (clavier) pour accompagner la voix d’Alain Rivet. Mais tu sais quand on réalise un CD, pour en avoir un retour financier c’est toujours l’attente. L’idéal, c’est déjà d’avoir un distributeur.
Ce qui génère logiquement des envois de CD à la Presse (écrite, radio, TV) et des critiques en retour. Et c’est ça qui permet de commencer à effectuer des démarches pour décrocher des contrats dans les festivals, les salles de spectacles, les clubs, les bars…. C’est là qu’on arrive aussi à vendre des CD après les concerts.
Mais il y a des mutations de comportements. Les jeunes n’achètent plus de CD, mais un titre sur une plate-forme de streaming. En fait, le CD ça devient pour nous un support de promotion pour trouver des concerts. Comme un investissement ! Une séance d’enregistrement en studio, ça correspond syndicalement à un cachet et douze heures d’activité. La base est souvent calculée sur le Smic horaire ; ce qui donne 192 € pour la journée. Et ce salaire-là sert pour pouvoir prétendre au statut d’intermittent du spectacle. Mais il y a des charges à payer et les annulations actuelles de tous les festivals c’est énorme. Et du jamais vu !!!
Pour l’instant, les musiciens qui sont à l’arrêt forcé, restent couverts par Pôle Emploi. Mais la couverture sociale des intermittents du spectacle est plutôt floue. Pour en obtenir le statut qui est de douze mois, il faut avoir les 43 cachets minimum exigés. Mais si tout est interdit jusqu’en décembre, ça va être la catastrophe. Le Syndicat des musiciens suggère que 2020 soit considérée comme une année blanche sans cotisations. Avec report en 2020 des dates de 2019.
On attend vraiment un geste du gouvernement car le gros du travail des musiciens, c’est juillet-août, et dans les bars aussi au long de l’année. Pour l’instant, ils continuent à toucher leurs allocations, mais ça va devenir compliqué pour ceux qui n’ont pas toutes leurs dates (ce qui est normal en avril) et les 43 cachets. La Culture dont on parle peu en ce moment, génère tant de choses. Et on en a besoin dans ce contexte si stressant. Regarde le festival d’Avignon et tous les intermittents présents, quand tu donnes 1€ à un Intermittent, ça représente 5 € car les retombées vont dans les bars, les restaurants, les hôtels, les transports…
C’est exceptionnel ce qu’on vit actuellement avec un monde sans musique vivante. C’est la première fois qu’un truc comme ça arrive !!!
Moi, je suis désormais musicien retraité depuis le 1er janvier 2020 grâce aux points obtenus depuis mon début de carrière. Mais je continue le métier par plaisir. »

3. BLUES & POLAR. Tu avais le gros projet de reformer Mercy ; où en es-tu ?
Jean-Paul Avellaneda : « Le plan, c’est de continuer dans cette envie malgré le contexte actuel qui a tout bloqué. Mon fils Stéphane (batterie) est confiné à Paris, Roni Yonker (basse) est confiné en Hollande, et mon gendre James Pace (clavier) confiné à Saint-Cannat. Donc on bosse chacun de son côté pour réaliser notre CD de promotion. J’ai déjà enregistré la partie guitare d’un de mes morceaux, et je l’ai envoyée à Roni. Et ainsi de suite avec Stef et James.JPEG
L’idée c’est de mettre ça, une fois fini, sur YouTube pour promouvoir le groupe. On va en parler ensemble pour savoir quand ; car en ce moment ce n’est opportun. On ne pourra pas bouger avant un bon moment, notamment vers les USA où l’on avait des plans. Il faut qu’on arrive à faire vivre Mercy de nouveau grâce à Internet. Mais c’est terrible pour un musicien de ne pas jouer sur scène. Car si tu es musicien, professionnel ou amateur – tu le sais JP - l’important c’est de partager. Et le blues, plus que toute autre musique ! »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

  AVRIL 2020. PAULINE CLAVIÈRE.

JPEG« Laissez-nous la nuit » paru le 15 janvier aux éditions Grasset est le premier roman de la journaliste Pauline Clavière que les familiers de France 5 et de l’émission C’ l’Hebdo animée chaque samedi à 19 heures par Ali Baddou connaissent bien. Aux côtés des autres chroniqueurs et chroniqueuses que sont Jean-Michel Apathie, Antoine Genton, Emilie N’Guyen et Eva Roque, Pauline propose une rubrique Retour vers le futur dont le générique décoiffe sacrément, passant en revue nos principaux hommes politiques du passé (Yves Marchais, Lionel Jospin, le général de Gaulle… ) pour finir sur le fameux et hyper laconique totalement désabusé « Au revoir » de Valéry Giscard d’Estains aux Français, le soir de sa défaite face à François Mitterrand. JPEGCe samedi 28 mars, au 13 eme jour du confinement décrété par le gouvernement en raison de la pandémie du Coronavirus, Pauline Clavière a replongé dans les archives de l’INA pour y retrouver des périodes de confinement de notre Histoire…

* Le résumé de Laissez-nous la nuit : Le destin donne parfois d’étranges rendez-vous. Pour Max Nedelec tout bascule un matin d’avril, quand des policiers viennent sonner à sa porte. Un bordereau perdu, des dettes non honorées, et un peu de triche. La justice frappe, impitoyable. Max Nedelec quitte le tribunal et ne rentrera pas chez lui. Vingt-quatre mois de prison ferme ; il s’enfonce dans la nuit. Là-bas, le bruit des grilles qui s’ouvrent et se ferment marquent les heures ; là-bas, on vit à deux dans 9m2 ; là-bas, les hommes changent de nom et se déforment. Il y a Marcos, Sarko, le Serbe, Bambi… mais aussi tous celles et ceux qui traversent cet univers parallèle, Françoise, la médecin, les gardiens, l’aumônier puni et le directeur. Dans la nuit se révèlent les âmes… * 624 pages. Tarif : 21, 50 €.
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1. BLUES & POLAR : Vous êtes actuellement confinée à Marseille. Comment vivez-vous humainement et professionnellement ce confinement ; notamment pour préparer votre chronique Retour vers le futur dans l’émission C’ l’Hebdo présentée par Ali Badou, chaque samedi à 19 heures sur France 5 ?
Pauline Clavière : « Etant immuno-déficiente, comme je l’ai dit lors de la première émission réalisée via Skype, je ne me déplace que très rarement. Certaines maladies ne me conviennent pas, et le Coronavirus serait très dangereux pour moi. Donc, je me confine totalement. Mais je peux voir la mer de ma terrasse et j’ai pu constater - attestation et carte de presse en poche – lors d’une rare sortie que le confinement est plutôt bien respecté dans cette ville qu’on dit parfois rebelle. J’ai ma famille régulièrement au téléphone et en visio, mes proches aussi… Ce qui est super dans cette période inquiétante et dramatique, c’est que les gens sont très inventifs pour nous faire rire sur les réseaux sociaux. Il y a des vidéos à pleurer… Professionnellement, je travaille avec mon ordinateur par Skype et à part le fait de ne pas avoir la super équipe de C’ l’Hebdo autour de moi le samedi, ce confinement obligé est un temps plutôt privilégié quand on a des projets plein la tête. Je prépare donc l’émission en dialoguant par mail avec l’équipe, et avec Charlotte, confinée elle à Paris, et qui s’occupe de trouver les archives correspondantes aux sujets que je vais traiter. Mais avec ce confinement ma chronique « Retour vers le futur » est désormais plus courte (4 à 5 minutes maxi) car les émissions se font avec moins de monde en plateau et moins de techniciens. C’ l’Hebdo dure ainsi une heure au lieu de 90 mn habituellement. Je sens que si ça dure six semaines, je vais écrire beaucoup. Et pour ça, je suis très réglée. Debout à 7h 30. Je fais ma gym et je travaille jusqu’à midi. Et je continue l’après-midi. Ca me rassure ; je n’ai pas encore eu de coup de blues ! »

2. BLUES & POLAR : On parle beaucoup et plutôt très favorablement dans les différents médias de votre premier roman Laissez-nous la nuit paru il y a peu chez Grasset. Vous attendiez-vous à un tel succès, alors que vous évoquez l’univers carcéral, avec un pavé de 634 pages ? Habituellement, ce sujet est plutôt passé sous silence dans l’opinion publique…
Pauline Clavière : Ce roman est parti de la confidence d’une amie qui m’a raconté l’histoire incroyable d’un homme d’une cinquantaine d’années qui s’est retrouvé en prison pour un bordereau de paiement perdu, alors que c’est l’Administration qui a fait l’erreur et a égaré le papier ! Ça m’a pas paru tellement dingue que j’ai voulu en savoir plus. J’ai réussi à le joindre par téléphone en prison pour parler avec lui et nous avons convenu de le faire à sa sortie.
On s’est vus pendant plusieurs mois dans un salon d’hôtel parisien et il m’a raconté cette histoire invraisemblable. Il a fait 12 mois de prison au lieu de 2 ans. Ça c’est la réalité, et tout est vrai. Néanmoins, très rapidement j’ai compris que le récit simple manquerait de profondeur et ne me permettrait pas d’aller au fond des mots et des maux que Max * a enduré durant ce séjour en enfer.
J’ai donc opté pour le roman. Cette expérience – car c’est mon premier roman – a été très émouvante pour moi car il avait envie de témoigner et moi, je voulais retranscrire au plus près. J’ai donc tout enregistré par sécurité, mais en fait j’écrivais tout de suite en rentrant, à partir de mes notes prises à la main, car ses récits me donnaient le vertige.
J’avais besoin d’écrire à chaud, car dans cette histoire folle, c’est Max qui est en prison, mais ça aurait pu être nous. Et ça, on ne le prend pas tellement en compte dans l’opinion publique. Alors que quand est enfermé, la machine collective (cellule, surveillants, parloir, douches, repas, cigarettes, cantine…et tout le reste ) s’enclenche tout de suite. Impossible d’enclencher la marche arrière - même si on est là par erreur - pour prouver son innocence. On se met rarement à la place d’un justiciable. On ne veut pas voir. Il est coupable puisque la Justice le dit, et basta ! Mais il arrive qu’elle se trompe, comme avec Max… mais elle ne s’excuse pas !! Je m’étais renseignée pour aller le voir en prison, mais quand on est journaliste c’est extrêmement compliqué, et puis je craignais qu’on me montre des cellules-témoins bien propres… J’ai finalement eu d’autres détenus au téléphone, et j’ai pu ainsi approcher de la réalité, sans jamais avoir été emprisonnée de ma vie. »

3. BLUES & POLAR : Pauline, pour qui et pourquoi écrivez-vous ?
Pauline Clavière : « Comme journaliste, j’ai toujours aimé écrire, mais pour passer au livre, il m’a fallu un vrai sujet et surtout une révolte. Et cette injustice en a été l’occasion. J’écris sans doute un peu pour moi, comme une réparation, pour mettre aussi ma pierre à l’édifice de la littérature car j’aime les mots. Mais là, j’ai voulu servir un sujet car j’étais touchée, et cet homme- là, je ne l’ai pas vu comme une journaliste. C’est l’émotion de Max, notamment dans ses non-dits, dans ses yeux, qui m’a fait comprendre qu’il y a des choses qu’il ne dirait pas. J’ai donc pris sur moi d’inventer ces choses… ou peut-être pas ! Car la fiction est parfois le seul moyen de dire la vérité.
Max a lu le livre une fois terminé, et il m’a dit simplement : « Il est sympa ce Max Nédelec ! » La suite de Max est déjà écrite, et on y retrouve tous les personnages qui tournent autour de lui. Car la question est de savoir si on peut se reconstruire après une expérience aussi traumatisante que la prison. Avec tout ce qui nous touche actuellement, le livre ne sortira qu’en janvier 2021, mais le personnage de type normal qu’est Max (vous ou moi ?) me plaît bien car il éclaire sur notre époque. Alors, tout est ouvert et c’est ça le miracle de l’écriture ! »

La Question + : Le Blues ; cela évoque quoi pour vous, d’instinct ? Une musique ou un état d’âme ?
Pauline Clavière : « Surtout une musique dont je connais mal les interprètes, mais qui me touche chaque fois que j’entends du blues comme dans Django, le film consacré à Django Reinhardt que j’ai vu récemment. Il y dedans l’espoir et la mélancolie réunis. »

Blues & Polar : Le dimanche 9 août à la chapelle de Toutes-Aures à Manosque – si ce damné Coronavirus nous a enfin abandonnés – serez-vous parmi nous dans le cadre du 17e festival Blues & Polar pour parler du Stress post-traumatique avec nos autres invités ?
Pauline Clavière : « Avec grand plaisir. Merci de l’invitation ! »

Propos recueillis par J.-P.T
* Max Nedelec est un nom d’emprunt.

  L’INTERVIEW RÉTRO PIERRE MAGNAN EN 2008

 C’était au château de Sauvan à Mane, près de Forcalquier au cœur des Alpes-de-Haute-Provence, le samedi 26 avril 2008. Je m’étaits assis aux côtés de Pierre Magnan sur les marches du grand escalier du Château, pour une rencontre rapide avec l’auteur qui dédicaçait son dernier livre Chronique d’un château hanté dont l’action tourne autour de cette superbe bâtisse du Pays de Forcalquier.
C’était la dernière fois que je verrais vivant Pierre Magnan parti peu de temps après vivre à Voiron en Isère avec Françoise sa dernière épouse. C’est là qu’il y est décédé le 28 avril 2012. Je l’aimais bien cet écrivain plutôt bourru au premier abord, mais épicurien bon teint, amateur pointu de grands crus, d’amanite des Césars et de truffes, gourmand des mots, inventeur du Commissaire La Violette incarné par Victor Lanoux, et qui m’avait fait découvrir peu avant une Toussaint, le cimetière minuscule d’Aubenas-les-Alpes où il avait trouvé sur de vieilles stèles parfois usées par les années et les intempéries, les prénoms anciens de certains de ses romans. Reposez en paix Pierre !
Pierre, vous écrivez toujours dans un univers passéiste qui va du Moyen-Age au début du XXe siècle. Pourquoi ?
« La période actuelle je ne pourrais pas écrire dessus. Esthétiquement d’abord, mais plus sûrement parce que j’ai 86 ans aujourd’hui. Ce qui ne m’empêche pas d’avoir internet et de répondre à mes mails. N’empêche Jean-Pierre, que mon site a été visité par 75 000 personnes du passé ! Mais dans le passé que j’utilise, il y a une musique des mots, un tempo, une certaine musicalité. Giono le disait d’ailleurs, voilà une trentaine d’années. « Il faut du recul pour écrire sur une époque. »
Alors, oui l’action débute en 1348 à Manosque, mais ensuite on va jusqu’à 1910 avec le tremblement de terre de Lambesc. Mais je reviens vite à Forcalquier et ses environs. La pierre d’achoppement de ce livre, c’est justement ce vieux château de Sauvan à Mane, que j’ai visité en pleine guerre en 1944. Tout y était cassé ! La pièce d’eau aujourd’hui majestueuse était vide avec plein de détritus dedans et une quantité de roseaux en masse. L’idée du roman, je l’ai eue il y a vingt ans avant le tournage à Sauvan, du film « La Maison assassinée » de Georges Lautner avec Patrick Bruel. J’ai rencontré à cette occasion les frères Allibert, nouveaux propriétaires du château de Sauvan, et ça m’a donné l’idée de ce livre. Il a mûri pendant quinze ans car je n’avais pas le lien pour démarrer une histoire.
Puis un jour, j’ai rencontré un ami bucheron qui m’a amené dans une forêt où il y avait un chêne de 650 ans. Et ce vieux chêne est devenu le catalyseur du roman. Tout ce qui est écrit est autobiographique collectivement. Mais Manosque qui est au cœur de mon histoire n’a plus rien de poétique aujourd’hui. Néanmoins, le Canal est toujours chargé d’histoires locales tout comme les amandiers de la Montée vers Saint Pancrace. Quand on monte par le col de la Mort d’Imbert et qu’on va vers Dauphin, on oublie Manosque. Ça n’a pas beaucoup changé d’ailleurs. Mais le paysage urbain oui. Moi, je regrette de mourir car je voudrais bien connaître la suite… »
Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier pour La Provence le 26 avril 2008 au château de Sauvan à Mane

  MARS 2020 : CHRISTIAN RAUTH

JPEG Il fait partie de ces comédiens du petit écran qui sans les connaître pour de vrai, nous laissent à penser que le type a vraiment une « bonne bouille » comme on dit. Et que bonhommie des rôles aidant, Christian Rauth - vu dans Navarro, Père et maire, L’Archer noir, Mongeville, Prière d’enquêter et j’en passe… - est vraisemblablement un être attachant au premier regard et à la première réplique, même si celle-ci est souvent teintée de malice voire de perfidie. Son 1er, puis 2e e-mail, puis notre premier coup de fil pour évoquer avec lui son 3e roman La Petite mort de Virgile paru aux éditions De Borée en début d’année, l’ont très vite confirmé. Car ce comédien au caractère bien trempé possède aussi d’autres cordes à son arc. Outre comédien et écrivain, il est aussi metteur en scène. Eh oui ! Et c’est donc en pensant à Jacques Prévert et son merveilleux poème « Je dis tu à tous ceux que j’aime, même si je ne les connais pas » que l’interview mensuelle « 3 Questions à… Christian Rauth » s’est déroulée sur le ton du tu, bien évidemment.

Jean-Pierre Tissier
1. BLUES & POLAR. L’écriture fait-elle partie de ton univers personnel depuis longtemps ? Comment et quand écris-tu ?
CHRISTIAN RAUTH : "Depuis que mon instituteur a lu ma rédaction devant les élèves, j’ai découvert la puissance des mots, capables d’intéresser toute une classe et même de la faire rire. Plus tard, à la fac de Censier (j’y ai passé quelques mois, mais pas plus !) j’ai écrit un pastiche de Zadig pour amuser mon prof. Dès 1980, j’ai écrit des pièces de théâtre, des scénarios pour la télé et le cinéma et enfin, des romans bien tardivement. Je n’ai jamais cessé d’écrire… Un peu « dans l’ombre » puisque peu de gens sont au courant.
* Comment j’écris ? Pour les scénarios, c’était (je dis « c’était », car je n’écris plus de scénarios) à l’ordinateur avec un logiciel dédié : Final Draft.
Aujourd’hui, j’ai définitivement renoncé, je suis trop loin de ce qu’ils veulent et puis… de ce que je peux entrevoir de temps en temps chez des amis (je ne regarde plus les fictions chez moi) je n’ai vraiment pas envie d’écrire un « clone de clone de clone » d’un « Meurtre à Saint-Malo ». Ou alors, un « Meurtre à Manosque ». Mais qui tuer à Manosque ?« « MA VRAIE VIE, C’EST LE ROMAN ! » »Pour le cinéma, je pense aussi que je vais laisser tomber. Je ne suis plus dans la course. C’est un milieu bien à part. Même l’adaptation de mes romans — si tant est qu’on veuille en faire des films — je ne m’y collerai pas. Pour le roman qui est maintenant ma « vraie vie » (ou ma vraie « fin de vie », comme dirait l’ADMD ) je commence par prendre des notes au crayon, beaucoup de notes et de documentations, puis je démarre au clavier pour revenir au crayon après. Là, je fais une correction de la première version imprimée… et ainsi de suite. J’ai la chance de taper des dix doigts. À 18 ans j’avais pris des cours de dactylographie à l’aide d’une méthode trouvée dans une librairie. J’ai commencé à taper (c’est le mot, car il fallait y aller fort) sur une Japy. Puis j’ai utilisé une IBM à boule, et en 1980 j’ai acheté mon premier ordinateur, un Atari à disquettes, une galère. Mais quand le Mac Classic est arrivé, ça a changé ma vie. Un vrai outil de travail.
* Quand j’écris ? J’écris mieux tôt le matin. Mais mes horaires ont changé depuis que j’ai une chienne que je promène au parc des Buttes Chaumont à partir de 6 h 45, avant que les flics et les gardiens n’arrivent pour verbaliser les vieux délinquants qui osent contrevenir à la loi en promenant sans laisse leurs bêtes fauves. Donc, avant je travaillais de 7 h à 12 heures et maintenant c’est plutôt 10 h-13 heures pour la création pure, puis 15 h -18 heures pour la relecture et les corrections. J’essaie de travailler tous les jours, mais c’est difficile, car j’ai des obligations professionnelles comme les tournages, ou les rendez-vous de boulot, ou les implications dans des associations. En tout cas, je ne peux pas de rester sans écrire plusieurs jours de suite."
* (1) Association pour Le droit à Mourir dans la Dignité, dont je suis un des parrains.

2. BLUES & POLAR : Jouer la comédie dans des séries TV policières, comme avec Roger Hanin dans Navarro sur TF1, t’a-t-il orienté logiquement vers le Polar ?
JPEGCHRISTIAN RAUTH : "Navarro ? Pas du tout ! Ce sont mes lectures de jeunesse, d’abord au Masque (la fameuse couverture jaune) avec Agatha Christie. Puis ce fut la découverte de Simenon, essentielle pour moi. J’en ai lu des dizaines, et pas que des Maigret ! Plus tard, je me suis jeté sur la Noire de Gallimard : Donald Westlake, Stuard Kaminsky, Chase, Hammett, Manchette, Topin, Didier Daeninckx. Le déclencheur de l’écriture de roman, ça a été Jean Bernard Pouy. J’écrivais déjà des pièces de théâtre, des scénarios, mais je n’osais pas toucher au roman, pour moi c’était le genre majeur. Donc, total respect et totale inhibition.
Conclusion : ce n’était pas pour moi.
Mais quand j’ai croisé Jean Bernard Pouy, l’inventeur du personnage du Poulpe, j’ai osé lui proposer un sujet… qu’il a accepté ! Et ça a donné « La Brie Ne Fait Pas Le Moine, mon premier roman, épuisé aujourd’hui… comme son éditeur, qui a fermé boutique.«  » IL N’Y A PAS DE VRAIE LITTÉRATURE ;
IL N’Y A QUE LA BONNE !«  »Le polar c’était rassurant. J’avais un cadre et je ne m’attaquais pas à la “vraie littérature”. Une idiotie, je m’en rends compte aujourd’hui, car il n’y a pas de vraie littérature, il n’y a que de la bonne ! À preuve : il y a un paquet d’auteurs germanopratins qui ne valent pas un clou, ou un Bic. Mon deuxième roman, “Fin de Série” a aussi été un polar. Le dernier, “La Petite Mort de Virgile” que je vais dédicacer à Manosque pour Blues & Polar le 9 août prochain, c’est un polar, certes, mais c’est essentiellement l’histoire d’une passion amoureuse. Mon prochain livre ne sera pas un polar, mais un roman “historique” puisque mes personnages vont vivre de 1915 à 1960 environ… Le sujet tournera autour de la rafle du Vel’ d’Hiv qui va emporter dans une histoire folle un petit coureur cycliste, un gamin “porteur de bidons”, un “forçat de la route” comme les appelait Albert Londres."

3. BLUES & POLAR. Il y a toujours de l’humour noir dans ton écriture comme une marque de fabrique… Serais-tu l’enfant caché de Pierre Dac et Francis Blanche ?
CHRISTIAN RAUTH : "Ça se pourrait… Mais dans la catégorie humour, je suis un peu de la famille de René Fallet, d’Alphonse Boudard, ou de Tom Sharp. Je ne cite pas Audiard, (une tarte à la crème dès qu’on parle d’humour) dont le seul roman écrit à la mort de son fils est un chef-d’œuvre d’une tristesse infinie. Audiard, j’adore le dialoguiste de génie. Mais c’est un très médiocre scénariste si je puis me permettre. Cela dit, c’est marrant que tu me parles de Francis Blanche, car mon père l’écoutait sur Europe 1 le dimanche matin et quand j’allais chez lui une fois par mois, j’y avais droit, tout comme j’avais droit aux disques des comiques de l’époque
. Francis Blanche est un poète, un compositeur de chansons tendres, magnifiques et drôles. Quant à Pierre Dac, j’ai encore “Signé Furax” dans la “play list” de mon téléphone. Pour répondre sur le fond à ta question, l’humour c’est ma façon de supporter le monde et d’en dire tout le mal que j’en pense avec légèreté. Je ne peux pas écrire sans une pointe d’humour, voire une pointe d’épée sanglante, à la Monty Python.«  »JE NE PEUX PAS ÉCRIRE SANS UNE POINTE D’HUMOUR...VOIRE UNE POINTE D’ÉPÉE SANGLANTE, À LA MONTHY PYTHON«  »Peut-être aussi parce que je ne me prends pas vraiment au sérieux que je ne me considère pas comme un « polardeux » pur et dur. J’admire ces auteurs qui écrivent à l’envi des histoires atroces, bourrées de meurtres et sans une once d’humour. J’espère au moins qu’ils se marrent dans la vie ! Mais en ce moment c’est le genre qui marche en librairie. Les ricaneurs au fond de la classe comme moi ou comme Jean Bernard Pouy, Philippe Setbon, Nadine Monfils, Jean Jacques Reboux, Topin, ont un peu de mal sur le terrain des ventes et des prix littéraires. Quoique, qu’à propos de prix, je suis très fier d’avoir remporté le 1er de l’année littéraire 2020 au Salon de Montcuq ! Ah ! Daniel Prévost et le poële de Moncuq !"

La Question 3 + : Le blues, cela évoque quoi pour toi ?
Christian Rauth : « Des musiciens, en général pas très heureux et qui, paradoxalement, vous rendent heureux en les écoutant. Et cela évoque aussi mon père… (toujours lui !) qui m’a certes fait écouter Blanche, Dac, mais aussi énormément de jazz. Mon premier grand émoi c’est “Flying at the Olympia” avec l’orchestre de Lionel Hampton.
Mon père a assisté à ce concert à l’Olympia et il sautait comme un cabri en écoutant le disque qu’il me faisait écouter à chaque fois que j’allais le voir ! Régale-toi cher Jean Pierre : https://www.youtube.com/watch?v=g8l2qgsHsIY.
À la fin du morceau, le solo de saxo est dantesque, d’une modernité incroyable, impossible de ne pas monter sur sa chaise !!! Après, je suis passé aux incontournables Coltrane, Parker, Miles Davis, etc. J’ai eu aussi ma période Gato Barbieri, j’ai même assisté à un concert à Juan Les Pins. Super souvenir. Aujourd’hui, je me suis calmé. On vieillit… J’écoute en boucle Chet Baker, Bill Evans Trio, Stan Getz, Miles Davis (Ascenceur pour l’échafaud, je ne m’en lasse pas) Ibrahim Maalouf, Omar Sosa, Keith Jarret.« * Une anecdote pour Blues & Polar : »J’ai chez moi une photo dédicacée pour mon père, par Louis Amstrong lui-même. Et dans ma bibliothèque j’ai toujours la “La Rage de Vivre” le livre de Mezz Mezzrow, saxo clarinettiste blanc complètement déjanté."

Propos recueillis par J.-P.T

  FÉVRIER 2020 : MERCÉDES CRÉPIN

 Après une année comme rédactrice en chef du journal « Le Conscrit », Mercédès Crépin co-auteure avec son mari Michaël du livre « Un Bon petit soldat » paru chez Flammarion, est aujourd’hui en train de créer « Force et Honneur », sa propre revue trimestrielle d’information et de soutien aux militaires blessés. Elle est l’invitée de Blues & Polar pour l’Interview de février « 3 Questions à ... »

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« Je suis devenu légionnaire pour être un type bien, pour faire des choses bien, mais à Sarajevo, en Afghanistan, comme dans toutes les autres guerres, le bien, le mal, c’est compliqué. Je ne suis pas un philosophe, même pas un penseur. En tant qu’homme, J’agis par instinct et par conviction. En tant que Légionnaire, j’agis selon les ordres qui me sont donnés. Je verrouille tout. J’exécute. Mais il arrive toujours un moment où l’homme et le militaire se rencontrent ! »

Michaël Crépin
À force de ne jamais craquer devant ses frères d’armes parce que la Légion est un mythe, le légionnaire Crépin à absous Michael, l’homme devenu une machine efficace sans états d’âme jusqu’au jour où l’incompréhension d’un ordre venu d’en haut ; à savoir ne pas tirer sur les talibans ravisseurs qui venaient d’enlever deux journalistes de France 3 - Hervé Ghesquière (+) et Stéphane Taponier - a suscité chez lui une honte profonde.
Etait-ce un motif purement politique à une époque où Nicolas Sarkozy était président de la République ? On serait enclin à le croire tant la « Grande muette » n’avait pas apprécié - nous étions alors le 30 décembre 2009 - que des journalistes de France Télévision aillent enquêter pour France 3 dans une zone rouge déconseillée où les talibans se terraient au cœur des montagnes. Rancœur et rage d’un Etat-major après l’assassinat de plusieurs militaires français auparavant par les talibans, ou envie de donner une leçon à une Presse prenant trop de risques ? Toujours est-il que cet instant qui a engendré 18 mois de détention pour les deux journalistes - et une mobilisation importante de la France entière initiée par les Clubs de la Presse - est devenu une honte pour Michaël qui avait alors dans son viseur, comme il le décrit dans son livre, les ravisseurs de nos confrères. « J’en veux aux gradés de la Légion qui m’ont enlevé la seule fierté que j’avais dans ma vie alors, celle d’être un Légionnaire. Un type qui fait le bien. » écrit Michaël.
Victime du syndrome de stress post-traumatique à son retour d’Afghanistan, Michaël n’a pas été pris en charge psychologiquement comme l’ont été aux USA les vétérans du Vietnam. On découvre tout cela avec sidération et stupéfaction dans ces pages écrites avec les tripes où certains gradés de la Légion en prennent pour leur grade avec l’ego du chef en première ligne plutôt que la reconnaissance du soldat. Aujourd’hui reconverti agriculteur Michaël et Mercedes œuvrent pour une véritable reconnaissance du SSPT qui touche bien des soldats. Un combat apolitique, car la souffrance n’est ni de Droite ni de Gauche, ni d’ailleurs...

Jean-Pierre Tissier
1. BLUES & POLAR : Quand est née très précisément cette idée d’écrire un livre avec Michaël, votre mari, sur ses 22 années passées au sein de la Légion étrangère et sur le Syndrome de stress post-traumatique (SSPT) incroyable qu’il a subi à son retour de mission en opérations extérieures en Afghanistan ?

MERCÉDES CRÉPIN : « Cela a pris corps très précisément en décembre 2017. Nous étions dans une période compliquée administrativement car – comme beaucoup de femmes – c’est moi qui s’occupe de la paperasse administrative ; et Dieu sait qu’il y en a lorsqu’on engage des démarches de reconnaissance d’un traumatisme de retour de mission en Opérations extérieures pour la France, au sein de l’Armée… Et pour le militaire qui a vécu tout ça sur le terrain, dans son cœur, dans sa tête, dans sa chair, rédiger des papiers en forme de casse-tête, c’est carrément impossible ! Il faut une patience, que moi, secrétaire de direction de formation, j’avais un peu plus. Tout ça, c’est une souffrance rajoutée à celui qui a tant donné sur le terrain pour son pays. C’est un vrai dédale administratif et quand il y a plein de tests et d’examens à passer souvent très loin de son domicile, c’est très dur ! A cette période, on était tout près de craquer avec Michaël…
Face au Premier ministre…
Mais le 28 septembre 2017, je me suis retrouvée comme invitée surprise dans l’émission de Léa Salamé et Thomas Sotto « Vous avez la parole » face au Premier ministre Edouard Philippe pour parler au nom du collectif « Femmes de militaires en colère » regroupant 8000 personnes. Et ceci a déclenché bien des choses… Beaucoup de femmes de militaires, des mamans en colère, des soldats m’ont alors appelée ensuite et nous avons été invité ensuite avec Michaël, au Magazine de la santé sur France 5, puis sur Arte, chez Hondelatte, Delahousse… et le Premier ministre a participé à une table ronde avec nous sur ce sujet. Et véritablement il y a eu des avancées !
Cependant, c’est en montant à Paris un peu plus tard pour de nouvelles démarches, que j’ai rencontré Laurence Delleur, une journaliste free-lance sensibilisée à la cause du Syndrome de stress post-traumatique (SSPT) qui affecte de nombreux militaires français. Je lui ai parlé de mon idée d’écrire et de mettre des mots sur la souffrance de Michaël. C’est l’ultime preuve d’amour que je pouvais donner à mon mari. Je lui en ai parlé à mon retour à Castres, où nous habitons, et il a accepté. Laurence Delleur m’a alors indiqué plusieurs maisons d’éditions. Et un samedi de début décembre, peu avant minuit, j’ai envoyé un mail à cinq éditeurs. Le dimanche matin, j’avais une réponse de la directrice de Flammarion. Et on a foncé ! Pendant un an (2018), j’ai parlé avec Michaël pour le comprendre totalement. Pour savoir son parcours de vie avant la Légion étrangère, pour construire un récit sans tabou. Cela a été très douloureux, mais j’étais très bien aidée par Flammarion à qui j’envoyais des textes régulièrement. On pleurait souvent ensemble tous les deux. Puis Corinne de chez Flammarion est venue nous aider à mettre tout cela en place, car personnellement j’étais trop dans l’affect, notamment pour la période qu’il a vécue en Afghanistan. Le projet, c’était de faire sortir, tout ce qu’il avait en lui. Mais je ne me revendique d’aucun parti politique. Ma cause, ce sont les soldats ! »

2. BLUES & POLAR : Ce fameux Syndrome de stress post-traumatique, vous avez décidé de le combattre en recueillant la parole des blessés de guerre jusque dans les régiments dévolus aux Opérations extérieurs de la France. Comment êtes-vous accueillie par l’Armée ?
MERCÉDES CRÉPIN : « Bien qu’on m’ait considéré comme une emmerdeuse, on ne m’a jamais fermé les portes depuis 2017. Et à chaque fois que j’ai sollicité l’institution il n’y a jamais eu de problème. D’autant, qu’ayant une formation de secrétaire de direction, je ne suis pas du genre à frapper sur la table, et je sais comment ça fonctionne. Je suis également sœur de militaire et je sais aussi que l’information militaire simple, celle du quotidien pour les proches et les familles, n’est pas assez facile à décoder. C’est pour cela que j’avais cofondé avec un directeur de publication sur internet, le site « Le Conscrit ». Finalement, cela aura duré un an, mais maintenant je vais créer mon propre journal qui va s’appeler « Force et Honneur ». Ce sera aussi sur Internet sous forme d’un Trimestriel, mais je compte aussi pouvoir l’imprimer pour l’envoyer aux personnes moins à l’aise avec l’informatique. Je vais y parler des choses simples comme les pensions de reversions aux veuves de soldats qui trop souvent sont prises en compte dans l’émotion et dans des circonstances malheureuses. Il faut pouvoir dire ce qui est bien et ce qui n’est pas bien. Les familles de soldat sont trop souvent oubliées. »

3. BLUES & POLAR : Aujourd’hui, comment va Michaël ?
MERCÉDES CRÉPIN : « C’est en dents de scie, car on n’en guérit pas ! Et c’est donc un vrai combat pour lui que de vivre avec ce stress tous les jours. De plus, l’accompagnement est aussi fonction de chacun, et pour le psy, il devait aller chaque fois de Castres à l’hôpital militaire de Laveran à Marseille. C’était 9 heures de route aller-retour… là, il est passé à autre chose et a réussi son diplôme de responsable agricole. Il construit son projet, fait du maraîchage car il a grandi là-dedans dans sa jeunesse en Picardie. C’est comme ça qu’il se reconstruit, et il a arrêté le psy. Ce livre a été une thérapie pour lui, et c’est une victoire. Mais d’autres encore sont à venir… Premièrement, le Syndrome de stress post-traumatique est désormais reconnu et le jour où j’ai prononcé ce mot devant le Premier ministre à la télé, j’ai levé un tabou. Maintenant, il faut arriver à faire reconnaître les droits à réparation, et c’est très fastidieux et éprouvant. On commence néanmoins à s’inspirer des Vétérans américains de la Guerre du Vietnam, car il faut absolument que les traitements se pratiquent en dehors du cadre militaire. Les Américains l’ont compris, et la France est aussi en train de le faire. Le général Bosser ancien d’Etat-major de l’Armée de Terre a impulsé le projet de la Maison du vétéran. C’est désormais du concret, et cinq Maisons vont voir le jour en France. La première sera inaugurée en septembre 2020."

LA QUESTION + : Le Blues, cela évoque quoi pour vous ?
Mercédès Crépin : « La musique d’abord ! C’est une forme d’expression pour faire passer des messages qui me touche. C’est universel et à la fois très personnel. »

Propos recueillis par J-P.T
* Mercedès et Michaël Crépin seront les invités des Voix de Toutes-Aures dans le cadre du 17e festival Blues & Polar, le dimanche 9 août 2020 à la chapelle de Toutes-Aures à Manosque.

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  NOËL 2019 AVEC RENÉ FRÉGNI

1- BLUES & POLAR : Pourquoi ce livre « Carnets de prisons ou l’oubli des rivières » dans la célèbre collection Tracts juste avant Noël ? Ton dernier ouvrage « Dernier arrêt avant l’automne » paru chez Gallimard lui-aussi, mais dans la collection Blanche, est plutôt récent ?
RENÉ FRÉGNI : « Cet été, Antoine Gallimard m’a appelé car il venait de ressusciter la mythique collection Tracts qui existait dans les années 1930, et avait accueilli de grands écrivains comme André Malraux ou Jean Giono qui y a d’ailleurs écrit « Refus d’obéissance » en 1934. Et il m’a proposé d’y participer… et d’écrire un texte.
Mais c’est une collection spéciale qui s’est arrêté après-guerre, et jusque-là Antoine Gallimard avait surtout sollicité des philosophes comme Régis Debray, Cynthia Fleury ou Sylviane Agazinsky. Et je ne suis pas un philosophe familier de l’Essai.
Néanmoins, il m’a demandé d’écrire un texte à ma manière, comme un coup de cœur ou un coup de gueule. Quelque chose d’écrit dans l’urgence sur un sujet brûlant traitant de la politique, de la vie, de la nature, de la poésie, de l’humain… bref, quelque chose d’écrit comme un tract, comme une revendication.
Et j’ai donc raconté l’histoire de ma vieille rancune avec l’injustice. Elle est née de mon parcours personnel certes, mais surtout des lectures que me faisait ma mère sur Jean Valjean et le Comte de Monte Cristo injustement emprisonnés.
Et à ça – moi qui suis passé par la prison et les tribunaux pour y être finalement blanchi – j’ai ajouté l’année de prison qu’a fait mon père sous l’Occupation à la prison Chave de Marseille après avoir été arrêté par la Police française pour le vol de 8kg de marchandises dans un train de ravitaillement destiné aux Nazis. C’était pour que l’on puisse manger.
Tout ça a fait de moi, très jeune, un enfant sauvage entré en rébellion.
L’injustice est donc le moteur de cet ouvrage, car il y a aujourd’hui encore une élite coupée de tout et des ghettos en face.
Il suffit de regarder les Balkany pour le constater. Moi, les gars que j’ai en atelier d’écriture à Luynes ou aux Beaumettes, ils ont pris dix ans, et ils feront dix ans !
Balkany, il est déjà à l’hôpital et il sortira avant d’avoir purgé sa peine. Et sa femme n’y est même pas !
Dans ce livre, ceux que j’ai croisés en prison viennent tous du même quartier Nord de Marseille. Et si on veut éviter une guerre civile et la prise de pouvoir des « barbus » dans les cités, il va falloir ramener de la Justice, de la République et de la Culture, dans tous ces lieux de non-droit.
Mais la tâche s’annonce rude.
Aujourd’hui à Marseille il n’y a plus aucune industrie capable de donner un simple travail physique permettant d’avoir un salaire, un logement, à des jeunes ayant quitté l’école. Donc, il n’y a plus aucune mixité ! Chaque communauté est dans son territoire en forme de ghetto. Je compare ce phénomène à la pollution du monde. On est toujours plein de bonnes résolutions, mais on n’y arrive pas, et on s’enfonce de plus en plus. Il faut arriver à faire tomber toutes ces barres d’immeubles et recréer de la mixité. »

2 - BLUES & POLAR : Noël en prison, c’est une ambiance particulière pour les détenus ?

RENÉ FRÉGNI : « Oh oui ! Noël c’est vraiment le moment le plus dur pour ceux qui sont en prison. Car même si tu es un truand enfermé à raison pour tes actes, tu as une famille.
Idem pour les maghrébins qui sont musulmans et représentent 60% de la population carcérale. Ils sont devenus français et ils fêtent Noël aussi, même si c’est avec une dinde au couscous-merguez. C’est la fête avec des cadeaux…. Noël en prison, c’est vraiment très symbolique pour tous les prisonniers. Ils souffrent énormément et ils me le disent dans les ateliers d’écriture. La Nuit de Noël, c’est la famille avant tout. Bien sûr, il y a une bûche de Noël sur le plateau-repas pris à 18 heures comme tous les jours mais il y a de la rage au cœur ; surtout chez les jeunes. Les vieux truands qui sont là depuis 10-15 ans… ils s’en foutent. Ils sont désabusés car pour eux la société est pourrie. Ceux qui ont un cancer finissent leurs jours en prison, tandis qu’ils voient Balkany à l’hôpital.
Tout ça provoque de l’injustice et les jeunes sont des bêtes sauvages en guerre contre les « Bleus » comme ils disent. Contre tout uniforme ! Que ce soit un flic, un gendarme, un facteur, un pompier… Tout ce qui porte un costume, ils le caillassent. Tout ce qui prouve vraiment leur folie ! »

3- BLUES & POLAR : On arrive bientôt en 2020. Si tu avais un seul vœu à formuler ; quel serait-il ?

RENÉ FRÉGNI : « Comme disait Jacques Chirac « Notre planète brûle et on regarde ailleurs ! » Mon seul vœu serait de pouvoir sauver toutes les espèces vivantes. On a une planète inouïe, un jardin merveilleux qu’on saccage pour rien, pour consommer toujours plus, et on a détruit 60% des espèces vivantes dans la nature (animaux, oiseaux, insectes...) en 40 ans. Pourtant, en France on habite le paradis, mais on n’a toujours pas de Plan B !
Un jour, avec le réchauffement climatique, ce ne sera pas quelques milliers de migrants qui viendront d’Afrique, mais des millions. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier
La collection Tracts selon Antoine Gallimard
À l’heure du soupçon, il y a deux attitudes possibles. Celle de la désillusion et du renoncement, d’une part, nourrie par le constat que le temps de la réflexion et celui de la décision n’ont plus rien en commun ; celle d’un regain d’attention, d’autre part, dont témoignent le retour des cahiers de doléances et la réactivation d’un débat d’ampleur nationale.
Notre liberté de penser, comme au vrai toutes nos libertés, ne peut s’exercer en dehors de notre volonté de comprendre.
Voilà pourquoi la collection « Tracts » fera entrer les femmes et les hommes de lettres dans le débat, en accueillant des essais en prise avec leur temps mais riches de la distance propre à leur singularité.
Ces voix doivent se faire entendre en tous lieux, comme ce fut le cas des grands « tracts de la NRF » qui parurent dans les années 1930, signés par André Gide, Jules Romains, Thomas Mann ou Jean Giono – lequel rappelait en son temps : « Nous vivons les mots quand ils sont justes. »
Puissions-nous tous ensemble faire revivre cette belle exigence.

Antoine Gallimard
* Site : http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Tract

  DÉCEMBRE 2019 : JÉRÔME LOUBRY

 On croyait en lui et nous avions raison. Jérôme Loubry, invité de l’Interview « 3 QUESTIONS A… » en novembre sur le site blues-et-polar.com vient d’obtenir à Cognac, le Prix du meilleur Polar francophone de l’Année.
Une belle récompense pour le néo-Valensolais qui devient ainsi le 1er invité du prochain et 17e festival Blues & Polar « Les Voix de Toutes-Aures » qui aura lieu le samedi 29 août 2020.
Merci à Gérard Collard le libraire passionné du Magazine de la Santé sur France , qui nous a permis de le découvrir après Karine Giebel, Jacques-Olivier Bosco et Olivier Norek. Autant de « Coups de cœur Blues & Polar » de ces dernières années…

1. BLUES & POLAR : Les Refuges qui vient d’être primé à Cognac est déjà ton troisième roman. Que faisais-tu avant d’écrire ?
Jérôme Loubry : « J’étais responsable, disons Chef de salle dans de grands restaurants étoilés en France et à l’étranger, car j’ai fait l’Ecole hôtelière. Et dans mon dernier emploi en restauration, je travaillais à la Villa Borghèse, établissement gastronomique et hôtelier très réputé de Gréoux-les-Bains. Mais depuis l’âge de 9 ans, j’ai toujours rêvé d’écrire. A cette époque, j’habitais à Saint-Amand-Montrond (sortie d’Autoroute A8 pour aller à Châteauroux) en Berry, là où la grande imprimerie CPI imprime les livres des grands écrivains et les polars qui se vendent comme des petits pains (Stefen King, Mary Higgins Clark, Agatha Christie…). Il y a donc des livres qui traînent un peu partout dans cette ville, et j’en ai beaucoup lus.
J’ai commencé à écrire des nouvelles à 18 ans mais je ne les ai montrées à personne. C’était dans mes tiroirs. Néanmoins, je savais qu’un jour j’en ferai mon métier. J’ai donc arrêté la restauration en me donnant six mois pour réfléchir et tenter ma chance auprès des maisons d’édition. J’ai envoyé un manuscrit à Calmann-Lévy… et ils l’ont pris. Et l’aventure a commencé. »

2. BLUES & POLAR : Pourquoi avoir choisi d’écrire des romans policiers ?

Jérôme Loubry : Mon premier roman Les Chiens de Détroit est un vrai polar. Le deuxième Le Douzième chapitre , c’est entre le polar et la littérature dite blanche. En fait, je trouve que dans le polar on peut tout mettre dedans et que le suspense du thriller, c’est le ressort pour avancer. Car il faut arriver à que ce soit excitant de lire un livre.
Mais le polar, il est axé sur l’aspect policier des choses, tandis que le roman noir est différent.
Le Douzième chapitre en est un, car je parle plus de l’intime. Cependant, et ça fait parfois des différences suivant où l’action du polar se passe, il y a les policiers en ville et les gendarmes dans le monde rural. J’ai utilisé les deux déjà, sans vraiment les connaître parfaitement.
JPEGDonc, à chaque fois, je me renseigne directement auprès d’eux pour avoir une certaine crédibilité indispensable. C’est fondamental à mes yeux ! On peut, certes, tout inventer comme dans l’île des enfants où se passe Les Refuges mais il faut du sens à l’action. L’inspiration pour moi, ça naît comme une carte postale que je recevrais un matin.
JPEGA partir de l’ambiance, j’invente et je crée. L’idée des Refuges, elle est venue comme ça, et en écrivant. Car l’écriture t’emmène parfois dans des lieux et des situations auxquels tu n’avais pas songé. »

3. BLUES & POLAR : Le Blues cela évoque quoi pour toi ? Un genre de musique ou un état d’âme ?

Jérôme Loubry : J’ai dans mes tiroirs depuis longtemps un roman sur le Blues qui évoque Robert Johnson , le bluesman des années 30 qui a vendu son âme au blues pour jouer comme un dieu.
J’ai écrit ça il y a une quinzaine d’années et je le retravaillerai un jour, avec plaisir. C’était plus un roman sur la vie dans le sud des Etats-Unis avec un enfant noir (c’était le premier ! ) qui arrive dans une école… Sinon, j’écoute souvent Éric Clapton, BB King… J’aime le Blues ! »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

  L’INTERVIEW BLUES & POLAR DE DIDIER VAN CAUWELAERT

Niçois d’origine malgré un nom aux racines flamandes, écrivain, homme de théâtre et de cinéma, passionné de musique et grand ami du regretté Michel Legrand, Didier Van Cauwelaert « Prix Goncourt 1994 » pour « Un Aller simple » est depuis toujours un amoureux des mots et de la langue française. Rien de plus naturel pour lui, donc, d’avoir accepté d’être le parrain du 10 ème Forum contre l’illettrisme organisé le 11 septembre dernier à Nice, par le Crédit Mutuel Méditerranéen.
C’est là que j’ai eu le plaisir de le rencontrer très simplement dans un petit bistrot niçois, juste à côté du Musée d’Art moderne et contemporain où se déroulait la remise des Prix aux quinze associations du grand Sud de la France récompensées pour leur action en faveur des personnes concernées par ce fléau qu’est l’illettrisme, grande cause nationale s’il en est.
Son dernier roman « La Personne de confiance » paru chez Albin Michel est un pur bonheur....

1- BLUES & POLAR : écriture, cinéma, théâtre…. Vous avez de très nombreuses cordes à votre arc. D’où vient cet appétit culturel tous azimuts et comment est-il né ?
Didier Van Cauwelaert : « Ecriture, théâtre, cinéma, tout ça c’est vraiment la même chose pour moi. A part qu’il y a le travail en solitaire que représente l’écriture, et le travail d’équipe du théâtre et du cinéma. Mon père était un grand avocat spécialiste du Droit rural qui adorait les paysans, et tous les soirs, il me racontait des histoires quand j’étais gamin. C’était quelqu’un de très drôle et il m’a marqué. Dès l’âge de 8 ans, moi-aussi, j’ai eu envie de raconter des histoires et très naturellement je me suis servi des outils disponibles qu’étaient à mon âge, l’écriture, le théâtre et le cinéma. Les pièces de Molière qu’on jouait à l’école puis au collège et au lycée, m’ont aussi beaucoup touché et j’ai compris alors que les mots et le jeu, tout ça marchait ensemble. La première pièce que j’ai mis en scène et joué en public, c’était à Nice, au théâtre de la Ville, à deux pas d’où nous nous trouvons aujourd’hui.
Avec la troupe du lycée, on avait réussi à être acceptés par le directeur du théâtre qui donnait chaque année une chance à des jeunes.
On s’est donc préparés pour jouer « Huis clos » de Jean-Paul Sartre, à part qu’on a reçu un courrier du président du Syndicat des auteurs qui exigeait que nous ayons l’autorisation de l’auteur pour pouvoir jouer sa pièce… Sinon, c’était l’annulation de la représentation. Moi, je n’avais rien demandé et j’étais perdu. J’ai donc demandé conseil à mon père avocat qui m’a dit « Il n’y a qu’une chose à faire, écris à Jean-Paul Sartre ! » Ce que j’ai fait sans trop y croire, et puis quelques jours plus tard, j’ai reçu une lettre de Sartre (que j’aie toujours) qui nous autorisait à jouer. C’est un fabuleux souvenir ! Et des souvenirs comme ça, c’est vraiment très motivant ! »

2- BLUES & POLAR : le blues, ça évoque quoi pour vous , Une musique ou un état d’âme ?
Didier Van Cauwelaert : « La musique du blues m’intéresse plus que l’état d’âme. Car le blues provoque des vibrations que l’on ressent, et elles ne sont pas forcément mélancoliques. J’ai été un grand ami du pianiste-compositeur-chanteur Michel Legrand qui est mort récemment, et sa musique plutôt jazz prenait ses racines dans le blues... Pour moi, le trompettiste Miles Davis, c’était du blues ; et j’aime bien aussi écouter les anciens comme Muddy Waters. »
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LA PHRASE : « Je crois au pouvoir des mots, et on doit agir contre l’illettrisme dès l’école primaire ! »

3 - BLUES & POLAR : le roman policier, le fameux polar qu’on n’achète pas forcément chez un libraire, qu’on trouve sur un quai de gare ou dans un rayon de supermarché aujourd’hui, c’est une écriture particulière pour vous ?
Didier Van Cauwelaert : « Mais moi j’ai commencé par le polar ! Mon enquêteur était un enfant, mais c’était dur d’écrire avec toujours un meurtre, un assassin, la police, une enquête… et d’y glisser de l’humour comme je le faisais. Car contrairement à ce qu’on pourrait penser, le polar est un genre très exigeant, et c’est difficile. Ce n’est pas un sous-genre comme certains ont pu dire. Car il y a des chefs-d’œuvre du genre. Conan Doyle, Dostoïesky même, ce sont des auteurs extraordinaires ! En revanche, je ne suis pas porté sur la mode des polars nordiques. C’est toujours très froid, et moi je préfère l’ambiance du sud. Alors, comme c’était un peu trop exigeant pour moi, un jour je suis passé à autre chose. Et ça ne m’a pas mal réussi ! »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier
JPEG* En novembre, le prochain invité de l’Interview « 3 QUESTIONS À... » sera l’écrivain valensolais Jérôme Loubry qui vient de recevoir ce dimanche 20 octobre à Cognac le Prix du Meilleur polar francophone de l’Année avec « Les Refuges » paru chez Calmann-Lévy Noir.

  L’INTERVIEW BLUES D’EYMA

 Chanteuse de jazz à l’univers teinté de blues, Eyma sera sur scène le 24 août à la chapelle de Toutes-Aures dans le cadre du 16e festival Blues & Polar. Elle sera accompagnée par la pianiste Perrine Mansuy pour ces 1res Voix de Toutes-Aures. Elle est notre invitée d’août avec l’écrivain Patrick F.Cavenair pour la double interview BLUES & POLAR du site blues-et-polar.com

1. BLUES & POLAR. Chanter le blues, mais aussi le jazz, est-ce que cela nécessite une autre approche, voire une interprétation différente dans votre chant ? Ou est-ce carrément pareil pour l’un ou pour l’autre ?
EYMA : « Pour moi il n’y a pas grande différence . Ce n’est pas le style qui compte à mes yeux. Je suis plus attachée au sens. J’aime bien savoir ce que je dis quand je chante en Anglais. Personnellement, quand je chante en Français, je raconte des choses et j’y tiens. Mais je me fais aussi mes propres histoires. J’essaie aussi toujours de m’approprier la version de ce que je chante. J’aime rendre les chansons miennes avec le sens initial. Un moment, j’ai joué avec un groupe très blues traditionnel pur et dur, mais je suis très ouverte aux différents styles musicaux. J’aime aller des grands standards du jazz jusqu’à la pop. Car le jazz nous amène partout. Sur scène, je reprends du Tom Waits mais aussi des morceaux extraits de comédies musicales. Je suis très sensible à la beauté des morceaux, avant tout. »

2. BLUES & POLAR. Pourquoi avoir choisi ce mode d’expression musicale particulier que sont le blues et le jazz ? Y-a-t-il Une histoire personnelle derrière ce choix ?
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EYMA : « Effectivement, je suis plus blues que rock. Je n’en ai même jamais vraiment écouté. Je suis franco-togolaise, donc métisse et je ne suis pas tombée dans ce style anglo-saxon. En revanche, le jazz, oui ! Mes parents écoutaient du jazz et allaient au Festival Métis d’Angoulême quand j’étais enfant. En fait, j’ai dû m’en imprégner sans m’en rendre compte, ce qui fait que je suis totalement autodidacte. Néanmoins j’ai pris des cours de chant et ensuite des cours de théâtre. Mais je suis très rapidement revenue au jazz. C’est la sensation qui me porte. Au départ, j’étais une chanteuse de groupe au sein d’un trio, puis je suis arrivée à Marseille il y a sept ans et j’y ai rencontré plein de musiciens. En revanche, on n’est pas chanteuse toute seule. Il faut être accompagnée par des musiciens. Et le jazz a une spécificité avec sa musique codée, c’est qu’on peut arriver à jouer et chanter avec des gens qu’on ne connaît pas. »

UN UNIVERS QUI VA DE
TOM WAITS À PATTI SMITH

3. BLUES & POLAR . Etes-vous une lectrice de polars ? Si oui, que lisez-vous ?
EYMA : « En ce moment je ne lis guère, mais j’ai lu plein de polars à un moment de ma vie. Ma grand-mère adorait Agatha Christie et j’en ai lus beaucoup quand j’étais ado. J’ai eu aussi une période Grangé, Fred Vargas et une période scandinave. J’ai lu aussi Harlan Coben, James Ellroy.. Aujourd’hui, je lis par çi par là, mais j’adore ça. Surtout les classiques du genre. »

* La Question +++ : Quels sont vos projets actuels et futurs ?
EYMA : « je viens de finir mon projet de duo avec la pianiste Perrine Mansuy autour du travail de Patti Smith (elle passe le 18 août à Marseille) et ce sera « This the girl ; une histoire de Patti Smith ». Ce sont des poèmes d’elle, mis en musique. Je joue aussi avec un quintet et je prépare un spectacle autour des musiques de la Nouvelle-Orléans. Bref, mon univers est très vaste. Enfin, nous sommes ravies - avec Perrine Mansuy - de participer au festival Blues & Polar, le 24 août à Manosque. »

Propos recueillis par J.-P.T

  L’INTERVIEW POLAR DE PATRICK F.CAVENAIR

Les 3 questions à Patrick Cavenair. Auteur cultivant le mystère sur son identité véritable, son dernier roman « Les Démons de L’Elysée » évoquant les frasques, les turpitudes, les drames et les mystères du Palais depuis des lustres, lui a valu d’être invité à Blues & Polar. Avec lui, la fiction dépasse parfois la réalité…. Il sera parmi nous le 24 août à Manosque.
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1. À l’image de la démission de François de Rugy ministre de l’Ecologie, à la suite de dépenses jugées fastueuses, la politique française et son histoire parfois scabreuse – aux antipodes des idées affichées à l’Assemblée nationale – semble être votre terrain de jeu préféré pour écrire. Est-ce vrai et pourquoi ?

« Le thème de mes romans se situe au centre de gravité du pouvoir. Lorsque l’homme est si haut, il peine à conserver son équilibre entre le bien et le mal. C’est l’un des sujets des Démons de l’Élysée, c’est un thème universel et, de fait, mon roman est apolitique. J’ouvre l’intrigue par un meurtre dans le lieu le plus protégé de France, là où le crime est impossible. Dans mon roman, j’y ajoute les dérives sexuelles réelles ou fictives au sommet de l’État. Cependant, reconnaissons-le, le traitement médiatique des affaires actuelles du ministre de Rugy est intéressant et rejoint les intrigues des Démons de l’Élysée. On peut comparer l’éclat médiatique actuel avec celui vécu par plusieurs hommes politiques de la Ve République. Ce que j’évoque dans mon thriller, à la manière d’analepses, un joli mot pour désigner les flash-back. Aujourd’hui, l’explosion d’une grenade journalistique – tel que l’article de Mediapart – a un effet de souffle bien plus puissant qu’au siècle dernier, en raison du relais instantané des réseaux sociaux. Je me souviens d’un entretien avec un ancien directeur de TF1 passé chez Facebook qui démontrait la force de son audience numérique, très supérieure à celle d’une chaîne de télévision traditionnelle !
Mais dans le cas présent de ce ministre, il faut ajouter des courants d’air artificiels générés par des officines spécialisées dans « l’astroturfing » [NDLR : manipulation des réseaux sociaux par des troll et des bots] au service d’entreprises dont les intérêts entrent en collision avec la politique et les déclarations du ministre devant le parlement. L’enquête est en cours, j’imagine qu’on a pas fini d’en entendre parler ! C’est aussi une des dimensions du pouvoir : cacher ou dévoiler, sujet que j’évoque dans l’incipit de mon roman en m’inspirant de l’affaire de Grossouvre dont certains échos confidentiels me sont parvenus. »

2 – Dans votre roman Les Démons de L’Élysée paru en mai, on oscille entre polar de fiction et réalité puisqu’il y a même référence aux manifestations des « Gilets jaunes », à Emmanuel Macron et son épouse. C’est assez rare qu’une fiction soit aussi proche de la réalité… Vous n’avez pas eu de souci avec L’Élysée ?

« J’ai toujours emmené mon lecteur dans des situations improbables et réalistes ; l’oxymore me plaît ! Pour moi, la fiction grandit sur le terreau de la réalité. Et parfois, je vais si loin que la réalité dépasse l’imaginaire. Plusieurs lecteurs viennent me voir ou m’écrivent pour me demander de révéler la part du vrai et du faux. Ce roman a une curieuse histoire. J’ai commencé son écriture il y a sept ans à la fin du mandat de Sarkozy. Ensuite, sous Hollande, je me suis rendu à plusieurs reprises à l’Élysée.
Fin décembre 2013, je terminais un chapitre crucial de mon polar qui évoque le moyen utilisé par Napoléon III pour rendre secrètement visite à l’une de ses maîtresses. J’envoie un e-mail au Château pour solliciter un nouveau rendez-vous avec l’un de mes contacts, après la découverte d’un indice extrêmement curieux observé sur un ancien plan du Château dessiné par l’architecte Lacroix.
Dans ce mail, j’évoque le lieu où habitait la maîtresse de Louis-Napoléon : la rue du Cirque, information publique attestée par les historiens.
Quelques heures plus tard, les conseillers de l’Élysée apprennent la publication pour le 10 janvier 2014 de photos indiscrètes du Président Hollande sur son scooter se rendant dans cette même rue du Cirque.
Panique à bord. Les portes se referment très silencieusement. L’accès au saint des saints m’est interdit ! Les éditeurs déclinent la publication. Ramsay relève le défi, à condition que je « macronise » le récit, ce qui a nécessité la réécriture de nombreuses scènes et dialogues car Hollande et Macron ne réagissent et ne s’expriment pas du tout de la même façon. »

3 – Vous nous faites pénétrer à l’intérieur du Palais de L’Élysée avec de grandes précisions, et dans des lieux plutôt secrets voire Top Défense. Ce sont des lieux que vous connaissez bien ?

« Une jeune conseillère, dont je tairais le nom, m’a emmené visiter les sous-sols du Château. Je me suis effectivement rendu dans des lieux méconnus du palais, y compris de ceux qui y travaillent.
Je me souviens qu’un jour, cette jeune femme m’a dit : « l’accès à cet endroit est interdit aux journalistes ». Vous comprenez donc pourquoi je tiens tant à mon statut de romancier !
J’ai aussi eu beaucoup de plaisir à échanger avec le personnel de l’Élysée, souvent des gens d’un immense dévouement et tous passionnés. Tenez, par exemple, j’ai eu une conversation passionnante avec Bernard Vaussion, un homme qui était aux fourneaux du palais, de Georges Pompidou à François Hollande !
Je dois avouer l’avoir tout particulièrement déstabilisé le jour où je lui ai demandé quelle recette permettrait d’empoisonner le Président.
Pierre Favier m’a été aussi de précieux conseil. Cet ancien journaliste de l’AFP a passé quatorze années auprès de Mitterrand à l’Élysée. Il m’a fait part, minutes par minutes, de la découverte du corps du conseiller de Grossouvre en 1994. Ça m’a beaucoup inspiré. C’est en partant de ce fait – cacher ou révéler la dépouille – que j’ai construit une intrigue sur le principe des poupées russes. »

**** La Question + : Patrick F. Cavenair, c’est un pseudo, indique votre éditeur…. Pourquoi ce mystère ? Qui êtes-vous vraiment ? Journaliste, conseiller…
« J’ai exercé plusieurs métiers, et j’ai côtoyé certaines personnalités haut placées, c’est vrai ; c’est mon histoire personnelle. Vladimir Volkoff (*) a eu un parcours similaire. J’ai toujours préféré exercer une influence durable plutôt qu’un pouvoir précaire. Le pseudo n’est pas un masque, au contraire, c’est un révélateur : grâce à mon nom de plume, j’ai une plus grande liberté. Je suis romancier, j’invente donc des personnages inscrits dans le réel, et parce que je les ai inventé, on ne pourra jamais prétendre qu’ils travestissent ou dévoilent la réalité. »

Propos recueillis par J.-P.T
* Arrière-petit neveu de Tchaïkowsky, Vladimir Volkoff - décédé en 2005 à l’âge de 72 ans – a été officier de Renseignements pendant la Guerre d’Algérie, et s’est révélé au grand public comme écrivain en 1979 avec un roman d’espionnage : « Le Retournement ». Farouchement anti-communiste (sa famille avait fui la Russie lors de la Révolution de 1917), il a reçu le Grand Prix Jean Giono en 1995 pour l’ensemble de son œuvre. Il est l’auteur de nombreux romans, essais, pièces de théâtre et biographie. « Le Montage » paru en 1982 lui a valu le Prix du Roman de l’Académie française.

  * L’INTERVIEW BLUES DE GAELLE BUSWEL

BLUES & POLAR. 1- Qu’est-ce que le blues représente pour toi et comment es-tu arrivée dans cette musique ?
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GAELLE BUSWEL : « Je trouve que c’est incontestablement la base musicale et les racines de toute la musique moderne que l’on connaît. Mon style personnel, c’est une base de blues teintée de folk et de rock. Tu sais, mes parents écoutaient du blues, et toutes ces musiques rock des années Woodstock. Mon père était un fan de tous les groupes rock anglais des années 70. Et moi, je me suis intéressée à cette musique parce qu’elle suscite des émotions, qu’elle prend aux tripes, et ça m’a amené vers ce que je fais actuellement. Mais mon papa musical virtuel, c’est le guitariste à la voix de fauve qu’est Neal Black (venu deux fois à Blues & Polar !!) cet Américain amoureux de la France qui vit aujourd’hui dans le Sud-Ouest. On s’est rencontrés en 2010 et il m’a aidée à lancer mon premier album. Il m’a fait découvrir des processus de musique, et un état d’esprit blues. Bref, il m’a indiqué la vie ! »

BLUES & POLAR.2 – De plus en plus de filles chantent le blues (Ana Popovic, Nina Attal, Sheryl Crow, toi…) et jouent de la guitare comme les mecs des Seventies (Alvin Lee, Jimmy Page….) ; pareil pour Rachel Plas à l’harmonica. Le public est très nombreux à vous suivre, vous accompagne même dans les financements participatifs d’albums ; et pourtant, on n’entend quasiment jamais cette musique dans la journée sur les radios ou les grandes chaines de télévision. Pourquoi, à ton avis ?

GAELLE BUSWEL : « Sheryl Crow est plus américana que blues et surtout plus médiatique hors musique car elle a été la compagne du cycliste américain déchu de ses titres pour dopage Lance Amstrong. Mais ailleurs dans le monde, le blues-rock passe sur les radios. Cependant, ici il faut être curieux pour découvrir la scène française blues qui est pourtant nombreuse et de qualité. Et c’est dommage pour la France ! Alors qu’il y a la place pour, et que les gens battent du pied dès qu’ils entendent les premiers accords d’un boogie…C’est à nous de se battre pour faire découvrir ce qu’on veut défendre musicalement. Néanmoins, il y a plein de petites radios associatives, des blogueurs passionnés et aussi des festivals qui se battent pour ça. »

BLUES & POLAR. 3 - Jouer deux dates avec ZZ Top en juillet sur la même scène, dont le 8 juillet à Nancy, c’est le pied intégral, Gaëlle ?
GAELLE BUSWEL : « Mon père et ma mère en sont des vrais fans et d’ailleurs sans rien savoir de ce que serait notre futur pour le groupe, on leur a offert pour Noël dernier, des billets pour le concert de ZZ Top aux arènes de Nîmes. C’est un groupe légendaire pour moi. Alors, jouer en première partie… Bien évidemment, on ne se connaissait pas ; mais c’est le tourneur de Gérard Drouot productions qui nous a proposé pour assurer la première partie de ZZ Top. On le remercie encore car c’est une belle reconnaissance et une sacrée récompense. Là, on touche les étoiles. Mais c’est aussi super pour tous nos fans qui se sont impliqués financièrement pour nos albums. Nous sommes sous un label indépendant et cela nous permet de garder nos valeurs musicales. Et ça, on y tient ! »

LA QUESTION 3 +. Lis-tu des polars ?
GAELLE BUSWEL : « Je n’en lis pas assez à mon goût. En ce moment, je lis des biographies notamment « Girls rock » qui est une encyclopédie de toutes les femmes de la scène rock, et la bio de Tina Turner qui vient tout juste de sortir. »

Propos recueillis par J.-P.T

  L’INTERVIEW POLAR DE RENÉ FRÉGNI

BLUES & POLAR. 1- « Dernier arrêt avant l’automne » c’est le titre de ton dernier roman qui vient de paraître chez Gallimard. Est-ce toi qui l’a choisi, et s’agit-il d’un vrai retour au polar ?
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RENÉ FREGNI : « C’est un vrai roman noir, et j’en ai choisi moi-même le titre. Et j’aime ce titre, car l’arrêt c’est un lieu où l’on descend comme d’un train ou d’un bus, et l’automne, c’est un temps. Ça pose les bases d’une histoire… Mais là justement, j’ai eu une panne littéraire d’un an. Et mon copain libraire à Riez me poussait souvent sur mon prochain projet. Alors je bluffais. Ça va venir que je lui disais à chaque fois. T’inquiètes.. Et puis un jour, il m’a proposé un truc un peu bizarre sous la forme d’un gardiennage dans un monastère de la région. J’ai accepté par curiosité, et donc je suis allé vivre un peu de temps dans ce lieu pour me pénétrer de l’atmosphère. Mais l’écriture et l’inspiration quand ça ne veut pas, ça veut pas ! Cependant, un soir, en me baladant dans le petit cimetière des moines abritant six croix, j’ai aperçu une chaussure d’homme au milieu des tombes et j’ai imaginé une jambe, puis un cadavre, là sous terre. Et je me suis remis à l’écriture grâce à ça ! Et mon enquête – car je joue l’enquêteur – débute. Car quand la gendarmerie vient sur place, à la suite de mon appel, il n’y a plus rien dans le trou ! Alors, j’enquête sous les traits d’un personnage fictif. Je suis des pistes jusqu’à arriver à une fin étonnante.
Mais, c’est l’écriture qui compte pour moi. Plus que le mystère. Je suis sorti du Polar car il faut beaucoup d’action, de meurtres violents, de séquestrations, de tortures.. ce qui se passe d’ailleurs vraiment dans la réalité d’aujourd’hui, mais depuis plusieurs années, j’ai bifurqué vers la poésie de la nature, de la vie, tout simplement parce qu’on est dans une région unique en Haute-Provence. Je suis comme Giono, je pense que Dieu est partout et nulle part. Ici, j’aime la vie et je ne m’ennuie jamais. C’est ça ma vraie richesse ! Chez moi, devant les chênes, les abricotiers, les fraisiers, les tomates, les oliviers, et la colline je suis un prince ! »

BLUES & POLAR. 2- Notre ami commun Philippe Carrese, parrain de Blues & Polar comme toi et Franz-Olivier Giesbert, est mort brutalement. Nous sommes tous anéantis. Qu’est-ce que le Sud perd avec sa disparition ?

RENÉ FREGNI : « Pour moi, c’était le Boris Vian du Sud. C’était un grand talent multiple qui écrivait, dessinait, composait des musiques, jouait du piano et de la guitare ; réalisait de films et le feuilleton « Plus Belle la vie « sur France 3. C’était un homme simple et modeste, et très fin. Il était très intelligent et son pamphlet sur Marseille il y a quelques années avait interpellé beaucoup de gens parce qu’il parlait très crûment de certains problèmes de société dans cette ville. Et il avait raison. Aux Beaumettes, ils sont 2000 en prison, Noailles s’effondre... Philippe avait vu tout ça. Son film Cassos que tu as projeté à Blues & Polar au Lido en avant-première est un grand film, et le cinéma est passé à côté, tout simplement parce qu’il est marseillais, pas parisien. Ça tient de Buffet froid de Bernard Blier avec Depardieu. C’est vraiment une très grande perte, car depuis Jean-Claude Izzo en 2000, c’est le premier des écrivains marseillais à partir. »

BLUES & POLAR. 3- Quand je te dis le blues, tu penses à quoi instinctivement ? A bien plus qu’une simple musique ?
RENÉ FREGNI : « Depuis longtemps, le blues pour moi, c’est la musique et la mélancolie. Mais la mélancolie, c’est bien plus riche que la tristesse. Il s’agit d’un état poétique pas du tout sombre. Ce n’est pas un état féroce et on peut s’y complaire car c’est assez doux. « 

LE SCOOP :
Richard Galliano, l’accordéoniste jazz, a conçu et terminé son oratorio à partir de mon roman « Les Chemins noirs » et les représentations vont débuter en janvier 2020. Sur scène, il sera entouré de 50 musiciens et 50 choristes et la première aura lieu au grand auditorium de Paris sur l’Ile Seguin où étaient les usines Renault. Une tournée suivra en France via Nice, Toulouse… puis à Liège, Istanbul… C’est incroyable !

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

  RENAT SETTE CHANTEUR OCCITAN

1. BLUES & POLAR : Renat, comment peut-on qualifier ton répertoire ? Chants traditionnels, Folk, liturgique, chrétien… voire une forme de Blues ?
RENAT SETTE : « J’ai moi-même du mal à le définir, car mon répertoire réunit très largement beaucoup de variétés. Néanmoins, l’essence de ce répertoire est par nature traditionnel, avec notamment du collectage de chants anciens issus de l’oralité. Et le cœur de ces collectes c’est la Provence, l’Occitanie et tout le pourtour de la Méditerranée. Cependant, j’ai rencontré des Piémontais et des Sardes qui ont revisité ces chants anciens avec un guitariste folk et un trompettiste jazz. Et ça donne un super résultat ! J’ai aussi rencontré des Bretons avec qui j’ai chanté sur le CD Amada. Il y avait avec nous le grand Yann Fanch Quemener qui est décédé au mois de mars. C’était une grande Voix de Bretagne. Il avait pour l’occasion réuni des Bretons et des Occitans. C’était super car on est entré de plain-pied dans la modernité, et on a d’ailleurs reçu le Prix de l’Académie Charles-Gros pour ce disque. Mais dans la diversité, j’ai aussi travaillé avec le guitariste blues Jean-Paul Avellaneda avec qui on a enregistré dans l’église de Moustiers-Sainte-Marie un CD qui mêle plein de styles, et on peut l’apparenter à du Blues, car ce sont aussi des chants du peuple, de travail, des conditions de vie et de revendications. Maintenant - autre aspect de mon répertoire – je compose moi-même des musiques sur certains poèmes contemporains écrits par l’historien foralquierein Jean-Yves Royer qui écrit en français et en occitan. Bref, mon répertoire n’est plus dans la couleur du passé. »

2. BLUES & POLAR : Quand je t’ai connu, tu restaurais des calades, ces vieux chemins de pierre au cœur des villages du Pays de Forcalquier. Tu animais même des chantiers en transmettant ton savoir auprès des jeunes Pourquoi, et comment t’es-tu orienté vers cette voie bien particulière du chant a capella pour lequel tu es très sollicité jusque dans le monde entier ?

RENAT SETTE : « J’ai commencé véritablement en amateur à 100 % au moment où j’étais maçon. Je suis alors entré dans la chorale de Dauphin. J’aimais bien, mais moi à l’époque j’étais plus attiré par la musique folk-rock, type Bob Dylan, Crosby, Stills, Nash & Young, Joni Mitchell, Joan Baez, América… Néanmoins, ce qui m’intéressait vraiment c’est de pouvoir arriver à chanter ma culture, car je suis originaire du pays niçois. Alors, j’ai pris des cours avec une professeure de chant bulgare qui m’a dit très rapidement « Vous avez un Stradivarius dans la voix ! » . Ça m’a plutôt impressionné, mais avec Patrick Vaillant, la famille Chemirani, Jean-Yves Royer…. je suis rentré très vite dans le bain professionnel des folklores du monde. Et depuis je suis estampillé « a capella solo trad ». Maintenant, je vis de ma musique et c’est vraiment formidable. »

3. BLUES & POLAR : Aujourd’hui, alors que ta carrière est dans le chant, quel est ton plus beau souvenir de concert ?

RENAT SETTE : « Tu sais, je me nourris de toutes les musiques que je chante et j’ai de surcroît la chance de jouer avec des musiciens et des publics très différents. J’ai chanté en Provence au départ, mais je suis allé chanter au Sénégal, au Portugal, en Espagne, au Yémen, dans les Pays de l’Est… et parfois devant des milliers de personnes. Néanmoins, pour l’émotion ce n’est pas forcément la grande scène qui te le donne. Je me souviens d’un soir à Aix-en-Provence où l’on était avec les anciens de Volx, Forcalquier, Villeneuve, Lardiers… auprès de qui on avait collecté des chants de travail anciens avec Jean-Yves Royer. Et il y avait les Bizot, une vieille famille qui nous a permis de conserver en mémoire et d’enregistrer de nombreux chants qui allaient disparaître. Ce qui m’a plu ce soir-là, c’et la confiance qu’avaient toutes ces personnes. Beaucoup sont décédées maintenant ; c’est vraiment un grand souvenir pour moi. Et puis, il y a aussi les fois où j’ai chanté avec Yann Fanch Quemener à Correns (Var) pour l’enregistrement du CD Amada dans ce fameux studio où les grands du rock sont venus, puis sur scène en Bretagne dans plusieurs festnoz. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier
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 L’INTERVIEW POLAR INGRID ASTIER

BLUES & POLAR : Pourquoi avoir choisir la Polynésie comme décor de ton nouveau roman « La Vague » ?
INGRID ASTIER : « La Polynésie est un lieu étrange. La beauté y est telle, qu’elle semble ordonner au temps de s’arrêter. Paradisiaques, ses paysages le sont, c’est vrai. Mais ce paradis vert et bleu a fait écran aux drames qui peuvent y régner. La carte postale a muselé la souffrance. C’est comme si sur son cri, on avait plaqué un cocotier ensoleillé. Un écrivain de Huahine, Chantal Spitz, dénonce avec verve la « litanie colonialement correcte » qui a enfermé la Polynésie dans le mythe du bon sauvage…JPEG
J’ai eu la chance d’être invitée à Tahiti en 2010, puis en 2015, pour Lire en Polynésie. Et dès 2010, grâce au livre Teahupo’o, la vague mythique de Tahiti [1] du photographe de sports extrêmes Tim McKenna, je suis tombée amoureuse d’une vague. La plus belle vague du monde ! La plus dangereuse aussi ! Cette dualité respectait l’écartèlement de la Polynésie et mon désir de scruter le scandale du mal. Cette vague est l’héroïne parfaite. Non une belle plante de salon, mais une plante carnivore. Par son élan sans frein de plusieurs milliers de kilomètres depuis l’Antarctique, elle est d’une puissance sans égale. J’aime l’image de cette vague qui défie la distance et les hommes.
« LA VAGUE, ELLE, INVITE A LA PROFONDEUR »
En 2018, j’ai organisé un séjour d’écriture de deux mois pour vivre au cœur de la vague de Teahupo’o et croiser ceux qui lui donnent ses lettres de noblesse, surfeurs et pêcheurs, mais également les Polynésiens qui gardent en mémoire les légendes de la presqu’île et cultivent les vallées. J’étais en quête d’authenticité. Sûrement pour fuir ce délire égotiste qui pollue notre société et fait de nous des femmes et des hommes-surfaces. La vague, elle, invite à la profondeur. »

* Ingrid Astier (à droite) Coup de cœur Blues & Polar 2010 et Chloé Mehdi Coup de cœur 2017.

2. - BLUES & POLAR : Ton écriture évoluait jusqu’alors en milieu urbain (la Seine, les buildings), il t’a fallu trouver de nouveaux mots… ou pas ?
INGRID ASTIER : « Pour chaque roman, il faut trouver une langue. Pour Quai des enfers, j’avais baigné dans la langue des policiers de la Brigade fluviale et de la Crime. Mais ce roman était déjà marqué par l’amour de l’eau. Avec La Vague, je suis passée du fleuve au lagon, et à l’océan. Angle mort est marqué par une langue périphérique — celle des banlieues (Aubervilliers…) et de la criminalité. Haute Voltige (Paris depuis les toits) reste marqué par la rencontre avec des Serbes et des volontaires de guerre.
« LE ROMAN S’OUVRE SUR LE VIOL D’UNE VAGUE, D’UNE CULTURE »
Pour La Vague, j’ai dû me glisser dans la langue des surfeurs. Ils ont des expressions d’une incroyable vitalité. Peut-être parce que, comme des policiers de l’antigang, à l’instant T, ils ne mentent pas. Qu’il s’agisse d’un forcené à maîtriser ou d’une vague titanesque à dompter, chacun se réfugie dans la puissance de la langue pour se donner du courage et braver la peur. Dans La Vague, j’ai également intégré des mots en tahitien car j’ai longuement réfléchi à l’intégration de la différence et de l’ailleurs. Ces mots sont des atolls de résistance. Des hommages aussi pour ne pas absorber complètement leur langue, le reo tahiti, longtemps interdite par la politique d’assimilation de la colonisation. Quant aux anglicismes du surf, ils montrent la porosité avec la culture américaine. Le roman s’ouvre sur un viol. Le viol d’une vague.Le viol d’une culture. »

3. - BLUES & POLAR : Quelle musique écoutes-tu en ce moment ?
INGRID ASTIER : « Présentement, la chanson Again du groupe britannique Archive qu’un lecteur, Cyril Bordeau, m’a conseillé. J’aime écouter les chansons que je ne connais pas en boucle pour mieux les pénétrer. Sinon, j’adore Darkside, la formation de Nicolas Jaar (un musicien américano-chilien) avec un guitariste d’exception, Dave Harrington. Comme mes romans, Darkside fait converser les genres. Et pour finir, la saison 3 de Newvelle Records [2], des amoureux fous de jazz qui ont sorti des vinyles d’une qualité rare qui combinent musique, photographie et littérature inédites. Pour leur saison 3, j’ai écrit Le Voyage de Zim — un tour du globe qui montre que le plus grand voyage est au fin fond de soi. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier
[1] Teahupo’o, la vague mythique de Tahiti, de Tim McKenna et Guillaume Dufau, Éditions Au Vent des îles, 2007.

[2 ]https://www.newvelle-records.com/

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  RODOLPHE OPPENHEIMER

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 Rodolphe Oppenheimer accompagne les personnes qui traversent des difficultés à des moments cruciaux de leur vie, générant ainsi les fameux coups de blues, mais aussi – et c’est bien plus grave – la dépression !
Le célibat, le couple, les enfants, l’éducation reçue, la sexualité, les relations parents-enfants, la famille… sont donc autant de causes de joie, mais aussi de souffrances qu’il entend dans son cabinet auprès de ses patients. Peurs, phobies, angoisses, sont au cœur de ses préoccupations, et ses ouvrages récents comme « Une Vie heureuse et réussie, Mode d’emploi » en attestent.

Dans cette optique, Rodolphe Oppenheimer, petit-fils de l’ancien président du Conseil Edgar Faure, initiateur du Nouveau Contrat social dans les années 70 avec Lucien Neuwirth - que j’ai eu le plaisir de rencontrer et photographier à plusieurs reprises pour Télé Magazine à l’époque - fumeur de pipe invétéré, mélomane et compositeur de nombreuses chansons françaises, a gardé de l’esprit de son grand-père, un goût pour la musique, et notamment le blues.
Et bien au-delà de ce que j’aurais pu imaginer en lui proposant d’être notre invité Blues du mois (par simple analogie) pour notre interview « 3 Questions à … »

1- BLUES & POLAR : Pour un psychanalyste, un patient qui vient en consultation et vous dit qu’il a le blues, qu’est-ce que cela vous inspire ?
RODOLPHE OPPENHEIMER : « Je dirais que le blues est un état de mal-être sans être pour autant dépressif. Mais ce n’est pas non plus de la mélancolie… En fait, c’est un moment de grisaille dans la vie, un épisode comme un nuage gris qui passe. On est mal, triste et passéiste très souvent. C’est plutôt l’âme qui va mal. Ça se dépasse par plusieurs techniques. Soit en consultant des spécialistes via des thérapies comportementales et cognitives ; et si on ne veut pas consulter, on peut aussi lire mon dernier livre « Une vie heureuse et réussie ; Mode d’emploi ». Mais un coup de blues ça peut passer tout seul, aussi facilement que c’est venu. C’est ce qu’on appelait avant « Middle âge crises » ou la « Crise de la quarantaine ».
« Le blues est un état de mal-être, sans être pour autant dépressif. Ce n’est pas non plus de la mélancolie mais on est triste, et passéiste très souvent. C’est plutôt l’âme qui va mal. »
Néanmoins, il faut être vigilant et ne pas faire n’importe quoi, car même si on essaie de se soigner par les plantes, certaines comme le Millepertuis peuvent faire des ravages. Le premier principe, c’est de se changer l’esprit, de faire du sport, s’oxygéner, et ne pas trop picoler… »

2- BLUES & POLAR : Musicalement parlant, est-ce que le Blues vous parle et vous inspire ?
RODOLPHE OPPENHEIMER : « C’est la musique que je mets dans mon cabinet après chaque consultation. D’ailleurs j’ai une play-list assez large qui part du blues des années 30 en Amérique, notamment Billie Holiday que j’adore. Mais je suis de ceux qui considèrent que la Musique créative s’est arrêtée dans les années 70. Je suis fan de John Lee Hooker, Willie Dixon… Je trouve qu’avec le blues, on s’échappe. Mais à part des gens atypiques comme vous et moi, Jean-Pierre, on a de la merde à la radio. On n’entend jamais de blues, ou parfois à petite dose sur France Inter.
« Young Boy Blues des Honeydrippers (Jeff Beck, Robert Plant, Jimmy Page) a changé ma vie ! »
Mais la musique que j’aime, c’est le Do woop, des années 50 cher à Bobby Vee, Dion, Roy Orbison. D’ailleurs, un jour, adolescent, en 1984, j’ai entendu « Young Boys Blues », un morceau qui a carrément changé ma vie. C’était un titre d’un groupe inconnu : les Honeydrippers. En fait, il s’agissait de quelques amis qui se sont retrouvés pour un double album : Jeff Beck, Jimmy page et Robert Plant. Excusez du peu ! C’était juste après Led Zeppelin…
JPEGDès le lendemain, j’ai pris le patronyme de Bad Boy Blues et j’ai enregistré peu après un album qui s’appelait J’ai mal d’aimer en retranscrivant instrument par instrument, le fameux titre Young boy blues qui était déjà une reprise de Ben E. King. Puis plus tard, un 2e album de dix titres baptisé Roop . Mon idée, c’est de faire comme mon grand-père Edgar Faure, qui en dehors de son importante carrière politique a été un compositeur de chansons ayant écrit pour Serge Reggiani et Jean-Claude Pascal, notamment. D’ailleurs, je compose des musiques et chansons depuis l’âge de 13 ans. »

3- BLUES & POLAR : Pourquoi écrivez-vous des livres ; pour démocratiser votre profession ?
RODOLPHE OPPENHEIMER : « Oui, pour donner accès – à un coût minime – à des personnes qui ne peuvent pas se payer des consultations de thérapeutes. Car il suffit parfois de 2-3 trucs pour faire passer un simple coup de blues ; mais pas une dépression ! Néanmoins, écrire c’est la liberté et beaucoup de plaisir. J’ai écrit un livre sur mon grand-père ainsi que « Sans totem, ni tabou » chez Ramsey. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 L’INTERVIEW POLAR VALERIE ALLAM

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 On ne la connaissait pas dans l’univers plutôt riche et fourni du Polar. Mais Jean-Louis Nogaro fondateur des éditions du Caïman à Saint-Etienne, déjà venu participer au festival Blues & Polar à Manosque, a le chic pour dénicher des auteurs qui se lancent dans cet univers où l’on trouve néanmoins un peu de tout, et où l’on finit – comme nous après quinze années de festival – par tourner en rond entre enquêtes de commissaires X, Y et Z, et des violences de plus en plus sordides, qui sont néanmoins le reflet de notre société. Valérie Allam pour son coup d’essai semble avoir trouvé une voie qui a séduit un public, avide d’autre chose. Peut-être de plus vrai tout simplement, même s’il lui a fallu pour cela tremper sa plume dans le roman noir, voire très noir ! Un début très prometteur qui prouve que de plus en plus les femmes trouvent leur place dans le polar.

1. BLUES & POLAR : Vous venez de recevoir le Prix Dora Suarez pour votre remier roman noir « Quatre morts et un papillon » paru aux éditions du Caïman. Coup d’essai, coup de maître ! Qu’avez-vous ressenti en l’apprenant ?
VALÉRIE ALLAM : « Le parcours d’un auteur est jalonné d’obstacles : l’écriture d’abord, qui est un travail solitaire pour lequel on n’a aucune garantie de débouché (notamment dans mon cas, puisqu’il s’agissait d’un premier roman), la recherche d’un éditeur, puis l’accueil des lecteurs. Chaque obstacle surmonté est une réussite en elle-même.
Mais la plus belle évidemment reste le retour des lecteurs. C’est ce que symbolise pour moi le prix Dora Suarez du premier roman : je suis lue et ma petite histoire est parvenue à toucher ses lecteurs. J’ai donc ressenti une grande joie et beaucoup de reconnaissance.
Mais ce qui a dominé avant tout, c’est la surprise ! Parce que je suis toujours pleine de doutes, j’ai eu du mal à y croire. Encore maintenant, la surprise demeure à chaque retour de lecture. Mais je les aime bien mes doutes. Ils me permettent d’avancer, d’essayer de progresser ».

« Je les aime bien mes doutes. Ils me permettent d’avancer, d’essayer de progresser »

2- BLUES & POLAR : Vous êtes passée de la littérature jeunesse à un autre monde ; celui du polar et du roman noir qui parle de notre société peut-être mieux que certains grands ouvrages de sociologie…. Pourquoi ce changement ?

VALÉRIE ALLAM : « En réalité, c’est l’inverse qui s’est produit. J’écrivais des nouvelles noires et René Turc, qui dirigeait les éditions Grandir à l’époque (il a pris sa retraite depuis), m’a demandé d’adapter un de mes textes pour la jeunesse. J’étais un peu sceptique sur le moment parce que je n’avais jamais écrit pour les enfants. Mais j’ai décidé de lui faire confiance et l’album Saudade di mar est sorti en 2012.
Je n’ai jamais cessé d’écrire pour les adultes et souvent du noir, voire exclusivement. Certaines de mes nouvelles sont publiées au format numérique par Ska Editeur (et je continue d’ailleurs à publier régulièrement chez eux sous le pseudonyme Louisa Kern), d’autres l’ont été dans des recueils collectifs (chez Luce Wilquin, Le Castor Astral, etc). Et aujourd’hui, il y a ce roman, Quatre morts et un papillon, aux éditions du Caïman ».

3- BLUES & POLAR : Pourquoi écrivez-vous Valérie ? Par besoin, par nécessité, pour le plaisir… ? Et (question subsidiaire !) que représente le blues pour vous ?
VALÉRIE ALLAM : « Je suis persuadée que ma vie serait plus simple sans l’écriture, parce que je n’aurais pas à courir après le temps par exemple. Mais j’écris depuis l’enfance, difficile donc de se réinventer. Davantage qu’un besoin ou une nécessité, il s’agit plutôt d’une relation réciproque au bien-être, au sens quasi-mathématique du terme : écrire fait partie des ingrédients qui contribuent à me rendre heureuse et réciproquement quand j’écris c’est parce que je me sens bien. C’est l’un et l’autre à la fois. Une relation réciproque donc, suffisante à référentiel constant, mais probablement pas nécessaire. Il y a tant de recettes différentes !
« Ecrire fait partie des ingrédients qui contribuent à me rendre heureuse »
Quant au plaisir dans l’écriture, je le ressens, oui, une forme de jubilation aussi. C’est ma part d’aventure à moi. Une façon de vivre plus, à l’intérieur. Et c’est très addictif. »

Le blues ?... « Le blues me renvoie immanquablement à Billie Holiday que j’écoute depuis l’adolescence. J’ai passé tant d’heures avec elle que je connais par cœur le moindre crépitement de ses vieux enregistrements. Elle me transporte dans un autre temps. Cette femme a connu une vie terrible. On souligne souvent le réalisme très noir de « Quatre morts et un papillon », mais il existe bien pire, et parfois aucune poésie pour l’adoucir… au moins pour Billie Holiday, y a-t-il eu la musique.
Je me souviens de ce que Sagan a écrit d’elle : « Elle se tenait au piano comme à un bastingage par une mer démontée. Les gens qui étaient là l’applaudirent fréquemment, ce qui lui fit jeter vers eux un regard à la fois ironique et apitoyé, un regard féroce en fait à son propre égard.
« Billie Holiday, en l’écoutant je pense à elle, et c’est moi qui m’agrippe au bastingage, sur sa mer démontée, d’un bleu qui vire au noir »
Cette férocité envers elle-même me bouleverse. C’est la lucidité devant le naufrage et le vertige d’un autre possible qui lui a échappé. En l’écoutant je pense à elle et c’est moi qui m’agrippe au bastingage, sur sa mer démontée, d’un bleu qui vire au noir. Je chavire à chaque fois. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 L’INTERVIEW BLUES ALAIN LEADFOOT RIVET

1. BLUES & POLAR. Tu viens de participer, via trois titres (Long grey mare, Rolling man et Watch out) à un Hommage à Peter Green imaginé par le guitariste Fred Chapellier, qu’on connaît comme le guitariste attitré de Dutronc mais aussi des Vieilles Canailles (Johnny Hallyday, Eddy Mitchel et Jacques Dutronc). Parle-moi de ce CD, de Fred Chapellier… et de Peter Green.
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ALAIN LEADFOOT RIVET : « Fred Chapellier, je le connais depuis longtemps. En fait, on est né le même jour… mais à 20 ans d’écart ! Et c’est lui, le plus jeune ! Au départ c’est un batteur qui est passé un jour à la guitare, avec réussite. On s’est rencontrés au Cahors Blues, très beau festival de blues dans le Lot, où il jouait avec son groupe pour le repas des VIP. J’y étais avec le bluesman Duke Robillard, et j’ai vraiment apprécié son jeu de guitare.
On a fait connaissance et je l’ai mis en contact avec Neal Black (venu deux fois à Blues & Polar). Car j’avais monté avec ce dernier et Pat Boudot-Lamot, une formation appelée les Drinkhouse preachers. Et parfois, Fred Chapellier s’est joint à nous.
En 2009, quand il a créé un studio d’enregistrement à Chalon-en-Champagne, je suis allé enregistrer mon album là-bas, car j’habite une bonne partie de l’année dans l’Est.
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« PETER GREEN ÉTAIT LE SEUL GUITARISTE A FILER LE FRISSON A BB KING ! »
Pour ce qui est de Peter Green (que j’ai fait tourner) il faut rappeler aux plus jeunes qu’il a été – entre autres - le guitariste de John Mayall et qu’il a co-fondé le célèbre groupe Fleetwood Mac en 1967. C’était un prodigieux guitariste – le seul à donner le frisson à BB King !!! - mais dans les années 70, au cœur du succès et au cours d’une soirée acid à Munich, on lui a mis du LSD dans son verre… et son cerveau a littéralement explosé. Il a survécu, mais a disparu près de vingt ans. Rien ! Nada ! Cependant, dans les années 90, des musiciens qui l’aimaient profondément ont créé The Splinter group autour de lui et de ses morceaux. Il s’est donc remis à jouer jusque dans les années 2000. Mais il ne joue plus aujourd’hui. Fred Chapellier essaie donc de faire revivre sa musique au travers de ce CD, et il m’a proposé de participer à un enregistrement en live lors d’un concert au Club Manureva de Charleville-Mézières dans les Ardennes. J’étais avec Ahmed Mouici de Pow Wow fin février 2018, et je suis intervenu sur six titres.
Fred en a retenu trois, car le CD est un simple. Mais c’est aussi le dernier CD du label Dixiefrog que j’avais créé avec Philippe Langlois, car Philippe en a marre. Les CD ne se vendent plus aujourd’hui. Et tout le monde achète sa musique sur Internet. »

2. BLUES & POLAR. Le Blues, cela représente quoi pour toi ?

ALAIN LEADFOOT RIVET : « C’est un peu le bleu à l’âme, en fait. Mais la musique blues ça représente toutes les émotions humaines. Néanmoins, si la tristesse est souvent omniprésente, ce n’est pas que ça ; loin de là d’ailleurs ! On a du sexe et de la politique aussi, surtout dans les années 60 comme avec J-B Lenoir. Le Blues est une musique profane et païenne, alors que les Spirituals étaient sacrés. Et le Gospel – qui veut dire l’Evangile – a pris la suite en y mêlant le Rythm and Blues. Et ça a donné la Soul music !

« UN SOIR RÉUSSI D’OTIS RUSH, C’EST FRISSON ET ÉMOTION GARANTIS ! »

Je suis venu au Blues à la fin des années 50 quand mon cousin germain m’a fait écouter Ray Charles. Wooahh ! J’ai vraiment adoré cette voix, cette émotion, ce feeling…. Puis j’ai écouté Muddy Waters, puis de la Soul… Bref, j’ai eu plein de périodes car à cette époque d’après-guerre il y avait plein de styles qui naissaient via l’électrification des guitares. J’ai découvert le rock anglais avec les Turnips, puis j’ai créé le groupe Rocking Chair. On faisait un mélange de country, blues et rock. J’ai eu aussi une période chanson française avec les Murators et j’ai enregistré chez Vogue. Après, j’ai eu une culture jazz en bossant avec le responsable des achats Jazz chez Gibert Jeunes à Paris. Ca m’a bien plu, puis j’ai chanté dans Hair pendant deux ans (1969-1970) à Bruxelles. Ça tournait vachement bien, et je devais aller avec eux à Munich…
En fait, je me suis retrouvé animateur pendant trois saisons très débridées au Club Méditerranée en Algérie, puis à Marrakech et à Mooréa. C’était vraiment la grande époque du Club !
C’était aussi l’époque du Big Bazar de Michel Fugain et j’ai été engagé dans sa maison d’édition. C’est le moment où je suis devenu ami d’Alain Bashung et il a écrit deux titres pour moi qui sont sortis sous le nom d’Alain Ryvet. Voulzy m’a fait trois titres aussi. Ça a été un succès d’estime avant tout. Mais le Blues est revenu à la surface quand j’ai rencontré Patrick Verbeke. Là, j’ai enregistré 24 titres avec lui chez RCA, et on a monté Rockin’Chair qui a duré de 1979 à 1985.
On a vendu 100 000 simples et 50 000 albums, mais on n’a jamais rien touché car la maison de disques a fait faillite ! J’ai donc créé le label Dixiefrog avec Philippe Langlois en 1986, et on a enregistré de la country, du rock, mais du blues principalement. Cependant le Blues ne nourrit pas son homme. Peu en vivent professionnellement en France. C’est le revers du syndrome du guitar-hero. Car le Blues a toujours été considéré comme une niche et la musique libre sur Internet a tout fichu en l’air. Aujourd’hui, tout est gratuit et c’est complètement débile. En France on a Bill Deraime et Paul Personne qui tournent et vivent du Blues, après c’est basta ! Moi depuis que je suis devenu Leadfoot Rivet, ça marche mieux. Comme Nicole Croisille quand elle est devenue Tuesday Jackson pour « I’ll never leave you » qui a cartonné. Ce qui ne l’a pas empêchée de se faire plumer par son producteur, néanmoins…. »

3. BLUES & POLAR. La littérature, l’écriture et la poésie tiennent une part importante dans ta vie. Quelle est l’origine de ces trois passions ?
ALAIN LEADFOOT RIVET : « J’ai commencé à écrire des textes dans les années 70 avec Pierre Grosz (compositeur de Michel Jonasz et Polnareff) qui avait toujours un carnet et un crayon sur lui. Il m’a conseillé de faire pareil. Et j’ai suivi le conseil.

« LA POÉSIE, C’EST LE MEILLEUR MOYEN D’ EXPRESSION DES SENTIMENTS SANS AUCUNE LIMITE ! »
Récemment, quand j’ai pris ma retraite d’organisateur de tournées Blues, je me suis mis un peu plus à la poésie. J’en ressens le besoin car c’est le meilleur moyen d’expression des sentiments, sans aucune limite. Pour ce qui concerne la lecture des polars, les Scandinaves sont à la mode, et c’est vrai qu’ils sont bien ; mais je suis très conservateur dans le genre et j’aime par-dessus tout les vieux classiques. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 L’INTERVIEW POLAR PIERRE POUCHAIRET

Prix du Quai des Orfèvres 2017 avec « Mortels Trafics »

 Venu à deux reprises au festival Blues & Polar, Pierre Pouchairet était un auteur quasi-méconnu lorsque nous l’avons reçu la première fois à Manosque, pour ses deux romans « Une Terre pas si Sainte » et « La Filière afghane ». Des polars (malheureusement) prémonitoire à l’instar des attentats meurtriers qui se sont déroulés sur le sol français, via le massacre de la rédaction de Charlie-Hebdo, l’opération kamikaze ratée au Stade de France, lors de France-Allemagne, puis le carnage des Terrasses de Paris et du Bataclan.
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L’ancien flic de terrain parti du SRPJ de Versailles, puis Nice, Lyon, Grenoble….avant d’être chargé de la Sécurité intérieure à Kaboul (Afghanistan) possède en effet une acuité d’esprit qui en font un observateur averti, lucide, et pas naïf pour un sou, qui a le mérite d’appeler un chat… un chat. Et de savoir mettre au jour, en les couchant sur le papier, des vérités de trafics d’intérêts financiers et crapuleux - à première vue contradictoires - mais qui pourtant existent bel et bien au Moyen-Orient entre Israéliens, Palestiniens, Daech, Al Quaïda…. Et j’en passe !
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Auréolé du Prix du Quai des orfèvres en 2017 - le dernier remis au mythique 36 du même nom – pour son « Mortels Trafics » paru chez Fayard, Pierre Pouchairet a pris aujourd’hui, une autre dimension, mêlant la géopolitique au thriller, mais avec cette faculté terrorisante que « tout peut arriver » désormais dans notre monde, sans que ce soit un chef d’état qui appuie sur un bouton rouge ; mais plutôt un fou d’on ne sait quel dieu ou prophète totalement allumé, bourré de Captagon, et capable d’utiliser sa propre vie, via internet, au-delà de tout ce que l’on peut imaginer…
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BLUES & POLAR : Tu sors un polar breton en cette fin d’année ; Mais c’est quoi un polar breton Pierre ? Ça sent les crêpes, les langoustines et le chouchen, la marée, les embruns, les bonnets rouges... et l’ankou ?
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PIERRE POUCHAIRET : "C’est une bonne question. Je n’aime pas trop cette appellation de polar breton. Le polar régional, il y a, certes, les fans qui aiment retrouver des endroits qu’ils connaissent, soit parce qu’ils y vivent, soit parce qu’ils y vont en vacances. Mais, soyons clairs, un polar régional c’est avant tout un polar !
Dans une vision un peu nombriliste, peut-être parisienne d’ailleurs, on a l’impression que lorsque tu as un livre avec trois noms de rues à Paris, c’est un polar national. Tu donnes deux noms de rues à Châteauroux, ça devient régional. Tuez-les tous… mais pas ici, sorti chez Plon en janvier débute en Bretagne. Ce n’est pas, pour autant, un polar régional. Je pense qu’il faut dépasser l’appellation et se pencher, avant tout, sur l’histoire.
En Bretagne il y a, comme dans d’autres régions, plusieurs éditeurs qui sortent des romans policiers qui se passent dans la région Bretagne. Je demeure à l’Ile-Tudy qui est la commune ou vit le grand maître du genre, Jean Failler, auteur de Mary Lester. Un auteur discret que peu de gens connaissent dans le monde de l’édition nationale et qui est pourtant au top des ventes avec plus de 200 000 exemplaires vendus chaque année. Il publie chez Palémon et m’a proposé de débuter une série chez eux. J’ai adoré cette idée et je suis très fier de la série que je publie maintenant chez cet éditeur. Et voilà Léanne, l’héroïne de Mortels trafics, mon prix du quai des orfèvres, mutée en Bretagne à la tête de la PJ de Brest. Elle va retrouver deux copines d’enfance, une médecin légiste et une psy. Quand elles ne sont pas en enquête, une passion les relie, la musique, et elles écument les clubs de la région pour jouer du Blues.Donc, tu vois bien que mes polars bretons c’est avant tout Blues & Polar."

2— Tu as quitté la Bretagne pour le Cameroun. Pourquoi ? A quand un polar camerounais ?
Pierre Pouchairet : « Je demeure effectivement plus de la moitié de l’année au Cameroun… Pourquoi le Cameroun ? Comme pour la Bretagne… Histoire de femme, ma femme ! C’est mon épouse qui est bretonne, raison pour laquelle nous avons une maison dans le Finistère. Et elle vient d’être nommée au Cameroun pour diriger l’institut français de Yaoundé, nous vivons donc là-bas. Pour être ensemble, je limite mon temps en France et je reviens occasionnellement pour participer à des Salons. Un roman camerounais ? Évidemment. J’ai déjà écrit une soixantaine de pages qui attendent une suite. J’ai écrit sur les pays dans lesquels j’ai vécu ou travaillé : Afghanistan, Turquie, Cisjordanie… Le Cameroun n’y échappera pas. »

3- Pourquoi écrire Pierre ? Par plaisir, besoin, nécessité ?
Pierre Pouchairet : « Pour se faire plaisir d’abord. Je crois que c’est la première motivation. Les plaisirs sont divers, d’abord le temps de l’écriture, la création des personnages, puis le partage avec l’éditeur, l’élaboration du livre, le plaisir d’assister à sa naissance et sa commercialisation et puis attendre les retours, connaître des journalistes comme toi, des blogueurs, des libraires… Partager avec les lecteurs et fréquenter d’autres auteurs. J’adore l’ambiance des salons. Écrire des livres, c’est tout ça et pour le moment ça me plait. J’arrêterai quand j’en aurai marre. »

J.-P.T

  DOM MICHEL PASCAL, LE PÈRE-ABBÉ ÉMÉRITE DE L’ABBAYE DE GANAGOBIE, S’EN EST ALLÉ...

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 Au carrefour des années 90, le Père-abbé émérite Dom Michel Pascal a été l’artisan de la venue de la communauté Bénédictine de l’abbaye de Haute-Combe implantée en Savoie sur les rives du lac du Bourget, au monastère de Ganagobie (Alpes-de-Haute-Provence), en surplomb de la Durance. Agé de 77 ans, il était très apprécié hors des murs – même des non-croyants - pour la générosité, la fraternité et la chaleur humaine qu’il dégageait ; lui qui avait voué dès son plus jeune âge son âme en la foi chrétienne. Avec sa haute stature, sa soutane noire lui allant comme un gant, et son éternel sourire à la commissure des lèvres, Michel Pascal, incarnait une joie de vivre éternelle à n’importe quelle heure de la journée ; comme une aptitude innée au bonheur intérieur...
C’est le dimanche 9 septembre au petit matin, après la prière nocturne dite des Vigiles, qu’il aimait tant, que le socle de Ganagobie a vacillé, victime d’un AVC. Celui, qui depuis plus de 50 ans se levait chaque jour en pleine nuit et aux aurores – comme ses frères - pour prier, chanter, méditer ou travailler pour la communauté ne s’est plus relevé, et malgré une longue lutte contre la mort, s’est éteint le 28 décembre à Marseille. Ses obsèques ont eu lieu le 31 décembre à l’abbaye de Ganagobie où il repose désormais dans le petit cimetière voisin…

Cette nouvelle a profondément attristé les organisateurs du festival Blues & Polar à Manosque où il avait été invité par deux fois. En 2011, pour le festival consacré à L’Amour fou coïncidant avec la sortie de son livre A quoi servent les moines ? (Editions Bourin) co-écrit avec Charles Wright- qui ne lui a pas valu que des amitiés - puis en 2012, pour parler du Parfum dans la religion.
J’avais eu la joie de revoir Michel Pascal le vendredi 29 juin 2018, une heure avant l’office de midi. Il m’avait fait découvrir - lui le caviste de l’abbaye - une délicieuse Liqueur de mangue dont je garderai les effluves et l’âme pour toujours.
Blues & Polar s’associe pleinement à la peine de toute sa famille que nous avions croisée lors de son jubilé le 9 juillet 2012, et lui présente ses condoléances émues.

Jean-Pierre Tissier président de Blues & Polar
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* Témoignage de Charles Griffith (retraitant de longue date) présent à ses obsèques
« C’est sa totale ouverture de cœur et d’esprit, sa immense tolérance et son inépuisable énergie spirituelle qui avaient permis au Père Michel Pascal de refonder ce monastère et d’attirer à lui toute une communauté bigarrée de croyants, de croyants « autrement » et de « moins » croyants ; c’était l’âme vivante de ce monastère, ce qui rendait d’ailleurs ce dernier si différent des autres. Alors, ne pouvait-on pas ajouter un mot, un seul, dans l’homélie lors de ses obsèques ? La charité. Le Père Michel avait bâti un socle magnifique, à la dimension de sa foi. Cette communauté sera-t-elle demain en mesure de transformer l’essai et de continuer de bâtir une petite « Jérusalem terrestre » « dans la charité du Christ » ? Arriveront-ils à retrouver cet équilibre fragile entre l’ouverture à Dieu et l’ouverture à l’Homme, que le Père Michel avait trouvé et qui, paradoxalement, en faisait tousser quelques-uns... Il faut sincèrement le leur souhaiter. »

Le site de Blues-et-polar.com lui avait consacré une longue interview au Père-abbé Michel Paschal, fin 2014. Nous vous la proposons de nouveau aujourd’hui

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 Père Michel Pascal, votre livre A quoi servent les moines ? a-t-il changé votre vie ?
"Non ! J’en ai vendu plus de 300 exemplaires les deux premières années, puis une centaine par an depuis. Mais il continue à intéresser un certain public et on le trouve encore au magasin du monastère de Ganagobie. En revanche, ce livre m’a intensifié, et m’a poussé à être toujours dans la fidélité de Saint Benoit qui a fondé notre ordre. Mais c’est vrai que j’ai été invité à Paris, Tours, Lyon, Marseille, Chambéry… pour parler de ce livre - ainsi qu’à Blues & Polar à Manosque deux fois et c’était très enrichissant. Mais je suis quand même moine avant tout ! »

 Lors de votre jubilé en juillet 2012, vous m’aviez confié que 2015 sera une très grande année pour Ganagobie ?
« Incontestablement ! Nous préparons trois fêtes religieuses pour les 150 ans de la fondation (à Marseille) de l’abbaye de Solesmes (Sarthe) devenue Sainte Marie-Madeleine de Marseille, patronne notre communauté de Ganagobie. Et c’est un événement ! Mais il faut se rappeler qu’en 1905, en raison de la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, la communauté de Sainte-Marie Madeleine s’est exilée en Italie à Chiari, près de Brescia. Et c’est de là qu’est sorti Giovanni Battista Montini qui allait devenir le pape Paul VI, juste après Jean XXXIII. Pour ces trois fêtes nous recevrons les religieux de la région, les provençaux et les amis proches ».

 Lorsqu’on est moine à Ganagobie vit-on en autarcie totale, complètement coupé du monde et de la vie actuelle (TV, journaux, élections, internet…) ?
"Pour être clair, dans les monastères, nous sommes informés surtout par les journaux. Ici on lit La Provence pour les informations de la région et La Croix. Je les parcoure et j’ai su ainsi que le pape François s’était rendu en Turquie et était allé à Constantinople, à Sainte Sophie et à la Mosquée bleue. Ce sont des gestes importants. Mais certains frères sont des passionnés de football et suivent l’OM ; moi pas ! Il faut dire aussi que mon travail de caviste est très prenant, car le vin tient une place importante et symbolique dans la religion . »
Quel souvenir gardez-vous de vos deux passages au festival Blues & Polar de Manosque, aux côtés d’écrivains et de bluesmen ?
"J’ai le souvenir de beaux moments de convivialité à la chapelle de Toutes-Aures, avec un public nombreux et intéressé, et des auteurs très sympathiques. »

Le prochain thème de Blues & Polar en 2015, sera « Le Secret » A quoi pensez-vous ?
« Au secret des cloîtres qui n’existe pas... et à Polichinelle ! »

  [LE CONTE DE NOEL DE BLUES & POLAR]

Mi, ré, la. Trois accords bluesy calqués à jamais sur le tempo d’un cœur palpitant. Trois accords en forme de vie, sans cesse renouvelés par l’esprit de ceux qui les jouent ; qu’ils soient nés des vieux majeurs de Robert Johnson, mort à 27 ans, qui aurait vendu son âme au blues dans les années 30 pour jouer comme un dieu, ou de l’index pointé de Poppa Chubby colosse new-yorkais des années 2000 faisant miauler sa gratte avec la virtuosité d’un chat persan caressant une pelote de laine.JPEG
Mi, ré, la. Comptez-vous trois ! Ces accords-là, tels un leitmotiv chavirent mon cœur depuis l’adolescence. Depuis que je suis tombé, il a bien longtemps, au Prisunic de Puteaux, sur un 45 tours de Sonny Terry et Browie Mac Ghee en soldes, alors qu’à deux pas de là, Claude François pas encore entouré de minettes, dédicaçait « Belles, Belles, Belles » qui venait tout juste de sortir. Heure du choix déjà …

J’ai toujours aimé le son du blues, allez savoir pourquoi ? Un coup de spleen ou de bleu à l’âme, une mauvaise passe dans le boulot, un tracas sentimental… et j’enclenchais une cassette d’ Howlin Wolf – j’adorais cette voix rauque de loup enroué – et alors, la magie opérait. Ma main saisissait mon Blues Harp doré, un harmonica diatonique accordé en la (édition limitée pour le centenaire d’Hohner) , que m’avait offert mon beauf, un dingue de Pink Floyd. Et quand je soufflais dedans, un bonheur fou me submergeait chaque fois, comme si je criais dans les trous, aussi fort que pour la naissance d’un enfant.
J’étais heureux, quand mes lèvres, par instinct et oreille simplement, se posaient sur les bons orifices ; ceux d’où naissent les notes justes et harmonieuses ; mais aussi, nichées entre elles, celles que le blues génère, inconnues de la gamme, autant parlées, avalées, mâchées que soufflées, empruntées au temps et à l’envie du moment. Ces fameuses notes qui n’existent pas, jouées entre passion, extase et contentement. Comme un ut libertin hors de sa route, un son rauque comme une plainte ou le feulement d’une panthère en quête d’absolu immédiat. De ces sons semblables à ceux que Mark Feltham , mon icône, l’harmoniciste sorcier de Nine Bellow Zero extirpe de son « ruine babines » , tel un magicien de la Piste aux étoiles. Magie folle et éternelle du spectacle !

Quand j’étais ado – encore sans voiture - je prenais souvent le train avec mes potes de Puteaux pour aller à l’Omnibus, salle mythique de Bécon-les-Bruyères qui n’avait rien d’une campagne verte et rieuse, pour y découvrir les groupes anglais qu’on entendait sur Europe 1, France Inter (la nuit) et Radio Luxembourg, chez Fillapachi, Franck Ténot, Michel Lancelot, Sam Bernett, Claude Villers, et dans les fameuses « Nocturnes » de Georges Lang. Là où un soir, l’oreille collée au transistor sous les draps, j’ai pu entendre – en direct de Détroit – le son de folie tonitruante du sax de Jr Walker embrasant « Roadrunner »…
C’est sûrement là, sans le savoir ou le pressentir, qu’est née ma passion pour ce petit bout de ferraille et de bois, troué de toutes parts pouvant souffler comme une locomotive dans la plaine africaine, rugir tel un lion en furie ou s’envoler poétiquement sur des mots libellules, délicats et papillons.
Taste, Cream, Yardbirds, Canned Heat, Antoine le frenchie aux chemises à fleurs, Joe Lebb et ses Variations… Je les ai tous vus à l’époque, et tous avaient un harmonica en poche qu’ils extirpaient à longueur de set. Je me souviens - encore avec stupéfaction - des Pretty Things avec Phil May massacrant sa guitare sur son ampli, de Rory Gallagher envoyant – déjà - entre deux Guiness, ses riffs aux anges, accroché au manche de sa mandoline Fender à l’Olympia. Un bijou d’instrument comme il en existe guère, et qui me rappelle la Bretagne, ses cafés aux ambiances irlandaises, où là aussi l’harmo est roi de Trebeurden à Dublin.
Mais ce soir-là, bien des années plus tard, j’avais du bleu à l’âme…
A quelques heures de Noël, seul dans ma chambre, j’ai ressenti comme chaque année, cette profonde incertitude des sentiments devant cette Nativité signifiant le bonheur intense des uns face à la misère des autres. Je me suis rappelé aussi, que le 24 décembre était depuis bien longtemps, bien avant Jésus, la date du Solstice d’hiver, symbole très fort dans toutes les communautés du monde, car on craignait que le jour ne revienne jamais..
Et cette ambiguïté hasardeuse m’a tiraillé une nouvelle fois fortement, à m’en enlever toute initiative festive, même païenne. D’ailleurs Dieu, même si j’apprécie toujours le principe de s’aimer les uns, les autres, je n’y crois plus guère…. Mon Blues Harp tout proche, m’est alors venu en aide, fleurant sous mes lèvres des notes subtiles que je ne connaissais pas.
Sur mon lecteur CD, tournait un vieux BB King « Sitting on the top of the world » (Assis sur le toit du monde) interprété par mon pote Alain Leadfoot Rivet et le guitariste américain Roy Rogers, amoureux de la « french life » et ses bons vins… Les notes, ces notes-là particulièrement, semblaient courir dans ma tête, envahir mon âme, comme si un orchestre entier me parcourait du cerveau aux orteils. Et plus je soufflais dans l’harmo, plus le son se faisait fauve. Des images jaillissaient dans mon esprit. Couleurs indiscernables s’entremêlant en d’incroyables fondus-enchaînés. Matisse côtoyait Magritte, Andy Warhol et Balthus. J’étais parti dans un voyage aux confins du rêve, soufflant dans mon caillou magique à en ignorer le temps et l’heure. Mon Blues Harp était devenu pareil à ces pierres enchantées de la Baie d’Audierne que Per-Jakez Hélias évoquait dans son « Cheval d’Orgueil » pour leurs vertus magiques à chanter ou à pleurer, perdues dans le vent et les embruns.
Plus je jouais, plus le temps passait, un sablier sans fin dépassait les heures. J’avais maintenant atteint les notes graves. Celles qui feulent plus que les autres, quand j’entendis soudain dans le lointain, une rumeur sourde monter vers le ciel… Je levais le regard, regardant les aiguilles de l’horloge, coincées à la verticale, superposées intimement dans une étreinte passagère et minutée. Il était Minuit. Bon sang, c’était Noël. Il était né de nouveau, le Divin Enfant, sonnez hautbois, résonnez musettes !
Dans la chapelle du bout de la rue, les Chrétiens célébraient la nativité en chantant. J’avais tout oublié, assis sur le toit du monde que j’étais, avec Leadfoot Rivet et Roy Rogers. Je soufflais alors de surprise et de hâte dans le petit lingot doré. Et il en sortit une note inconnue, semblable à nulle autre. Une note bleue ! La « blue note » parfaite, celle inspirée aux plus grands, de Miles Davis à Chet Baker.
Elle était légère et puissante à la fois. Pas un mi, ni un ré, ni un la. Pas un sol, ni un do ou un fa. Elle était là, dans l’espace, en boucle dans ma tête, comme un riff fixé à jamais dans mon esprit. Comme Bill Wyman quand il claqua, pour l’éternité, les premiers riffs de Jumpin’Jack flash…
Mais quand j’ai voulu la jouer de nouveau, rien n’y fit. Toute la gamme y passa, à l’endroit, à l’envers, mais aucune altération divine ne se reproduit. J’avais donné vie à une note bleue au moment du Minuit Chrétien, un instant où le temps suspend son cours chaque 24 décembre. Alors ? Comment reproduire cette blue note ? Le mystère est peut-être finalement dans l’amour des autres. Cette phrase que - sans être croyant – j’essaie de pratiquer le mieux possible, chaque jour de ma vie, avec le plus d’humilité.
Mais aussitôt me vint à l’esprit la légende qui veut que le blues, musique des esclaves noirs, soit la musique du diable. Que Robert Johnson, John Lee Hooker, Muddy Waters, Howlin Wolf, JB Lenoir… et tant d’autres – même des blancs – avaient signé des pactes dans la moiteur des bayous. Qui donc avait soufflé dans mon Blues Harp à minuit ? Un ange… ou un démon ?
Depuis, le Blues ne m’a plus jamais quitté, car il est la musique de toutes les émotions de la vie.

Jean-Pierre Tissier

  AGNÈS NAUDIN

 Un bébé secoué, un viol sur mineure, un viol conjugal... La violence et la maltraitance sont au cœur de sa fonction. Avec « Affaires de famille » Agnès Naudin (33 ans) publie son premier ouvrage aux éditions du Cherche midi. « Quand les gens me demandent quelle est ma profession, je leur réponds que je suis capitaine de police au sein d’une Brigade territoriale de protection de la famille, la réaction est souvent la même : »Ce doit être dur comme métier, non ?« Si je réponds non, je passe pour insensible. Si je réponds oui, je leur mens. »

* Agnès Naudin qui a fait la Une de VSD et effectué plusieurs apparitions sur les médias (France 3, TMC, BFM TV, France info, France Inter, RTL avec Marc-Olivier Fogiel…) est notre invitée "polar » du mois de novembre sur blues-et-polar.com

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1.- BLUES & POLAR : Pourquoi avoir voulu écrire et décrire le quotidien au sein d’une brigade de police alors que vous êtes toute jeune dans ce métier ? Est-ce pour faire découvrir cette facette un peu méconnue de la Police nationale que sont les affaires de famille ?

AGNÈS NAUDIN : « Pas du tout ! Au début, c’est parce qu’il y avait eu une affaire dont j’ai eu à traiter qui m’a profondément troublée. J’ai commencé à écrire là-dessus, pour moi, comme des notes, mais sans aucun objectif. Et puis j’ai rencontré par hasard un Adjoint de la mairie de la ville où j’habite en région parisienne qui était directeur de publication aux éditions du Cherche Midi. Je lui ai parlé boulot, et je lui ai faire lire ce que j’avais écrit. Mais - sans mon autorisation ! - il a fait lire ce texte à la directrice du Cherche Midi à qui cela a plu. Mais à moi non ; j’étais plutôt furax ! Néanmoins, en décembre 2017 j’ai rencontré cette directrice qui a fini par me convaincre d’écrire sur mon métier, et sur ma vie privée de mère célibataire en même temps.

LA PHRASE : « J’ai mis du temps pour accepter ça, mais il faut savoir que la famille est un sujet qui dérange, car ça peut arriver à tout le monde. Alors, on préfère souvent ne pas savoir. »

Je le vois dans mes enquêtes ; ce sont des sujets si particuliers et si difficiles, et qui ne rendent pas insensibles une jeune maman comme moi. Alors, j’ai pris la plume pour témoigner car il y a une évolution certaine dans le concept de la famille et Internet a un rôle énorme là-dedans. La violence dans les familles et notamment celle faite aux femmes, on en parle plus aujourd’hui, mais il y en avait autant avant. Il faut se souvenir que nous avons un retard incroyable en France dans le domaine de l’égalité homme-femme. »

2.- BLUES & POLAR : Au début de votre livre, vous parlez (et plutôt bien d’ailleurs ! ) de la mort, et de son manque de prise en compte au sein de la Police nationale.
À votre avis, cela est-il voulu, ou est-ce simplement un manque de moyens ?

AGNÈS NAUDIN : « Je pense que la mort au sein des effectifs de Police nationale devrait être traitée via le domaine collectif.
Mais parler de la mort dans la Police en France, ça veut dire de préparer des gens psychologiquement, et ça amène obligatoirement à parler de la foi. Car on est obligé d’en tenir compte. Et c’est une conviction individuelle et personnelle !
Je pense donc que s’il fallait faire une préparation à la mort dans notre métier, ce serait de manière individuelle. En fait, on en parle surtout quand ça arrive. Comme dans les suicides de gardiens de la paix ou dans une mort en service …Là, on nous propose toujours d’aller voir quelqu’un via les cellules psychologiques. Mais c’est toujours après !
Dans ma fonction, je suis parfois choquée par certains événements auxquels on doit assister comme des autopsies de bébés secoués ; mais on n’est jamais obligés. Il y a une équipe à laquelle on appartient et qui est par nature, très soudée et solidaire. Il y a donc toujours quelqu’un qui est prêt à prendre notre place pour nous remplacer. Ça m’est arrivé lors du suicide d’un collègue. En fait, on est comme au rugby, on pousse tous ensemble. Et on apprend à relativiser au fil du temps. J’ai un collègue qui a réussi - dans le cadre de son enquête - à assister à l’autopsie d’un petit garçon de 11 ans alors qu’il en a un du même âge.
Mais certains partent de la Brigade, car à un moment car ça devient trop dur…
On a aussi des tensions entre nous parfois, mais dans ce genre de Brigade la solidarité sera toujours le médicament.

LA PHRASE : « Paradoxalement, c’est très dur de sortir de là, sauf pour aller à la Crim (Brigade criminelle). »

Un dossier de trafic de Stupéfiants, c’est bon ; c’est récurrent ; mais chez nous il y a vraiment de tout, et notamment tous les travers de la psychologie humaine qui – paradoxalement, malgré l’horreur parfois - permet de ne jamais se lasser.
Néanmoins, il faut se laver l’esprit régulièrement, et on fait tous beaucoup de sport, et ensemble de surcroit ! On nage, on court, on joue au foot… C’est très important ! »

3.- BLUES & POLAR : Vous mêlez votre vie professionnelle et votre vie privée de mère célibataire dans ce livre. C’est un vrai choix d’écriture ?

AGNÈS NAUDIN : « Au départ, c’est un choix de la directrice des éditions du Cherche Midi qui me l’a suggéré… et j’y ai longuement réfléchi. C’était compliqué, mais on ne me l’a pas imposé vraiment. Mon questionnement, c’était « Est-ce que je dois être transparente sur ma vie ou pas ? Car mon objectif, ce n’est pas de régler des comptes. J’ai donc accepté parce que je suis comme plein de femmes ordinaires. Et j’ai pensé que ça pouvait être utile. Mais ça je ne le voyais pas au départ. En revanche, j’ai gardé pour moi seule, le partie privée de ma vie amoureuse, car c’est personnel.

LA PHRASE : « On n’est pas juste des flics. On a aussi une vie ! Mais la plupart des gens qu’on croise disent qu’on doit être plus forts qu’eux. »

J’ai trouvé ce travail d’écriture intéressant, et n’ayant aucun recul je l’ai fait avec mon for intérieur. C’est du brut ! Je l’ai écrit quand je vivais des histoires….
J’ai d’ailleurs commencé le deuxième qui sera consacré aux Ados et le porno. Et tout ce que cela génère chez ces gamins et gamines.
Quand on regarde ça à la télé, on prend ça pour une fiction, mais ça arrive aussi. Et nous, on est confrontés à ça en permanence. Il faut que les gens ouvrent les yeux ! Car ces viols « en famille » ont des conséquences dingues. Tout ça, j’arrive à l’écrire, parce que c’est du vécu.
Mais en revanche, je serai bien incapable de passer du témoignage au roman un jour. Inventer, ça je ne sais pas faire. »

LA PHRASE : « Etre une lanceuse d’alerte, en ce moment, ça m’intéresse. Car avec toutes les familles recomposées dont les enfants vivent ensemble par intermittence, sans vraiment de liens de parentés, il y a une recrudescence de viols au sein de ces fratries qui n’en sont pas par le sang. Et c’est un vrai sujet !. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

  WALTHER GALLAY CHANTEUR DE CAFÉ BERTRAND

 Né du côté de Thonon-les-Bains en Savoie, au début des années 90, le groupe Café Bertrand – fan absolu de Noir Désir – a débarqué dans les Alpes-de-Haute-Provence peu après, et y a fait son trou ; se produisant notamment dès son arrivée, avec de nombreux autres groupes alpins, aux 10 ans de la Rubric’A’Rock du quotidien Le Provençal sur l’hippodrome d’Oraison, devant plus de 3000 personnes, puis en première partie de BB King en 1995, aux défuntes Festives de Font-Robert initiées par Robert Pasquier. Depuis, Café Bertrand a mené sa route de bars en scènes, et inversement, jusqu’aux gigantesques concerts du Stade de France ou du Zenith de Marseille en première partie de Deep Purple ou AC/DC.
Vingt ans plus tard, Café Bertrand est toujours là, même s’il ne reste plus de la formation des débuts, que le fidèle Alain Perusini à la basse aux côtés de Walther Gallay, fondateur et âme de ce groupe pas comme les autres, aux textes qui arrachent la gueule comme le faisait jadis une Boyard maïs, fumée au petit matin dans les années 70...
Après un CD sorti en juin 2017, Café Bertrand s’apprête à reprendre la route. « On the road again » avec Blues & Polar pour Les 3 questions du mois… à Walther Gallay.

1. BLUES & POLAR : Walther, le blues ça représente quoi pour toi ?
WALTHER GALLAY : « Beaucoup de choses ! Le blues, j’ai commencé très tôt à m’y intéresser dès que j’ai commencé à jouer de la guitare et à faire les premiers trois accords du blues. J’ai ensuite découvert Jimmy Ray Vaughan et cela a été un choc. Puis avec Dominique Landoni, le guitariste de Café Bertrand, j’ai découvert Johnny Winter. Plus tard, quand on a grandi, on a fait la première partie de BB King aux Festives de Font-Robert à Château-Arnoux. C’était le 23 juillet 1995. Je ne le connaissais pas, mais j’ai été séduit par son jeu de gratte. Et puis on a mangé avec, on a discuté…. Vraiment, un grand monsieur ! Il faut dire qu’à la même période, on a enregistré avec Café Bertrand chez Jean-Paul Avellaneda dans son studio d’Oraison, et il nous a expliqué ce qu’était le blues. Parce que les trois acords du blues, il faut leur donner vie.Tu sais, le premier blues que j’ai chanté, c’est « Parchmant farm » de Johnny Winter. Toutes ces rencontres facilitent la transmission. Mais il ne faut pas oublier que c’est Elvis Presley qui a amené le blues à la télé en Amérique. Sion, c’était une musique de noirs avant tout. Et ça voulait tout dire…. En France, j’aime bien Paul Personne et Nico Wayne Toussaint, fabuleux harmoniciste également. »

2. BLUES & POLAR : chanteur, compositeur et interprète, tu es très attaché aux mots et tes chansons ressemblent souvent à un cri. D’où vient cet amour du verbe et de la langue française, alors que 90% des rockers (et rockeuses) français chantent en Anglais ?

WALTHER GALLAY : « Tout ça vient de l’étude des Lettres modernes et anciennes vers lesquelles m’a poussé ma mère qui m’a fait lire des tas de bouquins. J’ai lu les grands auteurs : Edgard Poe, Kafka,…. Et ainsi j’arrive à trouver une finesse dans l’écriture que je n’ai pas sur l’instant, en parlant. Mais j’aime la rime, parce que ça sonne bien, et je cherche toujours la rythmique dans le mot. C’est super bien fait les mots d’ailleurs. Tu penses à une bulle et en disant le mot bulle tu vois que c’est vrai. Ça roule et ça sonne ! Cependant chanter en Anglais ce n’est pas mon truc. Même si j’adore les Stones, Deep Purple où Roger Glover (photo ci-dessous) est devenu un pote depuis qu’on a fait leurs premières parties lors de leurs tournées en France. Mais mes influences, ce sont Hubert-Félix Thiéfaine, Noir Désir, Téléphone, Jacques Brel et Christian Descamps le chanteur d’Ange. Un fabuleux poète ! J’aime aussi Thomas Dutronc qui est devenu un pote aussi… En fait, je dois beaucoup à ma mère qui était prof de français et qui m’a poussé à étudier.
Je lis beaucoup de livres et j’aime beaucoup le style de René Frégni. Je trouve qu’il a une poésie incroyable. D’ailleurs je vais mettre un de ses bouquins (Je me souviens de tous vos rêves) en musique. Mais les polars, je n’en lis pas trop. C’est moins mon truc. »

3 . BLUES & POLAR : Avec Café Bertrand, vous avez assuré des premières parties de Deep Purple à Marseille et de AC/DC au Stade de France à Paris, ainsi que des tournées avec ces légendes du hard-rock. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Quel est l’avenir pour Café Bertrand qui a souvent changé de musiciens ?
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WALTHER GALLAY : « Tu sais, on a fait une pause car on a toujours eu un souci avec les guitaristes. Chanter en français c’est bien particulier, et la guitare doit soutenir le texte. Ca nécessite donc beaucoup plus de travail que chanter en anglais. Là, depuis cet été – et c’est une révolution !! - on a une fille avec nous à la guitare. Elle s’appelle Marion, elle a 24 ans et c’est une virtuose de la guitare. Je l’ai découverte à Lyon où elle est prof de guitare. Elle est très douée et travailleuse. Elle nous amène de gros riffs de gratte, de l’énergie et du naturel. C’est pour ça qu’on se prépare à partir en tournée pour un an en France, Belgique, Suisse… Et ce sera le « Révolution Tour ». Car une fille avec nous, c’est vraiment une révolution.
Et puis, on a monté lors d’une soirée à Vannes en Bretagne, un « Tribute à Noir Désir » avec Marion, Alain Perusini et François (batterie) qui a très bien fonctionné. On a pris le nom « Les Ecorchés » pour l’occasion, et on va le refaire. A l’occasion, je fais aussi de l’acoustique avec les potes quand je rentre en Haute-Provence. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

  BIJAN CHEMIRANI : LE MAGICIEN DES BOITES À MUSIQUE

En 1961, le percussionniste iranien Djamchid Chemirani joueur de zarb mondialement reconnu quitte l’Iran et s’installe dans le sud de la France, près de Manosque (Alpes-de-Haute-Provence). Le Théâtre de la Ville à Paris l’accueille alors plusieurs jours, et le public français le découvre. Puis il participe au Mahabharata de Peter Brook (spectacle marathon de 9 heures dans les carrières de Boulbon) au festival d’Avignon, joue dans des spectacles de danse de Maurice Béjart et Carolyn Carlson, aborde le jazz et la musique du Moyen Âge avec le Clemencic Consort. Incroyable ! Tout cela, sous le regard d’une famille qui bade son patriarche pour son talent, sa gentillesse, et son immense esprit d’ouverture. Le tout allié à une très grande discrétion. Aux journalistes de venir le découvrir ; pas l’inverse !JPEG
Néanmoins, s’il a enseigné les techniques du zarb à de nombreux musiciens, ses deux fils Bijan et Keyvan qui jouent également d’autres percussions orientales (daf, saz, bendir, oud…) ont déjà l’oreille et le rythme au bout des doigts.

Et à la fin des années 90, Djamchid (le père) et Keyvan (le frère ainé) proposent à Bijan de les rejoindre pour créer le fameux Trio Chemirani. Leur complicité virtuose épate alors les amateurs de musiques traditionnelles comme les mélomanes éclairés. De plus, Bijan qui a grandi à Manosque et Marseille, est en osmose avec la culture de la Méditerranée, et les jeunes musiciens occitans, nombreux autour de Marseille, cité cosmopolite et généreuse. Son premier album en 2001 en est la preuve. On y retrouve son frère et son père, mais aussi Ross Daly, le grec Socratis Sinopoulos, le compositeur Henri Agnel ou le chanteur occitan Manu Théron.
Un an plus tard, sur Eos, il joue du luth saz avec à ses côtés le chanteur sénégalais Pape N’Diaye, le multi instrumentiste Loy Erhlich, le guitariste jazz Pierre Ruiz, le joueur de doudouk arménien Levon Minassian, ses sœurs Mardjane et Maryam au chant et le musicien crétois Stelios Petrakis avec qui il réalise un disque en duo, Kismet .
La réputation de Bijan grandit alors, et les collaborations se multiplient. Le saxophoniste Jean-Marc Padovani, le clarinettiste Yom, le mandoliniste Patrick Vaillant, le guitariste flamenco Juan Carmona, la vocaliste marocaine Amina Alaoui, la bretonne Annie Ebrel, le marseillais Sam Karpienia, l’ancien bassiste de Noir Désir Serge Teyssot-Gay, et même le grand Sting font appel à son agilité pour l’avoir sur leurs enregistrements.
Mais Bijan Chemirani que j’ai eu le bonheur de rencontrer pour la première fois à la fin des années 80, dans la vieille église de Montfuron, près de Manosque - où jouaient peu avant Noël, le grand violoncelliste Jean-Guihen Queyras et son frère violoniste Pierre-Olivier - puis d’interviewer au détour des années 2000, au festival de Simiane-la-Rotonde où il accompagnait le grande chanteuse Amina Alaoui, est resté d’une simplicité exemplaire. Toujours avide de découvrir des musiciens animés par la générosité et le partage comme le saxophoniste Raphaël Imbert…

Quelle surprise donc, de le retrouver mercredi dernier (29 août) presque par hasard, au prieuré Saint-Christophe de Vachères pour une lecture de textes (une première pour lui !) où il accompagnait l’auteure Laurence Vilaine, puis le 1er septembre à l’église-Haute de Banon pour un concert… de Blues persan avec sa sœur Maryam.

Du Blues persan ? Bon sang, Blues & Polar se devait d’en savoir plus, en conviant Bijan à être l’invité de septembre de « 3 QUESTIONS A… »

1- BLUES & POLAR : Comme ton père Djamchid et ton frère Keyvan, ton instrument de prédilection est le zarb, ce tambour en bois de mûrier recouvert d’une peau de chèvre. Mais quelle est sa fonction au cours d’un concert ? Vient-il toujours en contrepoint d’une voix, ou est-ce qu’il peut chanter tout seul, en solo, comme un instrument virtuose ?

BIJAN CHEMIRANI : « A la source, le zarb est un instrument proche du chant qui accompagne la voix et la met en valeur. Car chez nous en Iran, il y a une hiérarchie dans l’expression. D’abord c’est le chant, puis en deuxième les instruments accompagnateurs, et en troisième, les percussions. Mais depuis Hossein Téhérani, le maître de musique de mon père, le zarb est devenu un instrument virtuose grâce à des musiciens qui lui ont apporté de nouvelles techniques de main. Aujourd’hui, tout l’instrument est utilisé en résonnance : la toile en peau de chèvre bien sûr, mais aussi les bords, les côtés…. Ca fait déjà 70 ans, en fait ! Et ça s’est passé en Iran ! Mais la recherche est infinie.
Moi, j’ai grandi à Manosque et au contact d’autres musiques comme le Classique, le jazz, le blues, le rock… Je ne suis pas un fan de l’appellation « Musiques du monde », mais il y a en revanche ici autour de Marseille, des musiciens ouverts sur le monde comme le saxophoniste Raphaël Imbert qui joue autant du jazz que du classique en associant Bach et Coltrane, comme le violoncelliste Jean-Guihen Queyras qui joue du classique et du contemporain… et aussi Alain Soler multi-instrumentiste créateur de l’AMI à Château-Arnoux avec qui je n’ai encore jamais joué. Mais j’aimerais…

Cependant si je joue du daf, du oud, et du luth, ainsi que de divers boites que j’ai arrangées avec des micros, mon instrument d’ancrage, c’est le zarb. Il y a bien un solfège si on veut en jouer, mais à la base c’est une musique orale qu’on se transmet de père en fils… Tout se joue d’oreille. On prend des notes parfois, mais pas de partition. En revanche, quand j’ai une idée de rythme, je prends l’i-phone. Faut vivre avec son temps. »

2- BLUES & POLAR : En 2014, Sting fait savoir qu’il souhaiterait d’avoir pour l’enregistrement d’un album ; comment est née cette collaboration prestigieuse ?
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BIJAN CHEMIRANI : « C’est né d’une succession de hasards. La production de Sting m’a appelé un jour pour me dire que Sting souhaiterais m’avoir avec lui pour un enregistrement… Tu te rends compte, c’est un musicien mondialement connu que j’écoutais en CD, que je suis allé voir en concert sur scène à Toulon… C’était génial ! En fait, c’est un contrebassiste new-yorkais, ami commun de Sting et moi, qui lui a suggéré mon nom, et il a accepté. Cela a été une expérience fantastique car Sting est un type hyper curieux, simple, pas capricieux du tout…
On est loin des stars du genre. Il est vraiment très accessible malgré un entourage qui le protège. Depuis, je ne l’ai plus revu, mais je suis toujours ce qu’il fait. C’est un merveilleux souvenir, d’autant qu’il y avait aussi le violoncelliste Jean-Guihen Queyras de Forcalquier avec moi pour ce « Silence de l’exode* » enregistré en 2014. « 
(* Voir sur You Tube).

3- BLUES & POLAR : Quels sont tes projets pour 2019 ?

BIJAN CHEMIRANI : « C’est très divers ! J’ai envie de faire des concerts de blues persan dans la formule que j’ai en duo avec ma sœur Maryam au chant. C’est ce qu’on a fait à l’église haute de Banon, le 1er septembre, et c’était plein. J’espère bien le refaire dans le coin en 2019…. Mais j’ai aussi un Trio avec un musicien crétois et un musicien espagnol. Et puis, je pars jouer bientôt au Japon avec Jean-Guihen Queyras. Ca va être une belle expérience.
Je joue aussi régulièrement en Trio avec mon père Djamchid et mon frère Keyvan, et j’ai toujours des collaborations en vue côté jazz. Enfin, j’ai une proposition d’une maison de disques pour un enregistrement sur lequel je jouerai des solos de zarb, oud, luth, daf..
Mais ce que je veux te dire Jean-Pierre, c’est que je me rends compte de la chance d’avoir un papa musicien qui a toujours aimé les projets croisés entre musiques différentes. Et il a toujours l’œil qui pétille ! »
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Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 LES 3 QUESTIONS À... ANDRÉ BUCHER poète-écrivain-paysan

JPEG- Avec sa rousse barbe fleurie, ses longs cheveux à l’avenant tombant sur des épaules de bucheron, André Bucher – poète-paysan comme il se définit lui-même - a l’allure d’un barde breton égaré en vallée du Jabron ; entre Drôme méridionale, Alpes-de-Haute-Provence et lisière des Hautes-Alpes. Tel un Glenmor venu porter la poésie de Brocéliande et ses accès de colère, en ces hautes vallées couvertes de forêts anciennes, mais dépeuplées au fil du temps depuis 14-18. Pourtant, derrière ses envies de foutre le bordel et de secouer les cocotiers – peu nombreux ici – André Bucher possède une âme rude mais tendre, qui transparaît fugacement en filigrane dans ses lignes, au creux d’une caresse sur une joue, d’un baiser volé, ou d’un sourire qui s’éclaire en entendant le riff de Bill Wyman sur Jumpin Jack flash ou la voix rocailleuse de Tom Waits. Son écriture très fouillée ne cesse de naître au cœur des récurrentes révoltes campagnardes face au monde sans vergogne d’aujourd’hui qui creuse, détruit, enfouit sans scrupules, comme pour mieux sublimer ce milieu naturel où il vit depuis quasiment toujours. Pour notre plus grand plaisir.

J.-P.T
1. BLUES & POLAR : André, ton 9e roman sort le 6 septembre ; mais finalement pourquoi écris-tu ?

André Bucher : « C’est un accident de parcours, car pour moi, l’hérédité a sauté une génération. Je vivais en Alsace à l’époque, et si mon grand-père écrivait des pièces de théâtre, mes parents en revanche ne m’ont jamais encouragé à lire… Heureusement, j’ai flashé sur ma maîtresse d’école, celle qui m’a appris à lire, puis m’a aidé et encouragé à écrire. Ensuite, j’ai lu La Nausée de Jean-Paul Sartre à 12 ans, et ça m’a transformé.
J’ai emprunté aussi Jack London à la bibliothèque, puis d’autres romanciers et poètes, et c’est ça qui m’a poussé à écrire ; des poésies au départ, puis très rapidement l’envie d’en découdre ! Car pour moi écrire, c’est une exaltation nécessaire. Je ne souffre pas pour écrire, comme certains auteurs célèbres se plaisent eux à le dire, mais cela nécessite des efforts néanmoins.
Surtout quand tu as envie de foutre le bordel, sans être du sérail.
C’est ce qui me plaît, mais tu ne peux pas dire des choses sans exigence. C’est obligé pour entreprendre. Néanmoins quand tu n’es pas du sérail, la sanction rapide et immédiate, c’est le choix des mots. Donc, il faut pas mal bosser et c’est pour ça qu’il y a une éthique de l’écriture. Regardes, aujourd’hui l’édition se porte plutôt mal et pourtant on ne cesse de produire des livres. Ce n’est pas normal. La littérature n’a rien à faire là-dedans. Le plaisir d’écrire, c’est d’être au plus juste avec soi. »

LA PHRASE
« Je n’aime pas les étiquettes ; je préfère les décoller ! »
André Bucher

2. BLUES & POLAR : Peut-on dire que tu es un écrivain militant, un défenseur de la nature, de l’écologie… et du rock ?

André Bucher : « Tous ces thèmes que tu évoques, ce sont des choses qui imprègnent mon écriture, mais ça me gêne de me présenter ainsi. Je ne voulais pas faire un pamphlet dans mon dernier roman car je me méfie de la manière dont les gens s’approprient les sujets. Je n’aime pas les étiquettes ; je préfère les décoller ! Car si tu mets tout ça systématiquement à chaque fois dans tes romans, tu es casé tout de suite. Mais c’est vrai que j’ai la nature au cœur. Et à chaque fois, c’est pour en découdre que j’écris. Trop de choses me révoltent, notamment l’hypocrisie. Les Ricains ont des grands Parcs naturels qui sont en fait de vrais zoos à touristes, mais en France aussi on a de grands espaces naturels ; alors préservons-les ! Car des forêts primaires en France, il n’y en a quasiment plus. Donc, faut aller au charbon avec l’écriture comme arme. »

LA PHRASE
"Quand tu n’es pas du sérail, la sanction rapide et immédiate, c’est le choix des mots !
André Bucher"

3. BLUES & POLAR : Ton 9e roman - bien que de fiction dis-tu – se déroule toujours dans un univers ressemblant étrangement à la Vallée du Jabron où tu habites. Cet univers – grandiose il est vrai – te suffit- pour exprimer ce que tu as à dire ?

André Bucher : « Sans prétention, je suis comme Faulkner. Je vis dans un endroit que j’aime et qui est vaste et varié. J’ai donc envie d’en découvrir toutes les facettes. Chez moi, le rock il est dans l’attitude de refuser toutes ces conneries et autres projets diaboliques pour l’environnement que les entreprises ou l’Etat imaginent sans penser aux conséquences futures. Je crois que le roman, au XXIe siècle, véhicule plus de sensibilité pour sensibiliser les gens et éveiller les consciences. Donc, je préfère parler de ce que je connais. Mais ce n’est pas à exclure qu’un jour je parle d’autre chose, cependant je suis un montagnard et c’est que qui forge un individu.
Pour moi, la littérature est quelque chose qui doit élever et qui ne doit pas singer la vérité »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

  MARKO BALLAND Harmoniciste de San Severino

 Années après années, depuis près de 30 ans, je suis le parcours de Marco (avec un C à l’époque) débarqué un soir comme une surprise, sur la petite scène de la MJC de Manosque aux côtés de Pierre Montels et Fabien Chapon, âmes créatrices de La Marque jaune, formation blues de Riez-la-Romaine, en Haute-Provence. Et ce soir-là, la centaine de spectateurs présents, avait été littéralement scotchée à son fauteuil par le jeu de folie de ce p’tit bonhomme mystérieux et son harmonica ; comme si à lui tout seul… ils étaient plusieurs !JPEG
Car la magie et le talent de Marko (avec un k aujourd’hui) c’est d’avoir le son naturellement, tout seul, sans artifice comme un Charlie Musselwhite ou un Mark Feltham, mais aussi d’adorer – en bon fan de Jimmy Hendrix qu’il est - les effets woah-woah et les pédales de toutes sortes qui peuvent transformer le son d’un harmo en celui du sax de Jr Walker, voire de la trompette de Miles Davis.
Car Marko, autodidacte généreux qui adore toujours « taper le bœuf » avec ses vieux potes – dont votre serviteur - est un perfectionniste capable de tous les efforts (même de chanter !) pour aller au bout de ses rêves.
Aujourd’hui, Marko Balland a grandi, porte les couleurs de Suzuki dans les salons dédiés au « ruine-babines » et joue avec San Severino dans la cour des grands. Il a d’ailleurs été un des derniers invités du festival Blues & Polar avec Hat man, le groupe marseillais de Nasser Ben Dadoo.
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 Après Karine Giebel (la reine du polar) et Norbert Nono Krief (guitariste de Trust), Marko a répondu de bonne grâce à Trois Questions à… L’interview de l’été du site blues-et-polar.com

J.-P.T
1.- BLUES & POLAR : Tu es actuellement en tournée avec San Severino, adepte du swing et du jazz manouche. C’est un univers différent du tien, plutôt connoté rock-blues très électrique… Comment est né ce besoin d’harmonica pour San Severino ?

MARKO BALLAND : « On vient juste de finir la première partie de la tournée d’été ce week-end. On était samedi à Cahors Blues dans le Lot et dimanche soir au festival de la Côte d’Opale à Boulogne –sur-mer. Soit 800 bornes en bus ! Là, c’est vacances ; mais on reprend la tournée le 11 août, jusqu’au 1er février 2019. L’histoire est celle d’une rencontre, comme ça arrive parfois en musique. Quand je jouais avec Nasser Ben Dadoo, on a joué au Caveau de la Huchette à Paris, plutôt branché jazz. Et une copine photographe est venue me voir avec San Severino. Je ne le connaissais pas, car je pensais que c’était un groupe. Mais il a accroché à ma façon de jouer, on a discuté, bu un coup et on s’est filé nos coordonnées. Et quand je suis revenu jouer à Paris, je l’ai appelé et on a sympathisé. Mais il y a deux ans, il est venu chez nous à Digne-les-Bains, apporter son soutien à l’opération Potes of the top destinée à acquérir le vieux cinéma dignois pour le transformer en lieu culturel. Il m’a proposé de jouer deux morceaux avec lui… et en fait, j’ai fait tout le concert !
C’est à la suite de ce moment qu’il m’a dit : « Tu devrais enregistrer un disque avec moi ».
On a donc enregistré en avril 2017, le disque est sorti en septembre 2017, et j’ai commencé la tournée le 1er octobre. Mais là, ça m’a fait passer un cap sévère car tu es entouré de vrais professionnels de la musique. Alors que moi, je suis un autodidacte qui ne sait pas lire une partition.
Mais je suis resté fidèle à mon harmonica diatonique en bataillant pour obtenir un son chromatique. Ce son qu’incarne Stevie Wonder… C’était compliqué car j’ai dû apprendre la technique des over blows (*), mais je ne me suis pas embrouillé la tête. C’est Michael, le créateur de Harmo’Nickel près de Poitiers qui ajuste mes harmos. Il répare et comme ça il n’y a pas besoin d’avoir des valises d’harmos qu’on n’utilise pas à cause d’une lame qui déconne. Et financièrement ça vaut le coup ! En plus, il customise les harmos comme une bagnole ou une moto. C’est un artiste. ! »

2.- BLUES & POLAR : Tu es venu à l’harmonica de quelle manière ?
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MARKO BALLAND : « Par hasard total, il y a 30 ans. Je jouais de la guitare à l’époque, et il y avait un gars qui jouait de l’harmo avec moi. Mais je n’aimais pas le son qu’il produisait. Je lui ai emprunté et j’ai sorti tout autre chose car je suis un fan d’Hendrix. Cependant, le premier son d’harmonica qui m’a touché, c’est Supertramp ! Un vrai choc ! Le blues je l’ai découvert beaucoup plus tard, lors d’un concert à Bras d’Asse (Rubric’A’Rock y était) organisé pour le guitariste ami Dom Landoni qui dans un grave accident de voiture avait perdu tout son matériel.
Et là, il y avait le duo Backdoor, les fameux Dom et Youssef qu’on devait retrouver peu après en première partie de John Mayall à Manosque. Je me demandais bien ce que deux mecs seuls sur une scène pouvaient produire avec une guitare et un harmo. Moi qui pensait savoir tout faire, j’ai pris une grand claque. Alors, j’ai commencé à jouer plus de blues, mais je n’avais pas les codes. J’ai appris, et le parcours s’est fait petit à petit.
J’avais fait un disque consacré à Hendrix, entièrement à l’harmonica qui a plu au patron de Hohner. Et en 2015, Hohner m’a demandé d’aller aux USA pour participer à un show avec des harmonicistes. Ca se fait beaucoup aux Etats-Unis. Et d’ailleurs, on va le faire en France.
Mon jeu a également évolué aussi quand j’ai joué avec Nasser Ben Dadoo. En fait, avec mon harmo et mes pédales, je faisais la deuxième guitare du groupe. Je jouais tout le temps ; pas juste pour finir la phrase comme on fait dans le blues. Et c’est ce qui me plait, même si j’aime toujours faire des solos. Cependant, là, l’instrument bien que diatonique devient un instrument à part entière.
Malgré tout, avant de jouer avec les effets, il faut d’abord avoir son propre son naturellement. Et ça, c’est 15 à 20 ans de travail ! »

3.- BLUES & POLAR : Quels sont tes projets pour 2019 ?

MARKO BALLAND : « Je travaille depuis un moment avec la maison Lone wolf qui a conçu selon mes instructions, une pédale d’effets nommée Boogie man Spécial signature et qui porte mon nom.

C’est une pédale qui permet de s’installer rapidement dans un concert quand on t’invite à faire le bœuf… mais à le faire dans de bonnes conditions ! Car les galères de son, tous les harmonicistes généreux connaissent ça. Tu joues et tu n’as pas de son ! On entend tout le monde, sauf toi. Là, tu as un méga son tout de suite, et tu ne dois rien à personne. Donc, je continue à avoir des projets avec eux.
Mais ce qui me tient à cœur, c’est de pouvoir jouer en France avec Carlos Johnson, un bluesman ricain de 77 ans. Là-bas, il joue avec Billy Branch et John Palmer… et il aime mon jeu. Mais (tu en sais quelque chose JP) pour faire venir des ricains en France, il faut des sous.
Alors, c’est un pote qui organise un festival près de Paris, à Limeil-Brevannes, le 6 octobre 2018 qui a pris l’affaire en main.
On a créé un band pour l’occasion et ça va être super. On va ensuite jouer au festival de Cacéres en Espagne, puis au Jazz Café de Montparnasse à Paris. Tout ça est un test pour 2019, car on envisage un Tribute to Slim Harpo (immense harmoniciste pionnier) avec cinq harmonicistes sur scène : Vincent Bucher, Michel Herblain, Youssef Remadna, Sébastien Charlier, et moi.
Ca devrait vraiment séduire les festivals de blues en France, d’autant qu’on aurait avec nous des pointures comme Nico Duportal (guitare) Stéphane Avellaneda (batterie)….
Bref, un projet qui devrait plaire, car en France, cinq harmonicistes en tournée sur scène (NDLR : hormis à Blues & Polar et aux 10 ans de Rubric’A’Rock à l’hippodrome d’Oraison) ça s’est rarement vu. »

La Question + : Tu as participé avec Nasser Ben Dadoo au dernier festival Blues & Polar à Manosque. Que retiens-tu de ce festival qui s’arrête au bout de quinze ans ?
Marko Balland : « C’est bien malheureux car associer la littérature à la musique était une bonne chose. On a eu aussi un super accueil de la part de tous les bénévoles. Mais ça va peut-être repartir sous une autre forme, comme pour un festival du Centre de la France, après deux ans de reflexion… »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier
NB : * Les Over blows. Depuis plusieurs années, de plus en plus d’harmonicistes réussissent, grâce à une autre technique de souffle, à obtenir toutes les notes sur un harmonica diatonique, transformant celui-ci en instrument chromatique complet ! Cette technique nécessite toutefois un « petit réglage » sur la plupart des harmonicas achetés dans le commerce. En effet, la position des lames de l’harmonica doit être ajustée.

 INTERVIEW : BORIS CYRULNIK : « INTERNET EST EN TRAIN DE DEVENIR UNE BOITE A ORDURES .. »

 Invité et parrain du 9e Forum contre l’illettrisme organisé à l’Alcazar de Marseille par le Crédit Mutuel méditerranéen (Blues & Polar en est partenaire depuis 5 ans) , le médiatique psychiatre Boris Cyrulnik est intervenu devant plus de 250 personnes venues de Menton à Perpignan en passant par Mende (Lozère) où l’association Contelicot a été récompensée du 1er Prix (3000 €) pour son action « Lisons ensemble, Papa raconte » réalisée en direction des jeunes papas incarcérés à la Maison d’arrêt et à leurs enfants.
Une première place obtenue à l’unanimité du jury et qui montre bien toute l’importance de la lecture et de la littérature dans un monde de plus en plus dévoré par les écrans. Les douze autres associations sélectionnées se partageant 15 000 € selon leur classement.

POURQUOI ÉCRIRE ?
 C’est justement sur les avantages et les défauts des écrans qu’est intervenu Boris Cyrulnik. Notamment pour répondre à la question « Pourquoi écrire ? ».
"Il faut savoir qu’un mot écrit n’est pas un mot parlé, explique-t-il. Et que la parole écrite n’est pas la parole parlée, même si elle est aussi une forme de culture. Et même si certaines sociétés conservent encore leur mémoire avec l’oralité - à l’instar des gitans - ces derniers connaissent des difficultés pour transmettre au fil du temps, car chez eux, rien n’est écrit. Beaucoup d’entre-eux ne sachant pas lire...
Le fait d’écrire, ça dilate le monde car l’écrit peut aller partout et franchir les frontières pour être lu par l’ami invisible et inconnu. Mais aujourd’hui, avec des jeunes qui lisent de moins en moins de livres (on le voit avec toutes les associations sélectionnées pourle Forum qui œuvrent pour redonner le lien que la lecture génère entre enfants, adultes et parents) Internet est en train de devenirune boîte à ordures !
Mais cela a été la même chose au moment de l’avènement de l’imprimerie. En effet, les premières écritures n’ont pas été des histoires d’amour, mais des prescriptions médicales. Et en particulier comment se préserver des morsures de serpent (le mal !) et les soigner. Car on a l’impression, à cette époque, que le fait d’écrire permet d’agir.
Le drame aujourd’hui, c’est que les écrans sculptent chez les enfants un autre langage que celui de leurs parents. Car les enfants sont carrément dans la fascination en restant des heures scotchés seul à leur écran, et cela altère leur empathie avec les autres. Il n’y a pas d’affectivité. On le voit dans les cours de collèges où ils sont chacun avec leur smartphone. Alors oui pour la transmission du savoir, des recherches, des travaux scolaires... mais les enfants ne devraient pas avoir accès aux écrans avant l’âge de 6 ans. « Et de poursuivre : »L’acte d’écriture modifie notre monde, et en ce sens, la littérature est fondamentale ! Ainsi, à une époque où beaucoup de gens ne savaient pas lire, Emile Zola a modifié considérablement la condition ouvrière en déclenchant une socialisation culturelle, au travers de « celui qui savait lire » dans le groupe.
Car le monde des mots écrits n’est pas celui des mots parlés. Ecrire, c’est agir sur le monde des autres ; car les écrits restent et voyagent."

Jean-Pierre Tissier

  KARINE GIEBEL

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 Elle a participé à deux reprises au festival Blues & Polar, en 2011 et en 2016. Et chaque fois, c’est avec un réel bonheur que nous avons accueilli cette belle personne toute simple passionnée de musique (autant de Classique que de blues ou de Heavy métal) qui prend toujours le temps de dialoguer avec ses lecteurs et lectrices. En quelques années, Karine Giebel est devenue la Reine du polar en France, mais elle n’a pas pour autant changé son comportement. Son port de tête n’a pas enflé malgré cette couronne toute symbolique, et c’est avec plaisir et gentillesse qu’elle a répondu aux questions de blues-et-polar.com

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* LE CHIFFRE : 1 300 000. Le nombre de livres vendus à ce jour par Karine Giebel et traduits en 12 langues

1.- BLUES & POLAR : L’adaptation en téléfilm de ton roman "Jusqu’à ce que la mort nous unisse » a débuté le 15 mai dans le Haut-Verdon, pas si loin de Manosque, et tu es présente assez régulièrement sur le tournage. Comment est née cette proposition ?

KARINE GIEBEL : "C’est un producteur, Stéphane Trano, qui après avoir lu - et aimé- mon roman a eu envie de l’adapter pour la télévision. Il m’a appelé, on en a discuté, et ensuite il a proposé ce projet à France 3 qui l’a accepté. C’est Yann Le Gall qui a écrit le scénario adapté de mon livre en prenant ce qu’on appelle une option ; c’est à dire qu’il a un an pour réaliser le tournage. Ce dernier a commencé le 15 mai et doit se terminer le 12 juin.
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Tout se passe dans la vallée du Haut-Verdon - comme dans le livre - à Allos, Colmars-les-Alpes, Ratery, à la cascade de Lance, au pont de la Serre.... J’ai un peu retravaillé certains points du scénario avec Yann, mais je n’interviens pas ! Ecrire est une chose, réaliser un film, en est une autre.
J’avais déjà eu des propositions pour d’autres romans, mais là, c’est la première adaptation qui va jusqu’au bout. Ça fait plaisir, mais c’est étrange de voir les personnages qui ne sont de noms écrits sur le papier, prendre chair et s’incarner.
Je n’ai pas de surprise, car quand j’écris je ne vois pas des visages dans ma tête, mais des situations, des ambiances….qui naissent de mon stylo.
Néanmoins, tant que je n’ai pas vu le film, je ne sais pas si ça va me plaire…
Mais si tu ne veux pas prendre ce risque, tu ne vends pas tes droits.
Néanmoins, il n’y a rien d’original à ce que le cinéma ou la télé s’emparent de romans pour en faire des adaptations. Cela a toujours existé, même si pour la télé c’est un peu plus récent.

Normalement, le film pourrait être diffusé sur France 3 en septembre. Bruno Debrandt qui jouait le rôle principal de Caïn sur France 2 tient le rôle principal là-aussi. Il est aux côtés de Bruno Wolkovich et Ophélia Kolb."

2. BLUES & POLAR : Les romans policiers deviennent de plus en plus violents, avec souvent des disparitions d’enfants. Est-ce une mode ou une tendance selon toi ? Ou s’agit-il tout simplement du reflet de notre société qui hypermédiatise les faits divers les plus horribles jusque dans le monde entier, via internet, et les chaines d’infos en continu qui n’existaient pas il y a dix ans ?

KARINE GIEBEL : « La violence pour moi, ça dépend du thème que j’aborde dans un roman. Là, comme je parle de l’esclavage moderne, ça en fait évidemment partie. C’est le quotidien de ces esclaves dits des temps modernes…. Mais on peut faire un thriller sans parler de violence. Néanmoins, mon dernier livre Toutes blessent ; la dernière tue est un vrai parti-pris. C’est un livre volontairement très engagé pour dénoncer des situations qui peuvent paraître incroyables sur l’esclavage moderne dont on parle trop peu. Moi, j’ai fait une longue enquête avec des témoignages de personnes qui ont subi cette forme d’esclavage et ça donne un condensé de situations qui filent la nausée. J’ai travaillé pendant deux ans sur ce qui me révolte avec l’Organisation internationale contre l’esclavage moderne (OIECM), une association basée à Marseille (72 rue de la République) présidée par Nagham Hriech Wahabi qui m’a beaucoup aidée pour recueillir des témoignages. Elle m’a permis de parler avec des jeunes femmes qui ont vécu ça, mais nous n’avons pu échanger que par écrit, car elles ont tellement souffert qu’elles ne peuvent plus l’exprimer oralement. Elles n’arrivent plus à en reparler. Cependant, les crimes d’enfants ont toujours existé malheureusement. C’est la médiatisation mondiale qui nous les fait connaître…. »

3. BLUES & POLAR : Je sais que tu écris en musique. Qu’as-tu écouté pour ton dernier roman « Toutes blessent, la dernière tue » ?

KARINE GIEBEL : « C’est vrai ! J’écris tout le temps en musique, tu sais ! J’ai l’impression que ça me permet de m’isoler dans ma bulle, et mon imagination travaille mieux ainsi. Mais je n’écoute que de la musique instrumentale car s’il y a des paroles, ça me perturbent et me gênent. Là, j’ai écouté un groupe qui s’appelle Audiomachine, de la musique classique aussi avec beaucoup de Jean-Sébastien Bach, et un pianiste italien Ludovico Eilandi. C’est vrai que j’ai joué du piano pendant pas mal d’années et que cet instrument est ancré en moi. Je choisis dans ma discothèque personnelle, mais c’est plutôt mélancolique à chaque fois. C’est ce dont j’ai besoin pour me faire traverser des émotions qui correspondent à celles du livre. Pour l’instant, je m’aère l’esprit car j’enchaine rarement deux livres à la suite. Mais il faut que j’écrive une nouvelle, comme je le fais depuis deux ans pour le recueil de polars destiné à aider les « Restos du cœur » qui sort avant Noël. »

* La question 3 + : Tu es venue plusieurs fois à Manosque participer à Blues & Polar, notamment lorsque tu n’étais pas encore très connue ; que retiens-tu de ce festival qui va s’arrêter cette année, après quinze éditions ?

KARINE GIEBEL : « Je retiens un festival très original. Au point que moi qui suis invitée partout en France et à l’étranger, je n’en ai jamais connu d’autres comme ça. Il y avait un accueil chaleureux et sympa pour les écrivains, on croisait les musiciens, et il y avait surtout toujours beaucoup de public pour écouter les débats entre les auteurs et magistrats. Tout le temps. C’est dommage ! »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

  NONO KRIEF, GUITARISTE DE TRUST

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 Sideman attitré de Johnny Hallyday de 1986 à1994, le talentueux guitariste, cofondateur de Trust avec le charismatique Bernie Bonvoisin, est un homme attachant animé par le sens du partage et l’envie de la curiosité. Il a ainsi accompagné des artistes aussi divers que Jacques Higelin, Forent Pagny, Jean-Jacques Goldman, Chris Spedding... tout en ayant mis au point une méthode d’apprentisssage de la guitare en 1994. Un pédagogue façon Marcel Dadi qui a même été chargé de la programmation du Crossroad blues festival d’Issy-les-Moulineaux en 2014 et 2015.. A l’image de Blues & Polar, Nono a répondu avec une belle fraternité musicale à nos 3 Questions.

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1. BLUES & POLAR. Le retour de Trust sur scène avec un tel succès populaire, des salles à guichets fermés... et des textes toujours d’actualité ; c’est une grande surprise ou est-ce que tu t’y attendais un peu ?

NONO : "Pour une surprise, c’était une surprise. Tu sais, on s’est croisé en juin 2016 avec Bernie Monvoisin, le chanteur de Trust. On a bu un verre ensemble, et on a décidé de faire une petite tournée d’un mois et demi pour fêter les 40 ans du groupe. C’était une envie commune. Et puis, les dates ont commencé à afficher complet rapidement, d’autres se sont rajoutées.... et on a tourné finalement pendant un an jusqu’en 2017. C’est un truc fou. Mais avec Bernie, on est comme un vieux couple qui se reforme tous les dix ans. Et comme on a chacun fait d’autres choses, avec d’autres personnes pendant ces dix ans, on s’est enrichis mutuellement. Vraiment, on est heureux d’être là. C’est du bonheur ! En revanche, on a changé la structure autour de nous (nouveau management, nouveau tourneur, nouvelle équipe technique) et un nouveau batteur de 21 ans avec nous. Ce qui est assez incroyable c’est que nos textes et nos titres comme Antisocial soient toujours d’actualité. Ça nous partage dans nos sentiments entre fierté et tristesse...
Donc, il fallait aussi - pour ne pas nous reposer sur les lauriers de nos anciens titres, que l’on fasse un nouvel album avec nos compositions. Et c’est toujours du Trust pur et dur ! Et basique. On s’est installé dans une salle des fêtes du Bordelais, à Saint-Cier-sur-Gironde (dans les Côtes de Blaye, pour les amateurs de bon vin) où l’acoustique nous avait plu. On y a transporté notre matériel et on a enregistré 18 titres dans les conditions du live en 3 jours.
Ensuite, c’est Mike Fraser le producteur d’ACDC, Metallica, Aérosmith.... et tant d’autres célébrités qui a mixé ce nouvel album. Avec une petite touhce de miel, trois choristes sont intervenues sur certains titres... et elles partiront sur les festivals et en tournée avec nous. Trust reste un groupe engagé et le restera !« 2. BLUES & POLAR. - Je t’ai vu sur scène au Dôme à Marseille, le jeudi 12 novembre 2015 dans le cadre de la première tournée »Autour de la guitare" initiée par Jean-Félix Lalanne avec des pointures mondiales comme Roben Ford, Paul Personne, Dan ar Braz, Axel Bauer, Larry Carlton, Ron Thal, Christopher Cross, Jean-marie Ecay, Michael Jones...... C’était une si belle soirée... C’était 24 heures avant les attentats de Paris et la tuerie au Bataclan. Qu’en retiens-tu ?

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NONO : "Cette tournée fut fabuleuse humainement, et musicalement c’était le rêve. Je connaissais bien les musiciens français comme Axel Bauer ou Paul Personnne, et un peu Ron Thal, mais j’ai été très touché par le talent et la simplicité de Roben Ford, Larry Carlton et des autres guitaristes avec leur immense gentillesse. C’était la première fois qu’il y avait une tournée de ce genre, et Jean-Félix Lalanne a eu bien du mérite car avant c’était une seule soirée chaque année à l’Olympia à Paris.
Le jour des attentats nous jouions à Montpellier et nous avons appris les massacres aux terrasses et la prise d’otages au Bataclan, en sortant de scène.Ce fut un terrible chocpour nous tous !
Mais quelle tristesse le lendemain avec ce massacre le soir dans Paris et au Bataclan.
Cependant il faut continuer à aller au concert, vaincre la peur, et il faut continuer à faire vivre le Bataclan. Avec Trust, on a tenu à y jouer et c’était formidable ; une soirée forte chargée en émotions.
Il y avait des victimes des attentats qui étaient là et qui nous ont remercié et nous ont dit que ça leur permettait de se reconstruire en revenant assister à notre concert, ici. Trust à pour devise de prendre du plaisir sur scène et de partager ces moments."

3. BLUES & POLAR. - Le Blues, ça représente quoi pour toi ?

NONO : "Tout ! Le blues, c’est la base de toutes les musique. Tout vient du blues et des esclaves noirs qui chantaient dans les champs de coton pour oublier leur misère et leur terrible sort. A mon sens, ce sont les racinesde toutes les musiques actuelles. J’ai appris à jouer (plus ou moins bien) dans tous les styles de musique, mais le blues j’adore et j’adorerai toujours !
Quand j’étais gamin (12-13 ans) j’adorais Alvin Lee des Ten years after. Il jouait du blues, avec un mélange de rock.... Et quand mon frère âgé de 6 ans de plus que moi m’a donné sa guitare acoustique Framus à douze cordes, je l’ai transformée en une six cordes, et je me rappelle avoir appris à jouer mon premier morceau : « Louie, Louie » des Kinks. Le blues mène à tout !"

La question 3 + DE BLUES & POLAR. - Tu as joué aux obsèques de Johnny Hallyday dont tu as été le guitariste pendant de très nombreuses années (1986-1994) ; cela s’est fait spontanément avec les trois autres musiciens présents à l’église de la Madeleine ? C’était naturel et obligatoire de jouer pour un frère, un ami ?
NONO : "C’était naturel, spontané, et il fallait qu’on lui rende hommage. Je connais bien Yarol Poupaud, et c’est lui qui m’a appelé pour me demander de venir jouer avec eux à l’église. Tu sais j’ai joué très longtemps avec Johnny, mais à un moment j’ai voulu vivre d’autres expériences musicales.
C’est pour ça que j’ai arrêté après les grands concerts du Parc des Princes et de Bercy, mais j’ai toujours continuer à voir Johnny, et aller le voir sur scène. Le jour des obsèques, on était tous envahis par la tristesse, sa guitare était là, devant au milieu de la scène mais il fallait jouer pour lui. C’était très fort émotionnellement avec ces milliers de personnes qui chantaient avec nous à Paris et devant leur télé.
J’aimerai qu’on lui rende hommage chaque année, sans verser dans le pathos, un peu comme on le fait pour les enterrements à La Nouvelle-Orléans. D’ailleurs, je trouve que ce qu’a fait Izia, la fille de Jacques Higelin pour les obsèques de son père était formidable, plein d’amour et de générosité. C’est un bel esprit pour un passage vers d’où on ne revient pas..."

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

  3 QUESTIONS À PHILIPPE CARRESE

 Parrain du festival Blues & Polar avec René Fregni et Franz-Olivier Giesbert, le cinéaste-écrivain marseillais Philippe Carrese nous propose un tout nouveau roman déroutant et farfelu, écrit sur un ton à la Shadock, au point qu’en le lisant à voix haute, on se prend à ressusciter le ton reconnaissable entre mille du regretté Claude Piéplu qui a transformé ce feuilleton de la TV en noir & blanc en véritable série culte…
Car Philippe Carrese nous entraîne cette fois sur les origines d’un monde de protozoaires, d’où les hilobites se retrouvent exclus très rapidement du fait des ajouts paillards que l’on peut associer à la terminologie de leur nom, comme des Monty Python égarés sur la Canebière un soir de victoire de l’OM. Style hilobites de cheval, hilobites au cul, en main… et j’en passe !
Sans oublier – c’est primordial ! – les ascidies ou ‘’concombres de mer’’ aux allures de phallus flétris communément dénommés ‘‘viés marins’’ du côté du Panier ou des Goudes...
Sans oublier aussi, comme le bon vieux p’tit train Interlude des années 60 sur l’unique chaîne du PAF, de nous accorder des séquences lumineuses sur l’époque actuelle et ses incroyables contradictions récurrentes. A l’heure du panier bio hebdomadaire de la ménagère mode écolo notamment. Et là, c’est du lourd ; du très lourd, même !
A l’image de notre société toujours plus dans le paraître que dans l’être… On est loin du polar et des films historiques de Carrese ancrés dans le terroir, mais tout proche de ‘Graine de courge’’, du ‘’Bal des cagoles’’ et de ‘Trois jours d’engagste’’ qui ont habité le Carrese des années 90. Un flash-back inattendu, mais particulièrement réjouissant.

J.-P.T
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1.- Tu viens de publier aux Editions de l’Aube - belle maison d’édition de La Tour d’Aigues en Vaucluse - Une Histoire de l’humanité (tome 1 et fin) qui contraste très singulièrement avec ta précédente et passionnante saga piémontaise en 3 volumes de la famille Belonore. Qu’est-ce qui s’est passé dans ta tête pour revenir à un univers très proche du truculent Bal des cagoles de tes débuts ?

PHILIPPE CARRESE : « J’ai eu envie de revenir à mes premières amours qui sont des séries comiques et des polars du même style. Là, j’essaie de faire rigoler les gens, mais avec un ton très politique. D’ailleurs, c’est certainement le livre le plus politique que j’ai écris.
Je suis très caustique comme tu dis, mais c’est moi et ma vision des choses depuis toujours.
Néanmoins, il y a plusieurs choses qui ont déclenché ce retour aux sources. Notamment, le tournage d’un documentaire sur les ascidies (qui existent vraiment) que j’ai effectué pour France 3 dans un laboratoire de recherches de Villefranche-sur-mer.
D’ailleurs, tous les noms utilisés dans le livre existent vraiment dans la nature en réalité. Et l’holobite, ce concombre de mer qu’on surnomme vié marin à Marseille est un animal comme le violet qui filtre l’eau en permanence. Il permet aux scientifiques, grâce à cette fonction de pompe filtrante, de pouvoir dater des événements.
Sans oublier – et c’est véridique ! – qu’il s’agit du plus proche parent de l’être humain. Tu te rends compte, descendre d’un vié marin, ça fait drôle mais c’est authentique.

Et puis, j’ai pensé à toutes les conversations entendues autour de la machine à café (Bio) à France 3, où je bosse en permanence. J’ai ajouté aux conversations qui frisent parfois la cagole, celles des dirigeants des maisons d’édition que je connais bien, et qui elles, relèvent de la culture des écoles de commerce. Et ça donne cette Histoire de l’humanité qui contraste effectivement avec les trois tomes de la Saga Bélonore dans laquelle je suis plongé depuis trois ans… »

2.- Est-ce à dire que le polar - dont tu n’aimes pas la qualification de marseillais - c’est désormais fini pour les amateurs dont Blues & Polar fait partie ?

PHILIPPE CARRESE : « Si je trouve une bonne idée, j’y retourne. Mais là je vais continuer le 4e tome de ma saga Bélonore. Et puis, le polar aujourd’hui il y en a vraiment beaucoup. C’est de plus en plus violent et de plus en plus sérieux, mais il n’y a pas trop d’humour. Et moi, c’est mon truc. Faire frémir c’est assez facile, mais faire rire dans le polar ; c’est bien plus dur ! »

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3.- Avec le feuilleton « Plus belle la vie » chaque soir sur France 3 dont tu es un des co-réalisateurs historiques, la belle aventure continue ?

PHILIPPE CARRESE : « Oui, et heureusement ! Pour moi, c’est vraiment une belle aventure depuis dix ans déjà. Mais je ne travaille pas sur l’écriture. Je n’écris pas une ligne et j’en serai bien incapable. Je suis dans la fabrication. On m’amène un casting tout prêt, et moi je gère les équipes comme le capitaine du bateau. Je suis vraiment admiratif du boulot fourni par les équipes, car c’est une usine qui produit chaque jour 26 minutes à l’écran. Habituellement, c’est 5 !
Mais attention, Marseille n’est pas le sujet. La ville est une (belle) carte postale, qui permet de raconter des histoires de société qui peuvent se passer partout ailleurs en France. Et c’est aussi de là que vient le succès de la série.
Et puis, il y a des techniciens talentueux et des comédiens sympas qu’on retrouvent au sein du groupe Carrese & friends, où ils ont toujours « scène ouverte » pour jouer ou chanter avec nous.
Parallèlement à Plus belle la vie, je réalise pour France 3 sud-est, une série de six documentaires de 26 minutes baptisée « Lieux de crimes ». On fait des retours sur l’Affaire Dominici, l’Affaire Ranucci, la Tuerie d’Auriol, celle du Bar du téléphone à Marseille, le Casse de Nice via les égouts avec Albert Spaggari, et l’assassinat du juge Michel. C’est un très gros boulot avec des témoignages de magistrats, de journalistes, d’historiens, et de témoins… Il y a du beau monde. C’est prévu pour 2019.
Dans cette optique, je rentre de Paris où je viens de tourner sur l’école des égouttiers. Je ne savais même pas que ça existait… »

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La Question Plus : Tu es venu participer une douzaine de fois (sur quinze éditions) au festival Blues & Polar qui n’aura pas lieu en 2018. Qu’en gardes-tu comme souvenir ?

« C’était un grand bonheur chaque fois ! Un moment privilégié dans l’année car il y avait de la musique et des gens sympas. D’ailleurs, c’est Blues & Polar qui m’a fait créer le groupe Carrese & friends. Je suis très attaché à cet événement, et j’attends la suite. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

  3 QUESTIONS À CHRIS COSTANTINI

* L’auteur niçois – également saxophoniste- avait été invité lors du festival Blues & Polar consacré au Secret, pour son thriller historique Lames de fond . Un ouvrage passionnant traitant des mythiques sous-marins allemands que furent les U2. Ces gigantesques monstres des mers qui au cours des derniers mois de la Seconde Guerre mondiale seraient partis vers des contrées lointaines d’Afrique ou d’Amérique du sud, avec le fameux Trésor de guerre des nazis récolté à partir de l’or spolié aux Juifs en Europe, puis à Auschwitz et dans les autres camps de la mort, en récupérant alliances, bijoux et dents en or, sur les cadavres des malheureuses victimes de la Solution finale…
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Depuis, l’esprit de Chris Costantini (ancien entrepreneur) a vagabondé vers d’autres sujets de société. Il vient même – après une longue période polar – de sortir un livre très étonnant composé d’interviews et anecdotes recueillies auprès de personnalités les plus diverses allant du milliardaire François Pinault au tennisman Rafael Nadal qui vient de retrouver son poste de n°1 mondial en ce début avril, au cinéaste Claude Lelouch, au chef étoilé Thierry Marx, en passant par les confidences de l’ancienne capitaine de l’équipe de France de football féminin Marinette Pichon aujourd’hui commentatrice sur France 2, et du rugbyman Fabien Galthié entraineur du RC Toulon.

1. BLUES & POLAR : CHRISTOPHE, COMMENT PASSE-T-ON DU POLAR ( LA NOTE NOIRE) ET DU THRILLER HISTORIQUE (LAMES DE FOND) A UN AUTRE UNIVERS LITTÉRAIRE PROCHE DE L’ESSAI EN PSYCHOLOGIE ?

CHRIS COSTANTINI : "J’ai grandi en Afrique (Mali et Niger) jusqu’à l’âge de 13 ans, puis je suis parti à Paris avec mes parents. Et je me suis retrouvé dans un internat de curés, complètement perdu. Cela a été un choc incroyable pour moi, car je suis né à Bamako, et toute mon enfance a été africaine. Il a donc fallu que je m’adapte à la France. Mais de l’Afrique, j’ai gardé l’écoute des autres et le côté intuitif. Néanmoins, mes études jusqu’à l’âge de 20 ans m’ont emmené vers le diplôme d’ingénieur agronome, et je devais même retourner en Afrique, justement, au titre de la Coopération….
Mais il y a eu à ce moment des drames dans ma famille (NDLR : sa cousine de 20 ans a été assassinée de quatre coups de couteau, puis un de ses oncles a été victime d’un crime passionnel) et cela a engendré chez moi une très grosse dépression.
La seule manière de me guérir a été d’écrire. Et les polars – avec toujours une ambiance jazzy car je suis saxophoniste - ont été une catharsis pour moi. Ils m’ont permis d’évacuer cette dépression au fil du temps.
Cependant, pour être heureux, il me fallait changer de vie professionnelle. J’avais créé une société (Athem) qui était le leader des bâches publicitaires grand format qu’on retrouvaient dans les grandes villes pour masquer les travaux…) et je voyageais énormément.
Mais j’ai décidé de (bien) vendre ma société. Et cela m’a permis de réfléchir sur moi-même vraiment. J’ai cherché une nouvelle voie en tombant sur la formation de HEC (Hautes études commerciales) qui délivre le diplôme de coach. Et le mémoire que j’ai dû rédiger pour ce concours a été – de fait – la naissance de ce livre qui a beaucoup de succès aujourd’hui.
Je suis donc devenu « coach de vie, d’organisation et d’équipe » au sein d’une promotion annuelle de HEC.
Aujourd’hui, outre écrire un polar historique en parallèle avec l’Afrique et le jazz en toile de fond , je coache un ancien champion de tennis, une femme politique en vue…. Je leur apprends le lâcher-prise pour arriver à s’aimer tel qu’on est. Car nous sommes des êtres humains avant tout, même si parfois on peut être en dehors des clous, ou « borderline... »
Ma dépression, c’était vraiment un point de non-retour. Donc, j’ai accepté de regarder mon passé. Et quitte à couler, autant couler avec la bonne cravate comme disent les Anglais. Je vis une autre vie, et grâce aux rencontres que j’ai faites pour ce livre, j’écris des choses où je fous ma vie sur la table.«  »Nadal, il devient champion de tennis parce qu’il développe son oreille. Fais bien attention quand il joue ; il ne regarde pas la balle, il l’écoute ! Et ça c’est une intelligence autre !" Chris Costantini.
2. BLUES & POLAR : PARMI TOUTES LES PERSONNALITÉS INTERVIEWÉES DANS TON OUVRAGE QUI T’AS LE PLUS IMPRESSIONNÉ ?

CHRIS COSTANTINI : "J’ai choisi ces personnalités de très haut niveau dans leur domaine au petit bonheur la chance. J’en connaissais quelques-unes au travers de mon premier métier (entrepreneur) mais ce qui m’a intéressé, c’est d’aller au fond de leur intelligence respective. Car si en France nous sommes des Cartésiens à 200 %, nous avons tous – et on l’ignore !! – dix intelligences différentes en nous.
On est donc tous mieux que ça !
Ces intelligences existent dans notre cerveau, et elles ont même été identifiées grâce à l’imagerie médicale. Mais, nous, évidemment, on ne les voit pas.

Rafael Nadal qui est celui qui m’a le plus impressionné, c’est d’abord une montagne d’humilité. Ensuite, il a réussi – comme les autres invités du livre – en s’appuyant sur des aptitudes qui sont loin de leur corps de métier.
Nadal, il devient champion de tennis parce qu’il développe son oreille. Fais bien attention quand il joue ; il ne regarde pas la balle, il l’écoute ! Et ça c’est une intelligence autre !
Des exemples comme ça, il y en a plein le livre. Avec le boxeur Jean-Marc Mormeck, j’ai eu aussi une profonde impression, tout comme avec la footballeuse Marinette Pichon lorsqu’elle a évoqué son homosexualité en direct à la télévision…"

3 . BLUES & POLAR : QUELS SONT TES PROCHAINS PROJETS ?
MUSICAUX, LITTÉRAIRES OU COACHING ?

CHRIS COSTANTINI : « J’ai un 5e roman policier en cours avec toujours mon héros Vasco détective privé, ancien plongeur-commando, qui recherche un vieux galion espagnol chargé d’or, coulé en mer… Et il va être amené à combattre Monsanto, parce qu’il ne les aime pas ! Côté musique, j’ai un groupe de potes à Paris et on joue régulièrement dans des bars un peu louches à Clichy et à Pigalle.

Et puis je fais énormément d’émissions de télé et de radio pour la promo du livre qui démarre super bien. Je n’arrête pas ! Je suis invité à C News, France TV, aux Grands du rire dimanche avec Yves Lecocq, à Europe 1, au Journal du Dimanche….. »

* Question subsidiaire : Qu’as-tu retenu de ta venue à Manosque au festival Blues & Polar ? « J’étais récemment au festival de polars à Bondues (Nord) où j’étais invité avec Pierre Pouchairet venu lui-aussi à Blues & Polar, et je dois dire que j’ai trouvé à Manosque auprès de toute l’équipe du festival, une bienveillance très forte… et chez quelques personnes dotées de ces intelligences différentes dont je parle dans mon livre. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

  3 QUESTIONS À PASCALE ROBERT-DIARD

 C’est à la faveur d’un stage au Monde, que la jeune apprentie journaliste Pascale Robert-Diard s’est forgée une volonté dur comme fer d’être plus tard chroniqueuse judiciaire. Il faut dire qu’elle venait d’assister pendant de longues semaines en première loge - chance inouïe et exceptionnelle ! - à l’Historique procès de Klaus Barbie à Lyon, aux côtés du chroniqueur judiciaire du Monde de l’époque, spécialiste et référence incontestée du genre.

Mais il lui aura fallu d’abord passer par la case journaliste politique, au Monde toujours, pour parvenir - en 2002 - à mettre ses pas dans celui qui venait de céder la place pour prendre sa retraite : le dit chroniqueur judiciaire ! Une espèce rare désormais puisqu’ils ne sont plus que deux spécialistes du genre parmi la Presse française à ne faire que ça : Pascale Robert-Diard et Stéphane Durand-Souffland du Figaro, avec qui elle vient de signer « Jours de crimes » aux éditions L’Iconoclaste.

« Je peux difficilement rêver mieux comme carrière », précise celle qui devait être notre invitée à Manosque, il y a deux ans pour le 14e festival Blues & Polar consacré au Jeu théâtral des avocats en Cour d’assises. Elle venait alors de terminer « La Déposition », livre passionnant consacré à l’Affaire Maurice Agnelet à Nice qu’elle avait suivie depuis le départ, 30 ans plus tôt...
« Chroniqueuse judiciaire, c’est une passion double pour ceux qui aiment écrire, et qui s’intéressent aux gens. La Cour d’assises est un lieu extraordinaire, mais qui imprime notre propre vie ensuite. Car on y découvre et apprend d’abord la complexité des choses. Et au fil du temps et des procès, on recule de plus en plus les à-priori ; sans excuser pour autant les crimes commis. »

1 - BLUES & POLAR : Pourquoi cette idée d’un livre écrit à quatre mains avec Stéphane Robert-Souffland chroniqueur judiciaire du Figaro sur cette justice populaire qu’est encore la Cour d’assises ?

PASCALE ROBERT-DIARD : "Stéphane est chroniqueur judiciaire au Figaro depuis 2001 et moi chroniqueuse judiciaire du Monde depuis 2002. Et tous les deux, on ne traite pas les Faits-divers. Nous sommes les seuls en France à venir aux procès d’assises avec un regard neuf. Et à mes yeux, c’est hyper important pour bien comprendre le déroulé du procès. On ne connaît même pas les visages des accusés, sauf s’ils sont très célèbres, et on se retrouve ainsi - nous journalistes – dans la peau des jurés. Nous avons d’abord choisi des procès incontournables en rapport avec l’actualité comme ceux du Tueur en série Guy Georges, du chanteur de Noir Désir Bertand Cantat qui a tué Marie Trintignant, d’Yvan Colonna assassin du Préfet Erignac, de Marc Cécillon l’ancien rugbyman capitaine du XV de France qui a tué sa femme dans un accès de jalousie… et puis ceux qu’on appelle les cadeaux imprévus des petites affaires. Ces moments de la vie où tout bascule alors que rien n’était programmé.
Moi c’est ça qui m’intéresse ! Le criminel d’occasion ! Le personnage ordinaire qui d’un seul coup va basculer dans un destin extraordinaire ! Pour voir comment la Justice en France va s’emparer de cet acte idiot et le punir… ou pas !
Et comme Stéphane n’a pas suivi les mêmes procès que moi, et que nous n’avons pas les mêmes regards, nous avons rassemblé tout ça à la manière d’un Dictionnaire amoureux des Procès.
Car contrairement à ce que certains peuvent croire, la Justice au long cours, ce n’est pas un lieu de voyeurisme. Il y a les familles, les voisins, les amis… C’est long une journée au tribunal, mais c’est toujours un moment exceptionnel ! Je pense que tout le monde devrait aller plus souvent voir comment la Justice est rendue en Cour d’assises. Cela rend humble… Et je pense même que si certains procès étaient télévisés, on mesurerait mieux ce qui se passe dans notre société, car on s’y retrouve tous !« 2 - Tout au long des 430 pages de »Jours de crimes" revient sans cesse le poids de cette fameuse intime conviction qui doit guider les jurés tirés au sort et qui ne le seront qu’une fois dans toute leur vie. Geneviève Donadini, jurée au procès de Christian Ranucci condamné à mort et guillotiné à Marseille me disait qu’on n’était pas formé pour une telle expérience et que c’était l’émotion qui guidait....
Avec votre expérience, et votre vécu de quinze ans de procès en assises, trouvez-vous cette justice populaire juste ou complètement hors du temps aujourd’hui ?

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PASCALE ROBERT-DIARD : " Non ! Absolument pas dépassée ni hors du temps ! Personnellement, je la trouve très juste et nécessaire, car elle est une garantie pour l’accusé, surtout depuis 2002 avec la possibilité de faire appel. L’intime conviction j’y crois, car au fur et à mesure du procès, il y a des choses sur lesquelles on peut se reposer. Et à la fin, on peut vraiment se dire : « Oui c’est lui » ou « Non, c’est pas lui ! » Et on progresse tout le temps du procès vers la vérité judiciaire.
Certes, j’ai assisté à des procès dont les verdicts ne me satisfaisaient pas, mais j’ai confiance dans les jurés. Ils découvrent la complexité des affaires, mais la possibilité de faire appel a considérablement changé les choses. On peut revenir sur une affaire et avoir un autre jugement.
Je rêverais d’être jurée un jour pour pouvoir être de l’autre côté… mais je pourrais très bien être récusée !"

3 – Quels sont les trois procès en assises qui vous ont le plus marquée en quinze années de chroniques judiciaires au Monde ?

PASCALE ROBERT-DIARD : « C’est difficile car beaucoup de procès m’ont marquée. Mais dans »Jours de crimes", il y en a deux qui m’ont énormément touchée.
Celui d’Alexandra Lange (32 ans) aux Assises du Nord. Cette mère de quatre enfants devait répondre du meurtre de son mari ; un gitan hyper violent qui a voulu l’étrangler au cours d’un nouvelle dispute,. La légitime défense lui a été accordée, à l’unanimité des jurés avec acquittement au final. C’était là un grand moment de Justice très très émouvant surtout quand on est une femme et cela a permis de prendre encore plus conscience du drame des violences conjugales en France !
Celui de Max le chat est également exemplaire de tout ce qui peut nous toucher intimement et faire qu’un jour on pète les plombs !
Max, c’est le chat. André (73 ans), le voisin de Jean.
Le premier aimait passionnément son chat, le deuxième son jardin.

Un jour, André a pris son revolver et a tiré quatre balles dans le dos de Jean… qui dix mois plus tôt avait criblé de plomb Max le chat.
La vengeance est un plat qui se mange froid !
André a prix douze ans de réclusion criminelle et voit passer les chats errants de sa cellule à Fleury-Mérogis. Ça ne s’invente pas ;André a écrit au juge d’instruction pour lui demander de faire quelque chose pour eux…

Mais mon Panthéon, c’est l’Affaire de l’avocat niçois Maurice Agnelet, présumé assassin de sa maîtresse dont le corps n’a jamais été retrouvé, et dont le propre fils vient trente ans plus tard - j’y étais - déposer contre son père au 3e procès d’assises à Rennes. Là, pour moi qui a tout suivi, c’est un vrai moment de vertige ! »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

  3 QUESTIONS À RENÉ FRÉGNI

BLUES & POLAR : - Tu viens d’obtenir le Prix des lecteurs Gallimard 2018, alors qu’étaient en lice des « mastodontes » comme Jean-Marie Le Clézio, Patrick Modiano, Daniel Pennac, Philippe Labro, Franz-Olivier Giesbert…
Que représente ce prix pour toi qui a souvent eu la dent dure pour les récompenses parisiennes ?

RENÉ FREGNI : "Je suis toujours contre les prix littéraires parisiens qui sont truqués d’avance pour moi, car tout le monde se connaît dans les jurys, et ça donne toujours les mêmes résultats parisiens.
La Province n’est jamais – ou très rarement – au rendez-vous.
Là, c’est un Prix que la maison Gallimard organise chaque année avec Babelio pour partenaire, et elle récompense un de ses auteurs (135 cette année) via des lecteurs qui votent durant un mois en décembre, sur le site de Gallimard, via internet.
En donnant également des appréciations de lecture.
Dans un premier temps, j’ai fait partie des quinze sélectionnés au départ ; ce qui était déjà satisfaisant pour moi, puis j’ai gagné avec « Les Vivants au prix des morts ».
C’est Antoine Gallimard lui-même qui m’a remis ce Prix que j’apprécie particulièrement car il s’agit d’une vraie reconnaissance populaire de la France des régions. Je sais ainsi par Antoine Gallimard, que moi le sudiste, j’ai eu beaucoup de votes venant du Nord et de Bretagne, et dans les régions. En conséquence, mon livre est réimprimé avec le bandeau Prix des lecteurs Gallimard 2017 et présenté en tête de gondole en librairie. Et je suis très heureux que pouvoir partir durant trois en tournée dans beaucoup de librairies en France, à Limoges, Strasbourg, Nice….«  »RENÉ FREGNI A REÇU LE PRIX DU CŒUR !"
ANTOINE GALLIMARD

BLUES & POLAR. – Tes deux derniers romans « Les Vivants au prix des morts » comme « La Fiancée des corbeaux » s’inscrivent - malgré quelques épisodes policiers en cours de route - dans une veine poétique amoureuse de la nature, proche de Giono.
Est-ce que le Polar, c’est vraiment fini pour toi ?

RENE FREGNI : « Tu sais, ce titre »Les Vivants au prix des morts" faisait peur à la maison Gallimard, et j’ai dû expliquer d’où venait cette expression que crient les poissonnières sur le Vieux-Port à Marseille quand elles ne veulent pas ramener de poisson à la maison. Elles soldent, en fait !
Et après explication, je les ai convaincus. Pour preuve ; ça a marché auprès du public. Mais moi, j’écris de romans noirs avant tout. J’alterne les contrastes entre le bien et le mal, en fait. Et il suffit d’un rien pour ce ça bascule d’un côté ou de l’autre.
J’ai débuté avec « Les Chemins noirs »..... Là, j’étais parti sur une fable naturaliste quand tout à coup l’évasion de Kader a tout chamboulé…
Mais je travaille comme ça depuis 30 ans.
Là, j’ai deux pistes dans ma tête, et comme je vais faire trois mois de tournée en France, qui vont m’amener des choses, je vais laisser se développer en moi, comme pour une gestation, ces deux pistes.
Et puis un jour, un morceau de réalité, même infime, te percute, et grossit en toi. Et à ton insu parfois, il éclate un beau matin…et ça donne un livre ! »

LE SCOOP ! GALLIANO-FREGNI RÉUNIS
BLUES & POLAR. Ton écriture a toujours été très musicale.
Elle risque de le devenir encore plus depuis qu’un certain Richard Galliano – le plus célèbre des accordéonistes mondiaux vivant avec Marcel Azzola – t’a téléphoné….

RENÉ FREGNI : « Je connaissais Richard Galliano, le Niçois, comme un extraordinaire musicien capable de passer du jazz au classique en passant par le tango d’Astor Piazzola, mais c’est tout. Et puis, tout récemment, le producteur de Richard Galliano m’a téléphoné en me disant que celui-ci avait lu tous mes livres depuis « Les Chemins noirs » et qu’il voulait faire un oratorio (un opéra sans costumes) avec mes deux derniers livres « La Fiancée des corbeaux » et « Les Vivants au prix des morts ». J’ai été plutôt flatté de cet intérêt, et puis Richard Galliano m’a appelé.
Il souhaite réaliser ce projet avec autour de lui l’orchestre symphonique de Nice (50 musiciens) et deux dates sont déjà arrêtées à Paris et à Avignon.
On va donc découper les deux romans pour en faire une histoire soutenue à l’accordéon avec orchestre et chœur. Une tournée mondiale passant par Moscou et Istanbul est en préparation. Richard avait déjà fait un oratorio il y a vingt ans…
Là, c’est carrément magique car c’est un artiste mondialement connu qui me sollicite. Je suis très très honoré. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier
TOUTE L’HISTOIRE DE NOS GRANDES INTERVIEWS....

  A CŒUR OUVERT AVEC... Michel Portos chef doublement étoilé invité d’honneur du 15e festival Blues & Polar

Derrière ses petites lunettes fines, mais à verre épais, Michel Portos livre le regard d’un homme bien dans sa peau, visiblement très à l’aise dans sa ville natale, Marseille, où il peut se livrer - outre la cuisine dans ses restaurants Le Poulpe et Le Malthazar - à ses deux principales passions : la moto et la plongée en mer. Non sans oublier l’OM dont il est un fervent supporter, tout en ayant quelque peu la dent dure pour les joueurs qui depuis l’ère Tapie, selon lui, ne mouillent pas assez le maillot blanc au liseré bleu. Mais ce chef doublement étoilé du temps où il officiait à Bordeaux, sacré « Chef de l’année » pour le Guide Gault et Millau en 2012, est resté un grand voyageur, passionné de la Chine d’où il revient, et de sa cuisine dont il raffole.
Un clin d’œil du destin peut-être, quand on pense à ce petit restaurant chinois situé près du Poulpe sur le Vieux-Port de Marseille, où son père l’emmenait gamin le dimanche avec fourchettes et pain en poche - car il ne supportait pas l’idée de manger avec des baguettes et sans pain - et dont le patron, devenu un ami aujourd’hui - est toujours le même, quarante ans plus tard !
Une belle histoire comme on les aime à Blues & Polar, où depuis quinze ans, faire un festival doit avoir du sens et susciter des émotions. Ce qui explique la venue de Michel Portos pour lancer le thème La Cuisine des mots jeudi 24 août à 18 heures pour l’inauguration du festival à la chapelle de Toutes-Aures.
Car la cuisine, ce n’est pas que des actes, mais aussi des paroles. Nous allons nous en apercevoir au travers des propos de ce chef plutôt médiatique qui ne se la joue pourtant pas une seconde, et ne manie pas la langue de bois.

 BLUES & POLAR. Les mots ont-ils une importance en cuisine ? Et quand ?

MICHEL PORTOS : « Oui, car on a un vocabulaire bien spécifique qui est la base de notre métier. Donc, on répond au chef avec des mots techniques qui tiennent compte de la préparation à effectuer. Ça représente 160 à 200 mots qu’on se doit d’apprendre si on a des ambitions en cuisine. Mais notre métier, en devenant moins artisanal, car certains se contentent d’ouvrir des boites et des conserves, perd ses mots de base. Exemple : une Julienne de légumes qui se prépare avec des légumes frais émondés, ce n’est pas un sac de bâtonnets de légumes. Après, la cuisine c’est aussi très militaire dans son fonctionnement. On dit : « Oui, chef ! » Et puis il y a aussi l’échange avec les clients qui correspondent à d’autres mots. Sans oublier les mots qui définissent les produits cuisinés. Bref, la cuisine est un métier verbal. D’ailleurs, en 35 ans de métier je n’ai jamais croisé un cuisinier muet. »

– BLUES & POLAR. Il y a 40-50 ans, on définissait un plat très simplement, type Bœuf bourguignon, Blanquette à l’ancienne, Escalope Vallée d’Auge, Steak au poivre, Entrecôte marchand de vin, Sole à la Dieppoise… Aujourd’hui, l’intitulé d’un plat peut faire plus de deux lignes sur une carte de restaurant. Pourquoi ce changement ?

MICHEL PORTOS : « Je suis d’accord Jean-Pierre. Avant, on était dans les recettes d’ Escoffier – dont je suis un Disciple – dans toute leur splendeur. Mais les intitulés de recettes à rallonge ne sont arrivés que pour essayer d’aguicher le client. Car à la lecture d’une carte, on sait où l’on va mettre les pieds surtout si elle est énorme. Sur le Vieux-Port à Marseille, on te propose des coquilles saint Jacques à toutes les sauces, et toute l’année, alors que la saison de pêche est très réglementée et va d’octobre à avril. Donc, c’est du surgelé ou de la conserve. Mais l’intitulé de deux lignes permet de noyer le poisson, ou la coquille, et d’abuser le client.
Quand j’avais mes deux étoiles à Bordeaux, je mettais simplement en avant les trois saveurs principales d’un plat. Car les gens s’attachent à l’essence même du plat. C’est-à-dire les deux épices qui parfument le poisson ou la viande, et les légumes qui sont servis avec. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui avec les allergies, les sans gluten…. Ça complique la vie ! »

 BLUES & POLAR. Quel est votre mot préféré en cuisine… et dans la vie ?

MICHEL PORTOS : « C’est l’ail ! Je suis obsédé par ce produit et j’en mets partout ! Et aïe aussi pour dans la vie, car il faut se faire mal au travail. C’est la seule façon de diriger sa vie honorablement et c’est ce que je vais porter en prison ou dans les quartiers Nord auprès des mineurs. Quand je parle avec eux, le mot travail revient souvent. Je leur explique que faire le guetteur pour des grands qui trafiquent n’est pas une vie d’avenir et de plaisir. Je tiens ça de mes parents qui étaient de gens de la classe moyenne et qui m’ont élevé dans cette notion. Et le travail m’a sauvé. Quand j’ai choisi de faire cuisine, mon père qui voulait que je sois expert-comptable ne m’a plus parlé pendant dix ans. Pour lui, j’étais un saltimbanque…
Mais quand j’ai eu ma première étoile au Michelin, il a vu qu’il s’était trompé. Néanmoins, la cuisine n’a jamais été une passion pour moi. Mes deux vraies passions ce sont la moto et la plongée sous-marine que je pratique toutes deux dans le monde entier. »

 BLUES & POLAR. Etes-vous un lecteur Michel ?
Et quel type de livres lisez-vous ?

MICHEL PORTOS : « Je lis, mais pas assez à mon goût. Pas au quotidien en tout cas. Je lis des romans ou des livres en rapport avec l’histoire ancienne ou contemporaine. Et j’aime beaucoup Franz-Olivier Giesbert (parrain de votre festival) pour ça, car il est épatant et capable d’écrire avec talent sur ces deux thèmes. J’aime lire quand je pars en voyage en Asie, mais je me souviens avoir écrit des petits romans de science-fiction et même un journal intime. En revanche, mes trois enfants ne lisent pas de livres, scotchés qu’ils sont avec leur tablette… »

 BLUES & POLAR. Dans le savoureux ouvrage qu’est A la Table des diplomates, vous revisitez le Bœuf bourguignon après un exposé sur les crêtes de coq. Pourquoi ce plat au milieu des recettes prestigieuses françaises mêlant poularde, langouste, homard, truffes… ?

MICHEL PORTOS : « C’est un clin d’œil à une recette qui aurait pu être mangée à toutes les époques. Pour moi, c’est le plat qui fait le plus honneur à la cuisine française car on se régale tous avec un Bœuf bourguignon sur la table. C’est un plat qui a voyagé dans le temps et d’ailleurs les Japonais le font aujourd’hui divinement bien. Il faut une bonne viande, un bon vin de Bourgogne et un équilibre avec les légumes. Moi, le mot me fait saliver. Pour parler des crêtes de coq que beaucoup de gens ne connaissent pas, on les utilisait beaucoup dans les fameux Vol-au-vent, mais c’était un boulot de titan pour préparer ces quelques centimètres de viande. Il fallait les passer au vinaigre, les frotter les poncer, les ébouillanter…. Un truc de fou ! »

 BLUES & POLAR. Ce livre paru aux éditions L’Iconoclaste est un monument de l’Histoire de France et de sa diplomatie au travers de la gastronomie française. Est-ce une exception bien française que de conclure les événements internationaux, les traités de paix ou les négociations de toutes sortes par de somptueux repas avec les meilleurs produits de nos terroirs ? Bien manger flatte-t-il les sens et l’esprit ?

MICHEL PORTOS : « Evidemment oui ! Ca flatte l’esprit car c’est le reflet de la gastronomie française. La table compte beaucoup en France, et c’est typiquement français. C’est même une maladie chronique. On parle de bouffe tout le temps. Mais si la gastronomie française a été inscrite au Patrimoine mondial de l’humanité, ce n’est pas par hasard. C’est notre notion du partage qui veut ça. Bref, ce livre A la table des diplomates est vraiment incroyable, car il y a un vrai protocole en ce milieu.
Je suis très pote avec Guillaume Gomez qui est le chef des cuisines de l’Elysée depuis très longtemps et je suis allé avec lui au Salon du livre de Périgueux où était invitée également Mme Mazet-Delpeuch qui fut la cuisinière de François Mitterrand à l’Elysée. Nous avons beaucoup parlé car c’est une femme délicieuse et pleine d’anecdotes. J’ai ainsi su que François Hollande l’avait retrouvée, et invitée lors d’un repas avec l’ambassadeur d’Australie en France. C’était après la signature d’un contrat énorme avec l’Australie pour plusieurs sous-marins. Mais elle n’était pas en cuisine ; à table tout simplement.
Le film Les Saveurs du Palais que vous passez le 25 août en plein air avec Catherine Frot dans le rôle de cette dame est bien conforme à son personnage, mais elle ne dirigeait pas les cuisines de l’Elysée. François Mitterrand l’avait sollicitée pour réaliser ses repas pour de petites tablées. »

LA PHRASE : « JE N’AI PAS DE RELIGION ; J’AI L’OM ! »
MICHEL PORTOS

 BLUES & POLAR. Vous avez écrit Un diner en musique qui mêle un repas conçu en accord avec la musique d’un compositeur classique. Quel genre de musique aimez-vous ?

MICHEL PORTOS : « J’adore la musique classique et je n’écoute que deux radios : Radio Classique et France-info. Mais ce livre a une histoire. Julie Andrieu qui fait Les Carnets de Julie sur France 3 m’a demandé un jour ce que j’aimais comme musique, et elle l’a dit à Olivier Belamy animateur de Radio Classique qui est Marseillais et il m’a invité à son émission. Nathalie Kraft journaliste du Monde de la musique a entendu l’émission et a eu aussitôt l’idée d’un livre mêlant cuisine et musique classique. Et on a fait ça tous les deux. L’étonnant, c’est qu’il vient d’être traduit en chinois et j’ai ainsi dédicacé 200 livres le mois dernier à Canton. Je vais bientôt en Grèce d’ailleurs pour faire la même chose car le livre vient d’être traduit en grec. »

 BLUES & POLAR. Si vous deviez concevoir un repas avec le Chicago blues électrique de Muddy Waters ou Buddy Guy, que nous proposeriez-vous ?

MICHEL PORTOS : « J’irais vers la cuisine asiatique. Je pense que c’est ce qui collerait le mieux à ce type de musique. Avec plein de saveurs épicées comme des détonations dans la bouche. »

 BLUES & POLAR. Quel est votre plat préféré ?

MICHEL PORTOS : « Le rouget de roche ! La complexité de son goût est telle qu’il se suffit à lui-même. On met juste un trait d’huile d’olive dessus et surtout on ne le vide pas ! Mais c’est le couscous qui a baigné mon enfance. C’est un plat magnifique. »

 BLUES & POLAR. Il fut un temps où la cuisine avait complètement disparu des écrans TV. Aujourd’hui, votre meilleur ami Michel Estebech fait un malheur avec Top’Chef sur M6 et il y a des missions de cuisine partout jusque dans le style télé-réalité qui n’est pas du meilleur goût. Que s’est-il passé ?

MICHEL PORTOS : « Je fais partie des gens qui ont participé à toutes ces émissions et je ne vais pas cracher dans la soupe d’autant qu’en octobre je ferai partie du jury de Top’Chef, et que cette émission est celle, qui pour moi, tient le haut du pavé. Je suis bluffé à chaque fois par les jeunes qui participent et l’énergie qu’ils déploient. Mais je trouve qu’on arrive à saturation. Car contrairement à ce qu’on pourrait penser, ces émissions n’ont vraiment aucune répercussion sur les vocations envers les métiers de la restauration dans les lycées hôteliers. L’écueil, c’est que les gens se prennent pour des Chefs dès qu’ils ont suivi une émission à la télé, et tous croient avoir la science infuse. Mais la cuisine, c’est un vrai boulot qui peut être effrayant ! Il y a un travail énorme - et une différence folle - entre le chef d’une brigade dans un grand restaurant et le cuisinier du dimanche. Un peu comme celle qui existe entre un journaliste professionnel et un bloggeur ! C’est autre chose ! »

 BLUES & POLAR. Vous êtes né à Marseille et vous y êtes de nouveau en service. Que vous inspire cette ville ?

MICHEL PORTOS : « J’ai eu la chance de naître ici dans cette ville où règne une mixité incroyable. Et il y a 35 ans quand j’y ai commencé le métier, on mangeait chez des copains algériens, italiens, arméniens, chinois, russes...ça vous ouvre sur le monde d’une façon naturelle. Si en revanche, vous naissez dans le Périgord c’est plus compliqué. Foie gras, truffes, omelette aux cèpes…. C’est super bon, mais moins varié !. Aujourd’hui, un des plats que je préfère est chinois. Ce sont les pattes de poulet sautées dans un wok. C’est délicieux, car la texture et le goût sont incroyables. On se doit d’être ouvert sur le monde quand on fait ce métier. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 À CŒUR OUVERT AVEC... JACQUES GARCIA

 A la voix, chaude et chaleureuse, on devine de suite chez lui, la passion de la musique chevillée au corps. Mais pas que....
Jacques Garcia a la voix de ceux qui ont le sens du partage et de l’écoute.
Tout simplement, parce que c’est comme ça, et qu’on lui a appris - à une certaine époque - à dire tu, très vite, à tous ceux que l’on aime... même si on ne les connaît pas. Dixit le grand Jacques... Prévert. Sa Maison du Blues vient d’être officiellement inaugurée le 29 avril à Châtres-sur-Cher, loin de Chicago, Memphis ou Detroit. Mais le blues a des racines si profondes qu’il resurgit où on ne l’attend pas, en Afrique ou dans le Berrry. Il suffit juste que le cœur ait besoin de s’exprimer..

BLUES & POLAR : Jacques, pour avoir eu l’idée de créer la première Maison du Blues en France, il faut sacrément aimer cette musique ? Parles-moi de toi un peu, car ça doit être le point de départ ?

JACQUES GARCIA : "Ben oui ! Tout petit, dès 7-8 ans (j’en ai 65 ans aujourd’hui) j’ai adoré la musique. Mes parents allaient souvent danser au bal, et ils m’emmenaient. Mais si j’écoutais de tout, j’ai néanmoins accroché très vite sur la musique américaine, et sur les droits civiques aux USA ; notamment les droits des Noirs, car j’étais surpris et choqué par cette discrimination raciale. On était dans les années 60, et là-dessus le rock est arrivé,. Tout de suite, cette musique m’a emballé.

Et puis un jour, tu découvres ce qui est à l’origine de tout ça. C’était en 1978, à Lyon. J’ai assisté à un concert de Muddy Waters qui jouait dans un festival où Eric Clapton était en vedette, avec plein d’autres musiciens. Je ne sais même plus si son nom était sur l’affiche… Et là, je suis resté scotché devant ce type et je suis vraiment tombé amoureux du Delta blues."

BLUES & POLAR : De là à créer un club de blues en 2017 - presque 40 ans plus tard - que s’est-il passé pendant tout ce temps ?

JACQUES GARCIA :« Ca fait des années que je vais aux Etats-Unis régulièrement avec mon épouse, tu sais. Donc, au début des années 70, non loin de Vienne et Chanas, j’ai créé le Salaise Blues festival dont je me suis occupé huit ans, et qui existe toujours, puis j’ai organisé des tournées avec des musiciens américains que j’ai connus là-bas, et on a même créé un label musical. Puis en 2008, j’ai pris ma retraite et j’ai créé un club de jazz à Ampuis (69). On était à la maison carrément, on avait soixante-dix places et l’expérience a duré trois ans. Cependant, avec ma femme, on voulait se fixer dans un endroit plus à la campagne pour y créer quelque chose de sympa et musical, et on a trouvé à Vendôme dans le Loir-et-Cher. Il y avait un ancien bar-restaurant qui était vendu aux enchères. On l’a acheté à un prix très intéressant et on l’a retapé. Les gens du village ont vu plutôt ça d’un bon œil, car dans ce Centre de la France il y a besoin de loisirs et de culture aussi. On a pensé dans la foulée, qu’on pouvait créer du lien social au travers d’un vrai club (80 places maximum) qu’on a appelé tout naturellement « La Maison du Blues ».

On va donc accueillir (dès le 29 avril), un groupe blues chaque samedi soir sur scène, avec des sets de 45 minutes. il y a évidemment un bar, et on peut casser une petite croûte aussi.. Mais l’esprit, c’est de rester toujours à la taille d’un club où l’on écoute du blues, et on discute ensuite... Et c’est Bobby Rush qui a accepté d’être le parrain de cette Maison du blues.

BLUES & POLAR : Quelle est la vocation de cette Maison du blues à plus longue échéance ?

JACQUES GARCIA : ça fait dix ans que j’ai envie de créer un vrai musée du blues en France, car depuis le temps que je vais aux Etats-Unis, j’ai plein d’objets divers se rapportant au blues, notamment des guitares de bluesmen que je souhaite préserver. D’où l’idée d’une fondation dénommée « Blues préservation & project » afin de mettre en place ce principe qui entrera ensuite dans le patrimoine commun. Le Musée européen du Blues, qui sera le premier à voir le jour en France en 2019, a le soutien de la communauté de communes du Romorantinais et du Monestois (40 000 € pour la construction) et du Crédit Mutuel de Blois.

BLUES & POLAR : Le Berry et la région Centre qui ont accueilli de nombreuses bases américaines dans leur histoire récente (Châteauroux-Déols notamment) sont-ils des terres de blues ?

JACQUES GARCIA : Les villes qui ont accueilli ces bases aériennes organisent en ce moment des commémorations des guerres 14-18 et 39-45 et la musique en fait évidemment partie. Donc, on veut s’en inspirer. Car avec les châteaux de la Loire à proximité, il y a beaucoup d’Américains qui viennent vers chez nous. Je pense que l’été, un club comme le nôtre avec ses 80 places, accueillera des visiteurs de passage… mais on a déjà une base locale et régionale au travers des nombreux groupes de blues de la région qui commencent à nous contacter.

Alors, good luck Jack !

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier
UN PARRAIN NOMMÉ BOBBY RUSH

Bobby Rush, de son vrai nom Emmit Ellis Jr, est né le 10 novembre 1941, à Homer (Louisiane). Il a commencé à apprendre la musique auprès de son père, pasteur, qui joue de la guitare et de l’harmonica. Après un séjour à Pine Bluf (Arkansas) où il rencontre Elmore James, sa famille s’installe à Chicago en 1953.
Bobby Rush joue alors dans des clubs de blues et commence à enregistrer ses premiers disques. Il obtient son premier succès en 1971 avec Chicken Heads chez Galaxy Records. Puis il s’établit à Jackson (Mississipi) où il enregistre plusieurs disques pour Malaco Records. En 1979, son 33 tours Rush Hour, produit par Kenny Gamble et Leon Huff pour Philadelphia Recors, rencontre un grand succès. Mais en avril 2001, le bus de sa tournée connait un accident, faisant un mort et plusieurs blessés, dont Bobby Rush lui-même hospitalisé. Il a néanmoins repris ses tournées en 2003. Jacques Garcia l’a rencontré à de nombreuses reprises et il a accepté d’être le parrain de cette Maison du Blues, en France.

* Renseignements : La Maison du Blues. Contact : BLACK JACK BLUES ASSOCIATION. Jacques Garcia, 2, la Bourdoisière. 41160. Saint-Hilaire-la-Gravelle. Tél : 06 66 42 70 24 ou 02 36 45 91 23. Courriel : lamaisondublues@gmail.com

 À CŒUR OUVERT AVEC... PIERRE POUCHAIRET

* Pierre Pouchairet - invité au 13e festival Blues & Polar en 2015 - a reçu le 15 novembre 2016 à Paris, le Prix du Quai des orfèvres 2017 pour son roman « Mortels trafics » (éditions Fayard), en présence de Christian Sainte Directeur de la Police judiciaire, président du jury et de Franz-Olivier Giesbert membre du jury, parrain du festival Blues & Polar.
La remise du Prix s’est déroulée pour la dernière fois au fameux 36 Quai des orfèvres, puisque la PJ va déménager en 2017 dans le XVIIe arrondissement.

* Pierre Pouchairet – un des piliers des éditions Jigal Polar à Marseille - a été en charge de l’ensemble de la Coopération française en Afghanistan de 2006 à 2010. Mais il a également été chef de groupe aux Stups et attaché de Sécurité intérieure à Kaboul, puis au Kazakhstan.
Pierre Pouchairet était un de nos invités lors du 13e festival Blues & Polar consacré au Secret, pour ses livres « Des flics français à Kaboul » , « Une Terre pas si sainte », et notamment « La Filière afghane » qui nous avait sérieusement interpellés à sa lecture.

Un ouvrage prémonitoire qui - malheureusement – a confirmé toute sa véracité le vendredi 13 novembre, il y a un an déjà, avec les 130 assassinats commis sur des innocents, par des islamistes radicaux sans foi, ni loi, au Bataclan et dans les rues de Paris. Le vendredi 13, le plus noir de toute notre histoire !

* Avec ce « Prix du Quai des Orfèvres 2017 » décerné à Pierre Pouchairet, venant après le « Prix Quais du polar 2016 » décerné à Lyon à Olivier Norek « Coup de cœur Blues & Polar-Comtes de Provence en 2015 » (tous les deux ci-dessus à Blues & Polar) , c’est une belle reconnaissance qui rejailli sur notre comité de lecture qui - comme pour Olivier Norek - avait juste un peu en avance.

* Nous vous proposons de retrouver l’Interview de Pierre Pouchairet effectuée l’an dernier, et qui - plus que jamais - est toujours d’actualité.
Cette interview a été réalisée - rappelons-le - avant la tragédie du 14 juillet à Nice et l’assassinat du père Jacques Hamel le 26 juillet de cette année à Saint-Etienne-du-Rouvray.

Votre dernier roman « La Filière afghane » écrit avant les attentats de Charlie Hebdo, et publié par choix personnel en mai 2015 seulement chez Jigal Polar, résonne une nouvelle fois comme une prémonition... après les attentats de Paris au Bataclan, au Stade de France et aux terrasses des cafés !
Vous y racontez un massacre commis à la Kalachnikov... sur un marché de la Creuse ; en pleine France profonde et rurale ! Selon vous, il fallait donc s’attendre à voir des kamikazes « made in France » s’exploser sur notre sol, comme sur les marchés en Irak ou au Pakistan, et massacrer ainsi n’importe qui, à l’aveuglette dans une salle de spectacle ?

PIERRE POUCHAIRET : « Ben oui ! C’était à prévoir ! D’ailleurs le gouvernement et l’Etat nous avait mis en garde, et ils ne se sont pas trompés. Moi, je m’y attendais depuis 2014, et d’ailleurs mon roman « La Filière afghane » a été écrit bien avant les attentats de Charlie-Hebdo.
Mais on n’a pas voulu le sortir début février 2015 comme c’était prévu. Cela aurait semblé vouloir surfer sur le malheur…
Je pense qu’il y a des gens qui sous couvert de lutte religieuse veulent abattre l’Occident et nous sommes devenus un objectif pour eux. Et comme il y a une radicalisation religieuse dans les banlieues, on pouvait s’y attendre. Comme on doit s’attendre à d’autres attentats, car c’est impossible dans un état de Droit comme le nôtre de se défendre complètement et d’assurer qu’il ne se passera rien.
Il faut donc faire confiance au gouvernement. Mais pour assurer le maximum de protection, il faut accepter que l’on fasse des choses inhabituelles. C’est à nous tous d’être vigilants. »

"LE CRIME DE SANG, C’EST LE REFLET DES PROBLÈMES DE NOTRE SOCIÉTÉ, BIEN PLUS QUE LA GRANDE CRIMINALITÉ.
À LA CRIM ON EST COMME DES MÉDECINS, ON COTOIE LA MALADIE, LES ACCIDENTS, .. LA SOCIÉTÉ. LA VIE !!! "

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ? Le fait d’être à la retraite, d’avoir du temps, et d’avoir été un observateur privilégié ?

PIERRE POUCHAIRET : « C’est tout ça ! J’ai pu matérialiser cette envie en n’exerçant plus mon métier de flic, car celui qui m’explique qu’ il fait totalement son boulot de policier sur le terrain, tout en ayant le temps d’écrire un livre, je n’y crois absolument pas ! En activité, c’est carrément impossible ! Mais j’avais envie de témoigner, notamment pour ma fille aujourd’hui âgée de 38 ans, pour qu’elle comprenne mieux ce que faisait son papa quand elle était ado. Notamment sur le temps que j’ai passé à Kaboul.
Ce qui m’intéresse c’est de faire partager des enquêtes que j’ai effectuées, et c’est vrai qu’ il y a un gros côté autobiographique quand je parle de ma carrière à Nice. D’ailleurs, mon commissaire s’appelle Gabin… et c’est le prénom de mon petit-fils. Mais je trouve aussi que pour un lecteur c’est plus sympa de découvrir un pays comme l’Afghanistan au travers d’un polar, car le polar est devenu un miroir de la société. »

Quand on lit votre deuxième livre « Une Terre pas si sainte » paru chez Jigal polar, on comprend très vite que ce roman dit de fiction est d’une implacable réalité sur tout ce qui se passe entre Israéliens et Palestiniens.
Mais pourquoi donc ces territoires sont-ils voués à être inexorablement un brûlot ? Y vit-on encore comme au Moyen-âge avec des coutumes religieuses infernales et intolérantes, tout en sachant manier remarquablement internet ?

PIERRE POUCHAIRET : « On n’y vit pas comme au Moyen-âge, mais des deux côtés, la religion a développé l’intolérance. Chacun a le sentiment d’être l’élu et veut imposer sa croyance qu’elle soit chrétienne, juive ou musulmane. Et il y a une lutte évidente… par la démographie ! Chacun s’éloigne le plus de l’autre ; et il n’y a pas de place pour comprendre l’autre.
Autant je pense qu’on pourra battre Daech, que franchement je ne vois pas de solution pour ces territoires. Je suis vraiment très très pessimiste.
Peut-être un vrai partage des terres un jour pourrait amener la paix… Mais on n’est pas du tout dans le schéma du Mur de Berlin à l’époque de l’ex URSS. Là, Israël et Palestine ne voient la victoire que par l’écrasement de l’autre. Pour un raisonnement occidental, c’est très difficile à comprendre ; et encore plus pour nous, qui prônons la laïcité. Là-bas, c’est impossible, car ce mot n’a aucun sens des deux côtés ! »

Dans votre essai « Des Flics français à Kaboul », vous écrivez que trois millions d’Afghans participent au trafic de drogue ; de la culture du pavot au cannabis, jusqu’à leur transformation, et que la production de cannabis afghan est la première au monde. Mais vous dites aussi qu’on ne peut pas être à un poste de responsabilité en Afghanistan sans être lié, d’une façon ou d’une autre, au trafic...
Verra-t-on quand même un jour les paysans afghans cultiver des tomates et des salades ? Ou faut-il souhaiter le retour des Talibans qui avaient réussi à éradiquer le trafic de drogue au début des années 2000 ?

PIERRE POUCHAIRET : « C’est vrai que pendant la période où les Talibans ont dominé le pays, le trafic d’opium avait été éradiqué. Car c’était contraire à la religion. Ça c’était arrêté très vite !
Le sud de l’Afghanistan est très agricole, et les paysans, effectivement, vendaient des tomates et des salades à Kaboul. Mais tout a changé après le 11 septembre, et la venue des Américains en Afghanistan pour y déloger Ben Laden.
Il y a eu d’un coup la nécessité d’avoir des financements pour lutter contre l’occupant américain, et la machine agricole à opium s’est remise en marche, sans se soucier de la religion. Et les Talibans se préparent de nouveau !
N’oublions pas - dans un autre domaine - que le frère du président Armin Karzaï était un trafiquant.
La corruption, c’est la manière de fonctionner dans cette société. Du flic qui touche quelques billets pour un feu rouge grillé jusqu’au commissaire qui en prend une partie ; tout ça redescend finalement jusqu’à une famille au bout de la chaine. Les policiers sont 100 000 actuellement en Afghanistan et ils touchent un salaire mensuel de 150 dollars ! Résultat : il y a 2000 policiers tués par an par les Talibans.
J’ai été témoin d’un kamikaze qui s’est fait exploser pas loin de moi dans un car transportant 30 professeurs de l’Académie de police de Kaboul. Je suis arrivé quelques minutes plus tard sur place ; il s’était déguisé en policier !
Pour beaucoup, même si certains sont sûrement drogués au Captagon comme on l’a vu récemment sur un documentaire, c’est un endoctrinement religieux et la certitude d’aller au paradis.
Pour l’avenir, peut-être que si on laissait faire les Afghans maintenant, ils ne referaient plus la même erreur que celle d’accueillir Ben Laden. Mais ça ne serait sûrement pas la démocratie comme on nous l’entendons. En fait, il y a Kaboul avec des gens qui pensent comme nous, à l’Occidentale… et l’Afghanistan !
Mais c’est tout de même choisir entre le moyen-âge et l’âge de pierre."

Vous avez débuté votre carrière policière à la PJ de Versailles, puis Nice et Grenoble, avant de partir au Proche-Orient. Quel regard portez-vous sur l’évolution de la société au travers de ces années passées au service de la France ?

PIERRE POUCHAIRET : « J’ai vraiment adoré mon boulot, car le flic est un observateur privilégié de la société. D’une société qui amène certaines personnes à faire des conneries. D’ailleurs, j’ai commencé à la Brigade criminelle. Et là, très souvent les meurtres sont la conséquence de problèmes de couple ou d’alcool. Parfois, les deux. Mais le crime de sang, c’est le reflet des problèmes de notre société, bien plus que de la grande criminalité. A la Crim’, on est comme les médecins, on côtoie la maladie, les accidents… La société ! La vie ! »

Si c’était à refaire, vous recommenceriez, ou vous choisiriez un autre métier ?

PIERRE POUCHAIRET : « Non, je le referais. Parfois, je regrette même de ne plus être en activité. Quand tu lis le journal et que tu regardes la télé, tu raisonnes toujours en flic ; comme toi, en journaliste ! Et là, des fois, j’aimerai bien commencer l’enquête. Mais je le fais à travers Gabin, mon héros commissaire, qui s’inspire de mes propres enquêtes. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier
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 A CŒUR OUVERT AVEC.... PASCAL THIRIET

« Coup de cœur Blues & Polar 2016 »

Après Jean Bulot, Fabienne Boulin-Burgeat, Ingrid Astier, Maurice Gouiran, Jacques-Olivier Bosco et Olivier Norek, vous êtes le 6e « Coup de cœur Blues & Polar/Comtes de Provence » pour votre roman « Au Nom du fric » paru chez Jigal/Polar.
Que ressentez-vous ?

PASCAL THIRIET : « Je ne publie que depuis quatre ans, via trois polars déjà parus chez Jigal, et je ne suis pas du tout habitué aux honneurs des Prix littéraires. C’est d’ailleurs mon premier Prix, et c’est formidable que ce soit à Manosque, car mon père qui était pied-noir était un grand admirateur de Jean Giono. Il me le citait très fréquemment pour donner un exemple... Alors, que mon premier Prix arrive à Manosque au pays de Giono, ça me touche énormément, car mon père - aujourd’hui décédé - aurait été ravi. Ca me fait vraiment très plaisir. »

Votre roman « Au Nom du fric » nous révèle un monde de la finance totalement véreux, cruel, caricatural, et sans vergogne. Vous avez déjà pénétré ce milieu, où (dites-vous) 50 000 personnes suffisent à faire tourner le monde ?

PASCAL THIRIET : « Je ne l’ai pas pénétré, mais je l’ai côtoyé par ma famille. Cependant pas au niveau que je décris dans mon livre... Il suffit en revanche d’ouvrir les yeux et de voir ces vieilles familles qui dirigent des empires. Marcel Dassault était un ingénieur de formation qui a tout réussi (aéronautique, presse...) Il a bâti une fortune colossale en étant compétent et dans le rêve. Mais regardez aujourd’hui son fils Serge impliqué dans de nombreuses affaires politiques mêlées à des faits divers et à la Justice. Idem pour Arnaud Lagardère, le fils de Jean-Luc Lagardère magnat de la haute technologie (Matra) et de la Presse, qui petit à petit dilapide les acquis de son père... Mon état d’esprit, c’était de faire un livre qui fasse un état des lieux de la haute finance, pour voir comment ça marche et avec quelles règles. Mais les règles, ce sont eux qui les font. Car pour eux, ils ne relèvent pas de la même morale que les autres. »

Dans ce livre on assiste à une vraie « baston de millionnaires », comme vous l’écrivez. Ces gens- là jouent-ils en permanence ? Et est-ce là, leur (bon) plaisir ?

PASCAL THIRIET : « Oui bien sûr ! D’ailleurs leurs métaphores empruntent le même vocabulaire que celui du casino. Ils veulent prendre la main, bluffer... Néanmoins, le recours à la violence est plutôt brouillon chez eux. Ce ne sont pas des professionnels de l’élimination, mais la dimension du jeu est à prendre en considération. On retrouve donc des types qui veulent utiliser des clubs de golf, des fusils de chasse de collection, ou des voitures de grand luxe qui sont reconnaissables entre mille. On est dans une réflexion de type dynastique avant tout, avec les côtés gamins et enfantins que cela comporte. »

Des faits réels vous-ont-ils inspiré dans « Au Nom du fric » ?

PASCAL THIRIET : « Oui ! Et ils ne sont pas du tout confidentiels. Ces informations sur le monde du pouvoir je les trouve souvent dans le journal »Les Echos« , type dépêche froide de trois lignes, assez discrète, sur une société rachetée ou en vente. Mais on vit une époque très particulière avec des mecs de Droite qui font une différence entre l’économie réelle et l’économie de la finance. Et puis l’économie fictive type Facebook qui vaut des milliards sans rien vendre et sans faire de fric... »

Le Polar est-il votre style naturel principal, ou écrivez-vous aussi d’autres formes de littérature ?

PASCAL THIRIET : « Je lis peu de polars, et j’écris effectivement dans d’autres domaines. Mais c’est intimidant d’écrire, car au départ je suis prof de maths. En revanche, j’aime les projets collectifs. En ce moment, j’ai un projet de polar, mais avec des textes courts venant chaque fois en illustration d’un cliché pris par une photographe dont j’apprécie le travail. C’est assez excitant, et on prépare une exposition à Montpellier. »

Le thème du 14e Blues & Polar est « Le Jeu sous toutes ses formes ». A quoi pensez-vous instantanément ?

« Le monde de la finance, tout de suite ! Car on y joue la peau des autres, carrément ! »

Vous parlez régulièrement de Sète dans vos livres, au point même de donner la recette de la macaronade ; un plat de viande qui tient particulièrement au corps...

PASCAL THIRIET : « Sète, c’est mon coup de cœur ! Je suis un Méditerranéen, je fais beaucoup de voile, et je voulais habiter un port. Donc j’y habite, en me partageant avec la Corse. Et puis l’autre attrait de la mer pour un romancier en quête d’histoires, c’est que quand tu es en short sur un bateau, les gens parlent plus facilement, qu’ils soient riches ou pas... Et une macaronade, ça aide pour la convivialité ! »

JPT

 À CŒUR OUVERT AVEC... JEAN-LOUIS PIETRI

 Déjà venu à Blues & Polar pour y présenter son livre « Marseille opus mafia » lors de notre édition dédiée à « Marseille bleue, Marseille noire », l’ancien grand flic de la PJ chargé de l’enquête sur l’assassinat du Juge Michel, revient à Manosque cet été avec sous le bras, un joli pavé passionnant consacré au Marseille des années 30, joliment nommé « La Malfamée ».

* Vous avez peut-être déjà remarqué chers lecteurs et internautes que j’utilise souvent le tu pour ces interviews à cœur ouvert, au lieu du vous, plus conforme à l’éthique, que j’ai toujours utilisé dans les colonnes de La Provence pour mes interviews pendant 35 ans. Mais lorsqu’un invité arrive au festival Blues & Polar de Manosque, il repart très souvent en ami, et lorsqu’il revient on l’accueille comme tel, en pensant à Prévert qui écrivait « Je dis tu à tous ceux que j’aime… même si je ne les connais pas. »

D’où vient cette idée de remonter au Marseille de l’entre-deux guerres (1914-18 et 39-45) pour en faire un pavé passionnant et hyper documenté qui a du nécessité de longs mois de travail et de consultation d’archives ?

JEAN-LOUIS PIETRI : « En fait, j’ai écrit ce livre il y a deux ans à la demande de mon ancien éditeur, mais ce dernier a trouvé que ces histoires étaient trop marseillo-marseillaises. Le livre, malgré ma déception, est donc resté en stand-by, mais Pierre Gaussen éditeur marseillais spécialiste de l’histoire m’a convaincu de le poursuivre en éditant chez lui. Et j’ai découvert à cette occasion des archives policières, notamment sur le jeu, qui sont rarement consultées. Car je ne voulais pas faire un catalogue, mais une plume buissonnière avec des anecdotes. Tu sais, mon père a été apprenti jockey à Marseille, et tout gamin, j’ai été fasciné par ce milieu des courses, bien que mon père ait été un honnête homme. Mais il a vécu un an en Amérique et il me racontait souvent cette période des « beaux mecs »… Dans les années 30, les caïds (ces beaux mecs) ont tout inventé à Marseille. Ils ont arrêté de faire des coups, et se sont lancés dans le business en se comportant comme des chefs d’entreprises. Que ce soit dans les armes ou la drogue…
Mais Marseille dans les années 30, c’est aussi une ville braillarde où il fait certes bon vivre, mais l’arrivée de ces gangsters nouveaux génère des connections politico-mafieuses. Et c’est de là que naît la réputation sulfureuse de Marseille via la presse d’investigation qui déclenche ce phénomène en dénonçant ces fameuses connections entre grand banditisme et hommes politiques. On en parle alors jusqu’aux USA, notamment dans le Chicago Tribune…
Je suis donc rentré dans la police pour voir un peu ce qu’était ce grand banditisme, mais j’ai été déçu par ce soi-disant code d’honneur qu’on disait en vigueur. Tu parles ; c’est de la foutaise ! »

Tu évoques les bookmakers, les parties de poker, les courses hippiques et les combines d’arrière-salles dans le Marseille des années 30... Jouerait-on et combinerait-on dans le sud plus qu’ailleurs ?

JEAN-LOUIS PIETRI : « A mon avis, on joue surtout dans les pays pauvres. Et on le constate dans les périodes de crise où les jeux de hasard sont très prisés. C’est d’ailleurs une période qui ressemble étrangement à celle que l’on vit aujourd’hui où l’on connaît deux phénomènes importants : la délinquance alimentaire et les jeux. Et ça va se généraliser à mon avis. »

Ce Marseille des années 30 est-il si différent de celui d’aujourd’hui ? On y flinguait déjà beaucoup semble-t-il ?

JEAN-LOUIS PIETRI : « Exact ! Ca flinguait beaucoup en 35-36 ! Il y avait plus de 30 assassinats par an déjà. Mais la drogue avec une telle présence comme aujourd’hui ça n’existait pas. Il y avait de l’opium certes, mais la coke c’était à Paris dans les beaux quartiers et il y avait aussi un peu de cannabis… Mais le danger vient de toutes ces armes venues chez nous après le démantèlement de l’URSS et des Pays de l’Est tous hyper corrompus et surarmés. Aujourd’hui pour 500 € tu as une Kalachnikov. Dans les années 30, les armes n’étaient pas si nombreuses. Les caïds trafiquants faisaient peur et c’était pyramidal. La mort de Mémé Guérini a sonné le glas de toute une époque. Les petits dealers ont innové avec les « go-fast » pour ramener de la drogue d’Espagne et traverser le pays de nuit avec des voitures super puissantes. Mais l’évolution du banditisme a suivi celle de la société. Tous ces petits dealers qui ont pu se développer au nom de la paix sociale vont s’entretuer entre eux, bien que les dommages collatéraux commencent à se produire.
Et ce n’est pas la Légion dans les cités comme propose une sénatrice marseillaise qui va régler le problème. Pour moi, il faut une politique de Santé publique très forte pour faire comprendre l’enjeu de ces saloperies trafiquées que les gens prennent ou s’injectent, et éradiquer ces dealers avec de vrais moyens policiers renforcés. Car chaque fois que la police républicaine recule, que se passe-t-il ?
Eh bien, c’est la barbarie dans les quartiers ! Aujourd’hui, plus personne ne va voir la police pour régler un problème. On va voir les caïds dans les quartiers nord. Regarde, les jeunes policiers de la BAC de Marseille, au bout d’un moment ils finissent eux-aussi par rentrer dans ce système à la con. Ils oublient de rendre le shit qu’ils ont récupéré et c’est le doigt dans l’engrenage…
Légaliser le cannabis, moi je veux bien ; mais ces gangs de quartier, ils vont faire quoi ? T’ouvrir la porte quand tu vas au supermarché ? »

Après tant d’années dans la Police, comment t’es venu ce goût de l’écriture qui semble d’ailleurs toucher de nombreux flics aujourd’hui, même en activité ?

JEAN-LOUIS PIETRI : « Le goût d’écrire, c’est vraiment très ancien pour moi. Ça remonte à 1983… mais je n’ai jamais écrit en étant dans la poulaille, bien qu’ayant été présent à l’arrestation de Gaëtan Zampa et chargé de l’enquête sur l’assassinat du juge Michel sur le Bd Michelet à Marseille en 1981.
A cette époque, le maire de Marseille s’appelait Gaston Defferre, le patron du quotidien Le Provençal, s’appelait Gaston Defferre… et le ministre de l’Intérieur s’appelait Gaston Defferre ! Cet assassinat du juge Michel, a donc suscité une vague de réactions incroyables et une émotion énorme. Car si à Lyon, le juge François Renaud avait été assassiné en 1975, il n’y avait jamais eu un tel acte à Marseille. Et ça a énervé Gaston ! J’ai donc bossé comme un fou, au point de me retrouver au bord du « burn out ». Et comme je ne dormais plus, je me suis mis à écrire une histoire sur mon village que j’ai fait éditer à compte d’auteur. L’éditeur marseillais Tacussel l’a eue ensuite entre les mains et il m’a proposé de continuer à écrire sur la région. Ce que j’ai fait, et j’ai même obtenu le Prix de l’Académie de Marseille. Aujourd’hui j’en suis à mon douzième roman. J’ai même écrit des livres pour enfants ; c’est dire… »

Pour écrire dans ton style dont certaines envolées rappellent les savoureux dialogues de Michel Audiard dans Les Tontons flingueurs, as-tu besoin de calme, ou d’agitation urbaine ?

La phrase : « Légaliser le cannabis, moi je veux bien ; mais ces gangs de quartier, ils vont faire quoi ? T’ouvrir la porte quand tu vas au supermarché ? »

JEAN-LOUIS PIETRI : « Tu sais, Frédéric Dard, Antoine Blondin, Michel Audiard, Céline, René Fallet… font partie de mes références littéraires. Mais je vais toujours me réfugier au fin fond de l’Aubrac (là où les portables ne passent pas) pour fignoler mes livres. »

Jouer, ça veut dire quoi pour toi ?

JEAN-LOUIS PIETRI : « Ah ! Jouer pour moi ; c’est jouer aux courses hippiques ! C’est à cause de mon père qui m’emmenait au parc Borély à Marseille. Il était un joueur acharné et je vais te raconter une anecdote vraie pour terminer. J’avais 12 ans. Ma mère tenait la bourse, mais mon père jouait aux courses. On va à Borély, il joue… et perd tout ce qu’il avait sur lui. On était raide, et quitte pour rentrer à pied à La Plaine, à l’autre bout de Marseille.
C’est là que je vois mon père qui s’engouffre dans un taxi où deux personnes (en fait des voisins à nous) venaient de pénétrer. Ces derniers, sympas, nous accueillent. A l’arrivée à La Plaine, mon père pourtant raide de chez raide fait le pari de jouer au grand seigneur… et propose de payer. Moi j’étais terrorisé à l’idée de perdre la face, mais le voisin a insisté pour payer le taxi. C’est ça le jeu ; et pourtant, mon père n’a jamais fait un tiercé de sa vie. »

JPT

 À CŒUR OUVERT AVEC... RENÉ FREGNI

 Parrain de notre festival, René Frégni vient de publier un nouvel opus intimiste sur sa vision du monde qui l’entoure. C’est chez Gallimard dans la prestigieuse Collection Blanche...

Dès ses premiers écrits - à l’image des Chemins noirs - René Frégni nous a habitués aux ambiances noires et violentes. Mais il sait aussi, au gré des années qui grisonnent les tempes des hommes, planter sa plume acérée et riche dans l’encre poétique et littéraire. Là où les mots prennent racines au cœur des pages pour nourrir notre imaginaire.
Je me souviens de tous vos rêves, nous livre comme une ode à la nature et à la mélancolie, dans le droit-fil de La Fiancée des corbeaux écrit en 2011.
Non sans avoir, dès les premières pages, jeté sa rage (bien légitime) sur dix années de face-à-face avec la Justice et un juge étrange ne le regardant jamais dans les yeux.
Une Justice qui – avec un autre juge, et dix ans plus tard - a fini par prononcer ces deux mots accolés l’un à l’autre : Non-lieu !

Un Il n’y a pas lieu de poursuivre synonyme de relaxe et d’excuses de la Justice qui a inexorablement débouché sur un immense soulagement, entaché cependant d’une grande lassitude devant tout ce temps perdu qui ne se rattrape guère, et ce temps déchu qui ne se rattrape plus. Il en résulte un livre d’errance apaisée, presque mystique parfois… Même si le diable s’y réveille parfois en Prada, fantasmant sur (et sous) les mini-jupes des filles qui se promènent dans les rues de Lons-le-Saulnier au hasard des vitrines… « Lent flamenco des talons-aiguilles sur le pavé de ces zones érogènes dites piétonnes, écrit-il. Avant d’enchainer : « Je ne choisis pas mes rêves ; ils m’apportent ce qui me manque le plus… »
René Frégni trouve au fil des lignes, l’occasion de rêver sur un essentiel et une simplicité frugale qui nous manque tant. Il écrit pour nous faire ouvrir les yeux tout grand, et (enfin) voir la beauté du monde qui nous entoure ; notamment en Haute-Provence. Celle de Giono omniprésent dans les pleins et déliés de son écriture. Il écrit pour nous faire fermer les yeux, et rêver l’essentiel, après être tombé sous le charme d’un vol de corbeaux à Malaucène ou sur les greniers ouverts de Manosque, voire d’un figuier qui pousse dans les rues de notre mémoire. Un livre en forme de « Remèdes à la mélancolie » qui pourrait s’inviter chez Eva Bester dans sa magnifique émission du même nom, chaque dimanche matin sur France Inter. René Frégni y serait comme à la maison, sous et sur les toits de Manosque, dont il observe les soubresauts avec jubilation et mélancolie.

JPT
Depuis quelque années, tu alternes l’écriture d’un polar avec celle d’un roman littéraire. Est-ce voulu, calculé, prémédité avec ta maison d’édition… Ou est-ce le hasard qui décide ?

 RENÉ FREGNI : « Je me laisse aller à la souplesse de la plume, au gré des saisons…. Donc, je ne calcule rien. Mais c’est vrai qu’à mes débuts d’écrivain, j’ai eu comme un flot noir qui devait sortir de moi, et il était très important. Ça a donné Les Chemins noirs, Tendresse des loups, Les Nuits d’Alice, Le Voleur d’innocence, Où se perdent les hommes. .. jusqu’à Tu tomberas avec la nuit.
Et puis un jour, j’ai eu besoin de douceur et de tendresse, immensément.
Tu sais quand on dépasse la cinquantaine, la libido fougueuse qui nous anime depuis l’adolescence, se calme et s’émousse. Quand j’étais jeune, je lisais beaucoup de romans noirs d’après-guerre, et j’aimais prodigieusement ces actrices blondes platine aux grosses poitrines qui jouaient des garces… Là, depuis 4-5 ans j’ai eu besoin de me replonger dans la nature. Et cela a donné la Fiancée des corbeaux , puis Sous la ville rouge (polar) et de nouveau un livre plus poétique avec Je me souviens de tous vos rêves. C’est comme ça ; je ne calcule rien. Ce sont les événements qui décident. Je ne décide pas d’écrire en fonction d’une certaine mode. Moi, j’ai besoin que la vie m’apporte la chair d’un livre. Et ça finit toujours par arriver ! »

De quelle manière ?

RENÉ FREGNI : « En janvier, j’avais commencé un nouveau roman qui prenait plutôt une tournure paysagère contemplative comme La Fiancée des corbeaux , mais arrivé à la page 20, donc au tout début du livre, j’ai reçu un coup de fil d’un ancien détenu des Baumettes qui venait d’être libéré après 20 ans de prison, et que j’avais eu régulièrement dans mes ateliers d’écriture. Je l’ai accueilli et il m’a raconté une histoire folle qu’il a vécue … et qui est toujours d’actualité !
Et je me suis mis à écrire alors, un roman noir.
Tu sais, je ne vis pas dans une tour d’ivoire. Il y a des écrivains qui écrivent en se documentant pendant des années sur certains faits pour faire un roman. Moi j’ai toujours laissé la vie se poser sur mes épaules. Et il y a même quelques vautours qui s’y posent … et me dictent les lignes de mon nouveau roman ! L’alternance de mes livres est liée à la vie. »

Au début de ton livre, tu évoques de nouveau ton Affaire de blanchiment d’argent présumé, qui t’a valu d’être placé en garde à vue menottes aux mains à l’Evêché à Marseille, et le procès dix ans plus tard à Digne-les-Bains, où tu te retrouves assis sur le banc où était assis Gaston Dominici… il y a un demi-siècle. Malgré ta relaxe et les excuses de la Justice, la plaie n’est pas refermée ?

RENÉ FREGNI : « Elle est pleine cicatrisation aujourd’hui ; mais peut-être pas ma fille qui a beaucoup souffert de l’image de son père menotté, pour en arriver là, dix ans plus tard ! Moi, désormais c’est du passé. J’ai passé quatre jours en garde-à-vue dans une cellule avec un gars du grand banditisme. Il m’a parlé de sa vie de braqueur ; moi je lui ai parlé d’écriture. De ces quatre jours-là, j’en ai fait des romans. Je suis revenu sur tout ça dans le livre pour clôturer le chapitre. Car j’ai rencontré à Digne, au tribunal, le président Ollive, un vrai juge qui sait écouter, comprendre… et qui m’a réconcilié avec la justice. Il a lu mes livres et je le revois de temps en temps… C’est un homme bien, plein d’humilité. Le juge Segonnes qui est aujourd’hui au placard à Grasse avait un égo surdimensionné. Il voulait voir son nom dans les journaux. Et surtout, il ne me regardait jamais dans les yeux… comme Marcelo Bielsa, l’ancien entraineur de l’OM en conférence de presse. »

Dans ce procès en Correctionnelle, tu évoques aussi le jeu des avocats, leurs effets de manche et de verbe, le vocabulaire précieux des magistrats parfois digne d’une pièce de théâtre de Molière… Est-ce à dire qu’être innocent ne suffit pas forcément pour être blanchi et réhabilité ?

RENÉ FREGNI : « On en doute ! Tu écoutes le Procureur ; il a une vérité qui semble plausible quand tu es dans la salle parmi le public. Puis tu entends l’avocat qui lui-aussi a une vérité qui semble plausible. Mais ce n’est pas la même !
Et tout ça se passe dans des Palais de Justice, comme du temps des rois. Ça parait décalé complètement aujourd’hui… Mais l’injustice réside ailleurs. On est toujours dans la fable de Jean de La Fontaine qui dit « Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. »
Regarde Dupont-Moretti on l’appelle Acquitator ! Car il réussit à faire acquitter ses clients la plupart du temps, en Cour d’assises ; là où l’intime conviction prévaut.
Et tous les gros voyous qui sont impliqués dans des meurtres et ont des sous essaient de l’avoir. Mais c’est quand même profondément anormal, amoral, et illogique qu’un talent d’orateur, voire de conteur, puisse parfois faire la différence au détriment de la vérité. Selon l’avocat que tu as, le juge que tu as… et l’argent que tu as, la Justice ressemble parfois à une loterie !

Dans Je me souviens de tous vos rêves, ton dernier ouvrage, tu sembles avoir sombré dans une certaine mélancolie… Est-elle créatrice, en revanche ?

RENÉ FREGNI : « Tous les sentiments amènent à la création. Mais moi, ma documentation, ce sont mes émotions. Un peu comme un compositeur qui ne connaîtrait pas le solfège, mais arriverait à composer des mélodies avec son oreille. J’écris au fil de ma plume, et la mélancolie qui m’a envahi avec ces dix années de procédure m’a guidé vers ces romans plus axés vers la nature, la paix, l’essentiel de la vie…
J’ai subi un tel préjudice moral avec cette affaire. Ma voiture a été vendue aux Domaines trois mois après mon arrestation, sur ordre du juge, et sans avoir été jugé. Ça n’arrive jamais ce genre de choses. Aujourd’hui, on doit me la rendre, mais comment ?
Je n’ai pas pu effectuer mes ateliers d’écriture dans les lycées et en prison pendant dix ans également. C’est énorme et perturbant ! Des gens se sont détournés de moi, et la rumeur enflait dans Manosque. Tout ça te noircit !!! Heureusement, depuis la relaxe il y a deux ans et les excuses de la Justice, j’ai repris le chemin des lycées et des prisons pour faire écrire et lire les lycéens et les détenus. »

Cet amour de la nature semble ancré en toi très profondément. Pourtant, on t’a connu plutôt urbain avec tes premiers romans ?

RENÉ FREGNI : « J’ai toujours été à moitié urbain. J’ai grandi à Marseille où les quartiers rentrent dans la ville à deux pas des collines. La ville et la campagne sont imbriquées et j’ai appris à connaître les deux en même temps. Mon grand-père qui transportait des touristes en barque au Château d’If m’emmenait souvent en bateau et j’ai grandi également dans une barque. Les collines, la cité et la campagne, ce sont mes trois volets de Marseille. Aujourd’hui, à Manosque, la colline je la vois aussi de ma fenêtre et j’aime ça. Tu sais, à notre âge, on aime regarder les oiseaux et c’est essentiel pour moi. Je pars à pied très souvent pendant deux ou quatre heures, j’aime faire les confitures avec Nicole, tailler les oliviers, la vigne… ça me plaît !
De nos jours, les ¾ des écrivains français vivent dans trois arrondissements de Paris comme s’ils étaient tombés dans une pompe aspirante. Alors qu’il y a un siècle, les romans étaient paysans…. C’est comme ça ! On a moins de retombées médiatiques dans les télés parisiennes évidemment , mais on reste nous –mêmes ! »

Ecrire sur René Frégni quand on le connaît fort bien depuis plus de vingt ans , qu’on vit dans la même ville, et qu’on est capable d’identifier la voiture ou la fille, dont il parle dans un de ses romans, c’est un avantage ou un inconvénient ?

RENÉ FREGNI : »Le lecteur qui ne me connait pas voit comme un tableau impressionniste en lisant mes livres ; mais toi, tu as la réalité. Moi je trempe mes racines dans la réalité du monde et les feuilles ; c’est l’imagination. Toi, tu as les deux ! »

Quel genre aura ton prochain livre ? Polar ou poétique ?

RENÉ FREGNI : »Ce sera un polar, et je te donnes même les titres (c’est un scoop !) « Les Vivants au prix des morts ! » Ça correspond à une expression que les marchandes de poisson installées sur le Vieux-Port en fin de matinée, quand il reste dans leur caisse, des poissons encore vivants et d’autres trépassés, et qu’elle bradent les prix. D’où « Les Vivants au prix des morts ! »

JPT

 À COEUR OUVERT AVEC... STÉPHANE HONDE

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 C’est le guitariste manosquin Stéphane Honde créateur du groupe Hollywood Monsters avec Don Airey (actuel organiste de Deep Purple) et Tim Bogert (bassiste de Jeff Beck) qui est notre invité. Steph que l’on a connu à ses débuts, il y a plus de 25 ans, sur la Place de la mairie à Manosque, lors de son tout premier concert avec Moby Dyck, puis comme guitariste de Café Bertrand, a joué également avec Whitesnake, le regretté Gary Moore, Ozzy Osbourne, Black Sabbath, Heaven & Hell, Kill Devil Hill, le grand bassiste Tim Bogert, Vanilla Fudge, Paul Di Anno de Iron Maiden, Cactus... Bref, que du lourd !

JPT
* Stéphane Honde a réunir17 musiciens de renom (Paul Di Annio, Nono Krief de Trust..... autour du titre de Bowie, « Heroes »à la mort de celui-ci. Le CD est vendu par téléchargement au profit de l’association française des victimes du terrorisme.

* Vous pouvez télécharger le CD Heroes sur le lien suivant :
https://itunes.apple.com/fr/album/heroes-single/id1081931790?app=itunes&ign-mpt;=uo%3D4

Tu as souhaité réagir musicalement après les attentats du Bataclan en réalisant un CD avec de nombreux musiciens autour du titre « Heroes » de David Bowie. Pourquoi ?

STEPHANE HONDE : "Je suis revenu en France, à Manosque, chez moi, il y a près d’un an, après plusieurs années passées aux Etats-Unis, en Californie plus précisément ; là où j’ai créé le groupe Hollywood Monsters avec Don Ayrey devenu depuis l’organiste de Deep Purple, et Paul Di Anno, le chanteur de Iron Maiden.
J’avoue que le retour en Provence après des années effervescentes à Los Angeles, c’est un tout autre monde… Mais quand j’ai vu que les gens changeaient leurs profils sur les réseaux sociaux - après le massacre du Bataclan - en mettant un drapeau français à la place de leur visage, je me suis dit que ça durerait un moment, et que ça s’estomperait avec le temps. J’ai donc pensé à autre chose de plus gai, en entendant le titre Heroes de David Bowie à la radio, un matin. J’adore cette chanson, mais on était fin novembre. Bowie était toujours vivant !

Je me suis renseigné sur les associations qui viennent en aide aux victimes depuis de nombreuses années, et j’ai pensé à réunir des grands guitaristes rock et des chanteurs sur le titre de David Bowie. Tu sais, maintenant avec les nouvelles technologies, on peut enregistrer un disque à distance dans le monde entier sans jamais se rencontrer.

Il suffit d’une base musicale (basse, batterie, guitare) et ensuite chacun joue sa partie dessus, l’enregistre, et renvoie le tout. Et ainsi de suite… Moi je sais assembler tout ça. Au final, dix-sept musiciens m’ont donné leur accord. Et pas des moindres ! On a fait deux versions de Heroes. Une normale, et une autre plus métal, car dans les invités du CD, il y a pas mal de guitaristes plutôt hard-rock. Ça fait deux morceaux de 6mn 40s à l’arrivée.

Mais je n’avais jamais prévu que David Bowie meure le 10 janvier ; d’autant qu’il préparait un nouveau disque. C’est donc un double hommage à nos héros (ceux du Bataclan et Bowie) qu’on a réalisé. J’ai travaillé nuit et jour pour faire le montage, il est terminé, envoyé au distributeur, et il sera sur les sites de téléchargement début février. »

Qui sont ces dix-sept musiciens
ayant accepté de te suivre dans ce projet ?

STEPHANE HONDE : « Il y a Jenny Haan qui est la chanteuse de Babe Ruth, Vinny Appice (batteur de Black Sabbath et Hollywood Monsters), Danko Jones (chant), Darren Crisp (Age of liberty), Thomas Lang (batteur de Paul Gilbert), Ron Thal (guitariste de Guns’n’Roses), Ryan Roxir (guitariste de Alice Cooper), Rudy Sarzo (bassiste de Ozzy Osborne), Alessandro Del Vecchio (clavier de Voodoo Circle Hardline), Paul Di’ Anno (chanteur de Iron Maiden), Stan Decker (bassiste de Turbotigers), Matts Leven (chanteur de Candlemass), le français Nono Krieff (guitariste de Trust), Roland grapow (guitariste de Hellowen-Masterplan),Andy Kuntz (choriste de Vanden Plas), Mitch Malloy (chanteur de Van Hallen) et Michael Sweet (guitariste-chanteur de Boston).

On ne s’est pas rencontrés, mais le résultat est à la hauteur. L’argent des téléchargements sera versé intégralement à l’association française d’aide aux victimes du terrorisme. »

Comment connais-tu tous ces musiciens ?

STEPHANE HONDE : « Ma femme est américaine, et je suis d’ailleurs revenu en France pour faire tous les papiers nécessaires à l’obtention de la fameuse Carte verte qui fait de toi un citoyen américain.
C’est le fait d’avoir créé le groupe Hollywood Monsters là-bas avec Don Airey et Paul Di’Anno - mon idole quand j’étais gamin - qui m’a ouvert des portes. Et puis, aux Etats-Unis, tu peux jouer dans des bars, devant 50 personnes (pas plus !) mais avec des « pointures » qui viennent là boire une bière. Le truc, c’est que tu ne connais personne, que tu es tiré au sort… et que tu joues sur le matériel qui est là. En général, un ampli sans âge, et ta gratte !

Après faut jouer… Je n’ai jamais eu le trac comme ça. Pire qu’au Stade de France à Paris en première partie de Deep Purple. Une fois, c’est le guitariste de Free (Tu sais « All right now… dans les années 70) qui a débarqué…. Puis plus tard, Ike Willis, le chanteur des Mothers of Invention de Frank Zappa. Là, j’étais tétanisé ! Mais si t’es bon, tu connais du monde et tu es accepté ; même si à l’époque je ne parlais pas l’américain comme aujourd’hui. La différence, c’est sur scène qu’on la fait ! Et là, y’a pas de frontières ! Tout ça m’a permis de connaître des musiciens, et via internet j’ai pu en contacter d’autres qui ont accepté de jouer gratuitement sur Heroes. »

Quel est ton rapport à la guitare ? Joues-tu d’autres instruments ?

STEPHANE HONDE : « Je me suis mis à jouer de la guitare dans les années 80 parce que je voulais composer. C’était un outil pour pouvoir écrire des chansons, car je jouais déjà du piano sans avoir appris la musique. Je jouais d’oreille, et je faisais aussi de la batterie.

Tout ça m’a aidé ; mais le déclic je l’ai eu grâce aux deux années passées à l’Atelier de musiques improvisées (AMI) de Château-Arnoux dirigé par le génial Alain Soler. Il écrivait les accords sur un tableau et les effaçait dix minutes plus tard. Il fallait les avoir gravés dans sa tête. Je lui dois ça ! La guitare, j’en suis tombé amoureux dix ans plus tard, mais je compose toujours au piano. »

Tu te souviens de ton premier concert sur scène ?

STEPHANE HONDE : « C’était avec Moby Dyck sur la place de la Mairie à Manosque. Je devais avoir 16 ans… et tu étais déjà là ! Il y avait Andros aussi ! Jouer là devant la famille, les copains, c’était très excitant car à cette époque (fin des années 80-90) il y avait des concerts à Manosque, au Saxo à Forcalquier… ça vivait beaucoup ! C’est le guitariste Denis Baruta qui a été mon exemple, m’a influencé, m’a guidé… Tout le monde l’adorait. »

Quel est ton plus grand souvenir de scène ?

STEPHANE HONDE : « Incontestablement le 12 juin 2009 au Stade de France à Paris, devant 80 000 spectateurs, quand avec Café Bertrand on a fait la première partie de AC/DC, mais aussi l’Olympia à Paris - toujours avec Café Bertrand – car c’est un lieu de légende.

Tu te rends compte que deux jours avant nous, il y avait Paul Mac Cartney… Mais j’ai eu le frisson aussi quand j’ai joué pour la première fois avec Iron Maiden et Paul Di’Anno. Et j’ai une tendresse particulière pour mon premier concert avec Tom Bogert, bassiste de Jeff Beck (photo ci-contre) qui est pour moi le Jimmy Hendrix de la basse. »

Tu es un musicien de groupe ou plutôt un solitaire ?

STEPHANE HONDE : « Avant, j’étais un musicien de groupe mais les expériences ont fait qu’aujourd’hui je préfère être le maître à bord. Mais si je suis le leader, c’est pour fédérer avant tout autour d’un projet. Car il y a toujours des drames et des embrouilles dans les groupes, et à la fin j’en avais marre. Donc maintenant, je choisis des musiciens que j’admire pour jouer dans Hollywood , mais avec toujours Vinny Appice le batteur de Black Sabbath et le grand bassiste Tom Bogert comme base. »

Comment s’est passé ton retour en Provence ?

STEPHANE HONDE : « En revenant en France, à Manosque, je me suis senti un peu puni, car pour ce qui est d’écouter de la musique vivante, c’est devenu un vrai désert. Avant, il y avait le Wicked lady, le Garage, le Café de la Poste, le Provence, le Saxo à Forcalquier… Tout ça a disparu ! Je suis resté une semaine chez moi sans en sortir.
En Californie, en revanche, la musique c’est le paradis, et c’est vital pour moi. Donc, j’y retournerai quand j’aurai tous mes papiers pour la carte verte. Mais aux USA, il faut toujours prendre sa voiture ; même pour aller au resto. Et pour être franc, il n’y a pas l’ambiance des terrasses de café comme ici. Tout se passe à l’intérieur à Los Angeles. »

J-P.T
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 À CŒUR OUVERT AVEC...LE PÈRE GUY GILBERT « CURÉ DES LOUBARDS »

 Il est l’ami des vedettes et fréquente souvent les plateaux de télévision, chez Ruquier ou Nagui. Il vient d’ailleurs de marier Stromaë en Belgique récemment, après avoir déjà célébré l’union du Prince Laurent de Belgique fils de la princesse Paola, longtemps trublion de la couronne d’Outre-Quiévrain, à qui un séjour dans le silence de Haute-Provence a fait le plus grand bien...

Mais Guy Gilbert est actuellement « au travail » en cette fin d’année 2015, dans sa Bergerie de Faucon, au cœur des merveilleuses Gorges du Verdon où depuis près de 40 ans, il accueille - avec ses éducateurs de haut vol - des jeunes en totale perdition. Faisant confiance à la compagnie des animaux de toutes sortes pour soigner ces jeunes fauves urbains, souvent sans famille, tombés dans la drogue, la délinquance, la violence, pour des parcours souvent sans retour...
Le Père Guy Gilbert qu’on surnomme le « curé des loubards » œuvre depuis l’époque de la Guerre d’Algérie, pour une religion empreinte de tolérance et d’amour, mais aussi de fermeté quand il est nécessaire.

 Guy Gilbert que Blues & Polar a rencontré à Faucon, est notre invité pour la première grande « Interview » de l’année 2016 sur le site blue-et-polar.com
Il nous parle de sa vie, de sa foi, de sa mission.... au travers de son nouveau livre « Guy Gilbert : Vie de combat, vie d’amour » qui vient de sortir aux éditions Philippe Rey. Un livre pour tous qui fait du bien à l’âme, même si on ne croit en rien...

 Un ermite à la porte toujours entrouverte, au cœur des Gorges du Verdon, à quelques encablures de Rougon et du Point sublime où nichent les vautours aujourd’hui revenus, le petit chalet de bois de Guy Gilbert accroché aux branches, ressemble à une thébaïde silencieuse. Devant l’entrée, après un court cheminement sur un sentier pentu dissimulé par une forêt de pins d’Aleps, Gangster et Lulu (un Patou et un Saint-Bernard) montent la garde, attentifs, mais tout en finesse, tels des physionomistes de boites de nuit.
Avec eux, malgré leur taille très respectable, le code secret d’accès à l’emblématique curé des loubards est gravé dans l’affectif. On sent d’entrée, à un simple regard, puis à un reniflement des vêtements, si l’on est le bienvenu. Et à l’image de la porte - toujours ouverte - de Guy Gilbert, on contrôle rapidement, avec une caresse soutenue, le processus de montée vers le paradis.

Quelques marches pour accéder à un capharnaüm incroyable, où l’on constate qu’aucune présence féminine n’a pu y jouer la fée du logis.
Des bouquins en vrac, des médailles, des photos avec le pape François, Stromaë, l’abbé Pierre, Sarkozy, Hollande… et bien d’autre stars du show biz et de la politique, se baladent sur une table, entre une chasuble immaculée bien rangée elle, accrochée à un cintre, et un ordinateur bien calme.
Mais c’est le portable qui est en surchauffe ! Toutes les cinq minutes, ça résonne sous les planches car Guy Gilbert – on s’en serait douté, mais pas à ce point ! – est hyper sollicité.

« Excuses-moi Jean-Pierre ! Deux minutes ! C’est un ancien de Faucon qui est en panne de voiture, et il n’a pas de fric. On va trouver le moyen de le dépanner. » Trois coups de fil plus tard, l’affaire est résolue.

« Ça se passe comme ça tous les jours, me confie Guy. Les anciens sont très accrochés à ce lieu perdu dans les Gorges. Tu sais, l’autre jour je rentrais à la Bergerie, et j’ai vu un type qui regardait Faucon de loin, de l’autre côté de la route… et qui pleurait. On s’est arrêté, et je suis arrivé discrètement derrière lui. Je lui ai tapé discrètement sur l’épaule. C’était un ancien d’ici. Il m’a dit : Merci Guy pour ces deux ans de paradis que vous nous avez offerts à Faucon. C’est une phrase qui revient souvent dans les courriers que je reçois.

Bon, qu’est-ce que tu veux savoir pour ton Blues & Polar ? »

J-P.T
L’année 2015 se termine. Comment as-tu ressenti, et vécu, cette année catastrophique ? Et quelle leçon en tires-tu ?

GUY GILBERT : « C’était une année de guerre mais une guerre furtive, non déclarée qui nous fait rentrer dans une autre ère. Une ère de peur, de terreur et de haine, avec des forces invisibles et explosives.
Mais c’est ce 13 novembre avec la tuerie du Bataclan qui nous laisse interrogatif.

Bon sang, tirer les gens comme des lapins avec cette volonté d’exterminer qui rappelle Auschwitz et les camps de la mort, c’est dingue ! Mais il y a aussi à travers cet acte, une autre volonté. Celle de désunir les gens et de monter les musulmans contre nous, pour semer la division. On n’a pas d’ennemi en face de nous ; mais on a la haine, en face !
Il faut aller voir les musulmans, car ils ont peur. Mais c’est vrai aussi qu’ eux, viennent trop peu à nous. C’est dommage, mais c’est culturel. Trop de choses se mélangent pour eux : le passé de la Guerre d’Algérie et la religion avec ses nombreux interdits notamment.

L’avenir est vraiment difficile à deviner. Nous avons 5 millions de musulmans en France, et c’est la plus forte communauté musulmane en Europe, mais Daech fait tout pour les opposer à nous. Aujourd’hui, on ne prend pas le chemin de l’apaisement. »

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GUY GILBERT : « DIEU EST AMOUR,
MAIS DAECH C’EST L’ABOMINATION ! »

Tu viens de sortir un nouveau livre dénommé « Vie de combat, Vie d’amour ». Le titre s’est imposé à toi, tout de suite ?

GUY GILBERT : « Tout à fait ! J’y récapitule 50 ans de vie éducative et sacerdotale. Je l’ai envoyé au cardinal Vingt-Trois et il a trouvé ça très amusant. Tu sais Jean-Pierre, à 80 ans, j’avais décidé d’arrêter les médias, mais j’étais à Hong-Kong pour une conférence quand j’ai appris que Hollande m’avait fait officier de la Légion d’Honneur. Il a bien fallu que je réponde aux sollicitations. Et comme Sarkozy m’avait fait chevalier de la Légion d’honneur avant, je ne pouvais pas refuser.

Un coup par la Droite, un coup par la Gauche ; moi je n’ai rien faire des médailles parce que je n’ai rien demandé. La première je l’ai donnée au lama, et la deuxième je la donnerai à l’autruche qui les méritent bien. Mais pour Faucon et l’action qu’on y mène depuis 40 ans avec nos éducateurs, c’est bien. »

Après le prince Laurent de Belgique, tu as marié un autre Belge avec le chanteur Stromaë. Tu le connaissais ?

GUY GILBERT : « Je ne le connaissais pas bien, mais ce sont ses avocats qui ont pris contact avec moi plusieurs fois. Il voulait se marier pour Noël, mais il fallait le secret absolu. Je l’ai donc rencontré une fois avant, et il m’a dit : « C’est toi que je veux, mais il faut garder le secret. » Je suis allé à Bruxelles, et il a fait la surprise à ses 250 invités qui ne doutaient de rien. Je suis arrivé avec mon aube blanche et j’ai marié Paul et Coralie (leurs vrais prénoms) au sein de l’église catholique. On était d’ailleurs dans une ancienne église transformée en hôtel.

C’était magnifique. Le lendemain, Stromaë m’a fait un SMS (Guy Gilbert me le montre) : « Merci pour ce mariage magnifique que vous nous avez offert. »

Guy, tu as également rencontré le pape François au Vatican. Celui-là, contrairement à Benoit XVI, je crois que tu l’as à la bonne ?

GUY GILBERT : « Oui, je l’aime bien ! Je souhaitais un pape qui comme Saint François marche les pieds nus. Et justement, il s’appelle François. Le pape m’a invité au Vatican la veille de mes 80 ans, et je l’ai vu faire la queue avec moi au réfectoire de l’hôtel du Vatican pour aller bouffer et attendre son tour. Je l’ai vu manger comme tout le monde.

Tu sais, c’est un pape (enfin !) sans émeraude, sans diamant, ni bijou, et qui désacralise les choses. Ça enlève tout ce chichi de luxe qui nuit à la religion. Il est un pape crédible, et la crédibilité de Benoit XVI c’est d’avoir démissionné ! »

GUY GILBERT : « TOUTES LES RELIGIONS SONT DES PROSTITUÉES, LA MIENNE COMPRISE, CAR LES HOMMES (PAS TOUS, MAIS CERTAINS) ONT CONFISQUÉ LE MESSAGE DE LA RELIGION À LEUR PROFIT. »

Nous sommes au XXIe siècle, et on connaît aujourd’hui la barbarie comme aux premiers temps. Comment expliques-tu qu’on puisse tuer au nom de dieu et de la religion ?

GUY GILBERT : « Toutes les religions sont des prostituées ; la mienne comprise. Car les hommes (pas tous, mais certains) ont confisqué le message de la religion à leur profit. Et nous sommes choqués quand certains se disant de la religion musulmane se comportent comme au moyen-âge. C’est pulvérisant ! Mais les lobbies politiques ont tellement provoqué d’incertitudes dans le monde qu’ils ont engendré toutes les migrations actuelles. Mais c’est seulement un apprentissage de ce qui va nous tomber sur la gueule avec le réchauffement climatique… »

Les animaux tiennent-ils toujours une place fondamentale dans ton système de rééducation des ados en difficulté ?

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GUY GILBERT : « C’est notre outil de travail prioritaire. Les jeunes me disent souvent : « L’animal ne triche pas, ne ment pas, et rend ce qu’on lui a donné. » Les jeunes qui sont ici à Faucon ont des codes, mais nous on a les nôtres. C’est au profit de l’amour des bêtes, et ça marche.

Tu sais, tous les jours, il leur faut se lever pour être à 8 heures à l’écurie pour sortir promener notre cheval aveugle. Puis il faut nourrir les autres bêtes. Celui qui n’est pas à l’heure est sanctionné ; mais très rapidement ils se prennent d’affection pour les animaux et c’est réciproque. Néanmoins, à Faucon, on vient aussi de lancer la Classe des loubards et les jeunes travaillent ici comme dans une école.

Certains vont au collège à Castellane, mais ils sont durs et c’est encore très difficile pour eux de s’intégrer à une vraie classe. »

Depuis 40 ans que tu travailles auprès des jeunes à Faucon, as-tu observé un changement de comportement ?

GUY GILBERT : « Oui. Absolument ! Ils sont davantage arrogants et en général tout leur est dû ! Mais ça, c’est dû aussi à une démission générale. Le jeune d’aujourd’hui - malgré son smartphone qui ne le quitte jamais - vit un peu seul. Et il fait très souvent le jeu de monter le père contre la mère, ou l’inverse. Et comme l’amour est si fragile et jamais définitif, beaucoup d’unions éclatent, générant des divorces... et des gamins de plus en plus seuls. C’est aussi l’argent qui les dirige, bien plus qu’il y a 40 ou même 20 ans. Et ils manquent cruellement des valeurs de base inculquées avant par les parents. On a inversé tellement de choses…. »

Quels sont tes résultats à Faucon ? Les jeunes qui passent ici retrouvent-ils tous le droit chemin ?

GUY GILBERT : « Certains réussissent ; d’autres pas. Les anciens m’appellent constamment et tu t’en es rendu compte aujourd’hui. Mais certains sont retournés vivre dans le métro. Ordinairement, sur les centaines de jeunes en très grande difficulté passés ici, il y en a dix en prison à qui je tiens la main constamment. Je vais les voir en prison… Mais il y a une espérance ! »

Si tu avais une seule phrase à dire au monde, aujourd’hui pour 2016 ?

GUY GILBERT : « Jamais, jamais, vous ne retrouverez le temps que vous n’avez pas donné à vos enfants quand ils étaient petits ! Mais il faut croire en l’espérance, et j’espère que l’homme se rendra compte, à temps, de ses dérapages pour éviter la catastrophe écologique qui s’annonce. Et pour cela, il faut s’unifier. »

JPT
* Le livre de Guy Gilbert « Vie de combat, vie d’amour » vient de paraître aux éditions Philippe Rey. Prix : 20€.

À CŒUR OUVERT AVEC...PASCAL PRIVET

 Cinéaste, globe-trotter, génial créateur des Rencontres cinéma de Manosque en 1987, au cours d’une mémorable assemblée régionale réunissant les adeptes des chasses traditionnelles (ci-contre) en passe d’être interdites par la Cour européenne de Justice de la Haye, Pascal Privet a su cultiver, et développer dans le mystère des salles obscures, tout ce que le cinéma peut nous apporter de grand au plus profond de nous-mêmes. A l’image d’une fenêtre ouverte sur le monde à la façon d’une auberge espagnole, très tard le soir dans les locaux de la MJC de Manosque, où l’on pouvait croiser autour de plats délicieux aux parfums de la savane, les anciens Rouch, Arlaud et Lamotte, mais aussi Robert Kramer, Pennebaker, Rithy Panh, Dominique Cabrera, Claire Simon, Claire Denis… ces cinéastes différents qui caméra au poing, nous on fait découvrir le monde - et la vie - avec toute leur âme et une sensibilité à fleur de peau. Non sans parler de football avec tous les cinéastes africains présents lors des premières éditions, car les Rencontres tombaient chaque fois – à l’époque – en pleine Coupe d’Afrique des nations. Un moment où tous – et toutes – redevenaient des enfants courant après un ballon...

* Pour blues-et-polar.com, Pascal Privet, mon vieux complice culturel dont le festival m’a aidé à grandir, se livre à cœur ouvert.

Jean-Pierre Tissier
Le cinéma, pour toi, c’est éduquer, informer, divertir ou tout autre chose encore ?

PASCAL PRIVET : "C’est surtout voir le monde autrement avec d’autres yeux que les miens, pour pouvoir le partager. Car regarder le monde en prenant conscience, c’est entrer dans la réflexion et l’échange. Et c’est à partir de ces questions qu’on peut engager des expériences cinématographiques. Il m’est arrivé de regarder des films divertissants quand j’étais jeune, notamment des films d’horreur ou de science-fiction. Mais j’ai toujours été attiré par la découverte du monde et fasciné par les explorateurs. Le cinéma justement, me l’a permis, avec la littérature associée. En revanche, je n’ai jamais été attiré par les documentaires touristiques et folkloriques ; même ceux qui proposaient un débat après. Pour moi, le cinéma doit provoquer des émotions, et ce qui m’intéresse ce sont les cinéastes qui vont à la rencontre du monde.

Tu te souviens de ton premier film vu dans une salle de cinéma ?
PASCAL PRIVET : " Oui ! C’était à Dijon dans un cinéma de gare , qui à l’époque fonctionnait en continu. Mes parents devaient m’emmener voir « La Belle au bois dormant », mais on s’est trompés de salle. On